CONSTABLE — CONSTANCE
du pouvoir exécutif en Angleterre, ce ne sont pas des ofli-
ciers de justice, comme les anciens chefs de commune, mais
les agents inférieurs de la puissance exécutive. Ils sont investis d’une autorité propre et indépendante, et chargés, en cas d'urgence, de rétablir la tranquillité et d'arrêter les
criminels en flagrant délit ; deux actes pour lesquels ils sont
tenus de produire le double signe caractéristique de leurs fonctiôns : le long bâton (un bâton de bois de 1 mètre à 1 m. 33 c. de long, de 16 à 17 millimètres ‘d'épaisseur, surmonté à son extrémité des armoiries royales), et le petit bâton (en laiton, de 10 à 11 millimètres de long, surmonté d’une couronne royale). Ils sont en outre tenus de prêter main forte à l'exécution des ordonnances rendues par les juges de paix, leurs chefs immédiats. Leurs fonctions sont honorifiques et non point viagères. Ils sont élus chaque année, ordinairement par les communes, mais souvent aussi par les mandataires des grands propriétaires fonciers, par
les anciens des églises ou encore par les juges de paix, sui-
vant les usages en vigueur dans les différentes localités. Quand ce choix tombe sur un homme aisé, il se fait ordinairement remplacer par un depul{y-constable, des actes duquel il demeure personnellement responsable, quand celuici n’a pas été formellement accepté comme constable et n’a point prêté serment en cette qualité. Divers fonctionnaires publies et plusieurs classes de citoyens sont exempts de ce service, par exemple : les avocats, les médecins, les chirurgiens , les prêtres, etc., et même autrefois ceux qui, en recompense de l'arrestation de quelque voleur de grand chemin, faux-monnayeur, etc., avaient été exemptés de l’obligation de remplir les fonctions de la paroisse. En cas d'urgence, tout citoyen peut aussi être requis de remplir les fonctions de special constable. Cette institution tient lieu alors de garde nationale, dont les membres, quoique porteurs simplement d’un petit bâton, ont pu, tant le respect pour les dépositaires du pouvoir de la loi est profond chez le peuple anglais, rendre les plus utiles services à l'ordre dans un grand nombre d'occurrences, notamment lors de la grande démonstration chartiste du 10 avril 1848. On se rappelle que Louis-Napoléon, qui se trouvait alors à Londres, s’enrô a à cette occasion dans les special conslables ; acte de sa pie qui à été diverseiment jugé. Endécembre 1867, le ministère auglais eut de nouveau recours à cette mesure pour maintenir l'ordre contre une démonstration menaçante des fenians. Il y eut 30,000 enrôlés volontaires,
Lors de la réorganisation de la police de Londres opérée par Robert Peel en 1829, les anciens constables de cette <apitale furent supprimés eb remplacés par cinq compagnies de police-constables ou policemen, réparties entre les cinq arrondissements de police de la ville, et composées chacune d'un inspecteur en chef, de quatre sous-inspecteurs, de seize sergents, et de cent quarante‘quatre constables.
On donnaït aussi autrefois le nom de constables aux artilleurs chargés du service des pièces ; et cette dénomination est même encore en usage aujourd’hui dans quelques armées. A bord des vaisseaux de guerre anglais, les chefs de pièce sont appelés constables, et l'officier chargé du commandement de toute l'artillerie d’un vaisseau porte le titre de grand-constable
CONSTANCE, qualité de l'âme, qui consiste à ne point varier dans ses affections, dans ses opinions ou dans ses goûts, à rester fidèle aux sages résolutions qu'on a formées, à une noble tâche qu'on a entreprise. L'étymologie de ce mot est trop conforme à sa signification pour ne pas le remarquer ici. Constantia vient de séare cum, ct par ces mots on entend demeurer ferme dans la même voie, ne pas se démentir, rester le même. La constance suppose toujours de nobles sentiments, de louables intentions, un but honorable. Aussi pourrait-on la définir encore : là persistance de l'âme dans le bien, S'il s’agit en effet d’un goût ridicule, d’une passion coupable, d’un but dés snnôte, on dira o bs-
tination, aveuglement fatal, fol entétement, coupable persévérance, nature incorrigible, etc. C’est ce qui a lait mettre la constance au premier rang des vertus. La constance est assurément dans certains cas une vertu et la” plus précieuse de toutes; mais elle n'en est pas toujours une, quand, par exemple, elle est relative aux goûts, aux affections, quand elle n’a pas d'obstacles à vaincre, quand elle wa qu’à suivre l'impulsion donnée par la nature
11 peut ÿ avoir dans la constance de la fermeté, de la patience, de la persévérance, du courage; mais il y a encore autre chose que tout cela. La ferme té indique prin cipalement une force de résistance ; la constance a souvent besoin de résister, mais elle marche aussi parce qu’elle a un but qu'elle ne cesse de poursuivre. La p a lien ce consiste à supporter le mal sans se plaindre et à attendre; la constance, quoique toujours patiente, ne supporte pas le mal, comme la patience, dans la vue seule d’être résignée, maïs parce que rien ne peut l'arrêter dans sa route et lui faire perdre courage. La persévérance, sous un certain rapport, se rapproche plus de la constance; elle en diffère cependant en ce que son rôle est exclusivement actif, et consiste uniquement à poursuivre un but à travers tous les obstacles. La constance n’est pas toujours active, comme on le verra ; et de plus la persévérance peut se prendre en mauvaise part. On dira une persévérance conpable, persévérer dans le mal; on ne pourra en dire autant de la constance. Le courage consiste à ne point reculer devant une difficulté, à déployer contre elle toute son énergie et à braver tous les périls; mais l'idée de courage implique surtout celle d'énergie déployée pour affronter un danger quelconque, pour surmonter un obstacle, quel qu’il soït. La constance diffère du courage en ce que son action est plus sou: tenue, et en ce qu’elle voit souvent plus loin que lui. On peut avoir du courage accidentellement, dans certaines occasions. Pour mériter le nom de courageux, il suffit de faire preuve de force et de bravoure dans une circonstance, d’atfaquer avec vivacité et de vaincre un seul obstacle ; on n’a pas besoïn d'avoir montré de la constance. La constance est un courage continu. De plus, le courage peut n’avoir d'autre but que celui de vaincre la difficulté. C’est à elle qu’il s'adresse avant tout. Quelquefois il est aveugle, c’est-à-dire qu’il ne sait pas Ce qu’il fera quand il aura triomphé. La constance ne lutte contre les difficultés que pour atteindre un but qu’elle s'est proposé d’avance. Il y a toujours en elle quelque chose de plus intelligent, il y a une pensée poursuivie avec vigueur et sagesse. Ce qui différencie essentiellement la constance des qualités analogues que nous venons de comparer avec elle, c’est qu’elle est infiniment plus large et qu’elle se présente, pour ainsi dire, à deux états bien distincts , l’état passif et l’état actif, La constance est passive quand elle s'applique aux opinions, aux affections, aux goûts. L'âme ne fait alors aucun effort, elle persiste seulement dans ses premiers penchants; elle ne se propose pas de but, à proprement parler : elle reste fidèle à un état qui lui plat:. La constance devient active lorsqu’il s’agit d’une tâche honorable à remplir, d’une entreprise glorieuse à poursuivre. Alors elle résume en elle la patiente, la fermeté, le courage, la persévérance ; elle marche à sa fin à travers les obstacles, les dégoûts, les périls, les combats, ne recule jamais, ef sait mourir plutôt que de céder la victoire.
La constance est le propre des belles âmes. La constance dans les goûts prouve une âme qui sait apprécier le beau, et qui s'attache à suivre un noble instinct que la nature a mis en elle. La constance dans les opinions prouve un esprit consciencieux , Solide, dont les croyances sont appuyées sur des principes sacrés à ses yeux , et à qui aucune considération humaine ne peut faire perdre un instant de vue ce qu'il croit être la vérité. La constance dans les affections prouve un cœur dont les sentiments sont vrais, profonds et bien placés. L'inconstance suppose une Ame
légère et frivole, qui n’aime pas longtemps, parce qu’elle n’a pas véritablement aimé. Une affection véritable pousse de profondes racines, et ne saurait s’arracher du cœur de si tôt. La constance suppose une âme, qui a su choisir pour l'objet de son affection une autre âme à laquelle elle est unie par les liens d’une étroite et profonde sympathie. Elle suppose un cœur droit et sincère, qui se donne tout entier et sans retour. Elle franchit même par la pensée les limites étroites de cette vie; ses serments et ses espérances vont au delà du tombeau; elle est sur la terre la vivante image de cet amour céleste qui doit unir dans l'éternité les âmes à leur divin auteur. La constance dans la pratique de la vie prend un caractère plus grand encore , celui de vertu, et, il faut le dire, ici c’est la vertu à son plus haut degré et dans toute sa gloire. Un grand poëte ( Horace ) n’a pas su mieux définir l’homme vertueux qu’en l'appelant justum et tenacem proposili virum. C’est qu’en effet il ne suffit pas à homme, pour accomplir sa tâche ici-bas, de quelques efforts, de quelques actes de courage. En butte aux continuelles attaques de ses passions, il faut qu’il veille, il faut qu’il lutte avec force contre le sommeil, auquel à chaque instant il est près de succomber. Environné de piéges et d'obstacles, il faut pour échapper aux uns une vigilance assidue, pour surmonter les autres une âme que rien ne décourage et n’épouvante. Ce n’est donc qu’en multipliant ses efforts, en soutenant chaque jour de nouveaux combats, en opposant une énergie nouvelle à des ennemis sans cesse renaissants, en un mot, ce n’est que par la constance qu’il pourra triompher des forces conjurées et sortir victorieux de cette rude épreuve. .- C.-M. PAFFE,
CONSTANCE ( en allemand Konstanz ou Kostnitz), ville du grand-duché de Bade, sur les bords du lac de Constance, là où le Rhin établit une communication entre 1e lac
supérieur ef le lac inférieur, est en partie fortifiée, eteompte environ 9,000 habitants. Un ponf, décoré de 4 statues co- Jossalss, relie la ville au faubourg de Petershausen, situé de l’autre côté du Rhin. Les édifices les plus remarquables sont le palais épiscopal et la cathédrale, deux beaux monuments de l’art gothique. La ville possède ua lycée, mais elle est fort triste et inanimée en raison de absence de tout commerce et de toute industrie de quelque importance, Des voies de fer la relient à Fribourg et à Bâle,
Aulrefois ville impériale, Constance, pour n'avoir pas adhéré à linterim en 1548, fut mise au ban de l'Empire, dépouillée de ses priviléges et donnée par l'empereur Charles-Quint à son frère Ferdinand, Dès lors elle demeura à Ja maison d'Autriche jusqu’en 1805, époque où celle-ci la céda au grand-duché de Bade. Un évêché y fut fondé de trèsbonne heure; il comprenait un territoire de 12 myriamètres carrés, avec une population de 55,000 âmes. L'évèque était prince de PEmpire, et résidait tantôt à Petershausen , et tantôt à Mœskirch.
Constance est surtout célèbre dans l’histoire par le concile qui se tint dans ses murs de 1414 à 1418. On montre encore aujourd'hui à Constance la grande salle où se réunissaïent les Pères du concile, et qui sert aujourd'hui de marché; la maison où Jean Huss fut fait prisonnier, son cachot dans le couvent des dominicains , transformé maintenant en fabrique; et dans la cathédrale une plaque de cuivre indique l'endroit où il lui fut fait lecture de l’arrêt qui le condarmnait à la mort.
CONSTANCE (Concile de). Depuis plus de trentecinq ans le schisme désolait l'Église romaine; l'Europe, incertaine, se partageait entre les pontifes qui semblaient se
itiplier sur le siâge de saint Pierre, En vain, en 1409,
concile de Pise avan #ssayé de rétablir l'unité en déposant les deux papes Benoît XIII (Pierre de Luna) et Grégoire XII /Ange Corario). Alexandre V, quil Leur supstitua, ne fut qu'un compétiteur de plus. L'assemblée de Pise, en se séparant, avait reconnu la nécessité d’un
CONSTANCE
concile; Jean X XIII, successeur d'Alexandre V, de concert avec l’empereur Sigismond, le convoqua à Constance pour le mois de novembre 1414. En approchant de la ville, avec une suite nombreuse et 600 chevaux, il la compara à une fosse creusée pour prendre les renards. 11 y eut grande affluence d’électeurs, d’évêques , de princes d'Allemagne, de prélats, de comtes, de députés des villes, d'ambassadeurs des rois. On y accourut du fond de la Turquie et de la Russie ; il y vint des mahométans et des idolâtres ; les plus étranges physionomies, les plus singuliers costumes s’y croisaient dans tous les sens ; on y parlait toutes les langues de l'Europe; un moment il y eut 150,000 étrangers et 30,000 chevaux. La France était représentée par Pierre d’Aiïll y, archevêque de Cambrai, et Jean Gerson, chancelier de l’université de Paris. Dès la seconde session Jean XXII renouvela solennellement, comme l’avaient fait tous ses compétiteurs , le serment d’abdiquer lorsqu'ils auraient renoncé à leurs prétentions ; mais dans la même nuit, craignant les suites d’une promesse que, non plus que les autres, il n’avait l'intention de tenir, il s'enfuit à Schafhouse. Arrêté dans cetle ville, il fut ramené à Constance et déposé par le concile; lesurlendemain il envoya son abdication. Grégoire XII en fit autant un mois après. Benoît XIII seul persista dans le schisme.
Appelé pour créer et déposer des papes, le concile ne pouvait manquer de décider en sa faveur la question de suprématie contestée par les souverains pontifes. Il porta dans les sessions IV et V ces fameux décrets qui ont servi de base au deuxième article de la déclaration du clergé de France en 1682, et qui ont fait rejeter par les ultramontains l’œcuménicité même du concile. « L'assemblée déclare, est-il dit dans un de ces décrets, que légitimement réunie au nom du Saint-Esprit, faisant un concile général et représentant l'Église catholique, elle a reçu immédiatement de Jésus- Christ un pouvoir auquel toute personne, de quelque état ou dignité qu’elle soit, méme papale, est tenue d’obéir, en ce qui regarde la foi, l’extirpation du schisme et la réforme de l'Église dans son chef et dans ses membres. » Plus loin sont portées des peines pour quiconque, dignilatis etiam papalis, refusera d'obéir aux décrets du concile.
Dans le même temps, un recteur de l’université de Prague, Jean Huss, renouvelant les erreurs de Wiclef, soulevait la Bohême par des déclamations fanatiques ; il prêchait ouvertement la révolte, enseignant, entre autres erreurs, qu’un prince vicieux est déchu de son autorité, qu’on peut refuser-de lui obéir, etc. Condamné comme hérétique par l’archevêque de Prague, poursuivi comme séditieux par le roi de Bohème, Jean Huss en appela aû concile, et obtint de l'empereur Sigismond un sauf-conduit pour se rendre à Constance et s’y défendre en personne. Sa doctrine, déjà examinée dans la huitième session, fut revue de nouveau et condamnée dans trois autres. Jean Huss, opiniâtre, fut dégradé et abandonné au pouvoir séculier. Livré par l’empereur au magistrat de Constance, il fut jugé, condamné et brûlé vif, au mois de juillet 1415. Jérôme de Prague, son disciple, qui avait abjuré ses erreurs, désavoua sa rétractation, et subit le sort de son maître, environ un an après.
Dans la même session, le célèbre Gerson déféra au concile les maximes d’un certain J, Petit, doctenr en Sorbonne, qui pour justifier le meurtre du duc d'Orléans, assassiné en 1407 par l’ordre de Jean Sans Peur, avait osé publier et soutenir que le meurtre d’un tyran est un acte non-seulement permis, mais encore digne de louange. II est inutile de dire que cette apologie du régicide fut unanimement condamnée. Le nom du duc de Bourgogne put seul protéger la mémoire de l’anteur.
J1 était temps, après plus de deux ans de vacance, de donner un successeur aux papes déposés : on s’en occupa dans la quarante et unième session. Une députation des Pères vint concourir avec les cardinaux à l'élection d'Othon Colonne qui prit le nom de Martin V. Ce pontife préside
CONSTANCE
aux dernières sessions du concile, en approuva les décrets et en fit la clôture au mois d'avril 1418.
- Plus heureux que celui de Pise, le concile dé Constance mit fin au schisme d'Occident. L'obstination de Pierre de Luna, dont l’église se ecmposait de deux cardinaux et de ses domestiques , la boutade du roi d'Aragon, qui voulut lui donner un successeur, furent plutôt ridicules que dangereuses,
L'abbé C. BANDEVILLE.
CONSTANCE (Lac de), en allemand Bodensee, ou Bodmansee (nom dérivé du vieux château de Bodman), le Lacus Brigantinus des Romains, l’un de ces lacs remarquables, traversés par des fleuves, qu’on rencontre au nord des Alpes, est en partie formé par le Rhin, par 47° 35° de latitude nord, et 27° 5’ de longitude est, et réunit sur les confins de la Suisse et de l'Allemagne les territoires de cinq États différents, car ses rivages touchent au grand-duché de Bade, au Wurtemberg, à la Bavière, à l'Autriche par le Tyrol, et à la Suisse par les cantons de Saint-Gall et de Thurgovie. L'étymologie suivant laquelle la dénomination de Bodensee dériverait d’un vieux mot allemand Bodan, signifiant profondeur, n’est guère soutenable, attendu que tous les lacs de la Suisse sont appelés du nom de l’endroit principal qu’on trouve sur leurs rives, et qu’à l’extrémité nordouest de celui-ci existent encore les ruines du vieux château carlovingien de Bodman. C'est aussi par ce motif qu’on donne à ce lac tantôt le nom de Zac de Constance, cette ville se trouvant située à l'issue nord-ouest du Rhin, tantôt celui de Zac de Bregens, à cause de la ville de Bregenz, située à son angle sud- est. La dénomination de mer de Souabe appartient au langage poétique, Le lac de Constance a 19 myriamètres de circuit, 6 myr. dans sa plus grande longueur, {5 kilom. dans sa plus grande largeur; et sa superperficie est 407 kilomètres carrés. Après le lac de Genève, z'est le plus grand des lacs de la Suisse et de l’Allemagne. Sa partie nord-ouest, la plus rétrécie de toutes, porte la dénomination particulière de Zac d’'Uberlingen, en raison de la ville du même nom qui s’y trouve située ; mais C’est à tort que l’on comprend, sous le nom de ac inférieur, dans le Bodensee,qualifié alors de Zac supérieur, le petit lac particulier situé entre Constance et Stein, avec l’ile de Reichenau.
Le niveau du lac de Constance, suivant les calculs de l'ingénieur Walker, est à 440 mètres 66 centimètres au-dessus de celui de l'océan, et sa plus grande profondeur, située entre Friedrichshafen, Romanshorn et Rorschach, est évaluée à 292 mètres. Indépendamment du Rhin, qui s’y jette, à une lieue au-dessous de Rheineck, un grand nombre d’autres cours d’eau, de moindre importance, viennent également s'y déverser. Du côté de la Suisse, il ne reçoit que quelques ruisseaux insignifiants.
Ce lac, connu déjà des Romains au temps d’Auguste, et que des châteaux-forts protégeaient alors contreles Allemands et les Rhétiens, s’étendait incontestablement autrefois bien davantage au sud, où les terres d’alluvion entrainées par le Rhin et les autres rivières dans leur cours lont à la longue rétréci. Au quatrième siècle encore le lac venait jusqu’à Rheineck, tandis qu’aujourd’hui il en est éloigné de plus d’une lieue; et ect intervalle est couvert de roseaux et entrecoupé dans toutes les directions de fossés et de canaux. Les rives du lac, qui ne sont hautes et escarpées que sur un trèspetit nombre de points, offrent partout une succession de montagnes et de collines, et à embouchure du Rhin, du Schussen et de la Stockach, on y frouve quelques plaines assez basses. De riants vergers, des vignes, de riches champs de blé, de luxuriantes prairies et de majestucuses forêts ceignent tous les rivages. Au sud, on voit les Alpes s'élever par échelons jusqu’à la région des neiges éternelles; au nord-ouest, la rive est couverte de châteaux, de maisons de plaisance et de cabanes de pêcheurs, dans les positions les plus pittoresques. Des vil'ages remarquables par leur extrême propreté et des villes de l'aspect le plus charmant,
DICT. DE LA CONVERS. — T,. YI
très-rapprochés les uns des autres, se mirent dans les eaux de ce lac enchanteur. A l’entrée du lac d’Uberlingen, on trouve la ravissante île de Meinau, et au sud-est Lindan, la Venise de la Souabe, construite sur trois iles, et rattachée à la terre ferme par un pont.
Après Lindau, qui appartient à la Bavière, les localités les plus importantes du lac de Constance sont Bregenz en Tyrol, Rorschach dans le canton de Saint-Gall, et Arbon dans celui d’Argovie, Constance, Uberlingen et Morsburg, appartenant au grand-duché de Bade, et en Wurtemberg Friedrichshafen et Langenargen. L'eau du lac est vert foncé et très-limpide. A l’époque de la fonte des neiges, elle s'élève parfois tout à coup de trois à quatre mètres, et les vents du sud, du nord-ouest et de l’est l’agitent souvent violemment. Un phénomène qu'aucune cause extérieure visible n’explique est celui de l’exhaussement ou de l’abaissement subit qu’éprouve ce lac; phénomène auquel on à donné sur les lieux mêmes le nom de Ruhss. Au total, cependant, on doit dire du lac de Constance, comme de tous les autres lacs des Alpes, qu'il sert à recevoir et à calmer des masses d’eau qui y arrivent furieuses et qui en sortent tranquilles et comme clarifiées.
Il arrive fort rarement que le lac de Constance gèle , et ce n’est que dans des hivers d’une rigueur extrême, tels que ceux de 1435, 1573, 1648, 1695, 1830 et 1841 qu'on a pu le traverser à pied. Il a depuis longtemps déjà servi de but aux explorations d’un grand nombre de naturalistes, qui y ont reconnu soixante espèces différentes d'oiseaux aquatiques et de marais, vingt-six espèces de poissons, notamment des saumons, des truites saumonées, efc., ainsi qu'un grand nombre de coquillages. Le commerce et la navigation, en raison même des dangers et des difficultés particulières qu’y présente celle-ci, y sont peu actifs; mais la navigation à vapeur, qu’on y a introduite depuis 1824, a singulièrement contribué à donner un vif mouvement aux exportations de grain, de selet de vin. Les plus grandes barques ne chargent pas au delà de 3,000 quintaux. Un chewin de fer récemment établi entre Friedrichshausen, Ulm, Stuttgard et Heilbronn, n’a fait qu'améliorer encore cet état de choses. Depuis 1862 le lac est traversé par un câble télégraphique qui relie la Suisse à la Bavière.
CONSTANCE (| Vin de ), ainsi nommé parce qu’on Je récolte plus particulièrement sur deux domaines de la colonie du cap de Bonne-Espérance , appelés le Grand et le Petit-Constance, dans une contrée froide et aride voisine du Mont de la Table ( voyez Cap[ Vins du ] ).
CONSTANCE. Deux empereurs romains ont porté ce nom.
CONSTANCE CHLORE (FLavius VarErius ); était fils d’Eutrope, Illyrien d’un sang illustre, et de Claudia, nièce de l’empereur Claude le Gothique. Il naquit en Mœæsie, vers l'an 250. Sa pâleur lui fit donner le surnom de CAlore (du grec xAwp6c, pâle). Il épousa sainte Hélène, dont il eut Constantin le Grand. Son éducation avait été tonte militaire; il s’éleva par degrés au commandement. Dioclétien l’'employa avec succès à repousser les Sarmates ; Maximien , collègue de cet empereur, le fit césar et l’adopta. On lui assigna pour département les Gaules, l'Espagne et Ja Grande Bretagne, ce qui lui donna deux ennemis à combaître, Carausius, qui avait usurpé l’Angleterre, et les Franes, qui s'étaient emparés du pays des Bataves. Au premier il enleva Boulogne, et forçant les autres à se rendre à discrélion, les dispersa sur divers points de la Gaule, releva Autun, détruite vingt-cinq ans auparavant par les Bagaudes, et rétablit son antique école, dont il confia la direction au célèbre orateur Eumène; puis, se rendant maître de la Grande Bretagne, où régnait Allectus, assassin de Carausius , il termina la guerre par une amnistie générale, après plus de neuf ans de révolte. Attaqué , à son retour, par une armée nombreuse d’Allemands, il eut à peine le temps de
se faire hisser dans les murs de Langres à l’aide de cordes, les portes de la ville étant fermées; mais bientôt il fondit à son tour sur ces barbares, et leur tua ou blessa plus de soixante mille hommes.
Dioclétien et Maximien-Hercule, ayant abdiqué en 305, nommèrent Constance et Galère augusles, et Sévère et Maximin-Daza césars. Ils forcèrent les deux premiers à répudier leurs femmes. Dioclétien donna sa fille à Galère ; et Maximien fit épouser à Constance, Théodora, fille de sa femme, dont il eut plusieurs enfants. Constance eut pour lot
es Gaules, l'Italie et l'Afrique. 11 s’y fit chérir par la douceur
et l’équité de son gouvernement , défendit toute persécution contre les chrétiens, et allégea le poids des impôts , préférant, disait-il, laisser les richesses en circulation que de les enfouir dans ses coffres. Il était si éloigné de tout faste, que lorsqu'il lui fallait donner un grand repas, il était obligé d'emprunter l’argenterie de ses amis pour le service de sa table, I] faisait depuis quelque temps la guerre aux Pictes et aux Calédoniens, lorsqu'il succomba à une maladie qui depuis longtemps altérait sa santé : il mourut à York (Eboracum }), en 306, dans les bras de son fils aîné, Constantin, qu’il désigna pour son successeur. Constance- Chlore fut mis au rang des dieux après sa mort.
CONSTANCE JI ( FLavius Jeurus), deuxième fils de Constantin et de Fausta, sa seconde épouse, naquit à Sirmich, en Pannonie, au mois d'août 317. Créé césar dès sa cinquième année, il eut pour lot, dans le partage que fit son père de ses États deux ans avant sa mort, une partie de l'Asie, l'Égypte, la Syrie, la Thrace et Constantinople. Ce fut ce prince qui lui rendit les derniers honneurs ; mais il ne put empêcher, s’il ne l’autorisa pas, la sanglante tragédie qui suivit ses funérailles : les soldats , en proclamant augustes Constance et ses deux frères, Constantin et Consant, massacrèrent leurs cousins, Annibalien et Delmace, qui devaient régner sur une partie de l’empire. Deux frères de Constantin et cinq autres de ses neveux, avec ses principaux courtisans , furent égorgés ; l’attachement qu'on portait à la inémoire et aux fils du grand homme devint l’arrêt de mort de sa famille, de ses favoris, de ses ministres, et l’inexécution de ses volontés nécessita un nouveau partage de l'empire.
Des débats religieux remplirent presque entièrement le règne de Constance, plus occupé de convoquer, dissoudre, soutenir, improuver des conciles, que de défendre sa puissance, entretenir la discipline et repousser ses nombreux enneruis. En guerre avec Sapor, roi de Perse, qui assiégeait Nisibe, il lui fit lever le siége de cette ville, et défit son armée dans une sanglante bataille. Mais, sans cesse ballotté par les vicissitudes de la guerre, tantôt vainqueur, tantôt vaincu, il eut bientôt dans les Allemands et les Francs de nouveaux ennemis à combattre en Occident, et se vit dans la nécessité d’élire césar son neveu Gallus, pour le leur opposer. Son dernier frère Constant avait été massacré par les soldats de Vétranion etde Magnence, qui s'étaient fait proclamer empereurs. Constance marcha contre les deux usurpateurs, soumit le premier, et se vit par le suicide du second paisible sossesseur.de tout l'empire. 11 promulgua alors un grand
ombre de lois et de règlements; mais son caractère faible et soupçonneux le rendit le jouet des délateurs et l'instrunent de leurs vengeances.
Les intrigues, les exactions, les cruautés se multiplièrent. Gallus, qui défendait l'Orient contre les Perses, y exerçait, de son côté , une afireuse tyrannie. Constance le fit arréter, condamner à mort ct exécuter. Son autre neveu, Julien, {rère de ja victime, qu'il avait fait également césar, ne dut la vie qu'aux instances de l’impératriee Eusébie, princesse d'un rare mérite. On lui confia même le gouvernement de la Gaule, de l'Angleterre et de l'Espagne. Maïs ses succès irritèrent Constance, qui lui témoigna tant de mauvais vouloir, que, pour se soustraire aux persécutions dont il était menacé, le jeune prince n'eut d’antre ressource que de se |