‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 278 sur 607 · CONSTANTINE — CONSTANTINOPLE · texte numérisé non relu

CONSTANTINE — CONSTANTINOPLE

à motiver nos entreprises contre les Kabyles, lorsque des faits plus graves vinrent les légitimer, A la fin de 1842, Sid Zerdoud, ayant assez enflammé le courage de ces tribus, les conduisit en masse à l'attaque du camp de l’Arrouch, . ce qui donna lieu à une belle défense de la part de nos soldats, qui, commandés par le colonel Lebreton , firent une brusque sortie avec un escadron de chasseurs et les soldats du train transformés en cavaliers. Les bandes de Sid-Zerdoud furent sabrées et mises en fuite; trois cents Arabes restèrent sur le terrain. Dès lors on poursuivit à outrance ces tribus indomptables; une guerre de tous les jours les harcela , et finit par les lasser : on les soumit. Sid-zerdoud fut tué, et la tranquillité se rétablit enfin. Néanmoins, il fallait toujours se tenir en éveil, car, malgré les progrès des généraux Négrier, Galbois et Baraguay d'Hilliers, on ne pouvait pas encore proclamer la pacification complète de la province. Hadji-Ahmed lui-même, avec l'assistance des Ouled-Kasem , osa s'approcher, le 16 septembre de cette même année , du camp d’Ain-Rummel; mais, abandonné par son infanterie , ilse retira bientôt devant le général Sillègue , qui s'était porté à sa rencontre.

Placée pendant les premières années sous l’administration des chefs indigènes, la province de Constantine fut bientôt presque tout entière soumise à l'autorité de la France. Les Arabes et les Kabyles, qui avaient appris à apprécier la civilisation de l’Europe, et qui l'avaient comparée au despotisme des anciens beys, reconnurent facilement les avantages d’un gouvernement soumis à des règles fixes et confié à des mains intègres. Dès le commencement de 1840, le cadre des grandes autorités feudataires avait été complété par la nomination de Bou-Azis-Ben-Gannah au poste important de Chéick-el-Arab. Au commencement de 1844 la province de Constantine présentait dans toute l'étendue du territoire voisin du litloral un état complet de soumission et de tranquillité ; mais dans le sud de la province le khalifah d'Abd-el-Kader, Mohammed-Seghéir, exerçait encore une grande autorité sur une portion notable du Zàb, particulièrement sur Biskara et Sidi-Okba. Une partie des montagnes entre le Zäb et le Tell, depuis Boucada et Msilah jusqu’à Tebessa, restait également insoumise. Arrivé à Constantine pour prendre le commandement de la province, le duc d’Aumale ordonna de pousser vigoureusement les préparatifs de la campagne. Il voulait expulser du Zàb tous les agents de l’ex-émir, établir le pouvoir de Ben- Gannah, notre chéick, réduire les tribus qui séparent le Zàb du Tell, et en chasser Ahmed-Bey.

Aussitôt après l'établissement d’un centre de ravitaille- :

ment à Betna, il prit le commandement de la colonne destinée à cette expédition. Le 4 mars 1844 Biskara, la capitale du Zàb, tombait en notre pouvoir. Le khalifah d’Abdel-Kader l'avait évacuée depuis quelques jours. Concentrées sur Djebel-Ouled-Sultan, nos troupes pénètrent bientôt après dans cette montagne, refuge des malfaiteurs de la province, en chassent l'ennemi, à qui elles font éprouver de grandes pertes , et arrivent à Bir, position réputée inexpugnable. Peu de temps après l’escorte d'Hadji-Ahmed est atteinte ; il est forcé lui-même de fuir, abandonnant ses richesses, et toutes les tribus des Ouled-Sultan ne tardent pas à se soumettre. Une garnison de 500 hommes est établie à Biskara, et les tribus, naguère hostiles, et dont la plupart n'avaient subi le joug d’aucun des dominateurs antérieurs de Algérie, acceptent le commandement de quatre kaïds dévoués à la France. Plus tard, une excursion faite dans l'ouest de la province produit les résultats les plus favo- Tables. Plusieurs chefs des montagnes de Bougie, des Righas et des Tedjiouas donnent dans cette circonstance des marques d'hommage et de soumission, Une autre excursion, entreprise dans la subdivion de Bone par M. le général Randon : fut suivie de résultats non moins utiles. La ligne frontière qui sépare l'Algérie de la régence de Tunis fut reconnue; DICT. DE La CONVERS. — T, Vi.

l'anarchie cessa dans le kaïdat des Hennenchas, et les différends entre les habitants de Tebessa et les tribus envirornantes apaisés, de nouvelles relations s’établirent entre Bone et les contrées du sud, D’autres expéditions vinrent encore assurer depuis la conquête de la France sur la contrée que domine au loin Constantine, et les campagnes contre la K abylie ont rendu cette terre complètement française,

CONSTANTINOPLE, Constantinopolis , la ville de Constantin; appelée par les Othomans S{amboul ou Istamboul, habitation ou lieu fertile; par les Valaques et les Slaves de l'empire ture, Zaregrad , ville impériale; et par les Arabes, les Persans, Constantiniah, porta d'abord le nom de Byzance, et fut fondée, suivant Eusèbe Pamphiii, vers l’an 658 av. J.-C. par Bysas, roi de Mégare. Cette ville, qui se bornait alors à la montagne qu'on appelle aujourd’hui Porte du Sérail, resta longtemps sans importance, à cause des nombreuses attaques dont elle était l’objet de la part de diverses tribus errantes, ou encore à cause de: fréquentes guerres qui avaient lieu dans les contrées voisines, jusqu’à ce qu’en l’année 330 l’empereur Constantin le Grand en eut fait la capitale de l'empire romain et lui eul imposé son nom, qu'elle ne prit du reste qu’à la mort de ce prince, car de son vivant on l’appela plutôt Nov« Roma.

Moins d’un siècle après on y voyait { capitole, 1 école pour les sciences, 1 cirque, 2 théâtres, 8 bains publics, 52 portiques, 5 greniers publics, 14 églises, 14 palais, 4 salles d’assemblée pour le sénat, 4,388 maisons distinguée: par leur grandeur et leur beauté, une foule d'habitations à l'usage du peuple, et des égouts qui égalaient la magnificence de ceux de Rome. On y remarquait surtout deux grandes places, l’une entourée d’un double rang de colonnes, et appelée Augustéon, parce qu’on y posa la statue de la mère de l’empereur, Hélène, qu'il avait honorée du titre d’auguste. Au milieu était le milliaire d’or, où aboutissaient toutes les routes de l'empire, et d’où l’on partait pour compter les distances. L'autre place, qui portait le nom de Constantin, avait pour principal ornement une colonne de porphyre, surmontée d’une statue colossale d’Apollon en bronze, attribuée à Phidias. Cette statue reçut le nom de Constantin, qui y fit renfermer ce qu’il croyait avoir de la vraie croix. Le cirque ou hippodrorme, le palais impérial, le cédaient à peine à ceux de Rome. Les thermes ou bains de Zeuxippe, qui appartenaient à l’ancienne Byzance, devinrent les plus beaux de lunivers, par la multitude de colonnes de marbre et de statues dont Constantin les enrichit. Les villes de la Grèce et de l'Asie, Rome même, furent dépouillées pour embellir Constantinople. La nouvelle capitale se penpla aux dépens de l’ancienne, et l’éclipsa bientôt en richesses et en population. L’enceinte tracée par Constantin n'étant plus assez vaste, et la multitude des maisons rendant les rues trop étroites, il fallut avancer les édifices jusque dans la mer, en y élevant des môles.

Les médailles de Constantinople attestent que le croissant fut toujours le symbole de cette ville. Sa fondation fut, à proprement parler, l’ère d’un nouvel empire, car la puissance romaine se divisa en empire d'Occident, dont Rome fut encore la capitale durant un siècle et demi environ, et en empire d'Orient, nommé depuis l'empire grec ou byzantin, dont Constantinople fut la métropole pendant plus de 1,100 ans. Il résulta de cette division une nouvelle forme d’administration, un nouveau système de politique et de gouvernement. Le sénat de Constantinople, loin de ressembler à ce qu'était même le sénat romain depuis Tibère jusqu’à la chute de l'empire, ne fut janais en réalité qu’un conseil municipal. Le despotisme asiatique assis sur le trône remplaça le despotisme militaire, produisit la bassesse et la servilité; la soif de l’or et des titres honorifiques étouffa l'honneur national et l'amour de la patrie; le luxe corrompit les mœurs énerva le courage; les dispates {théologiques

firent dégénérer l’ardent et audacieux fanatisme des premiers chrétiens en stupide et lâche superstition.

Aucun pays n’a éprouvé de plus nombreuses, de plus sanglantes révolutions. Il n’y eut pas jusqu'aux jeux du cirque qui n’y enfantassent des factions, des rixes sanglantes , d’horribles massacres. L'anarchie qui déchira presque sans interruption l'empire grec, dont Constantinople était la capitale, provoqua et facilita les invasions d’une foule de peu- Ples barbares, qui tour à tour ou en même temps, et presue sans interruption, ravagèrent ses frontières, s’emparèrent de ses provinces, et s’établirent même jusqu’aux portes de Constantinople. Les Latins, ou chrétiens d'Europe, entraînés dans l'Orient par le fanatisme des croisades, contribuèrent encore à l’affaiblissement, au démembrement et à l’avilissement de l'empire. En 1204 Constantinople tombait au pouvoir des croisés français et vénitiens. Elle eut alors des empereurs français, dont la domination, peu d’années après, ne s’étendait guère au delà de son territoire ; car, outre trois empires grecs établis à Trébizonde, à Nicée et à Thessalonique, il y eut un despote d’Épire. On vit aussi des seigneurs italiens et français devenir rois de Thessalie, ducs de Bithynie, d’Achaïe, d'Athènes, de Thèbes, de Négrepont, de Naxos, etc. Michel Paléologue, empereur de Nicée, reconquit Constantinople, en 1261 ; mais son second successeur perdit Nicée, qui devint en 1333 la capitale de la puissance encore naissante des Othomans.

Le 29 mai 1453, Constantinople, après un siége de cinquante-huit jours, fut prise d'assaut, pillée et horriblement saccagée pendant trois jours par Mahomet II. Cette capitale était tout ce qui restait de l’empire d'Orient au dernier des Paléologues, à Constantin Dracosès. En s’emparant de Constantinople, les Turcs rendirent à ces lieux privilégiés la force et la grandeur qui leur convenaient. Ils étaient dignes sous Mahomet II d’avoir Constantinople pour capitale. Le même phénomène historique se reproduit, à quatre siècles de distance, de nos jours et sous nos yeux. L'empire turc est presque aujourd’hui ce qu'était l'empire grec au quinzième siècle, et la destinée de la ville semble encore une fois près de périr sous la destinée de l’empire qui s’y abrite.

Byzance avait eu un évêque dès le temps de Sévère et de Caracalla, au commencement du troisième siècle ; mais, loin d’exercer aucune supériorité sur les autres évêques, lui et ses premiers successeurs furent soumis au métropolitain d'Héraclée, en Thrace. Ils acquirent plus de considération et d'autorité lorsque Byzance eut recu les noms de Constantinople et de Nouvelle-Rome, et 1ls obtinrent au premier concile général tenu dans cette ville, en 381, la prééminence, après l’évêque de Rome, sur tous les autres évêques de la chrétienté. Le concile de Chaicédoine, en 451, leur accorda les mêmes priviléges qu’au pape, et leur confirma le second rang dans la hiérarchie ecclésiastique. Le pape saint Léon réclama contre ce canon du concile, qu’on peut regarder comme l’origine du schisme entre les Églises grecque et romaine, et de la rivalité entre les palriarches de Constantinople et les papes. Parmi les plus célèbres évêques et patriarches de la métropole de l'Orient, il faut citer saint Grégoire de Nazianze, saint Jean Chrysostome, l’un des flambeaux de la religion; Nestorius, chef de l’hérésie qui porte son nom; Jean IV, dit le Jeûneur, le premier qui prit, en 588, le titre de patriarche, malgré les réclamations du pape saint Grégoire le Grand; saint Ignace; Photius, non moins fameux par ses intrigues et son ambition que par la vaste étendue de son érudition, De 1204 à 1253 il y eut à Constantinople deux patriarches, un grec et un latin; et c’est depuis cette époque que les papes ont persisté à y nommer des patriarches purement titulaires. En 1453 Gennade , le premier depuis la chute de l'empire grec, reçut l'investiture solennelle du sultan Mahomet 11, qui mit entreses mains le bâton pasto-

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ral; et depuis il y a toujours eu un patriarche grec dans la capitale de l'empire othoman, nommé par le grand-seigneur, qui au besoin ne s’est pas fait faute de le déposer. Constantinople a survécu aux révelutions innombrables dont elle a été le théâtre et même au joug musulman. Elle est située à l'extrémité est de l’Europe et de la province de Roum-Ili (pays des Roumains), sur un promontoire qui s’avance en forme de triangle, ou plutôt de harpe, vers VAsie, par 41° 1° 27” de latitude nord et 26° 35’ de long. est. On ne saurait trop faire remarquer tous les avantages politiques d’une telle position, entre la mer Noire et la Méditerranée, dont elle tient les clés, sans être à l’embouchure de l’une ou de l’autre, ce qui l'aurait trop aisément exposée aux attaques maritimes. Pour y arriver de la Méditerranée, il faut franchir l’'Hellespont (les Dardanel- Les),et pour y arriver dela mer Noire, il faut franchir le Bosphore : c’est-à-dire deux défilés très-faciles à défendre. Elle tient au continent du côté de l'ouest, et elle est baïgnée au sud par la Propontide, ou mer de Marmara, et à l’est, par le BosphoredeThrace, détroit ou canal de Constantinople. Au rord, un golfe dece détroit forme le port, nommé par les Turcs Corne dorée, le plus sûr, le plus vaste et le plus commode qu’il y ait au monde. Le temps, les ravages causés par la main des hommes, les tremblements de terre et les fréquents incendies ont détruit la plupart de ses antiques monuments, construits d'ailleurs avec bien plus de promptitude et bien moins de solidité que ceux de l’ancienne Rome. Rien de délicieux , de pittoresque, de magnifique et de majestueux comme la position de cette ville, que la nature semble avoir prédestinée à être la capitale de l'univers, et qui, si quelque jour elle cesse d’être turque pour devenir russe comme elle a cessé d’être grecque pour devenir turque, deviendra tout au moins une redoutable rivale pour Moscou et Saint-Pétersbourg. La circonférence de ses murailles antiques, aujourd’hui en ruines et qui datent de l’époque byzantine , flanquées de tours sur lesquelles on lit des restes d'anciennes inscriptions grecques, est d’environ deux myriamètres. Cette enceinte, fermée jadis par quarante-trois portes, n’en compte plus que vingt-huit, tant du côté de la terre que du côté de la mer. On remarque surtout celle de Top- Kapoussy , autrefois de Saint-Romain, par laquelle entra Mahomet II, et où fut tué, les armes à la main, le dernier des Paléologues, Constantin. Autour de la ville, habitée uniquement par des Turcs, s'étendent quinze faubourgs, dont les plus célèbres sont ceux de Galala, de Péra, de Top-hana, situés en face de Constantinople proprement dite, au nord de la Corne dorée, sur l’espace triangulaire qui se prolonge entre la capitale, la Corne dorée et le Bosphore; à ce nombre il faut encore ajouter, sur la rive d'Asie, au delà du Bosphore, Scutari et Xadikæï (l’ancienne Chalcédoine), et au nord-ouest de la ville, Ejoub. Constantinople proprement dite, de même que les faubourgs situés au nord de la Corne dorée, sont bâtis en terrasses, à cause de la configuration montagueuse du sol, et avec leurs nombreux jardins, mosquées et palais ils offrent, particulièrement du côté de la Corne dorée, où il s’élève en amphithéâtre, le plus magnifique et le plus pittoresque des points de vue, L'intérieur de la ville, où l’on n’aperçoit que de misérables maisons construites en bois et en torchis, n’en est dès lors que plus repoussant. Les rues en sont étroites, sales et tortueuses. L'Zs/amboulcadhessy, maire et lieutenant général de police de cette grande cité, s'occupe peu de ces détails de salubrité qui préserveraient la ville des fréquentes invasions de la peste, dont les miasmes se perpétuent sous les haïllons entassés dans les boutiques des fripiers, Ce magistrat ne sait pas mieux prévenir les incendies, qui dévorent souvent des quartiers entiers et sont presque toujours le résultat de la malveillance ou de quelque sédition. Du reste, le silence règne dans ces rues, même le jour, On n’y entend point le bruit des voitures. Les portes de la ville turque sont ‘ermées

CONSTANTINOPLE

une heure après le coucher du soleil ; et comme il n’y a point de spectacles publics, chacun se rétire chez soi dès que la prière du soir a été annoncée.

Les monuments les plus remarquables de cette partie de Constantinople sont le nouveau sérail, l’ancienne église Sainte-Sophie, aujourd'hui transformée en mosquée; le Château des Sept Tours, situé à l'extrémité sud-ouest de la ville, près de la mer de Marmara, et qui renferme la Porte dorée (Yeny Kapoussy), arc de triomphe érigé par Théodose le Grand, orné d’or, et surmonté d’une victoire en bronze doré. Ce château des Sept-Tours, triste monument, dont on attribue la fondation à l’empereur Jean Tzimiscès, fut augmenté et réparé par ses successeurs. Mahomet IL le fit reconstruire en 1458, pour y renfermer ses trésors et les prisonniers d’État. C’est là que la Porte faisait autrefois détenir prisonniers les ambassadeurs et les agents diplomatiques des puissances avec lesquelles il lui arrivait d'avoir quelque querelle. IL n’a plus aujourd'hui que quatre tours, les trois autres s'étant successivement écroulées à la suite de tremblements de terre. Citons encore le célèbre aqueduc construit par l’empereur Valens, reparé par Justinien et reconstruit en entier par Soliman 1°"; plusieurs grandes citernes , parmi lesquelles la cisterna basilica, ornée de 336 colonnes de granit, et celle de Philoxène, ornée de 224 colonnes de marbre, sont encore aujourd’hui en assez bon état de conservation; l’obélisque de Thèbes, en granit, moins élevé que celui qui est arrivé de Louqsor à Paris; la colonne Serpentine, ainsi nommée parce qu’elle est formée de trois serpents entrelacés, dont les têtes n’existent plus et qui soutenaient probablement autrefois le trépied de Delphes; la colonne de bronze, réparée par l’empereur Constantin-Porphyrogénète, qui la fit recouvrir de bronze doré; les colonnes de Théodose le Grand, d’Arcadius, de Marcien; la colonne Virginale, etc.; enfin les ruines du palais des empereurs byzantins qu'on appelait Magnaura. Parmi les monuments modernes sont les éurbehs, ou chapelles sépulcrales, et l Eski Serail, ou vieux sérail, situé au centre de la ville et servant de retraite à toutes les femmes des sul{ans morts.

Dans le faubourg de Kassim-Pacha, on trouve le palais du Capoudan-Pacha et l’arsenal maritime, avec les immenses magasins et chantiers qui en dépendent. Galata, fondé en 1261 par des Génois, comme république indépendante, presque en face du sérail, sur le port, où un pont de bâteaux unit entre elles ces deux parties de la ville, est la résidence des négociants européens, et contient en conséquence un grand nombre de belles et massives maisons, mais est presque aussi sale que Constantinople même. En allant plus à l'est, déjà sur le Bosphore, on arrive à Top-Hana, où est située la fonderie impériale de canons qui donne son nom à ce faubourg, où l’on trouve une belle mosquée, construite par Mahmoud IT, et un pont remarquable; et derrière ces trois faubourgs s'élève en amphithéâtre Péra, résidence des ambassadeurs et agents diplomatiques, au nombre total de seize, qui y ont tous leurs hôtels, qu’on découvre de loin. On trouve un assez bon opéra italien, des auberges parfaitement montées, mais fort chères, et de riches magasins en mesure de satisfaire aux exigences du goût le plus raffiné et à tous les caprices de la vie luxueuse et élégante. Les Grecs et les Arméniens se partagent avec les Francs la possession de Péra, bien que les premiers habitent encore plus particulièrement le Fanar, quartier voisin du port, et le faubourg de Saint-Dimitri (voyez FANARIOTES).

Devant Scutari, situé sur l’autre rive du Bosphore, en Asie, sur les ruines de l’ancienne CArysopolis, s'élève sur un rocher la tour dite de Léandre, qui est fortifiée et sert de prison, mais qu'il ne faut pas confondre avec celle qui, située dans l’Hellespont, est célèbre par la tradition relative à Héro et Léandre. On l'appelait autrefois Damalite, et elle fut reconstruite en 1143 par l'empereur Manuel Comnène, afin de fermer l'entrée du Bosphore et de la Corne dorée au

moyen de chaines de fer. Ce sont les sultans Achmed III et Mahomet II qui lui ont donné sa configuration actuelle; mais elle est aujourd’hui sans objet. On voit à Scutari un vaste et beau cimetière, où se font enterrer les plus riches ibitants de Constantinople, persuadés par de vieilles prédictions astrologiques que toutes les provinces turques d’Europe retomberont un jour au pouvoir des chrétiens, et désireux de s’assurer ainsi contre la chance de dormir quelque jour côte à côte avec des infidèles. Mentionnons encore le* deux faubourgs de Dolmabagd et du Diraghän, où le sultan à de beaux palais. :

Constantinople, y compris ses faubourgs, compte environ 90,000 maisons et à peu près 1,075,000 hahitants, dont 200,000 Grecs, 230,000 Arméniens, 60,000 Juifs et 25,000 Européens ou Francs placés sous la protection de leurs ambassadeurs respectifs. Quoique les Turcssoient généralement trèsrobustes et parviennent souvent à une longue et vigoureuse vieillesse; quoique le climat de Constantinople soit extrémement doux et pur en été, les variations de la température dans les autres saisons de l’année et les fréquents ravages de la peste y diminueraient sensiblement la population, si elle n’était pas sans cesse renouvelée et entrelenue par les arrivants des autres parties de l'empire. Constantinople possède 13 djamys, ou mosquées impériales fondées par des saltans ou des sultanes, et plus de 300 mosquées du second ordre. Les principales mosquées sont, après Sainte-Sophie, celles de Mahomet IL, construite sur l'emplacement et avec les ruines de la fameuse église des Saints-Apôtres; de Bajazet II, de Sélim II, d’Achmed 1, de Mahmoud °°, de la sultane Validé, de Soliman 1°"; celle qui avoisine l’obélisque de l’Atmedan, la plus grande des rares places publiques de Constantinople, où à l’époque byzantine se trouvait l’hippodrome, etc. Bâties sur les points les plus élevés, et entourées d’arbres et de jardins, elles ajoutent à la beauté de l'aspect de Constantinople. Plusieurs mosquées étaient autrefois des églises grecques ; d’autres ont été fondées par des vizirs, des personnages distingués ou opulents. La plus ancienne ef la plus célèbre est située dans le village ou faubourg d’Éjoub, qui tire son nom, ainsi qu’elle, d’Abou- Éjoub, un des compagnons du prophète des Musulmans, lequel périt au fameux siége de Constantinople par Yézid. C’est dans la mosquée d’Éjoub que l’on garde l’oriflamme et les autres reliques de Mahomet, et que tous les sultans, à leur avénement au trône, vont ceindre le sabre d'Osman.

.Il existe en outre à Constantinople quatorze églises grecques, placées sous l’autorité d’un patriarche, chef spirituel et aussi à moitié chef temporel des sujets grecs de la, Porte (rayas), avec ses douze évêques synodaux ; une chapelle russo-grecque ; trois églises arméniennes, avec un patriarche des Arméniens; neuf églises catholiques, avec deux chapelles , six couvents et un évêque; trois temples protestants anglais ; et un grand nombre de synagogues juives. En fait d’établissements consacrés à l'instruction publique, on compte trois cents medressés ou colléges supérieurs attachés à chacune des grandes mosquées, trois cent quatre-vingt-seize mechtebs, ou écoles élémentaires. On trouve en outre une école de marine, établie dans l’île de Chalki ; une académie où l'on enseigne les mathématiques, l'astronomie, les sciences relatives à l’artillerie et au génie ; une Académie des Sciences, création non viable de Reschid-Pacha, pour laquelle l'Académie d Paris a servi de modèles; une école de méüecine (Galata-Seraï), dirigée en grande partie par des médecins allemands ; une université, une école de droit, un collége grec, une école vétérinaire. En 1868, on a décrété la fondation d’un lycée impérial, affecté à l'instruction des musulmans et des chrétiens,

En fait d'établissements de bienfaisance, on compte à Constantinopleun grandnombre d'imare!s, ou cuisines pour les pauvres; et parmi les instittions créées par les Francs, ilfaut citer la Socieià artigiana di Pietà,deux hôpitaux alle-

mands, un hôpit:l anglais, un français et un autrichien, où sont gratuitement soignés les malades pauvres de chacune de ces nations. Parmi les quarante bibliothèques publiques, dont treize turques et plusieurs grecques, qu’on trouve à Constantinople, celle du Sérail est plus célèbre qu’elle ne le mérite. Depuis longtemps on est convaincu qu'on ne Saurait conserver l’espoir d’y trouver enfouis quelques monuments ignorés de la littérature ancienne,

‘En 1864, il se publiait à Constantinople cinq journaux turcs, trois revues turques, trois journaux français, un journal anglais, cinq journaux grecs, neuf arméniens, trois bulgares,un journal israélite, un arabe, un persan; en tout 32 journaux. Le nombre en a augmenté depuis.

On trouve aussi à Constantinople plus de trois mille établissements de bains publics, une grande quantité de casernes, de corps-de-garde, de bazars, de kans, d’hôpitaux, et des Inilliers de cafés, auxquels sont souvent attachés des établissements de baius, et des {eriaki-khanehs (boutiques où l’on vend de l’opium). C’est là que les graves Othomans, fumant, prenant le café ou un sorbet, et avalant de l’opium, se récréent à entendre des conteurs, des musiciens ambulants, ou à voir des danseuses.

L'industrie de cette capitale, quoïqu’elle ne manque pas d'importance pour quelques branches particulières à l'Orient, par exemple la fabrication de certaines espèces de cuirs, des armes; celle des étoffes, des tapis, des broderies d’or et d'argent ; la joaillerie, etc., a beaucoup déchu de son ancienne prospérité, par suite de l’essor gigantesque que l’industrie à pris dans l'Europe occidentale. Le commerce, au contraire, en raison même de l’admirable situation de la ville, a conservé toute son ancienne importanceet y prend même chaque jour des développements plus considérables, à cause de l’extension de plus en plus grande des relations de l’Europe avec l'Orient. 11 se trouve principalement aux mains des Francs (surtout de maïsons italiennes, autrichiennes, anglaises et françaises), des Grecs, des Arméniens et des juifs. La navigation n’a pas moins d'importance pour Constantinople que son commerce : elle est favorisée surtout par l’établissement récent de nombreuses lignes de paquebots à vapeur, qui rendent l’accès de cette capitale bien autrement facile qu’autrefois. En 1851 il était entré dans le port de Constantinople 6,701 navires à voiles et à vapeur ; en 1870, 23,183, chiftre dans lequel la France ne comptait que pour 344. L'affluence de plus en plus grande des chrétiens occidentaux et les réformes du sultan Mahmoud ont eu pour résultat de donner fout au moins aux quartiers commergants, notamment aux faubourgs de Galata et de Péra, un peu de l'extérieur des villes d'Europe. Là on parle toutes les langues, là on rencontre des représentants de toutes les nations. On y trouve aujourd’hui des auberges, des cafés organisés complétement à l’'européenne, des concerts ; les dernières modes de Paris s'y pavannent au milieu de tout le luxe de Europe, et, dans la foule compacte des vêtements si divers de l’Orient, produisent l'effet le plus bizarre. Maïs, nous le répétons, cette métamorphose ne s’est opérée que dans les faubourgs habités et hantés par les Européens; le reste conserve toujours sa physionomie essentiellement musulmane, D'ailleurs, Constantinople n’a pas laissé que de perdre beaucoup de son type oriental, surtout en ce qui concerne le costume de la population.

Aux environs de la ville, et le long des rives du Bosphore, on trouve les {Les des Princes, où les empereurs de Byzance exilaient ceux de leurs courtisans qui encouraient leur disgrâce ; Belgrade, avec son immense château-d’eau, qui fournit à Constantinople toute l’eau potable dont elle a Lesoin; Bouyouk-Dereh; Hunkiar-1skelessy, célèbre par le traité qui y fut conclu lors de la dernière guerre contre la Russe; les deux châteaux-forts de Roumeli et d'Anadoli- Kissar, dont la construction par Mahomet H] eut lieu avant la prise de Constantinople, etc. Consultez Riegler, La Turquie

UUNSTANTINOPLE

et ses habitants (en allemand; Vienne, 1852); Constantiniade, ou Description de Constantinople (Constantinople, 1846); Ubicini, Lettres sur La Turquie( Paris, 1851).

CONSTANTINOPLE (| Conciles de). Parmi les nombreux conciles qui se tinrent à Constantinople, quatre sont regardés comme œcuméniques.

Le premier fut convoqué en 381, par Théodosele Grand, pour réparer les maux que l’hérésie avait causés en Orient, sous le règne de Valens, et pour juger la doctrine des Preumatomaques ou macédoniens, qui niaïent la divinité du Saint-Esprit. Il était composé de 150 évêques orthodoxes et de 36 macédoniens, sous la présidence de Mélèce, patriarche d’Antioche. D’après le vœu de l’empereur, les pères établirent sur lesiége de Constantinople Grégoire de Nazianze, qui depuis trois ans administrait la petite église des catholiques. Quelques évêques qui arrivèrent après cette élection la désapprouvèrent , alléguant que les canons défendaient de transférer un évêque d’un siége à un autre. Grégoire, quoiqu’il ne fût réellement titulaire d'aucun siége, préféra humblement donner sa démission que de devenir un sujet de discorde, et Nectaire fut élu en sa place. Dès ses premières séances, le concile, proscrivant de nouveau les erreurs des Ariens, des Eunomiens, etc., cunfirma et renouvela le Symbole de Nicée, auquel fut ajouté contre les macédoniens ce que nous y lisons aujourd’hui touchant le Saint- Esprit, moins les mots Filioque, qui ne furent adoptés que plus tard. La doctrine des apollinaristes, déjà censurée par plusieurs conciles particuliers, fut définitivement condamnée à Constantinople. Les opérations du concile se terminèrent par des règlements de discipline sur la juridiction des patriarches d’Antioche et d’Alexandrie, et la primauté d’Aonneur réclamée par l’évêque de la capitale de l'Orient. Les décrets dogmatiques du concile de Constantinople furent approuvés par le pape Damase, et confirmés dans un concile de Rome, en 382. C'est ce qui l’a fait placer parmi les conciles généraux, dans la série desquels il occupe la seconde place.

Tout l'Orient était tronblé par les ‘disputes qu’occasionnaient les livres d’Origène, et surtout l'affaire des trois chapitres, c'est-à-dire, 1° les écrits de Thévdore de Mopsueste, source du nestorianisme; 2° une lettre d’Ibas d'Edesse au Persan Maris , en faveur de Théodore; 3° une réponse de Théodoret de Cyr aux anathématismes de saïnt Cyrille. Les nestoriens soutenaient les trois chapitres, parce qu’ils y trouvaient une sorte d'approbation de leurs erreurs ; les Eutychiens, adversaires de Nestorius, les attaquaient par la même raison et plutôt par rancune contre le concile de Chalcédoine, qui selon eux les avait approuvés. Parmi les orthodoxes, les uns demandaient la condamnation de ces écrits, pour fermer la bouche aux nestoriens; d’autres prétendaient le contraire, pour ne pas faire triompher les partisans d'Eutychès; la plupart étaient d'avis qu’il ne falfait point intenter de procès à des évêques morts dans Ja communion de l'Église : c'était le sentiment du pape et des prélats de l'Occident. L'empereur Justinien crut qu’il serait opportun de régler ces contestations dans un concile, qui fut convoqué en 553 : Constantinople fut désignée pour le lieu de la réunion. Le pape Vigile, qui avait demandé un lieu plus à la portée des Occidentaux , prévoyant d'ailleurs que les suffrages ne seraient pas libres dans une assemblée d’où l'on paraissait vouloir exclure toute opposition, refusa d'y assister, quoiqu'il se trouvât alors à Constantinople. Eutychius, patriarche de cette ville, présida à son défaut, 165 évêques, la plupart d'Orient, y assistèrent. L'origénisme, déjà examiné dans de précédentes réunions, sous le patriarche Ménas, fut de nouveau proscrit. On condamna la mémoire et les ouvrages de Théodore de Mopsueste, la lettre d'Ibas et les écrits de Théodoret. Ces sentences, loin de calmer l'agitation , ne firent que l’accroitre; le pape et les Occidentaux s'élevèrent contre les décisions d'un concile qu'ils supposaient contraire à celui de Chalcédoine, qui avait

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