CONSISTOIRE — CONSOLATION
voires, chargés de veiller à la discipline, à l’administration des biens de chaque église et à celle des deniers provenant des aumônes. Un consistoire général compose l’administration supérieure de toutes les églises consistoriales et des inspections ; il s’assemble à des époques indéterminées et avec l'autorisation du gouvernement. La communion calviniste n’a qu'un consistoire par église. Cinq églises consistoriales forment l'arrondissement d’un synode. Le culte israélite a un consistoire central et des consistoires départementaux. L’autorité du premier s'étend sur toutes les communautés israé- Lites de France. Chaque consistoire départemental a l’admiuistration et la police des temples de sa circonscription.
| Calvin disait : « Du commencement, chacune église a eu, commeun conseil ou consistoire, de bons prudhommes, graves et de sainte vie, lesquels avaient l'autorité de corriger les vices. Or, que cet état n'ait point été pour un seul âge, l’expérience le démontre. Il faut donc tenir que cet office de gouvernement est bon de tout temps. » Le consistoire est encore aujourd’hui le principal corps représentatif des Églises réformées, tant pour leurs intérêts religieux intérieurs que pour leurs rapports administratifs avec le gouvernement. Dans tout le travail administratif des cultes protestants, le ministre ne correspond point avec les pasteurs, mais avec le consistoire, par l'entremise de son président. Sous l’ancienne discipline des Églises réformées de France, le peuple nommait directement une première fois les anciens composant le consistoire ; puis le consistoire, formé de douze membres ou plus , se complétait lui-même lors des vacances, à des époques indéterminées, mais toujours à charge, sous peine de nullité, que les nouveaux élus fussent présentés à Véglise deux dimanches de suite, « afin que le consentement aussi du peuple y intervint ». Les consistoires avaient
autrefois des pouvoirs exorbitants. Leur office, réglé par les soins vigilants de Calvin, était de veiller sur le troupeau et ae délibérer « sur les fautes et scandales ». Chaque fidèle y pouvait être appelé pour rendre compte de ses actes. L'ordre des peines à infliger se composait de l'exhortation ou réprimande, de la censure, de la suspension de la sainte Cène à temps, enfin de l’excommunication ou retranchement du corps de l’Église. Il y avait appel, maïs non suspensif, de ces trois dernières peines au colloque et au synoûde provincial.
Aujourd'hui, la loi organique du {8 germinal an x, qui régit les cultes protestants en France, décide qu’il y aura un consistoire par 6,000 âmes de population, et qu’il sera composé du pasteur ou des pasteurs de chaque église , et d’anciens, au nombre de six à douze, c’est-à-dire de notables laïcs choisis parmi les citoyens les plus imposés, Tous les deux ans les anciens du consistoire sont renouvelés par moitié, dans une assemblée composée des anciens en exercice et de douze chefs de famille choisis parmi les plus imposés. Du reste, plus de présentation à l’église, ni de consentement du peuple, comme sous l’ancienne discipline. Les consistoires, pour leurs délibérations et pour l’expédition de leurs affaires, ont un président, qui est le plus ancien pasteur; mais c’est un primus inter pares, et ce titre ne donne lieu à ancune suprématie spirituelle, ce qui serait contraire à Pessence de l’Église réformée. Les consistoires n’exercent plus leur ancienne prérogative de censure sur les mœurs, mais ils sont la seule représentation légale des églises, et lenrs pouvoirs sont encore très-grands , trop grands peut-être, puisque douze membres décident de toutes les affaires d’une communauté, souvent très-populeuse. Ces douze membres laïcs, dits anciens, gèrent avec les pasteurs les intérêts de l'Église, font toutes demandes et pétitions au ministre des cultes ; acceptent, après autorisation, les donations ct legs ; règlent et ordonnent le culte; surveillent la doctrine ; louent ou font construire les édifres religieux ; recuellent les offrandes destinées à subvenir aux frais au enlte; percoivent à Paris, de même que les fabriques des paroisses catho-
DICT, DE JA CONVERS, — T. VI
liques, 10 pour 100 du tarif des pompes funèbres protestantes, conformément au cahier des charges de l’entreprise, Ce sont les consistoires qui se présentent au palais du gouvernement, dans les occasions solennelles, et qui"haranguent le chef de l'État par l'organe de leur président. Enfin, la fonction la plus importante de ces conseils représentatifs, celle qui fait le mieux ressortir le vice de leur organisation, c’est le droit que la loi organique leur confère de choisir leurs pasteurs à chaque place vacante. Il y a en effet usurpation de pouvoirs et absurdité manifeste à donner à douze personnes d’une communauté la faculté de désigner le pasteur, sans que la communauté soit consultée, Aussi est-il arrivé plusieurs fois, dans des occasions notables, qu’un consistoire , subjugué par des motifs de convenance ou d’égards personnels, s’est permis de nommer un pasteur même lorsqu'il était certain que la majorité du troupeau était opposée à ce choix. Les consistoires jouissent du droit non moins exorbitant de destituer un pasteur, à charge d’en présenter les motifs au gouvernement, qui les confirme ou les rejette, comme dans le cas d’une nomination. Depuis peu d'années, les consistoires se sont vus plusieurs fois dans la douloureuse nécessité de faire usage de ce droit de destitution contre des ministres qui s'étaient jetés dans les exagérations de la secte méthodiste anglaise.
11 y avait en France, en 1870, 149 églises cons ‘toria’es, dont 103 pour le culte réfsrmé et 44 pour la confession
| d’Augsbourg, Ces consistoires comprennent, depuis le dé-
cret du 18 novembre 1852, un {otal de 876 pasteurs acfnellement en exercice, à savoir 585 du culte réformé et 265 du culte luthérien, et 16 des deux cultes en Algérie. Le nombre des pasteurs des églises libres n’est pas exactement connu.
CONSOLATION, soulagement donné à l'affliction, à la douleur, au déplaisir de quelqu'un. Il suffit d'être mêlé à la société, il ne faut même que vivre, pour éprouver ces profondes douleurs qui rempliraient la vie entière si des diversions de tout genre ne nous étaient tenues en réserve. Elles adoucissent l’amertume du cœur, donnent une direction inattendue aux idées, s'emparent de l’imagination, et parviennent quelquefois à nous créer une existence nouvelle : telle est la salutaire influence des consolations. Se modifiant avec l’âge, les personnes et le temps, elles n’ont rien d’absolu ; seulement, l’à-propos est un de leurs premiers mérites. Nous ajouterons qu’en fait de consolations, on voit mieux en général leurs résultats, qu’on ne démêle les causes qui les ont produits : il y a néanmoins des exceptions. Ainsi, il est certain que les caractères mobiles trouvent dans le changement même un plaisir qui contre-balance les sensations pénibles qu'ils ont récemment éprouvées ; les femmes qui sont jeunes et légères et qui aiment la toilette se dégagent du premier saisissement que leur cause une perte du cœur, dans les apprêts du deuil, sur- {out s’il relève leur beauté. Les douleurs les plus invétérées, les chagrins les plus profonds , cèdent quelquefois à un travail inattendu et que la raison impose; une succession de scènvs toujours mouvantes, un voyage, par exemple, calme un désespoir qui jusque là n’avait rien voulu entendre, et l’on revient sinon heureux, au moins soulagé : les hommes , comme les choses, vous enlèvent à vous-même sans que vous vous en doutiez; et c’est là la grande puissance des consolations. Ceux qui sont condamnés à lisolement ou à la retraite sont bien plus tenaces dans leurs douleurs que les gens du monde : les premiers vivent dans la disette des impressions, ils les conservent intactes; les seconds mont pas toujours le temps de se recueillir dans l'abondance de leurs sensations. Quant aux solitaires proprement dits, les afflictions qui les ont entamés restent dans leur cœur comme une idée fixe dans l'esprit des autres houunes; ils en meurent souvent.
I y a deux grandes sources de consulations, les soins et
les affections d'une famille qui nous est attachée, ou d'amis qui nous sont sincèrement dévoués ; ils s'identifient si intimement à notre position qu'un bien-être universel finit par s’infiltrer dans tous nos sentiments, et nous remet en possession de: ce qui nous reste encore de bonheur ou d’espérance ici-bas, Les femmes, par la tendresse de leur caracère, consolent bien et vite; il n’est pas jusqu'aux enfants qui n’y réussissent quelquefois, parce qu'ils nous touchent en paraissant sensibles à une affliction qu’ils ne comprennent pas encore. Dans toutes les adrersités rares et subites, la source la plus féconde en consolations, c’est la foi religieuse ; elle fait mieux que de nous écarter avec tendresse et douceur de ce qui nous désole, elle nous élève au-dessus de toutes les adversités. Sans doute nous pleurons encore ceux que nous avons perdus, mais ce n’est pas un désespoir qui abat, c’est un souvenir qui purifie.
Consolation se dit aussi d’un véritable sujet de satisfaction et de joie : c’est une grande consolation pour un père de voir ses enfants se porter au bien. Ce mot s’applique également aux discours, aux raisons qu’on emploie pour consoler quelqu'un, et dans ce sens il s'emploie souvent au pluriel : les consolations de l'amitié; les consolations spirituelles. 11 se dit encore quelquefois de la chose ou de la personne même qui console : la philosophie est la consolation des infortunés; Dieu est la consolation du pécheur.
Consolation, à certains jeux de cartes, est un tribut que paye le joueur qui a demandé à jouer et qui perd. On dit dans ce sens une fiche de consolation. C’est de:plus, au figuré, un dédommagement de quelque perte, un adoucissement à quelque disgrâce : pour un homme ruiné un héritage est une fiche de consolation; Dans le langage trivial, on appelle débits de consolation ces boutiques de liquoristes où les gens du petit peuple vont détruire leur santé, perdre leur raison et dépraver leurs mœurs. La liberté, dit-on, exige que l’on tolère .ces. établissements que la morale réprouve. C'est là que ; dans les grandes villes, les classes ouvrières puisent cet abrutissement qu’on leur reproche, Les éconoinistes, les philanthropes et les orateurs de tribune s’agitent beaucoup de notre temps pour améliorer, disent-ils, la condition physique du peuple; c’est bien, sans doute : ce qui serait pourtant mieux encore, ce serait de parvenir à lui enlever quelques-uns de ses vices; mais il n’y aurait là qu'une œuvre modeste et silencieuse, et nos philanfhropes aiment le bruit : ils brochent des livres sur les misères des pauvres; ces livres, il les font louer à son de trompe, ils obtiennent des places, roulent dans des équipages, et le sort du peuple est amélioré! ! SAINT-PROSPER.
CONSOLE, en architecture, est un corps en saillie qui soutient des vases, des statues, des tablettes de cheminées. On en fait en bois, en pierre et même en fer; le plus souvent leur profil a beaucoup de rapport avec la lettre S. Il y a des consoles qui ont assez de saillie et de consistance pour por er un balcon ou une galerie étroite.
Console est aussi le nom d'un meuble, plus ou moins riche, qui se place d'ordinaire au-dessous d’une glace.
CONSOLIDANTS, Dans l’ancienne médecine, on donpail ce nom à des médicaments qui avaient pour but de consolider le travail de la nature à la fin du traitement des plaies, des ulcères, des entorses, des luxations, des fractures. Les toniques, les liqueurs spiritueuses aromatiques, différents vins rendus amers, aromatiques ou astringents, des décoctions plus ou moins fortes de ces mêmes substances, éta ent les moyens pharmaceutiques mis en œuvre pour obtenir cette consolidation des cicatrices; moyens qu'on néglige généralement aujourd'hui.
CONSOLIDATION, l’action d’affermir ce qui a été violemment ébranlé. Les victoires changent la destinée des peuples; niais ce n’est qué pour un moment; elles ne valenten définitive que si elles fortifient l'État en lui donnant unenouvelle consolidation, Les sociétés ne sont pas faites que
CONSOLATION — CONSOLS
pour vivre glorieusement une époque, mais pour frav les siècles ; et elles ne remplissent cette condition , lentille qu’en ajoutant de nouvelles garanties à la consolid ation qui existe déjà; c’est donc un crime de sacrifier cette dernière à des succès personnels, et c’est par Tà que les conquéranits se font maudire du pays qui les a vus naïtre. Les législateurs eux-mêmes sont coupables quand ils échangent contre de prétendues théories dépourvues de la certitude des faits accomplis la consolidation générale : c’est jouer sur un seul coup de dé le présent et l'avenir. On n'a jamais tant soif . de fixité et de durée qu’à la suite de ces révolutions qui échouent après avoir déplacé tout, hommes et choses; on repousse avec effroi des espérances pour lesquelles on aurait mille fois jadis risqué sa vie; on a été trompé, on s’ancre à ce quies{; on s’en déguise les imperfections ; on les souffre même avec une sorte de joie, parce qu’on est convaincu qu’on se préserve du retour d'anciennes adversités. Tel est le fond de résignation et de patience que les révolulions qui ont fait fausse route, impriment aux masses; maïs au milieu d’elles sont mêlés des hommes qui sont convaincus que, si on n’a pas réussi, c'est que l’essai a été mal fait ; ils en réclament en conséquence une répétition. Leur vœu est repoussé; on va plus loin, on déclare leurs intentions criminelles; alors ces mêmes hommes, au milieu desquels se glissent des ambitieux, des fripons et des sophistes, en appellent à la force ; mais ils succombent, parce qu’ils ont,contre eux la puissance de l’opinion publique, et que, dans des entreprises semblables, on ne fait rien qu’en marchant derrièreelle, Qu’advient-il, en définitive? que le pouvoir, quiporte . en lui l'instinct de la consolidation, se trouve tout à coup fortifié de la volonté générale qui sympathise avec lui; et de cette coalition de la force et de la peur la transition à la tyrannie est rapide. SAINT-PROSPER.
En médecine, consolidation se dit de l’action par laquelle une plaie se cicatrise ( voyez CIcATRICE ), ou des os fracturés se réunissent ( voyez FRAGTURE ) Il se dit figurément de Pacte par lequel une dettepublique est consolidée (voyez, Coxsorinés[Fonds]). Enfin, en jurisprudence, c’est laréunion. de deux qualités sur la même tête : ainsi l'usufruit joint à la propriété dans les mêmes mains opère une consolidation, laquelle éteint Pu su fruit.
CONSOLIDÉS (Fonds). Quand la dette publique d'un État a subi une reconstitution par suite de laquelle de nouvelles taxes, de nouvelles garanties ont été assignées à l'ensemble ou aux diverses parties d'obligations dont elle se compose , l'usage est d'appeler ce remaniement de la dette consolidation, de désigner la dette ainsi reconstituée sous la dénomination de delle consolidée , et les nouvelles obligations qui la représentent, sous celle de fonds consolidés : tel fut en l’an vi le liers consolidé en France. Il arrive quelquefois qu’on divise la dette en consolidée (c’est-à-dire portant intérêt) eten différée, laquelle provisoirement ne porte point intérêt et n’arrive que successivement à être comprise dans la première à mesure que l’amortissement ie permet. C’est ainsi que la loi nouvelle qui, en 1851, a régularisé la dette publique de l'Espagne, la diviseen consolidée (à 3 p.100 d'intérêt) et en différée. C'est de même encore qu’à la fin le 1849 toute la dette de la Sicile fut déclarée dette consoidée (à 5 p. (00).
CONSOLS ( abréviation des mots consolidated annui- Lies, c’est-à-dire rentes consolidées ). C’est le nom sous lequel on désigne généralement en Angleterre les obligations d'une caisse d'amortissement créée en 1751 par la réunion de divers fonds autrefois distincts et portant intérêt à 5 p, 100, qui forme la plus importante partie de la dette publique de ce pays; obligations dans lesquelles ont lieu le plus généralement les émissions de titres représentant les dettes nouvelles autorisées par la législature, Quand on parle de fonds anglais sans en spécifier la nature particulière, il s'agit … toujours des consolidés où consols à 3 p. 100; fonds que
CONSOLS — CONSOMMATION
jes spéculateurs choisissent toujours pour leurs opérations, . parce que c’est de tous celui qui est le plus impressionnable aux moindres oscillations politiques ou financières. A Pori- gine ce fonds constituait une dette nationale de 9,137,821 iv. st. (308,445,525 fr.); en 1890 il s'élevait au chiffre de 374,313,347 liv. st. (9,357,883,675 fr. ).
CONSOMMATION, CONSOMMATEUR. Le consommateur c'est celui qui détruit la valeur d'un produit,
- soit pour en produire un autre, soit pour satisfaire ses goûts ou ses besoins. Tout le monde est consommateur, parce que nul ne peut vivre sans consommer ; par conséquent, l'intérêt du consommateur est l'intérêt général. Quand les objets de consommation sont à meilleur marché, ce que le consommateur épargne sur leur prix peut être appliqué à un autre objet; il peut satisfaire plus de besoins; il est plus riche, ou, si l’on veut, moins pauvre. Il est plus pauvre ou moins riche, relativement à un objet de sa consommation, lorsque cet objet renchérit. Un peuple tout entier devient plus riche par rapport à un objet de consommation, quand cet objet peut être acquis à moins de frais, et vice versa. L'objet est acquis à moins de frais lorsque Pindustrie, dans ses progrès, parvient à tirer plus de produits des mêmes moyens de production.
Consommer, nous Pavons dit, c’est détruire la valeur d’une chose ou une portion de cette valeur, en détruisant l'utilité qu’elle avait ou seulement une portion de cette utilité. L’ufilité est ici la faculté qu’a une chose de pouvoir servir à un usage quelconque. On ne saurait consommer une valeur qui ne saurait être détruite. Ainsi, l’on peut consommer le service d’une industrie, et non pas la facullé industrielle qui a rendu ce service; le service d’un terrain, mais non le terrain lui-même. Une journée de travail empluyée a été consommée, puisqu'elle ne peut plus être employée de nouveau ; mais le talent de l’ouvrier n’a pu être consommé, même en partie. Le service du terrain pendant une année a été consommé , car le même terrain ne peut plus servir cette même année; mais le terrain lui-même peut servir éternellement ; on ne peut donc pas dire qu’il se consomme. La faculté industrielle est cependant consommée par la mort de celui qui la possède, puisqu'elle ne peut plus servir au delà. Une valeur ne peut être consommée deux fois ; car dire qu’elle est consommée, c’est dire qu’elle n'existe plus. Tout ce qui se produit se consomme; par conséquent toute valeur créée est détruite, et n’a été créée que vour être détruite. Comment dès lors se font les accumuations de valeurs dont se composent les capitaux? Elles se font par la reproduction , sous une autre forme, de la va- -eur consommée , lellement que la valeur capitale se perpétue en changeant de forme,
Il y a donc deux sortes de consommations : 1° la consommation reproductive, qui détruit une valeur, pour la “emplacer par uneautre ; 2° laconsommation improductive, qui détruit la valeur consommée, sans remplacement. La première est une destruction de valeurs d’où il résulte d’au-
res valeurs inférieures, égales ou supérieures à la valeur détruite. Quand elles sont inférieures, la consommation n’est reproductive que jusqu’à concurrence de la valeur reproduite. La valeur détruite comprend la valeur des services productifs qu'on a consommés pour produire. La consommation improductive est une destruction de valeurs qui n’a d'autre compensation que la jouissance qu’elle procure au consommateur. Lorsqu'on se sert du mot de consommation sans rien spécifier, on entend communément celle qui est improductive. Un capital, n'étant qu’une accumulation fe valeurs produites, peut être consommé en entier, productivement ou non. Un capital productif est même nécessairement consommé , car il ne peut servir à la production que par l’usage qu’on fait de lui.
De même que l’on peut considérer la preduction comme
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recevoir des produits, on peut considérer la consommation comme un autre échange, où l'on donne des produits porm recevoir en retour d’autres produits, si la consommation est reprodue#ve, ou bien des jouissances , si la consommation est improductive. On éprouve une perte dans le premier cas quand le produit créé ne vaut pas le produit consommé; dans le second cas, quand la jouissance n'est pas un dédommagement suffisant du sacrifice que l’on a fait pour l'obtenir. On est pléinement dédommagé quand le produit créé ne vaut que juste le produit consommé, parce que du moment que l'entrepreneur d'industrie rentre dans son avance purement et simplement, les profits sont payés. Le payement de ces profits par l'entrepreneur est précisément ce qui constitue ses avances.
La consommation annuelle d’une famille, d’une nation, est la somme des valeurs qu’elles ont consommées dans le courant d’une année, Elle n’a rien de commun avec la somme de leurs capitaux, et l’excède toujours de beaucoup , parce qu’elle embrasse , outre la consommation improductive des revenus, la consommation reproductive des capitaux, souvent répétée plusieurs fois dans la même année. Quelques valeurs capitales, il est vrai, ne sont pas entièrement consommées dans l’espace d’une année, comme les bâtiments, les instruments durables ; mais la plus grande partie des capitaux se consomme ct se reproduit plusieurs fois pendant le même espace de temps. Un boulanger consomme une partie de son capital en chauffant son four ; maïs cette portion de capital est reproduite dès le même jour, et se retrouve dans la valeur du pain. Voilà donc une portion d’un même capital consommée et reproduite 365 fois par an ; la consommaticn annuelle de cette portion de capital l’'excède dans la proportion de 365 à f.
Les consommations publiques sont celles qui sont faites par le public, ou pour le service du public. Les consom: mations privées sont celles qui sont faites par les particuliers ou par les familles. Les unes et les autres sont absoluntent de même nature. Elles ne peuvent avoir d’autre but qu’une reproduction de valeurs ou bien une jouissance pour le consommateur. Sauf ces deux résultats, toute consommation est un mal contraire au bien qui résulte d’une production : celle-ci est la création d’un moyen de bonheur ; la consommation est la destruction d’un moyen de bonheur.
11 faut comprendre dans la consommation d’une nation la totalité des valeurs qu’elle consomme, productivement ou non, et par conséquent les valeurs qu’elle envoie à l’étranger ; et dans ses productions, les valeurs qu’elle en recoit ; de même que l'on comprend dans ses consommations la valeur de la laine qu’elle emploie à faire du drap, et dans ses productions la valeur totale des draps qui en résultent, Pour résumer nos idées sur ce sujet par une image qui saisisse vivement les esprits, nous dirons que la consommalion ressemble à une pyramide, dont la largeur représente le nombre des consommateurs ou l'étendue de la demande, et dont la hauteur représente le prix de la denrée. Le prix, ou la hauteur, ne s'élève jamais qu'aux dépens de la demande, ou de la largeur. JEPFSAYE
A parler rigoureusement, tout ce qui se consomme a cessé d'exister, et tout ce qui sert à la production subsiste sous une nouvelle forme ou est appliqué à un nouvel emploi : on se sert d’une matière première, on en fait usage, on Ja transforme , on ne la consomme pas. En économie politique. l'importance véritable de la consommation, ou des con sommations, c’est leur influence sur l’aisance générale et sur le bonheur d’un peuple. La faculté de consommer beaucoup et de consommer une grande variété de produits est sans contredit un signe d’aisance. Mais pour devenir un symptôme d’aisance générale, il faut que cette faculté existe avec une égalité proportionnelle dans toutes les classes d’une nation. Quand on comptait en France sen£ millions de
un échange, où l'on donne des service, productifs pour | pauvres, Sur vingt-quatre millions d'habitants, seu importaif
pour l’aisance générale et le bonheur du pays l'étendue des } consommations des riches. Lorsque partout le malheureux cultivateur, écrasé sous le poids des corvées, de la taille et d’une multitude de redevances seigneuriales, subsistait à peine avec sa famille; quand dans beaucoup de provinces il était réduit à vivre de mauvais pain noir, de soupe à l'huile, d’ail et d'oignons, quel bien pouvait-il résulter pour lui du progrès de la consommation des objets du luxe français ou des marchandises de l'Angleterre?
Cette exubérance de consommation est immense en Angleterre. Qu’en résulte-t-il pour le bien-être national, sisur vingt-deux millions d'habitants quinze à seize millions au moins sont sans propriété, et si ces masses, réduites à vivre de leur industrie, et trop souvent d'industrie, sont sans cesse exposées à réclamer de la taxe des pauvres des secours presque toujours insuffisants pour arracher leurs familles à la misère? Ici se présente la question si vivement ef si longtemps débattue : « La consommation suffit-elle toujours à la production, ou bien y a-t-il toujours assez de consommateurs pour répondre à l’'empressement des producteurs et absurber les marchandises que l’amour et le besoin du gain se hâtent de jeter sur le marché? Poser la question, c’est, à notre avis, la résoudre : trop de mécomptes de la part des peuples et des individus onl assez prouvé, ce nous semble, qu’il n’est pas aussi facile de trouver des débouchés certains que de créer des produits. 11 faut toujours qu'un atelier travaille pour qu’on ne soit pas foïcé de le fermer, et l’on ne trouve pas toujours des besoins à satisfaire et des pays en état d’acheter, c’est-à-dire d'échanger contre vos produits des denrées que vous désiriez vous-mêmes. C’est ce que Sismondi nous paraît avoir démontré contre J.-B. Say.