‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 274 sur 607 · CONSTANT DE REBECQUE · texte numérisé non relu

CONSTANT DE REBECQUE

morency, de Broglie, deBarante, de Jaucourt, déplut à empereur. Cette franchise d'opinion, ce courage de publicité, firent notifier à M°* de Staël et à Benjamin Constant l'ordre de quitter la France. Ils se réfugièrent en Allemagne. Constant se fixa à Weimar, où Gœthe, Schiller, Wie-

and, lui inspirèrent l’idée de transporter dans la langue française le génie du théâtre allemand, et si Wallenstein n'a pas atteint ce but difficile, on ne saurait nier au moins que l’admirable préface qui précède cet ouvrage n’ait introduit chez nous le goût de la littérature allemande. Les débats que soulevaient ses voyages à Copet donnèrent naissance au roman d’Adolphe, étude ingénieuse du cœur humain, où la finesse des observalions et les charmes du style font oublier l'absence de drame et d’action. La douce et longue paix qu’il dut à un second mariage, contracté avec M€ de Hardenberg, lui inspira le roman de Cécile, épisode d’Adolphe, qui le terminait, comme le calme après l'orage, et qu’il en sépara cependant, en cédant à regret aux conseils de lady Holland, pour ne pas diviser l’intérêt, Il obtint la permission de revenir à Paris, mais il ne put obtenir d’y séjourner ; il retourna donc en Allemagne, et s'établit à Gœttingue. C’est là qu’il termina son ouvrage De la Religion, considérée dans sa source, ses formes et ses développements. Plus tard, il en sépara l’histoire du polythéisme romain, ouvrage posthume, que l’auteur n’a pu ni revoir ni terminer. Mais pour se délasser de ces études sévères, pour se venger du long exil qui l'avait afteint, il se livra à une composition plus frivole, son poëme, Florestan, ou le Sicge de Soissons, en neuf chants, ingénieuse satire, où la politesse du langage et la plus fine ironie éparpillent le ridicule sur la renommée de ses ennemis, de ses adversaires et de ses envieux, mais où Ja colère frappe quelquefois et trop haut et trop fort.

Cependant, la guerre de Russie avait étonné la France de ses désastres, L'Europe à son tour fondait sur nous. C’est alors que B. Constant se lia avec Bernadotte. De retour à Paris en 1814, il espéra voir s’établirg 'e bonne foi et sur une base stable le gouvernement représentatif, ce vœu de toute sa vie. Il lutta d’abord contre les envahissements du pouvoir royal; mais quant à la nécessité de se rallier au pouvoir monarchique, il n’abandonna pas un instant cette idée. Luttant sans cesse pour la liberté, jamais contre le gouvernement établi, il fut toujours couregeusement sur la brèche. Le Journal des Débats lui ouvrit ses colonnes : son premier article est du 21 avril 1814, le dernier du 19 mars 1815. Celui-ci était imprégné de colère contre l’homme qui l'avait deux fois proscrit ; le lendemain cet homme avait reconquis Fempire. Benjamin Constant se retira chez le consul américain , et crut devoir quitter Paris. Rassuré par ses amis, il rentre dans la capitale; l'empereur le fait appeler , et, après une Jongue conversation, Benjamin Constant croit devoir entrer au conseil d'État. Cette conduite a été diversement appréciée; nous nous bornerons à rendre compte des impressions qu'il éprouvait lui-même et qu'il déposail dans le sein de la plus intime et de la plus tendre amitié. Il écrivait le 1° avril 1815: « Il y a quelques jours que je lai écrit, pour te dire combien ma position était tranquille et pour te rassurer complétement sur moi et sur l'avenir de la France, Je ne puis être suspect de partialité pour l'empereur, en rendant à son génie l'hommage qu’on ne peut lui refuser. J'ai fui son empire, parce que je trouvais qu'il ne donnait pas à la France assez de liberté. J’ai tâché de maintenir, autant que les efforts d'un simple citoyen pouvaient y contribuer, les Bourbons sur le trône ; je pensais que leur faiblesse offrait à la liberté une meilleure chance. J'étais décidé à m'éloigner après leur chute, lorsqu'un changement complet de système dans le gouvernement impérial m'a fait concevoir des espérances inattendues. La magie du relour de l’empereur, l’assentiment universel de l'armée, l'adhésion non moins générale de la nation, les principes libéraux qu'il a

proclamés, la manière dont ses adversaires les plus animés sont restés sous ses yeux sans encourir aucune proscription, tout cela a produit dans les esprits une révolution décisive en sa faveur. Il faut donc se bien persuader qu'aujourd'hui la France est unie indissolublement avec lui; l'attaquer serait attaquer la France, et l'étranger sait ce qu'il en coûte. Ainsi, prépare-toi-à venir par la Suisse, si tu ne peux passer par Francfort ; car, soit qu'il y ait guerre , soit qu’il y ait paix, je ne quitte plus la France. » Voilà l'opinion de Benjamin Constant, le sentiment intime qui a dirigé sa conduite, et qui, s’il ouvre un champ à la discussion, doit du moïns imposer silence à la calomnie. L’Ac{e additionnel parut, et les Lettres sur les Cent jours exposent la conduite durant ce règne que 600 hommes commencent sur la grève de Cannes , et qu’une armée finit dans la plaine de Waterloo. La seconde restauration apparaît, et Benjamin Constant se retire en Angleterre. La liste des proscriptions fermée , il

retourne à Paris; il y publie son Traité de la Doctrine po- .

litique, se consacre entièrement à la polémique, écrit dans Le Mercure, La Minerve, La Renommée, Le Courrier, Le Temps, et durant cette longue carrière polémique, à la tête de l’opposition de la presse, toujours plein de courage, toujours sur la brèche, ayant toujours foi dans la liberté, toujours espoir dans l'avenir ; sans joie pour le triomphe et plein de tristesse pour les amertumes, les invectives, les calomnies , dont il était journellement abreuvé, il voyait sa vie s’épuiser, se flétrir et s’éteindre dans cette lutte où l’espèce humaine a toujours perdu des générations et des siècles, mais qui n’a jamais vu succomber la liberté. Sous le titre de Cours de Politique constitutionnelle, il réunit ce qu’il avait déjà publié; dans son Commentaire sur Filangieri, à aborde encore quelques questions nouvelles. La liberté de la presse, la liberté individuelle, la responsabilité des ministres, le pouvoir royal, laissent dans ces petits traités peu de chose à désirer aux esprits les plus exigeants. L'élection lui avait ouvert dès 1819 la porte de la chambre des députés. Infatigable à la tribune comme dans la presse, il fut, sinon le plus éloquent, du moins le plus ingénieux, le plus constant et le plus habile aéfenseur de nos libertés. Son ironie excitait une colère que son respect pour les convenances venait aussitôt apaiser. On savait que, séparé des agitateurs , il était complétement étranger à ce qui pouvait menacer l’existence de la Restauration ; que son opposition était constitutionnelle, ferme et constante, mais loyale et sans arrièrepensées ; et toutefois c’est lui que la haine absolutiste signalait plus particulièrement aux perturbateurs à ses ordres, lui qu’on menaçait à Strasbourg, lui dont on cernait la maison à Saumur, lui que les procureurs généraux regrettaient de n'avoir point à poursuivre (voyez MaxGin). Un bonheur complet pour lui, le seul dont il ait joui sans amertume, fut d’avoir prouvé l'innocence de Wilfrid-Régnault et sauvé cet innocent de l’échafaud qui l’'attendait.

Le courage restait, mais la force était abaltue, et le con traste d’une haute intelligence, tout entière encore dans un corps épuisé, frappait ses amis et la France d’un douloureux pressentiment. Contraint de subir une opération cruelle, il se retire à la campagne. Depuis quinze ans il indiquait chaque jour le seul abîme où la Restauration pôût se perdre : la Restauration ne faillit pas à sa destinée : les ordonnances parurent , et la révolution de Juillet éclata, Benjamin Constant sortait à peine des mains du chirurgien, qu'il reçut un billet de Lafayette : « Il se joue ici un jeu terrible : nos têtes servent d’enjeu ; apportez la vôtre, » Benjamin Constant ne it faute ni à la liberté ni à ses amis. Après le 7 août, il causait au Palais-Royal avec Lafitte ; le roi vint à lui : «Vous avez, lui dit le prince, fait des sacrifices au-dessus de vos forces pour la liberté; cette cause nous est commune, et c'est avec joie que je viens à votre secours, — Sire, j'accepterai ce bienfait, répondit-il ; mais la liberté passe avant la reconnaissance : je veux rester indépendant; et si votre

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