CONSTANTIN — CONSTANTINE
vembre de la même année, au palais de Zarskojè-Selo.
CONSTANTIN (Asranam), l’un des peintres sur porselaine les plus distingués de notre époque, né à Genève, en 1785, commença d’abord à peindre des chiffres sur les cadrans de montre et de pendule, et se perlectionna ensuite à Paris, où il exécuta pour l'impératrice Joséphine son premier tableau important sur porcelaine, La Vierge à la chaise. Le désir d'étudier à la source même le célèbre modèle qui devait lui servir pour ce travail le conduisit en Italie, où il consacra plusieurs années du travail le plus opiniâtre, et en dépit de difficultés de plus d’un genre, à l’étude de Raphael : aussi parvint-il à une profonde et remarquable intelligence du style et de la manière de ce grand maitre.
En 1826 il revint à Paris, et reçvt du roi, qui déjà l'avait créé chevalier de la Légion d'Honneur, le titre de peintre de son cabinet. En 1832 Abraham Constantin retourna à Rome , afin d'y copier pour le roi Louis-Philippe les chefsd'œuvre de Raphael des Loges du Vatican. Quelques-unes de ces copies appartiennent aux plus grands taNeaux que la peintare sur porcelaine ait produits ; et L'École d'Athènes notamment est à tous égards un morceau extrêmement remarquable. Indépendainment de ce travail, nous cilerons ses copies de l'Ezéchiel de Raphael, de sa Galathée, de a Madonna del tempi et del Granduca, de La Fornarina, de Za Madonna de François Ier et del Pez, ainsi que La Visitation. Constantin travailla toute une année à La Transfiguration de Raphael. Il a encore copié, en fait d’autres maîtres, la Vénus du Titien, Le Mariage de sainte Catherine et La Madone à la chemise du Corrége, La Madonna del Sacco d’Andrea del Sarto, La Poésie de Carlo Dolce, et L'Entrée de Henri IV d’après Gérard. Il s’est aussi essayé dans quelques compositions originales. et à faire des portraits d’après nature. Si cette dernière tentative lui a réussi, comme en témoigne son propre portrait, qu’on voit dans la galerie de Florence , on n’en peut pas dire autant des autres, par exemple de sa Prise du Trocadero par l'armée Française en 1823.
On a aussi d'Abraham Constantin un livre intitulé : Idées italiennes sur quelques tableaux célèbres (Tubingue, 1840 ) dans lequel il a consigné ses observations sur l’art et la manière de Raphael, sur le dessin et le coloris des grands maîtres; enfin sur son propre art, la peinture sur porcelaine. La plus belle collection de ses œuvres se trouve àTurin; elle est la propriété du roi de Sardaigne.
CONSTANTINE, ville d'Afrique, chef-lieu de la province du même nom en Algérie, est située entre Tunis et Bone, dans une presqu'ile entourée par les eaux de l'Oued-Rumimel, et dominée au sud-est par le plateau cultivé de Mansourah, au sud-ouest par les hauteurs de Koudiat-Aty, au nord-est enfin par le Sidi-Mécid , lieu de
sépulture des Israélites, à 458 kilom. d'Aiger; elle est le chef-lieu d’une division militaire, d’une préfecture, d'un évéché, d’un tribunal de première instance. Elle a une chambre de commerce, un collége français et un collége arabe. Sa population s'élevait, en 1866, à36,296 habitants, dont 20,735 indigènes.
. Bâtie en formede trapèze, sur une haute colline, Constantine, pour emprunter au langage expressif des Arabes une locution familière, est un burnous déployé, dont la casbah est le capuchon. Cette casbah, édifice antique, dé-
fendue par quelques pièces de canon, domine en effet la villeet couronne les rochers à pic qui l’entourent presque toutentière, Au piedde cette citadelle battent de nombreux moulins à blé, queles eaux détournées du Rummel mettent en mouvement.
La ville a quatre portes, dont trois, unies par une muraille antique de dix mètres de hauteur, s'ouvrent sur le même côté, au sud-ouest: la porte Valée, Bab-el-Rhaba, Bab-
el-Djabia, et Bab-el-Kantara, En avant des deux premières :
il y a, sur le sommet du contre-fort qui se lie au Koudiat- Aty, un faubourg peu étendu, habité par des artisans, On y tenait des marchés de certaines productions ; les autres denrées se vendaient en ville. Diverses habitations, une mosquée, des fondouks, et, plus loin, les va-tes écuries du bey, le Bardo, situé entre la rive gauche du Rummel et Koudiat-Aty, dépendent de ce faubourg. Le reste de l'enceinte est formé par des murailles peu solides et sans terrassements, Des maisons sont adossées contre les murs qui, élevés sur des rochers à pic, présentent une excellente défense, Constantine avait autrefois sept ponts; le seul qui restât, construction d’Antonin le Pieux, s’est écroulé en 1857; il a été remplacé, en 1863, par un magnifique pont métallique d’une seule arche, dominant le torrentde 120%. La ville se divise en deux parties : l’une, habitée par les Français, est fort animée et formée par des rues droites allant aboutir aux belles places de Nemours et du Palais ; sur la place Négrier on a élevé, en 1866, une statue au maréchal Valée. Dans l’autre partie est le quartier arabe, où lon retrouve la couleur locale qui tend à disparaître des autres villes de l’Algérie. La plupart des maisons ont de vastes citernes ; en outre la ville reçoit, par un gizantesque siphon qui traverse le ravin, environ 600 mètres carrés par jour d’eau potable, empruntée aux sources du plateau de Mansourah et à la rivière de Beâri; bientôt la dérivation de la belle source d’Aïn-Fesguia dotera la ville de 250 litres par jour et par habitant, non compris l’alimentation actuelle. Ses principaux monuments religieux sont Notre- Dame des Sept Douleurs, ancienne mosquée du dernier siècle ; la grande mosquée, probablement construite sur les ruines d’un temple païen; les mosquées de Sidi-el-Akdar et de Sidi-el-Keltani, dont la décoration est remarquable. Le palais d’Hadj-Ahmed, bâti après la prise d'Alger, est peut-être le plus curieux édifice de l’architecture barbaresque. Certaines parties déjà menacent ruine. Au dehors il ressemble à une prison; maïs rien n’est plus original que l'intérieur, avec ses cours, ses jardins, ses arcades, ses. colonnes et ses fresques naïves. Le musée, acquis de M. Costa en 1857, est fort riche en débris romains de toutes sortes,
Il y à à Constantine des usines considérables, de nombreux moulins, une scierie et une grande fabrication de pâtes alimentaires; l’industrie indigène y est très-active et fabrique des chaussures et des tissus de laine. Le commerce y est important, surtout en grains, huiles, cuirs et laines. Un chemin de fer en construction doit relier Constantine à Philippeville.
Pour les Romains, Constantine {Ciréa) était la plusriche et la plus puissante des villés de la Numidie, dont elle formait en quelque sorte la clef. Les principalesroutesde la province y aboutissaient. Elle avait été résidence royale sousMassinissa etses successeurs. Strabon nous apprend qu’elle renfermait alors des palais magnifiques, et que, sur l'invitation du roi Micipsa, une coloniegrecque était venue s’y établir, apportant avec elle les arts desa patrie. Le premier soin de Massinissa, dans la première guerre punique, fut de s'emparer de Cirta. Jugurtha employa tous les moyens pour s’en rendre maître, et c’est de cette position centraleque Metelluset Marius dirigèrent avec tant de succès contre lui tousleurs mouvements militaires. Ruinée en 311, dans la guerre de Maxence contre Alexandre, paysan pannonien, qui s'était fait proclamer empereur en Afrique, rétablieetembellie sous Constantin, cette ville quitta alors son ancien nom, et aujourd’hui l’appellation arabe, Constantina, nous prouve qu’elle porte encore celui de son restaurateur. Au cinquième siècle, elle rési-ta aux Vandales qui l’assiégèrent ; les victoires de Bélisaire la retrou« vèrent debout, et la conquête musulmane semble l’avoir respectée, à en juger par les ruines dont partout arlleurs le pays est couvert.
Constantine fut la première ville de Numidie qui tomba au pouvoir des Arabes après la prise de Carthage. Elle suivit dans le cours du onzième siècle le sort de la plupart des places du Maghreb, et la révolution opérée par Yousouf- Abou-Tachefin venait de la faire passer au pouvoir des Berbers. Un chef de la tribu de Ketamah la gouvernait alors; les marchands européens, qui trouvaient, en abordant à Bougie, le mouillage le plus sûr de tout le littoral, fréquentèrent tout à coup les marchés de la province, et plus tard les marines si flurissantes des républiques italiennes et des Catalans possédèrent presque exclusivement le commerce de cette échelle. Les Vénitiens , par un traité de l’année 1251 avec les souverains d'Afrique, avaient aussi établi leurs comptoirs dans différents ports et villes de la Barbarie, et notamment à Constantine et à Stora. Divers traités avec les Catalans finirent par donner aux relations de ces derniers un caractère tout à fait politique, et au commencement du quatorzième siècle la couronne d’Aragon exerçait une influence très-grande sur les rapports de Constantine avec les villes voisines. En 1322 Aben-Abbas sultan de Tunis, de Bougie et de Constantine , s’obligeait à payer un tribut considérable au roi d’Aragon , en retour duquel ce dernier devait fournir à ses alliés un secours de dix galères tout armées, chaque fois que besoin serait d'attaquer Alger ou tout autre pays des Maures en guerre avec eux. La France n’était pas restée étrangère à ces premières relations avec la Barbarie. Marseille avait des rapports fréquents avec Bougie, Constantine et Milah.
Au commencement du seizième siècle Constantine contenait dans son enceinte environ 8,000 maisons , ce qui suppose une population de 30 à 40,000 habitants. C'était, après Tunis, dont elle dépendait encore, la ville de toute cette partie du Maghreb où l’industrie était la plus active et dans l'état le plus florissant. Cette ville passa en 1520 au pouvoir de Khaïr-Eddin, qui en fit la capitale de la province de l’est dans la régence d’Alger. Le commerce d’importation de Constantine n’était pas encore très-considérable. Le bey tirait de Livourne, par Bone, des tissus de coton, des soieries, des draps, des marbres, des denrées coloniales et de la droguerie. L'ensemble de ce commerce pouvait s'élever, année moyenne, à un million. Le bey prohibait ordinairement la sortie de l’or et de l’argent , en sorte que les retours de Constantine sur Bone consistaient seulement en grains, en haïks et en ouvrages en peau. Avant la prise de possession par les Turcs, les rapports commerciaux de Constantine avec cette ville étaient presque nuls , et s’ils commencèrent à s'établir vers ce temps, ils ne furent jamais ni trèssuivis ni très-productifs, Il n’en était point de même avec Biskara et les villes du Zäb et du Tell. Chaque année à l’époque de la récolte des dattes, lors du départ de la colonne chargée du recouvrement de l’impôt, les soldats emportaient quelques objets de l’industrie de Constantine, pour faire des échanges contre des produits du pays. Le même commerce d'échange avait lieu avec Tu gurth, qui payait tribut au bey de Constantine entre les mains du Chéik-el-Arab, chef du désert,
Lorsque après la prise d'Alger, Hadji-Ahmed revint à Constantine avec les débris des troupes qu'il avait été forcé de conduire lui-même au secours du dey Hussein, il trouva les portes fermées. La garnison turque, révoltée, venait de déclarer la déchéance du bey et de proclamer à sa place un Turc nommé Kuchuk-Aly. Mais, au milieu de la perturbation que les événements d'Alger avaient causée dans le pays, celui-ci n’eut pas le temps ou l’audace nécessaire pour consolider sa puissance naissante, et, trahi par un parti de Kabyles, il fut contraint de céder la place à Hadji-Ahmed , qui ressaisit le pouvoir, Le bey, offensé, tira de sanglantes représailles de la ville rebelle, Son premier soin fut de se délivrer de cette milice turque qui avait conservé une indépendance incommode, et qui menaçait de disposer à son
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gré de l'autorité suprême : envoyée par petits détach ta daus les tribus, elle fut entièrement massacrée. 11 fit arrêter: aussi tous les Turcs fixés dans la ville, les dépouilla de leurs richesses, et les envoya à la mort. Dès lors il resta sans compétiteurs pour la puissance, s’attribua tous les droits de la souveraineté, et prit le titre de pacha, que la Porte Othomane lui confirma plus tard par un firman. Mais ce pouvoir, sans contrôle et sans contre-poïds, ne tarda pas à dégénérer en odieuse tyrannie.
Les Arabes dela province s’étonnaient que la France laissât Hadji-Ahmed exercer en paix un pouvoir qui avait dû finir avec le règne du pacha d’Alger. Un chef de Tugurth avait dès 1833 réclamé l’honneur de concourir au renversement du bey. Un autre chef de tribu du désert, Farhat- Ben-Saïd, qui avait fait en 1832 des offres pareilles, et qu’on vit depuis accourir sous les murs de Constantine emportée d'assaut, offrait encore de se joindre aux Français pour cette entreprise, Bon nombre de tribus, exaspérées par les cruautésetles exactions de Hadji-Ahmed, demandaient vengeance, et on pouvait espérer, avec l'assistance des unes, la neutralité ou l’indifférence de beaucoup d’autres. Notre domination avait, autour et en avant de Bone, fait assez de progrès à cette époque pour qu’il parût au maréchal Clausel qu’il y eût lieu de nommer un bey français de Constantine, Le chef d’escadron Joussouf fut appelé à ce poste important. En lui laissant le soin de se faire reconnaître par ceux qui se déclareraient ses partisans et de s'imposer par les armes à ses adversaires, on s’épargnait sans doute quelque embarras de protection; mais on n'avait pas prévu qu’on aurait à tolérer des actes qui autorisés par le droit public du pays ne pourraient être avoués par le nôtre. D'un moment à l’autre la possession de Constantine pouvait être obtenue. Le maréchal pensa qu'il convenait de se préparer à cette éventualité en marchant en avant. Cependant le gouvernement, qui n’était pas en mesure de bien juger de l’état des choses, retenu par la crainte de donner à l’occupation une extension indéfinie, hésitait à prescrire des opérations militaires de cette importance à travers un pays imparfaitement connu et des difficultés que ses prévisions n'avaient pas embrassées à temps dans toute leur étendue. Mais les instances du gouverneur général étaient de plus en plus pressantes. Les forces dont il pouvait disposer lui paraissaient devoir suffire. L'expédition était indispensable pour assurer au bey Joussouf, repoussé de toutes parts et insolemment dédaigné par les populations arabes, sinon un appui, au moins une vengeance. La situation n’était plus tenable, et d’ailleurs le succès était représenté commeinfaillible... L'autorisation d’agir fut donc accordée, et le corps expéditionnaire, fort de 9,137 hommes, s’ébranla ie 8 novembre 1836. A peine l’armée avait-elle établi son premier bivouac qu’elle fut assaillie par une pluie torrentielle qui accompagna presque saus interruption jusque sur la rive gauche de la Seybouse, qui ne fut franchie qu'avec la plus grande difficulté. Cet obstacle vaincu, l'expédition marcha quelques jours au milieu d’une population amie et pacifique; mais le 19 nos soldats se (rouvèrent en proie à des souffrances inouïes et aux plus cruels mécomptes : « Nous étions, dit le maréchal, parvenus dans des régions très-élevées. Pendant la nuit la pluie, la neige et la grêle tombèrent avec tant d’abondance et de continuité que nous fûmes exposés à toutes lesrigueurs d’un hiver de Saint-Pétersbourg, en même temps que les terres, entièrement défoncées, représentaient aux vieux officiers les boues de Varsovie. » De ce lien de désolation , l'armée apercevait Constantine, mais elle désespérait d'arriver jusque sous ses murs. Toutefois elle s'ébranla de nouveau, et, après des efforts ggantesques, le 20 elle parvint, sans bagages et sans arrière-garde jusqu'au monument, où elle fut obligée de s'arrêter, Alors le froid était excessif; beaucoup de nos braves eurent les pieds gelés, et un plus grand nombre encore périt pendant la nuit, Enfin, le 21 les bagages
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s'étant ralliés, nos soldats , ayant de l’eau jusqu’à la ceinture, franchirent le Bon-Mezroug, l'un des affluents de l'Oued-Rummel, considérablement grossi par les torrents. On s'établit sous les murs de Constantine. Cette importante cité, défendue par une forte garnison et une population fanatique , n'était abordable que par les mamelons de Koudiat- Aty; mais il était impossible de conduire jusque là l'artillerie, qui s’enfonçait jusqu'au moyeu. Ces hauteurs furent néanmoins occupées par notre avant-garde,qui s’y logea sousle canon des kabyles. A ce moment la neige tombait a gros flocons , et le froid devenait de plus en plus rigoureux. Dans cet état de choses , le général en chef jugea qu’il ne lui restait plus qu’à essayer d'enlever la place de vive force, et à battre inanédiatement en retraite , en cas d’insuccès. Déjà la première des deux portes d’El-Kantara avait été enfoncée par l'artillerie, et il ne restait plus qu’à faire sauter la seconde. Alors, exténué de fatigues, de faim et de froid, le génie déclara qu'il lui fallait vingt-quatre heures pour faire les préparatifs de cette opération; mais tandis que nos feux continuaient à battre la ville, nos avant-gardes étaient vivement attaquées par l'ennemi, qu’elles parvinrent diffcilement à contenir. Ceci se passait le 23. Le désordre se mit dans le travail commencé par les sapeurs. Les soldats qui portaient les échelles furent tous tués ou blessés, et leur chef, le général Trezel, fut lui-même renversé par un coup de feu. On reconnut alors qu’il fallait renoncer à l'attaque et commencer le mouvement rétrograde.
Ces tentatives, qu’il était de notre honneur de faire avant de partir, ayant échoué, le maréchal songea à profiter du reste de la nuit pour réunir l’armée et tout disposer pour la mettre en marche. La première journée de la retraite présenta les plus grands obstacles : assaillie par la garnison entière et une nuée de cavaliers arabes, notre arrière-garde se couvrit de gloire en repoussant leurs attaques; mais elle ne parvint à les contenir qu'avec une extrême difficulté. Enfin, cette retraite, qui en d’autres mains aurait pu devenir si désastreuse, s’effectua en bon ordre, quoiqu’au milieu des plus grands obstacles, et le 30 novembre le corps expéditionnnaire, après avoir établi une garnison à Guelma, rentra à Bone, ramenant sen artillerie, ses blessés et tous les caissons qui ne s'étaient point brisés.
Il était devenu urgent de rétablir dans cette province Pascendant français, compromis par l'issue de cette campagne. Le maréchal Clausel, remplacé par le lieutenant général comte de Damrémont, rentra en France abreuvé d’humiliations et sous le poids accablant de sa défaite. Le nouveau gouverneur, sans considérer les avantages qu’il pouvait retirer de la campagne qui se préparait, pour sa réputation militaire , tenta longtemps tous les moyens d’arriver à une paix honorable; mais, reconnaissant bientôt que les hésitations d’Hadji-Ahmed cachaient un piége perfide, il résolut de se rapprocher de Constantine en occupant fortement la position de Medjez-Ahmar, destinée à devenir le point de départ des opérations ultérieures : un vaste camp y fut tracé, et devint bientôt une immense place d'armes. Le 20 septembre 1337, le bey de Constantine en personne essaya de le surprendre avec 10,000 Arabes, qui furent écrasés sous nos canons. Après ce dernier effort, Hadji-Admed se retira, n’osant pas même rentrer dans sa capitale, dont il abandonna la défense à son lieutenant, Ben-Aïssa. La marche en avant fut ordonnée. Partie de Medjez-Ahmar le 1°" octobre, l’armée, forte d’environ dix mille hommes, arriva le 6 devant Constantine. Les parcs de l’armée s’établirent sur le plateau de Sidi-Mabrouck , sous la garde de la 2° brigade, et l’avant-garde, sous les ordres du duc de Nemours, prit position sur le Mansourah. L’ennemi nous accueillit par des cris féroces et un feu bien nourri. La reconnaissance de la place faite, on arrêta que l'attaque principale serait dirigée du côté de Koudiat-Aty, et des batteries établies au Mansourah prirent alors d’enfilade et de revers
les batteries du front d'attaque pour éteindre les feux de la casbah. Le général Rulhières s'était campé sur le Koudiat- Aty, profitant habilement des accidents du terrain pour l’emplacement de sa troupe. Une batterie de brèche et une batterie d’obusiers , à l'établissement desquelles une tempête horrible mit toujours obstacle, ne purent être armées que le 8.
Pendant que ces préparatifs matériels s’accomplissaient afin d'entamer à la fois tous les points vulnérables de la place , les assiégés, inactifs sur le Koudiat-Aty pendant toute la journée du 6, firent un effort le 7 pour arrêter les progrès de notre attaque. 800 Arabes, sortis de la porte d’El-Rhabia, se ruèrent sur les retranchements dont le général Rulhières avait couvert sa position, et vinrent insolemment planter leur drapeau devant le front de la légion étrangère. Le commandant Bedeau, chef de cette troupe, tomba sur eux, et les dispersa. Dans le même moment , le vingt-sixièma de ligne repoussait à la gauche du Koudiat-Aty une irruption de Kabyles, tandis que le colonel Combes, du 47° de ligne, et un escadron du 3° chasseurs d'Afrique soutenaient sur les derrières une attaque des troupes du bey. Toute la nuit du 8 au 9 fut affreuse; une pluie battante tombait sans interruption ; un froid rigoureux sévissait. Réduits au biscuit pour toute nourriture , nous manquions de feu et d’abri. On ne voyait partout que malades et mourants. Nos ambulances étaient encombrées, et les hommes mouraient aux faisceaux. Pour se préserver de la boue, où l’on enfonçait à mi-jambe, nos soldats se firent des litières avec des cailloux ramassés en abondance, ou bien, pénétrant dans les cimetières, cherchaient un refuge sous la voûte de pierre des tombeaux. C’est ainsi qu’on attendit le jour. Il se leva terne et pâle, et fut cependant salué par de nombreux cris de joie, aux premiers coups de canon que tirèrent les batteries du Sat- Mansourah et du Koudiat-Aty. L’ennemi, qui répondit par le feu de vingt pièces et mortiers, essaya vainement de soutenir le combat. Les embräsures de ses batteries furent successivement renversées, la plupart des pièces démontées, et avant onze heures leur feu était éteint. Ce résultat obtenu, on s’occupa sérieusement de l’attaque principale.
La nuit du 9 au 10, moins mauvaise, permit de transporter de l’artillerie de siége sur le Koudiat-Aty. Jusque-là le succès de notre expédition était encore incertain; maïs les résultats obtenus pendant cette nuit avaient fait tourner toutes les chances en notre faveur. Le 10 une partie des troupes de Ben-Aïssa sortit de la ville par des issues détournées, et s’étendit, à la faveur du Rummel et des bas-fonds, sur le front et le flanc gauche de la position du Koudiat-Aly. Le général Damrémont, qui parcouraït en ce moment cette partie de la ligne, averti de leur présence par le bruit de la mousqueterie, ordonna un mouvement en avant, ei enleva lui-même la troupe en franchissant un parapet en briques sèches qui traçait l’enceinte du camp. L'action ne dura qu'un instant, mais elle fut chaude ; plusieurs officiers et soldats furent atteints par la mitraille que lancèrent les batteries de Constantine pour protéger la retraite de ses défenseurs culbutés. Pendant toute la journée du 11 les quatre batteries de brèche dirigèrent leur feu contre le mur d’enceinte de Constantine, construit en pierres de taille trèsdures et très-épaisses. La pierre se broyait sous le boulet qui s’y logeait , et le mur, percé comme un crible, ses moellons tout séparés , n’ayant plus d’appui que par les angles, ou ne tenant plus que par adhérence au massif, résistait encore, lorsque enfin un obus, lancé par la batterie du capitaine Lecourtois, éclata en tombant sur la muraille, et le revétement s’écroula. Dans la soirée, un soldat du bataillon turc fut envoyé en parlementaire aux assiégés; mais la dernière sommation du général en chef fut fièrement repoussée. Le feu continua toute la nuit; une nouvelle batterie avait été armée à 120 mètres des murs, et acheva de nettoyer le chemin que nos colonnes d'assaut devaient parcourir.
Le 12, à sept heures et demie du matin, le général Damrémont, se rendant à la tranchée avec le duc de Nemours, pour examiner les travaux de la nuit, fut tué par un boulet au moment où il atteignait le dépôt de la tranchée, Le général Perregaux, son chef d'état-major, reçut au même instant une blessure mortelle à la tête, comme il se penchait pour le secourir. Le général V alée, en sa qualité de doyen de tous les généraux assistant au siége, prit le commandement en chef. Dans l’après-midi Hadji-Ahmed envoya un parlementaire pour faire savoir qu’il désirait traiter de la paix; maïs, craignant quelque supercherie, le général français lui fit répondre d’ouvrir sur-le-champ les portes de Constantine et de s’en rapporter pour le reste à la générosité des vainqueurs. Au lieu de ralentir le feu des batteries pendant ce temps, on donna l’ordre de l’acliver. Hadji-Ahmed ne répondit pas à notre ultimatum. Comme on s'était aperçu le 12 au matin que les assiégés avaient réparé pendant la nuit la brèche de leur mur à l’aide de sacs à terre, disposés absolument d’après notre système, on tira toute la nuit sur la brèche pour empêcher qu’elle ne fût relevée.
Le 13, à trois heures et demie du matin, la brèche fut reconnue praticable par deux officiers qui y avaient été envoyés; l'ennemi n’avait pas même cherché à en déblayer le pied. Les colonnes d'attaque se formèrent aussitôt : la première, commandée par le lieutenant-colonel de Lamoricière; la deuxième, par le colonel Combes; la troisitene, par le colonel Corbin. A sept heures le signal de l’assaut fut donné. Aussitôt la première colonne franchit rapidement l'espace qui la séparait de la ville, et en gravit la brèche sous le feu de l'ennemi. Le colonel de Lamoricière et le chef de bataillon Vieux arrivèrent les premiers au haut de la brèche, qui fut enlevée sans difficultés. Mais bientôt la colonne, engagée dans un labyrinthe de maisons à moitié détruites, de murs crénelés et de barricades, éprouva la résistance la plus acharnée de la part de l'ennemi. Celui-ci parvint à faire écrouler un pan de mur qui ensevelit un grand nombre d’assaillants. Dès que la première colonne eut dépassé la brèche, on la fit sontenir par deux compagnies de la deuxième colonne, et successivement, à mesure que les troupes pénétraient dans la ville, des détachements de deux compagnies appuyaient les mouvements de la colonne. La marche de nos soldats devint plus rapide après la chute du mur, malgré la résistance de l’ennemi. A droite de la brèche, après avoir fait chèrement acheter la possession d’une porte qui donnait dans une espèce de réduit, les Arabes se reélirèrent à distance, et bientôt une mine fortement chargée engloutit et brûla un grand nombre de nos soldats. Beaucoup périrent dans ce moment cruel. D’autres, parmi lesquels on remarquait le colonel de Lamoricière , et plusieurs officiers, furent grièvement blessés. A la gauche, les troupes parvinrent à se loger dans les maisons voisines de la brèche. Les sapeurs du génie cheminèrent à travers les inurs, ét l’on parvint ainsi à tourner l'ennemi; la même manœuvre exécutée à droite força l'ennemi à se retirer et décida la reddition de la place. Le combat se soutint encore près d’une heure dans les murs de la ville, Le colonel Combes fut blessé mortellement à l'attaque des barricades. Enfin les Arabes, chassés de position en position, furent rejetés sur la casbah, et le général Rulhières, qui venait d’être nominé commandant supérieur de la place, y arrivant en même temps qu’eux, les contraignit à mettre bas les armes.
Le calme se rétablit bientôt dans Constantine; le drapeau tricolore fut arboré sur les principaux édifices, et le duc de Nemours prit possession du palais du bey. Hamouda, fils du chéik El-Belad, fut investi du titre et des fonctions de kaïd, et par ses soins la population, tranquillisée sur son sort, ne tarda pas à établir ses relations avec nous, Dans les quinze jours qui suivirent la conquête, on s’occupa activement de meitre la casbah en état, de fermer la brèche
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pratiquée par nos batteries, de. clore toutes les issues de l'enceinte par lesquelles on aurait pu s’y introduire clandestinement, et on ne laissa ouvertes, pour les mouvements journaliers de la population, que deux portes, soumises à la plus sévère surveillance. Plusieurs tribus firent leur sou- | mission à la France. Farhat-Ben-Saïd arriva le 27 oetobre à Constantine, et y fut reçu avec la plus haute distinction. Le gouvernement du bey Ahmed était entièrement détruit. Abandonné de la meilleure partie de ses troupes, repoussé par les tribus, qui pouvaient sans crainte désormais se soustraire à sa domination cruelle, cet ancien lieutenant du dey Hussein se dirigea fugitif vers le sud, cherchant dans les monts Aurès une retraite pour y cacher sa honte et son abaïssement. Le 29 octobre le général en chef, laissant dans la ville une garnison de 2,500 homines, dont il confia le commandement au général Bernelle, retourna à Bone, où l’attendait sa nomination au grade de maréchal de France et aux fonctions de gouverneur des possessions françaises du nord de l’Afrique.
Constantine, devenue à la fois le chef-lieu de la province et le chef-lieu de la division militaire, fut le centre des forces destinées à agir, soit vers Bone, soit entre Sétif, Philippevilleet Bone, soit au delà de Sétif, pour ouvrir les communications avec la province d’Alger. Les différents services, installés d’abord dans les maisons de la ville, reçurent peu à peu des établissements plus commodes. En 1838 le casernement des troupes fut considérablement amélioré. On entreprit ensuite les écuries du quartier de cayalerie du Bardo et l’hôpital militaire de la casbah. On s’occupa aussi de la restauration du palais du bey, qui servit de logement au commandant de la province. Dans la province, l'organisation prescrite par les instructions du gouvernement s’était fortifiée, et le réseau d’autorités émanées de la puissance française s'étendait au loin. A l’aide d’intermédiaires choisis parmi les notabilités indigènes, nous avions à notre disposition des forces agressives et répressives pour subjuguer nos ennemis et protéger nos amis. Notre domination était rendue plus facile par l'emploi de ces forces laissées sous le commandement de leurs chefs, et composées, selon le temps et les besoins, de cavaliers en service permanent et d’auxiliaires fournis par les tribus pour un service temporaire. Ainsi se trouvait rétabli le makAzen, repris à la solde et aux ordres de la France, et chargé désorinais Je maintenir la soumission, d’assurer le payement du tribut, en conservant toutefois pour la perception les formes et les cuutumes arabes. Telle était la facilité qu’offrait le pays pour l'expérience qui n'avait pas été faite jusqu’alors sur d’autres points de l'Algérie, que le commandement militaire en recueillait, par la force des choses, les plus heureux résultats.
Cependant, si l’ébranlement produit par nos faits d'armes amnena la soumission d’une grande partie du territoire occupé par les Arabes, ce ne fut pas sans coup férir. Lorsqu’en 1841 le général Négrier prit le commandement de la province, le tiers au plusdu pays était sous notre domination réelle. Ce général soumit successivement une centaine de tribus. Cependant le général Négrier laissa beaucoup à faire à son successeur, et le général Baraguay-d'Hilliers soumit encore plus de quaranie tribus, qui depuis 1837 avaient fait contre nous de grands actes d'hostilité. Un marabout vénéré, Sid-Zerdoud , les exaltait à la guerre sainte par ses prédications. En attendant une attaque ouverte et générale, elles faisaient de petites incursions sur nos communications avec Philippeville et Bone. Elles excitaient les tribus soumises à la révolte, elles embauchaient les soldats de la légion étrangère, et organisaient en compagnies, les déserteurs. Cette situation nous obligeait à maintenir des postes sur nos communications, pour assurer l’arrivée des courriers à Constantine, et malgré cela ces convois ne pouvaient marcher sans escorte, Cela seul était de nature