‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 275 sur 607 · CONSTANT DE REBECQUE — CONSTANTIN · texte numérisé non relu

CONSTANT DE REBECQUE — CONSTANTIN

gouvernement fait des fautes, je serai le premier à rallier l'opposition. — C’est ainsi que je l’entends, répliqua le roi. » Mais la mort était là. Les fautes du pouvoir la hâtèrent, Cadavre rejeté dans l'opposition, au milieu de l'ivresse du peuple , il vit déjà les périls de la liberté; il avait cru mourir dans le triomphe, il s’éteignit dans le désespoir, à Paris, le 10 décembre 1830. J.-P. Pacs (de l'Ariège ).

Ce n’est certes pas au vieil et honorable ami de l’auteur d'Adolphe qu’il appartenait de révéler ici certains détails de la vie privée de Benjamin Constant qui jettent un jour fâcheux sur son caractère; mais l’histoire ne peut ni ne doit taire les faiblesses des hommes célèbres.

Si, quelques jours avant de mourir, l’illustre publiciste se trouva ainsi réduit à accepter de Louis-Philippe un secours qui ( bien que M. Pagès de l’Ariége juge à propos de le taire } fut de 300,000 francs, c'est que des pertes énormes faites tout récemment au jeu l'avaient placé dans la plus fàcheuse situation.

Joueur passionné, Benjamin Constant passait la meilleure partie de ses nuits au Cercle des Étrangers, tripot aristocratique tenu par la Ferme desjeux à l’ancien hôtel d'Oigny. Le petit hôtel qu’il habitait, rue d'Anjou-Saint-Honoré, il l'avait gagné une nuit au Trente et quarante; mais depuis longtemps la veine l'avait abandonné , et il était à la veille de se voir exproprié quand survint la révolution de Juillet.

CONSTANTE (Mathématiques ). Une fonction, en général , se compose de quantités variables et de quantités constantes. Ces dernières sont celles dont la grandeur ne varie pas. Ainsi, dans l'équation de l’ellipse, le grand axe et le petit axe sont des constantes; les abscisses et les ordonnées sont des variables. Lorsqu'on différencie une expression algébrique dans laquelle il se trouve des constantes isulées, ces constantes disparaissent (voyes DIiFFÉRENTIEL). Ainsi, a étant une constante,

dd) dr C'est pourquoi lorsque l’on intègre, on rétablit toujours une constante arbitraire, car l’on a

date EC quel que soit C. Cette constante n’est arbitraire qu’autant que lintégrale est indéfinie (voyez INTÉGRAL).

Ordinairement on différencie par rapport aux variables; quelquefois aussi on différencie par rapport aux constantes, c’est-à-dire qu’on les suppose variables. Cette différenciation fut conçue par Leïbnitz, qui l’employa à résoudre le problème des trajectoires, lequel consiste à trouver une courbe qui en coupe une infinité d’autres de même espèce sous un angle donné, On se sert de la variation des constantes pour rattacher les solutions particulières des équations différentielles à l'intégrale générale , et pour intégrer les équations linéaires qui ont un terme, fonction de la variable indépendante. Mais c’est au calcul des perturbations planétaires qu’elle s’applique principalement. Euler en donna le premier exemple; ensuite Lagrange et Laplace firent de cette application une théorie admirable,

CONSTANTIN. Il y a eu deux papes de ce nom.

CONSTANTIN 1° succéda à Sisinnius, le 4 mars 708. Jlétait Syrien de naissance, assez fier et même quelque peu cruel. Félix, archevêque de Ravenne, ayant refusé de prêter serment d’obéissance à l’héritier de saint Pierre, Constantin en appela au bras séculier de Justinien IT, qui fit saisir le rebelle et l'exila dans le royaume du Pont, après lui avoir fait crever les yeux. Le malheureux prélat ne rentra six ans plus tard dans son diocèse qu'après une entière soumission à l’évêque de Rome. L'empereur, à l'issue de cet exploit, ayant témoigné le désir de voir le pontife, Constantin s’embarqua le 5 octobre 710, passa l'hiver à Otrante, et rejoignit Jusfinien à Nicomédie. I y fut comblé de présents, de caresses et d'hommages. On veut même que le prince ait poussé Phumilité jusqu'à baiser les pieds du prêtre. Ce serait le

premier exemple de cet acte de servilité, bien digne au reste d'un barbare dont ses sujets ne tardèrent pas à faire justice. A peine rentré à Rome , le 24 octobre 711, Constantin apprit la déposition et le supplice de cet empereur : il eut bientôt à lutter contre l’usurpateur Bardanes-Philippique, qui opposa des synodes occidentaux aux conciles approuvés par le saint-siége. Le peuple de Kome, excité par son évéque, ne voulut pas admettre dans l'église de Saint-Pierre l'image du nouvel empereur. Il refusa mème de reconnaître le gouverneur qu'il avait désigné, et cette lutte ne finit qu’à la déposition de Philippique. L'empereur Anaslase IT et le patriarche Jean se remirent en communication avec le pon: tife de Rome, et reconnurent l'autorité des conciles. C’est sous le pontificat de Constantin I** qu’une foule de princes et de seigneurs vinrent en pélerinage aux tombeaux des apôtres. Constantin mourut en 715, fort regretté despauvres.

CONSTANTIN II, regardé comme un anti-pape par Anastase et par Fleury, et conservé parmi les papes par beaucoup d’autres historiens , fut élu par une faction, après la mort de Paul 1°", en 767. Il était laïque, frère de Soton ou Toton, duc de Népi, qui à la tête de quelqnes brigands armés pénétra dans Rome, l’installa avec violence dans le palais de Latran, et contraignit George, évêque de Préneste, qui lui tomba sous la main, à tonsurer, ordonner et sacrer le nouveau pontife. C'était le premier exemple à Rome d’une pareille usurpation. Les lettres de Constantin au roi Pepin sont des témoignages de la déférence des évêques de Rome pour l'autorité séculière. Pepin n’y répondit pas, et n'emvoya pas d’ambassadeur. Il refusa même d’approuver l'élection. Encouragés par ce refus , le primicier Christophe et son fils Sergius, trésorier du saint-siége, conspirèrent contre le pape de Toton. Le prêtre Philippe fut tiré, le 30 juillet 768, du monastère de Saint-Vit pour être opposé à Constantin par une faction puissante. Un évêque, dont le nom et le titre ne sont point parvenus jusqu’à nous, le reçut dans la basilique de Latran, le fit asseoir dans la chaire ponfificale, et ce nouveau pape donna la bénédiction au peuple. Mais son règne ne dura qu’un jour, et ce prétendu pontife fut trop heureux de retourner dans son monastère, Cependant Constantin et son frère Passif s'étaient réfugiés dans l'oratoire de Saint-Césaire. Mais les troupes de Didier, roi des Lombards, s’emparèrent de Rome. Étienne III fut élu pape le 6 août 768. Les violences coplinuèrent : Constantin, arraché de sa retraite, fut jeté à cheval sur une selle de femme, avec des poids aux pieds; on lui creva les yeux, on le jeta au coin de la borne, et, au mois d'avril de l’année suivante, on le traduisit devant un concile, qui le condamna à faire pénitence le reste de ses jours et annula toutes ses ordinations , tous ses actes quelconques. Les lettres de ce pape à Pepin ont été publiées dans la Collection des Historiens de France de Duchesne.

ViENKET, de l’Académie francaise.

CONSTANTIN. Douze empereurs d'Orient ont porté ce nom.

CONSTANTIN 1°", surnommé lé Grand par ses panégyristes, honoré comme saint par l'Église grecque, tyran hypocrite et sanguinaire, suivant les philosophes modernes, a été sans contredit l’une des plus grandes illustrations politiques et militaires que l’histoire ait signalées; mais pour nous guider à travers la multiplicité des faits qui se rapportent à ce prince, nous n'avons qu’un seul auteur contem porain dont les écrits soient arrivés jusqu’à nous, Eusèbe. de Césarée, qui, négligeant, en sa qualité de prélat catholique, tous les vices et les crimes de son héros, n’en parle jamais qu'avec l'exaltation d’un aveugle enthousiasme. Aucun historien profane de cette époque ne nous est connu.

Les uns font naître Constantin en 279, les autres en 274, et il en résulte une grande incertitude chronologique dans les événements de sa vie. Quant au lieu de sa naissance, les opinions ont également varié suivant le cavrice ou la va-

nité patriotique des historiens. Le moine Anglais Aldhelme s’avisa, dans le septième siècle, de le faire naître en Angleterre; mais Julius Firmicus, écrivain du quatrième siècle, en avait fait honneur à la ville de Naissus en Dardanie. Cette opinion fut fortifiée cent ans après par Étienne de Byzance. Le titre de bâtard lui est donné par Eusèbe, Zosime, saint Ambroise, saint Jérôme et autres. Mais la répudiation positive d'Hélène par l’empereur Constance estun fait qui, au sentiment d’Eutrope, atteste la légitimité de son mariage; et les égards de Dioclétien pour son pupille en sontencore un témoignage.

A l’époque de cette répudiation, le fils d'Hélène, Caius Flavius Valerius Claudius Constantinus était encore dans l'adolescence, Remis en otage à l’empereur Dioclétien, il fut élevé sous ses yeux. Les qualités brillantes du jeune prince lui attirèrent l'estime et l’affection de son tuteur, Sa taille élevée, son air majestueux, son adresse dans les exercices du corps, son éclatante valeur, son affabilité, sa prudence , son éloignement des plaisirs, qui ne fut peutêtre qu’un calcul de son ambition naissante, lui acquirent aussi la faveur du peuple et des soldats. Ie témoignage d’Eusèbe et d’Aurelius-Victor ätteste, contre l’opinion de quelques auteurs, que Constantin joignit à ces qualités une application soutenue à l'étude des belles-lettres et une affection constante pour les savants. 11 suivit Dioclétien en Égypte, à l’âge de dix-neuf ans, fit ses premières armes contre Achillée, qui avait levé l’étendard de la révolte; et la réputation qu’il y acquit excita la jalousie de l’empereur Ga lère, qui s’efforça vainement de le perdre dans l’esprit de son collègue, Dioclétien le nomma tribun de première classe, malgré les observations et les menaces de ce césar ennemi, qui puisa de nouveaux motifs de haine dans les exploits du jeune Constantin pendant la campagne de Perse. Mais l'autorité de Dioclétien ne put lutter contre l'ascendant de Galère, quand le premier de ces empereurs voulut élever Constantin au rang de césar, en abdiquant lui-même l’empire. Galère lui ordonna de descendre du trône où Dioclétien l’avait fait asseoir à ses côtés; et l’armée sfupéfaite y vit monter un simple gardien de troupeaux, Maximin.

Pendant que cette scène se passait à Nicomédie, le 1°° mai 305, Maximien résignait aussi l'empire à Milan entre les mains de ce même Constance, dont le fils subissait un si cruel affront en Asie. Mais Galère ne craïgnait pas un vieillard valétudinaire, dont il croyait pouvoir diriger les volontés. IL ne lui permit jamais de rappeler son fils auprès de lui, et Constantin se vit dès lors environné de tous les piéges que peuvent inventer la haine et la jalousie. Sur la foi de Proxagoras , dont les récits sont perdus, et de Zonare, auteur fort suspect, on a multiplié sur les pas de Constantin des miracles dont sa gloire n'avait pas besoin. II n’y à de naturel et de vraisemblable dans ces récits que le massacre et la dispersion d’une multitude d’ennemis au delà d’un profond marais que Galère lui avait ordonné de passer. Constance était cependant parti pour faire la guerre aux Pictes et aux Calédoniens ; et Galère, feignant de céder enfin à ses instances, avait accordé à Constautin la permission de joindre son père; mais des ordres secrets avaient été en même temps donnés au césar Sévère pour l'arrêter au passage. La prudence et la rapidité de Constantin trompèrent les desseins criminels de son ennemi. J1 partit pendant la nuit de Nicomédie, gagna douze heures sur le réveil de l’empereur, franchit à la hâte la Thrace, la Dacie, l’Italieet la Gaule, et rejoignit son père à Boulogne, au moment où il embarquait ses troupes. Cette campagne fut la dernière de l’empéreur Constance-Chlore. 11 mourut à York, dans les bras de son fils, le 25 juillet 306 ; et ses troupes saluèrent Constantin du rom d’auguste, sans s'inquiéter du courroux de Galère, qui était resté en Asie,

Le nouvel empereur montra une résistance que démenfait son ambition : sûr de son armée, À poussa son hypo-

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crite opiniâtreté aussi loin que le lui permit l’impatience des soldats , et s’excusa même par un envoyé auprès du collègue dont il avait déconcerté les artifices. La surprise et la fureur de Galère furent au comble. Son premier mouvement fut de condamner au feu le message et l’envoyé de Constantin. Mais la crainte d’une guerre civile, la réputation de son rival et les forces dont il pouvait disposer, le contraignirent à dissimuler à son tour. 11 se borna à lui envoyer la pourpre et le titre de césar, et à revêtir Sévère du titre d’empereur. Constantin attendit de son côté l’occasion de faire respecter l'autorité impériale qu’il avait reçue de son armée. Il se contenta de régner sur l'Angleterre, la Gaule et l'Espagne , laissa Sévère se débattre contre Maxence et Maximien, et ne s'occupa qu’à réprimer les incursions des Francs sur la frontière des Gaules. Constantin Les battit dans une bataille rangée, et, dévoilant pour la première fois sa cruauté, divra aux bêtes féroces leurs rois Ascaric et Ragaise, dans l’amphithéâtre de Trèves. II passa le Rhin, mit à feu et à sangle pays des Bructères, fit également dévorer les prisonniers par les lions du cirque, répara et garnit de troupes toutes les forteresses du Rhin, et réduisit les peuples allemands à la nécessité de respecter quelque temps l'empire qu’il avait le dessein d’accroître. Des réformes furent en même temps introduites par sa politique dans ladministration des Gaules. Les impôts furent réglés et diminués ; les exactions des collecteurs réprimées. Enfin, en commémoration de ses exploits contre les peuples d’Allemagne , il institua des jeux annuels qu’il appella Zudi francici, ct dont la célébration avait lieu du 14 au 20 juillet. La mort violente de Sévère le délivra d’un compétiteur ;

mais il lui en restait quatre à renverser pour réunir sur sa tête tous les diadèmes de ce vaste empire. Maximien vint s'offrir de lui-même. Meurtrier de l’empereur Sévère et redoutant Ja vengeance de Galère, qui arrivait en toute bâte de l’Asie, il se jeta dans les bras de Constantin et lui fit accepter sa fille Fausta en mariage. Constantin, avait déjà un fils de Minervine, qui était sa concubine ou sa femme légitime. Mais comme l’histoire ne parle point ici de répu-. diation , il est probable que cette femme, mère de Crispus, n'existait déjà plus quand Constantin épousa la fille de Maximien. Galère n'ayant pu pénétrer dans Rome, défendue par Maxence, et craignant la défection de ses troupes, se replia vers les provinces d'Orient. Maximien pressa vainement son nouveau gendre de le poursuivre. Constantin connaissait trop bien ses nouveaux alliés pour s’aventurer dans une pareille guerre, et, s’occupant exclusivement de conquérir l'amitié des peuples de la Gaule, il laissa partir son beau-père pour Rome, dans l’espoir sans doute que les vices du père et du fils y causeraient des désordres dont il lui serait facile de profiter. Cette discorde ne tarda point en effet à éclatæ ; Maximien , chassé par son fils, qu'il avait en vain tenté de dégrader, revint implorer les secours de Constantin, et ne pouvant rien obtenir de son gendre, il osa se présenter à Galère, qui était alors à Carnuntum sur le Danube, avec l’intention secrète de s’en défaire à la première occasion; mais il n’y arriva que pour concourir et assister à l'élévation de Licinius, qui fut mis à la place de Sévère, ce qui redonna un cinquième rival à l'ambition de Constantin. Ce dernier ne recueillit de cet héritage que le titre fastueusement inutile de consul pendant le reste de l'an 307, et eut bientôt à lutter contre la perfidie de son beau-père, qui, revenu dans les Gaules, et feignant d'imiter le sage Dioclétien par une vaine abdication, voulait profiter de l'absence de Constantin pour débaucher les meilleurs soldats de s0$ armée. J1 y réussit un moment, reprit la pourpre, s'empara du palais d'Arles et des trésers que son gendre y avait laisss, et publiant les lettres les plus injurieuses contre lui, invita le reste de son armée à suivre l'exemple des soldats qu’il avait attirés dans son parti, Constantin était alors sur le Rhin, à comprimer le reste des Francs. Étonné de ces

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a myelles, il ramena ses troupes à Châlons, les fit embarquer sur la Saône , descendit le Rhône à la hâte, surprit Maximien dans la ville d'Arles, se rattacha la plus grande partie des soldats rebelles, poursuivit son beau-père jusqu’à Marseille, et si les échelles ne s'étaient trouvées trop courtes, il eût emporté cette ville d'assaut. Mais les habitants euxmêmes la lui livrèrent avec lusurpateur.

Constantin usa de clémence, et n’en fut récompensé que par une nouvelle perfidie. Maximien trama la perte de son gendre, et méla sa fille dans cette crimiuelle intrigue. Mais Fausta , forcée de choisir entre son père et son époux, après avoir promis au premier de laisser la porte de sa chambre ouverte pendant la nuit, fit coucher un eunuque à la place de Constantin ; et letraitre, saisi en flagrant délit, au moment où il venait de poignarder cet eunuque, n'obtint enfin pour toute grâce que le choix de son supplice. Constantin le poursuivit cette fois jusqu'au tombeau, en faisant abattre toutes ses statues. Un ulcère le délivra la même année de ce.Galère qui l'avait tant persécuté, et l'empire ne compta plus que quatre souverains. Après une nouvelle guerre de Germanie, où, sur la foi d’un panégyriste, on fait déguiser un chef d’empire, un hamme de la taille de Constantin, pour l'introduire comme un simple député dans le camp de ses ennemis , cet empereur, décoré par cette nouvelle victoire du titre de Maximus, repassa en Angleterre et se signala dans cette île par d’autres exploits. Il revint ensuite à Aufun, écouta les plaintes des Æduens sur lénormité des impôts, leur accorda des dégrèvements, recueillit leurs bénédictions , et permit que la ville d’Autun prit en son honneur le nom de Flavia. Les désordres dont Maxence souillait la ville de Rome attirèrent enfin ses regards ; ce tyran, fier de sa nombreuse armée, vint au-devant du coup qui devait le renverser, en portant la guerre dans les États de Constantin, qui le supplia vainement de ne pas affliger l’empire par une nouvelle dissension. Maxence ne répondit qu'en faisant abattre les statues de son rival, et conclut une alliance avec Maximin, qui gouvernait les provinces d’Asie. Constantin se fortifia de son côté par l'alliance de Licinius , lui promit sa sœur Constantia en mariage, et se disposa à soutenir cette guerre avec le quart des soldats qu'il allait avoir à combattre. C’est sans doute à cette disproportion de forces qu’on doit attribuer sa modération.

Mais un nouvel intérêt commence à se méler à la vie de ce conquérant. Les dieux de Rome étaient fort déconsidérés, et le christianisme avait fait de grands progrès dans l'empire. Constance Chlore , qui avait favorisé les chrétiens, avait sans doute entretenu son fils de leurs dogmes. Consfantin sentit la nécessité de caresser les prêtres de cette religion nouvelle, qui souffraient avec peine la tyrannie de Maxence. C'est alors que dans les plaines de Picardie apparut cette croix de feu dont on a tant parlé, avec l’inscription : In hoc signovinces ; mais ce n’est que quelques années après qu’Eusèbe de Césarée la mentionne. Il n’en est question ni dans Optatien, ni dans Porphyre, ni dans le traité de Lactance, qui fut écrit deux ans après cette vision. Certains auteurs la placent à Rome, à Besançon ; d’autres en Picardie ou dans les environs de Trèves. Qu'est-ce qu'un prodige qu’on assure avoir été aperçu de toute l’armée, et qui n’est connu que par le récit de Constantin, lequel est même obligé de l’attester par serment. Quoi qu'il en soit, l'empereur plaça ce signe mystérieux sur son étendard, et choisit cinquante de ses gardes les plus courageux et les plus robustes pour Paccompagner, Ce n'est point assez de ce miracle : Eusèbe fait apparaître le Christ lui-même à Constantin, et assure gravement qu'aucun des soldats chargés du la barum ne fut jamais blessé. Ce nom de /abarum, dont on cherche encore origine, n’a été connu plus tard que par les écrits de Grégoire de Nazianze et de Prudence. Constantin ne s’en tint point là. 11 fit peindre des croix sur les boucliers, les casques et les armes de ses soldats. Les évêques accoururent

à sa voix. Il se fit instruire par eux dans les dogmes des chrétiens; et c'est à tort que Théodoret a voulu mettre cette conversion sur le compte de sa mère Hélène, Eusèbe aflirme au contraire que ce fut Constantin qui convertit sa mère. C'est par ces prodiges ou ces artifices qu’il suppléa à la faiblesse numérique de son armée, dont la discipline et les habitudes guerrières étaient les plus sûrs garants de la victoire contre des troupes efféminées, et s’avança vers les Alpes avec plus de confiance.

Des routes superbes traversaient alors le mont Cenis. 11 prit cet!e voie en 312, et emporta d'assaut la villede Suze. Assailli devant Turin par une nombreuse cavalerie, il ordonna à ses soldats d'ouvrir leurs rangs pour l’envelopper, et la massacra tout entière sans perdre un seul homme, disent ses pauégyristes. 11 pouvait marcher droità Rome par les voies Émilienne et Flaminienne ; mais il aurait laissé une forte armée sur son flancgauche, et, en habile capitaine, il s’avança pour l’anéantir, après avoirpris à Milan quelques jours de repos. Ruricius Pompeianus , général estimé, la commandait. La cavalerie qui formait l'avant-garde vint à la rencontre des légions de la Gaule. Elle fut défaite sous les murs de Brescia; et Pompeianus se renferma promptement dans Vérone. Constantin passa l’Adige au-dessus de la ville, après avoir été repoussé plusieurs fois par les ennemis, l’entoura de fortes lignes, et soutint avec vigueur les sorties de Pompeïanus. Ce général habile s'échappe alors de Vérone, rassemble les troupes éparses dans la Vénétie, et vient prendre à revers son adversaire. Constantin se fait suivre de ses plus intrépides soldats , les range sur une seule ligne, pour présenter un front égal à celui de Pompeianus, qui lui est supérieur, ne laissant en arrière qu’une faible réserve. La bataille fut sanglante ; elle dura toute la nuit avec un acharnement égal de part et d’autre, et ce ne fut qu’au point du jour que Constantin reconnut que la victoire lui restait. Il s'était montré habile capitaine et soldat intrépide, au point que ses vétérans l'avaient supplié avec larmes de modérer son bouillant courage. Pomperanus fut trouvé parmi les morts. Vérone se rendit à discrétion, et Constantin se montra clément.

Aquilée céda à son tour, comme toutes les places qui le séparaient de Rome, où Maxence était demeuré plongé dans la débauche. 11 fallut que les vieux généraux de Maximien lui apprissent le danger de sa situation, et le forçassent à rassembler toutes les forces qui lui restaient pour les opposer à son ennemi. Ce fut sans doute par le conseil de ces chefs qu’il s’occupa de lui tendre un piége, en faisant construire sur le Tibre, un peu au-dessus du pont Milvius, un pont de bateaux , qui devait se rompre au moment où Constantin y passerait; mais cette ruse tourna contre son auteur. Constantin, campa dans une large plaine, en face du pont Milvius, dans l'espoir d’y attirer Maxence. Cet empereur efféminé ne songeait au contraire qu’à ses plaisirs. J1 donnait ce même jour, 28 octobre, des jeux magnifiques dans le cirque ; mais un adroit augure lui ayant consællé sans doute de consulter le livre des Sybilles, et lui ayant fait répondre que le grand ennemi de Rome était ce méme jour condamné à périr, Maxence en fit naturellement l'application à Constantin , et en prit assez de courage pour aller le combattre. Il sortit de la ville, et vint lui présenter la bataille dans un lieu nommé Saxa Rubra, à neuf milles de Rome. Consfantin marcha droit à lui, dispersa du premier choc les lâches qui formaient l'avant-garde, culbuta les gardes prétoriennes ; et Maxence, contraint à la retraite, la fit couvrir en vain par une nombreuse cavalerie. Le pont qu’il avait préparé pour la ruine de Constantin se rompit sous le poids des soldats qu’il entraînait dans sa fuite. 11 tomba dans le Tibre avec son cheval, et y trouva la fin de son ignomimeuse carrière. Son corps, retrouvé le lendemain, fut séparé de sa tête, que le vainqueur fit porter en triomphe devant lui, en prenant possession de la capitale du monde. Le sénat et le peuple accoururent au-devant du triumphateur, et, suivant l’usa

le saluèrent du titre banal de libérateur de la patrie.

Les panégyristes n’ont pas tari d’éloges sur l'usage que fit Constantin de sa victoire, Mais la mort des deux fils de Maxence, fort innocents des crimes de leur père, décelait l'intention barbare de se débarrasser par la suite de tous ses compétiteurs. On ne peut même nier le massacre des principaux adhérents du césar vaincu. Il est juste toutefois de dire que les flatteurs de Constantin lui demandèrent plus de têtes qu’il ne voulut en accorder : il punit même les délateurs qui venaient à toute heure lui désigner des victimes. El publia une amnistie générale, qui rassura les Romains, rappela les bannis, leur fit restituer leurs biens, compléla le sénat sans distinction de sectes, et le rétablit dans ses prérogatives. Les sénateurs n’en usèrent que pour le combler d’honneurs. Ils lui assignèrent le premier rang parmi les trois empereurs qui restaient. Ils instituèrent des jeux en l’honneur de ses victoires , lui dédièrent les monuments élevés par Maxence, lui votèrent un arc de triomphe; et comme il ne se trouva pas dans l'empire un seul sculpteur pour l’oruer, ils eurent l’ingratitude de dégrader l’arc de Trajan pour eu transporter les statues et les bas-reliefs sur celui de la nouvelle idole. La politique de Constantin délivra l'empire de cette milice prétorienne qui disposait trop souvent de la couronne : il dispersa ces mercenaires dans les légions et sur :6s frontières ; mais les mœurs de la soldatesque furent après lui plus fortes que ses précautions : toutes ies légions s’arrogèrent le droit de faire des empereurs; et sa prévoyance fut déjouée par le relâchement de la discipline. Les chrétiens ne furent pas oubliés par sa munäficence. Il mit un terme à la persécution commencée par Dioclétien, bâtit et dota un grand nombre d’églises, admit à sa table le pape Melchiade et les évêques qui venaient à Rome, et leur accorda de nombreux priviléges. Mais les constitutions ecclésiastiques que Théophane lui attribue sont contestées, ainsi que le don du palais de Latran, et la fameuse donation dont se vante la cour actuelle de Rome, et qui fut inventée dans le huitième siècle par le moine espagnol Isidore Mercator. On lui attribue avec plus de vérité cette manière de compter le temps, cette période ou cycle de quinze ans, qu'on a nommée indiction. Constantin ménagea cependant les païens de son empire, en faisant rebâtir le temple de Ja Concorde à ses dépens, en continuant même de prendre le titre de grand-pontife, ce qui prouve qu’il n’était pas exclusivement attaché à la religion nouvelle, Rome ne porta toutefois sous son règne que le vain titre de capitale, et ne devint point la résidence de l’empereur. Constantin n'y passa que deux mois après sa conquête, et n’y reparut que deux fois, pour célébrer la dixième et la vingtième année de sa domination. Il résida tour à tour à Milan, à Trèves, à Aquilée, à Syrmium, à Naïissus et à Thessalonique, jusqu'au moment où il se fixa définitivement à Constantinople, C’est à Milan qu'en 313 il maria sa sœur Constance à l'empereur Licinius, qui pendant l'expédition d'Italie avait contenu l’empereur Maximin en Asie ; et ceux qui vantent la modération de Constantin ont peine à expliquer sa colère contre le vieux Dioclétien, qu’il voulait à toute force arracher à sa retraite de Salone pour le faire assister à ce mariage : le vieillard en mourut de peur.

Une nouvelle incursion des Francs rappela vers le Rhin le vainqueur de Rome et son armée, et Licinius le délivra pendant ce temps de la rivalité de Maximin, qui s'était emparé de Byzance à la nouvelle de son éloignement, et qui marchait sur l'Italie à la tête d’une armée formidable. Maximin, vaincu, se réfugia dans la ville de Tarse, où il mourut trois mois après ; et Licinius, imitant son beau-frère, fit mettre à mort les deux enfants de l'empereur, dont il recueillit l'héritage. Les fils de Sévère et de Galère subirent le même sort, comme la femme et la fille de Dioclét'en, II ne resta ainsi sur les marches du trône que la famille Flavia et le vieillard qui venait de faire alliance avec elle, C'est à

CONSTANTIN

cette même année 313 qu'il faut rapporter le sage édit de Constantin qui décharge les prètres chrétiens de toutes fonc= tions civiles, et celui qui, en restreignant le nombre et en excluant les grands et les riches, n’admet les ordinations qu’à mesure des vacances. Il s'était signalé par des atrocité

nouvelles, en faisant dévorer ses prisonniers par les bêtes du cirque dans sa quatrième campagne de Germanie, qui lui avait valu le surnom de Francique. Il en revint pour assembler un nouveau concile dans la ville d’Arles, à l’occasion du schisme des donatistes, et pour marier sa seconde sœur Anasfasie à l’opulent Bassianus, qu'il décora du titre de césar ; mais la guerre civile le rappela dans ses camps avant l’arrivée des évêques. L’histoire est incertaine sur l’auteur de la discorde qui éclata entre les deux empereurs. Licinius et Constantin sont tour à tour accusés de cette rupture; mais il paraît évident que le premier avait pratiqué des intelligences avec son nouveau beau-frère, et que Constantin, informé de ces manœuvres, dégrada Bassianus de la pourpre. Licinius, ayant refusé de livrer les conjurés qui s'étaient réfugiés dans ses États et ayant abattu les statues de Constantin dans la ville d'Œmone, celui-ci marcha contre lui, et le battit à Cibalis, dans la Pannonie, le 8 octobre 314, après un combat opiniâtre, qu’il décida lui-même par la vigueur de sa dernière attaque. Licinius fil cependant une retraite habile, rassembla une nouvelle armée de Daces et de Thraces, et donna le titre de césar à Valens, l’un de ses généraux. La bataille de Mardie, dans la Thrace, fut soutenue de part et d’autre avec le même acharnement; mais l’habileté de Constantin lui valut encore la victoire, et Licinius fut réduit à implorer la paix. La déposition et la mort de Valens en furent les premières condilions; la seconde porteles limites de l'empire d'Occident jusqu’au Péloponnèse. Deux fils du vainqueur, Crispus et Constantin le Jeune, furent créés césars. Le jeune Licinius obtint le même honneur en Orient ; et les deux empereurs s’inscrivirent sur les tables consulaires pour l’année315.

Constantin séjourna pendant cette année dans ses nouvelles provinces de Grèce et d’Illyrie. 11 supprima par un édit le supplice de la croix, en témoignage, disent les Pères de l'Église, de son respect pour la passion de Jésus-Christ. Un autre décret voulut mettre un terme à la barbare pratique d'exposer ou de faire mourir les enfants nouveau-nés que leurs parents ne pouvaient nourrir. Constantin ordonna qu'ils fussent nourris à ses dépens; maïs le nombre en était trop grand pour que son trésor pût y suffire, et ce désordre survécut à celui qui avait tenté de le réprimer. Pendant huit années de paix intérieure, l'administration de l'empire subit d’autres modifications. Une loi défendit, sous peine de mort, de saisir pour dettes les esclaves et animaux employés à la culture, une avére défendit aux juifs de molester ceux qui se convertissaient à la religion chrétienne ; mais il infligea des peines sévères à csux qui embrasseraient le judaïsme. Une troisième réprima le crime de rapt, et condamna au feu les esclaves qui auraient favorisé l'enlèvement d’une jeune fille. Il permit encore aux ministres du Christ d’affranchir les esclaves sans la participation du préteur et des consuls; et une loi plus populaire encore réprima l'insolente avidité des grands en donnant aux gouverneurs des provinces le droit du juger sans appel les déprédations dont le peuple avait à se plaindre. Un édit futéyalement rendu contre les parricides ; un autre abrogea la loi Pepia contre le célibat; un troisième protégea les effets des débitezrs contre la saisie des créanciers ; un autre, enfin, atteste encore son incertitude religieuse en permettant aux aruspices &e consuller les entrailles des victimes. 11 est vrai que, pour satisfaire les chrétiens, il ordommait en même temps la célébration du dimanuhe et la sanctification du vendredi.

La révolte des Sarmates vint interrompre ses travaux pacifiques. Hs s'allièrent avec les Goths et menacèrent l'empire d'Occident, Constantin courut défendre Plyrie, gagna sur ces barbare. les trois batailles de Campona, Marga et

CONSTANTIN

Bononia, passa le Danube à leur suite, pénétra dans les montagnes de la Dacie, et ne s'arrêta qu'après avoir soumis les Goths à un tribut de 40,000 soldats à chacune de ses réquisitions, Cette victoire réveilla son ambition, et, sans aucun prétexte, il tourna ses armes contre Licinius. L'empereurd’Orient était prêt à repousser cette attaque. Une armée de 165,000 hommes et une flotte de 350 galères défendaient les abords du Bosphore et de Byzance. Le premier choc des deux rivaux eut lieu près d’Andrinople, le 3 juillet 323. Constantin plaça le labarum au premier rang, choisit pour mot de ralliement Dieu notre sauveur, et S'exposa au plus grand danger pour donner l'exemple du courage à ses vétérans. Il reçut une légère blessure à cette bataille, qui coûta 30,000 hommes à Licinius , et l’obligea à se replier en désordre sur Byzance. Eusèbe en fait honneur au Dieu des chrétiens, et assure que Licinius fut ainsi puni d’avoir sacrifié pendant la nuit aux anciens dieux de Rome. Constantin poursuivit son ennemi par terre, tandis que son fils Crispus détruisait sur mer sa flotte et s’avançait vers le Bosphore. Licinius ne les attendit point, il se réfugia à Chalcédoine; mais il avait affaire à un ambitieux qui ne voulait plus de rival sur le trône du monde. Il profita cependant de la résistance des Byzantins pour rassembler une armée nouvelle en Bithynie; Constantin le retrouva sur les hauteurs de Chrysopolis, aujourd’hui Seutari, où la victoire ne fut pas longtemps douteuse. 25,000 soldats de Licinius y furent massacrés. Il se retira lui-même à Nicomédie, et ne songea plus qu’à négocier par l'entremise de sa femme. Le vainqueur fut implacable. Le vieil empereur fut forcé de déposer la pourpre aux pieds de Constantin, et de lui livrer Martinianus, qu'il venait tout récemment de créer césar. Il fut relégué à Thessalonique, où, sous prétexte de conspiration, il fut inhumainement mis à mort; et l'empire passa tout entier dans les mains de Constantin , qui ajouta le titre de Vic{orieux à ceux qu’on Jui avait déjà prodigués.

Les statues, les lois et les actes du vaincu furent détruits par le vainqueur, qui rétablit dans leurs droits et dans leurs offices ceux des chrétiens que Licinius avait persécutés, fit rendre aux églises d'Orient les propriétés dont on les avait dépossédées, défendit de sacrifier aux idoles, de consulter les augures, exhorta par une. proclamation tous les peuples de l’empire à reconnaître Jésus-Christ, fit fermer, enfin, les temples des païens et briser les images de leurs dieux. Les controverses des chrétiens attirèrent alors son attention, et le héros disparut au milieu de ees disputes ridicules pour ne plus montrer que le docile instrument des évêques, qu’il appelait ses frères bien aimés. En 325 il assembla et présida le concile de Nicee, où fut expliqué ce dogme de la Trinité. qui avait produit tant d’hypothèses, de contradictions et de troubles. Des lois plus dignes d’un empereur suivirent les actes de ce concile : il abolit les combats des gladiateurs, et statua que les criminels seraient à l’avenir-condamnés à travailler aux mines. Un autre édit déclara qu’il était prêt à écouter tous ceux de ses sujets qui auraient à se plaindre de ses propres délégués ; ce décret ne produisit qu’une ‘nnombrable quantité de délateurs, et les peuples en furent peu reconnaissants. L'empereur ne reparut à Rome pour la troisième fois que pour y essuyer des injures qui le dégoûtèrent à jamais de cette résidence. Les Romains , qui tenaient encore aux dieux du paganisme, Jui témoignèrent de l’aversion et du mépris; et quoique le fait ne soit raconté que par Zosime, il est assez vraisemblable pour ne pas être révoqué en doute. Cette aversion s’accrut au spectacle des nouveaux crimes qui souillèrent sa vie. Crispus, son fils, fut la première victime de sa barbarie. Pour donner une couleur plus dramatique à ce meurtre infâme, Zosime à calqué une fable sur celle de Phècre et d'Hippolyte. Mais il suffisait de la jalousie qu’inspiraient à Constantin les exploits, les vertus et la popularité de son fils, de la crainte naturelle

DICT. DE LA CONVERS. — T. VI

qu'éprouvait l’impératrice Fausta de voir ce jeune prince succéder à l'empire, au préjudice de ses propres enfants, et du zèle que mettaient les délateurs à mériter les récompenses du chef de l'empire. Crispus n’eut à se reprocher que l’indiscrétion de ses plaintes sur son oisiveté forcée, et il fut accusé de conspirer contre son père. Fausta suscita et appuya cette accusation, poussa son époux à la vengeance , et Crispus fut mis à mort, Le jeune Licinius, auquel personne ne pensait, subit la même destinée, Mais l'innocence de Crispus ne tarda point à éclater; et, loin d’éprouver les remords que lui a prêtés dix siècles plus tard le Grec Codinus, Constantin ne vengea son malheureux fils que par un nouveau crime : Fausta, accusée d’un commerce adultère avec un esclave, fut étouffée dans un bain, et les complices que les délateurs s’empressèrent de lui donner furent détruits par le fer et le poison. Saint Jérôme qualifie ces faits de cruautés inouïes. La haine des Romains s’en accrut; des placards injurieux furent affichés aux portes du palais. Ces manifestations populaires rendirent le séjour de Rome insupportable à Constantin, et il ne songea plus qu’à punir cette ville en transportant ail leurs le siége de l'empire.

On prétend que sa première pensée se tourna vers Troie, berceau de la famille du premier César; mais pendant le siége de Byzance il avait trop bien apprécié les avantages de l’incomparable situation de cette ville pour ne pas lui donner la préférence; et, afin de déguiser les véritables causes de ce changement de capitale, il eut l'hypocrisie de proclamer que l’ordre exprès de Dieu lui commandait de la transporter à Byzance. 11 mit toutefois deux ans à s’y rendre. Thessalonique, Sardique, Héraclée, Naïssus et Nicomédie furent dans cet intervalle ses résidences passagères. En l'honneur de sa mère, il donna le nom d’Hélénopolis à plusieurs villes. C’est à cette époque que, par les soins de cette princesse, eut lieu la découverte ou plutôt l'invention de la croix et du sépulcre de Jésus. Constantin fil bâtir à cette occasion l’église de la Résurrection à Jérusalem. Peu de temps après il eut la douleur de pe:dre cette mère chérie, dont les restes furent transportés à Rome et déposés dans le tombeau des Césars. Une nouvelle incursion des Goths vint le distraire de ces occupations pacifiques. Déjà il avait profité de la division qui avait éclaté entre ce peuple et les Sarmates pour les rejeter au delà du Danube. Mais les Goths, toujours remuants, ne tardèrent pas à repasser ce fleuve, pour se jeter sur les provinces romaines, et Consfantin accourut de sa personne pour réprimer leurs insolences. Il les chassa dans leurs montagnes, leur fit éprouver une perte de 100,000 hommes, construisit un pont fortifié sur le Danube pour les contenrr, et força le roi Alaric à Jui remettre son fils en otage. Les Sarmates, nation non moins turbulente, vinrent peu de temps après augmenter la population et les forces de l’empire. Chassés de leur pays par les Goths, ils demandèrent un asile à Constantin, et 300,000 des leurs reçurent des terres dans la Pannonie, la ‘Fhrace et la Macédoine. Tant de succès attirèrent à l’empereur les hommages des peuples étrangers. Des ambassadeurs de l'Éthiopie, de la Perse et de l’Indus vinrent le féliciter. Déjà, au concile de Nicée, il avait étalé un luxe indigne d’un prince chrétien, en s’y montrant couvert de pierreries. Ce luxe ne fit que s’accroitre, dès qu’il se fut établi dans l’Orient.

Ce fut le 26 septembre 329 qu’il jeta enfin les fondements de sa capitale, dont il fit étendre les murailles des bords du Bosphore à ceux de la Propontide. Les travaux furent poussés avec une activité extraordinaire. Les places publiques, les portiques, les cirques, les palais, les thermes, s'élevèrent comme par enchantement. Creite création fut enfin si prompte qu’elle fait douter de la véracité des historiens et de la date véritable de la fondation, Comment croire

: en effet qne huit mois aïent pu y suffire? Mais on ne peut

ie

révoquer en doute l’époque de la dédicace, qui eut lieu avec un grand appareil le 11 mai 330, la vingt-cinquième année de ce règne. Byzance prit alors le nom de Constantinople, et fut consacrée au Dieu des martyrs, suivant Eusèbe de Césarée, et à la Vierge, suivant Cedrenus. Les plus grands priviléges furent prodigués à la nouvelle capitale et à ceux qui voulurent s’y établir. Le Pont, la Thrace et l’Asie lui fournirent une multitude de citoyens. Les largesses du fondateur y attirèrent le menu peuple de Rome. Des sénateurs même l’y suivirent en assez grand nombre. Un sénat particulier y fut établi; de grandes dignités y augmentèrent l’éclat de la cour impériale, et les nouveaux Romains remplacèrent par le faste et les cérémonies de la représentation la simplicité de mœurs et les vertus qui avaient distingué leurs ancêtres. Les consuls mélèrent l’or, la soie et les pierreries à la pourpre, et leur installation coûta désormais quatre millions au trésor. Les préfets du prétoire survécurent à la destruction des prétoriens. Ils acquirent en même temps la suprême administration de la justice et des finances, et furent les représentants immédiats de l'autorité impériale. On y ajouta des proconsuls, des vice-préfets et des gouverneurs de province. Constantin prononça la séparation du service militaire et de l'administration civile, que les anciens Romains pratiquaient tour à tour, 11 transforma en fonctions permanentes ce qui n'avait été jusque là que des fonctions passagères. Il créa deux maîtres généraux, l'un pour l'infanterie, l’autre pour la cavalerie, et leur subordonna trente-cinq commandants militaires, s072 'e titre de duces et de comites , dont nous avons fait les titres de ducs et de comtes. L’admission dans l’armée des barbares auxiliaires mit le comble à la démoralisation des Romains; ils prirent en dégoût la profession de soldat, et l'on vit de jeunes hommes pousser la lâcheté jusqu’à se mutiler les doigts pour ne pas servir leur pays.

Le palais eut ses officiers distincts, le chambellan, le grand maître des offices, le questeur, le trésorier ou comte des largesses sacrées, le trésorier particulier, le comte des domestiques et deux ou trois cents messagers, qui furent bientôt regardés comme les espions de la cour. Alors parurent ces titres fastueux dont les nations modernes se sont

emparées , les i//ustres, les respectables, les honorables.

L'empereur y ajouta ceux de votre sincérité, votre gravilé, votre éminence, votre excellence, votre sublime grandeur, votre magnifique allesse, auxquels les grands attachèrent bientôt plus de valeur qu’à la gloire d’une bafaille. Les patentes de leurs offices furent b@sonnées et chargées d’emblèmes, de dorures, de figures allégoriques. C'était une nouvelle Rome, mais une Rome précaire et périssable, qu'il fondait avec sa nouvelle capitale. Après ces jouissances de sa vanité, Constantin n’avait pas de plus grande joie que d’apprendre des conversions. En célébration de la trenfième année de son règne, les conciles de Tyr et de Jérusalem furent ses occupations de l’an 335. Il divisa son empire après l'avoir réuni, et le partagea non-seulement entre ses trois fils, Constantin, Constanceet Constant, qu’il avait créés césars, mais encore entre ses neveux, en élevant Dalmatius, fils de son frère, à la même dignité, et en donnant le titre particulier de roi de Pont à son autre neveu, Annibalien.

Deux aventuriers essayèrent de troubler l'empire : Calocère prit la pourpre dans l'ile de Chypre, et un nommé Tibère, dans une autre province, Mais Constantin les crut indignes de sa colère, et chargea Dalmatius d’étouffer la première de ces révoltes. Calocère fut pris et brûlé vif; l’autre éprouva sans doute le même sort, mais il ne reste de témoignage de cet événement qu’une méduille mentionnée par Spanheïm, Constantin ne montra point le même dédain à l'égard des Perses, qui en lan 337, après quarante ans de paix, fondirent en armes sur la Mésopotamie. Il marcha contre Sapor à téte d’une puissante armée, et, suivant Eu-

CONSTANTIN

sèbe, le roi des Perses, tremblant à son approche, implora et obtint son pardon. Mais d’autres historiens, moins flatteurs, assurent qu’il n’eut pas le temps de terminer cette guerre. Attaqué d’une maladie grave, il revint à Constan-

tinople pour prendre des bains, se fittransporter bientôtaprès à Drepanum ou Hélénopolis, et de là au château d’Aqui-

rion, dans un faubourg de Nicomédie. C’est là que, pres-

sentant sa fin prochaine, il se fit administrer le baptéme par

les mains d’Eusèbe de Nicomédie ou d’un autre prêtre arien,

car il était alors à la disposition de cette secte, qu’il avait d’abord persécutée. Il eut cependant assez de force pour faire, malgré leurs conseils, un acte de tolérance, en rappe-

lant dans leurs églises Athanase et les autres évêques catho-

liques qu’il en avait expulsés. Enfin, après avoir confirmé le partage de l’empire et fait des legs considérables à Rome et à Constantinople, il expira, le 22 mai 337, à midi, loin de sa famille, dont ses ordres avaient en vain pressé l’arrivée. Il

était âgé de soixante-trois ans, deux mois et vingt-cinq jours.

La douleur publique se manifesta par des signes évidents.

Malgré les réclamations du sénat et du peuple romain, son

corps fut transporté dans la capitale nouvelle, décoré de la

pourpre et du diadème, et déposé sur un lit d’or, dans un

appartement somptueusement illuminé, où il recevait chaque

jour, à des heures fixes, les hommages des grands digni-

taires de l’État, du palais et de l’armée.

Ces génuflexions , ces vains témoignages de respect, ne les empêchaient pas de conspirer contre ses dernières volontés. Ils étaient effrayés de cette quantité de césars et de maîtres que l’empereur avait donnés à ses peuples. Ils ne voulurent reconnaître que ses trois fils; les armées et le peuple manifestèrent la même intention , et la soldatesque, unie à la populace, exécuta cette espèce de plébiscite à sa manière, en massacrant Julius Constantius, frère de Constantin, le césar Dalmatius, le roi de Pont, Annibalien, cinq autres neveux de l’empereur, le patrice Optatus, son beaufrère, son favori Abluvius et d’autres ministres accusés d’avoir grevé le peuple d'impôts. Gallus et Julien, jeunes fils de Constantius, n’échappèrent que par hasard à ce carnage, auquel Constantin le Jeune et Constant ne prirent aucune part, mais qu’attribuent à l'ambition de Constance saint Jérôme, Zosime, saint Athanase et l’empereur Julien. C’est par lui, dit-on, que Constance couronna les magnifiques funérailles de son père, dont le tombeau fut élevé dans l'église des Apôtres. Ce monument reçut pendant deux siècles des honneurs extraordinaires, ainsi que la statue-de Constantin, qui s’élevait au faîte d’une colonne de porphyre. Le sénat de Rome lui décerna les honneurs divins, et l’Église grecque, l'inscrivant au rang des apôtres, fixa au 22 mai la célébration de sa fête.

Ce prince, que je n’oserai point qualifier de grand homme, puisqu'il ne sut ni réprimer ses passions, ni raffermir l'empire qu’il avait conquis , n’en eut pas moins des talents extraordinaires. Ses qualités furent ternies par une ambition démesurée, par un naturel féroce, par des penchants voluptueux et par une prodigalité qui le força de surcharger ses peuples d'impôts, Constantin, dit Victor le Jeune, régna dix ans comme un bon prince, dix autres comme un brigand, et les dix dernières années comme un prodigue. Eusèbe de Césarée parle de sa complaisance pour lesindignes agents de son autorité, qui s’enrichissaient par des exactions; mais, suivant son usage, il attribue à son excessive bonté ce qui n’était que de la faiblesse,

VIENNE, de l'Académie Française.

CONSTANTIN I (CLaunius FLavius JULIUS CONSTANminus) , dit Le Jeune, fils atné de Constantin le Grand et de Fausta, naquit à Arles, en 316. A la mort de son père, il eut en partage les Gaules, l'Espagne et la Grande Bretagne. Mais, ayant voulu s'emparer des États de son frère Constant, et élant entré dans ce but en Italie, il fut défait, et périt dans une embuscade près d'Aquilée, en 340.

CONSTANTIN

CONSTANTIN JT (Héracuus), fils d'Héraclius et de Flaia Eudoxia, né à Constantinople, en 612, succéda à son père, en 641. Il partagea le trône avec son frère Héracléonas, fils de Martine. Il annonçait de grandes qualités. Ayant appris que son père avait déposé un trésor considérable chez Pyrhus, patriarche de Constantinople, et qu’il devait être remis à Martine, en cas de quelque disgrâce , il fit enlever cet argent, Sa marâtre se vengea en l’empoisonnant,.

CONSTANTIN IV, surnommé Pogonat, ou le Barbu, monta sur le trône en 668 , avec ses deux frères Tibère et Héraclius, après la mort de son père Constant IL. 11 fit avec succès la guerre aux Sarrasins, et fit condamner la secte des monothélites dans un concile œcuménique, fenu à Constantinople en 681. Il se rendit odieux par le ueurtre de ses deux frères, et mourut en 685, sans être regretté. C’est sous ce prince, dans les guerres contre les Sarrasins , que le feu grégeois fut employé pour la première fois.

CONSTANTIN V, surnommé Copronyme, c’est-à-dire ordurier, parce qu’il salit les fonts baptismaux lorsqu'on le baptisait, né en 718, succéda en 741 à son père, Léon Visaurien. 11 embrassa l’hérésie des iconoclastes, ou briseurs d'images. Il fut cruel et dissolu, et persécuta les catholiques. Ravenne lui fut enlevée par les Lombards. Il wourut de la peste, en 772, dans une expédition contre les Bulgares.

CONSTANTIN VE, fils de Léon le Chazare et d’Irène, né en 770, succéda à son père en 780, sous la tutelle de sa mère. Celle-ci finit par s'emparer du trône, et poussa la cruauté jusqu’à faire crever les yeux à son fils, qui mourut

. quelque temps après.

CONSTANTIN VII, surnommé Porphyrogénète, fils de Léon le Philosophe, né en 905, succéda à son père le 11 mai 911. Il eut pour tuteurs, d’abord son oncle Alexandre, ensuite sa mère Zoé, et enfin Romain Lécapène, homme de basse origine, mais habile général. Celui-ci se fit proclamer empereur en 919, le 17 décembre, s’empara du pouvoir, et laissa le jeune Porphyrogénète, d’un caractère doux et timide, passer obseurément ses jours dans des études pour lesquelles il montra toujours un goût très-prononcé. I cultivait les arts avec prédileclion ; il était peintre assez habile ; il composait des chants d'église, et écrivit même quelques ouvrages historiques. Romain. Lécapène fut enfin détrôné, le 20 décembre 944, par ses propres fils, qui un mois après furent à leur tour arrêtés et enfermés dans un monastère par les partisans de Constantin. Ce dernier, redevenu maître de l'empire, à l’âge de quarante ans, mais sans expérience et sans énergie, continua sur le trône à s’occuper de ses études favorites. L’impératrice Hélène, son épouse, et quelques favoris exerçaient réellement le pouvoir, pendant que l’empereur protégeait les lettres et les sciences. Il mourut le {5 novembre 959, regretté de ses sujets, malgré sa faiblesse, et empoisonné, à ce qu’on prétend, par son fils Romain le Jeune, qui lui succéda. Il a laissé un certain nombre d'ouvrages. Les principaux sont : 1° deux livres Des Thèmes ou provinces de l'Orient au dixième siècle : c’est une espèce de géographie raisonnée, surchargée d’une érudition mal employée, et de traditions fabuleuses sur l’origine des villes ; 2° un Traité sur l’'administration de l'empire, le plus important de ses écrits : on y trouve des détails curieux sur origine, les intérêts politiques et les forces des peuples qui bordaient l'empire du côté de l’Adriatique, du Danube, da Pont-Euxin et de l’Eupbrate; 3° une Vie de l’empereur Basile le Macédonien, son aïeul : elle se trouve dans les collections de la Byzantine; 4° deux Traités sur la Tactique; 5° un Traité sur Le Cérémonial de la Cour impériale de Constantinople. 1] fit rédiger une espèce d’encyclopédie, composée d'extraits des ouvrages historiques des anciens; elle contenait 53 titres ou parties, dont 25 seulement sont venues jusqu’à nous ;

elles sont intitulées : Des Ambassades, et Des Vertus et des Vices. La première a beaucoup d'importance, par les fragments considérables qui s'y trouvent d’historiens grecs dont les ouvrages sont perdus. Enfin M. Angelo Mai en a retrouvé dans les manuscrits palimpsestes du Vatican une troisième partie, intitulée : Des Sentences, et il l’a publiée en 1827.

CONSTANTIN VII, fils de Lécapène, parlagea l'empire avec son père et ses frères, jusqu’à la révolution qui laissa Porphyrogénète seul maître du trône. Relégué en 944 à Ténédos , puis à Samothrace, il y fut massacré, dans une tentative qu'il fit pour recouvrer sa liberté.

CONSTANTIN IX, fils de Romain II le Jeune, succéda à Jean Zimiscès, et fut proclamé empereur avec son frère Basile I, qui exerça la principale autorité depuis 976 jusqu’à sa mort, en 1025. Constantin, qui ne s'était fait remarquer jusque alors que par sa conduite déréglée, régna seul quelque temps ; mais le peuple se souleva contre lui à cause de ses excès, et il mourut en 1028.

CONSTANTIN X, surnommé le Monomaque ou Le Gladiateur, était monté sur le trône en 1042, en épousant limpératrice Zoé, veuve de Romain III. Il ne se fit connaître que par ses débauches; il laissa s'élever près de lui la puissance des Turcs seldjoukides, et laïssa les Petchénègues s'établir en Servie en 1053. Il mourut l’année suivante,

CONSTANTIN XI appartenait à la famille Ducas, une des plus anciennes de Constantinople. Il monta sur le trône le 25 décembre 1059. Isaac Comnène, en abdiquant volontairement la couronne, l’avait désigné pour son successeur. Il s’était signalé dans plusieurs guerres sous les règnes précédents, et ses mœurs étaient restées pures au milieu des désordres de la cour. Mais il ne montra dans le rang suprême que des vertus obscures , passant son temps à composer des discours qu’il débitait au peuple. Sous son règne, les Scythes ravagèrent l'empire, et quelques villes furent détruites par des tremblements de terre. Il mourut en 1067, à l’âge de soixante ans. ARTAUD.

CONSTANTIN XIE, surnommé Dracosès, dernier empereur de Constantinople, né en 1403, fils de Manuel II Paléologue, succéda en 1449 à Jean Paléologue, son frère. A ce moment il ne restait plus au pouvoir de cet empire qu'un mince territoire autour de la capitale et quelques villes éparses dans la Morée et ailleurs. Ce prince, digne d’un meilleur sort, eût réussi sans doute à prolonger au moins l'existence du vieux colosse démembré, s’il eût trouvé dans son peuple une résolution égale à la sienne. Mais ce peuple, énervé par les délices et absorbé par de stériles contentions, s’endormait dans une honteuse léthargie; l’imminence même des plus grands périls ne put l’y arracher. Au moment où Mahomet II s’avançait à la tête de 400,009 hommes pour assiéger Constantinople,on y comptait 300 couvents, et seulement 5,000 soldats, presque tous mercenaires étrangers. En vain Constantin invoquait-il le secours de Rome, en lui offrant la réunion, déjà inutilement tentée par Jean Paléologue, de l’Église grecque à l’Église latine; ses efforts échouèrent contre l’aversion opiniâtre des Grecs, qui s'écriaient : « Plutôt le croissant et le turban que les rites etles légats romains! » Constantin Dracosès avait aussi voulu intéresser à son sort la riche et puissante Venise, en épousant la fille du doge. Si ce projet se fût accompli, la flotte de vingt-huit vaisseaux, qui n’arriva qu'après la prise de Constantinople, eût sans doute accéléré sa marche et sauvé allié de la république. Le ridicule orgueil de la noblesse byzantine fit encore avorter ce mariage.

Mahomet avait proposé à Constantin de lui laisser la Morée, où il se retirerait. Le courageux héritier des césarg ne répondit que par un refus. Résolu à s’ensevelir sous les ruines de sa capitale, il la pourvut de munitions et de vivres, se préparant à une défense désespérée. Huit à neuf mille hommes, parmi lesquels on comptait deux mille Génois, commandés par le brave Justiniani, étaient tout ce

qu'il pouvait opposer à l'immense armée musulmane, redoutable surtout par une excellente infanterie disciplinée, de 60,000 hommes, que secondaient 30,000 hommes de bonne cavalerié, Stimulée par l’audace intrépide de l'empereur et de Justiniani, cette poignée de soldats devint une troupe de héros. Une artillerie formidable tonnait en vain sur la ville; en vain le sultan était-il parvenu à faire jeter dans le port des vaisseaux transportés sur un chemin fait de madriers et de planches graissées, les plus terribles attaques avaient été repoussées pendant cinquante jours. Mahomet, alarmé à la nouvelle de l'arrivée prochaine de Jean Huniade, le héros de la Hongrie, pensait à la retraite. Raffermi par un de ses lieutenants, il se détermina à donner l'assaut, en promettant le pillage à ses troupes.

Constantin et Justiniani , à la tête de leurs héroïques soldats, défendirent les remparts avec toute l’intrépidité du désespoir. Trois fois cette élite de guerriers força les Turcs à reculer. Ce furent les janissaires qui, s’élançant sur les murs avec leur fougueuse bravoure, y arborèrent l’étendard du prophète. Chassés de ce poste et découragés par les blessures et la retraite de Justiniani, les soldats de Constantin, devenus sourds à ses cris et insensibles à son exemple, cherchèrent un refuge dans la seconde enceinte. L'empereur, abandonné des siens, fit en vain des prodiges de valeur; se précipitant au milieu des rangs ennemis, il ne put que périr en héros, après avoir régné trois ans et demi en prince généreux. La ville fut livrée pendant trois jours à tout ce que l’insolence de la victoire, la brutalité, la débauche la plus effrénée, peuvent imaginer d'horreurs et d'abominations. Les rues teintes de sang, jonchées de cadavres entassés, .offraient à chaque pas le hideux tableau de la barbarie des hommes. Rien ne fut respecté, on viola les asiles les plus saints, les temples, les palais. Les conditions, l’âge, le sexe tout fut confondu ; tout fut outragé. Soixante mille hommes échappés à ce carnage furent vendus au profit des vainqueurs.

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