‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 28 sur 607 · COLLÉGE · texte numérisé non relu

COLLÉGE

, Musée dArtillerie, le Conservatoire des Arts et Métiers, etc., etc.

Les collectionneurs offrent des variétés infinies, Nous avons déjà consacré un article aux bibliophiles et aux bibliomanes, guidés trop souvent par des idées bizarres dans leurs choix; mais il nous reste à citer quelques collections curieuses de livres ou de documents. Le bibliophile en effet, lorsqu'il est poussé par certaines considérations particulières, se met à réunir le plus grand nombre possible d'éditions différentes d’un même ouvrage, par exemple de la Bible (comme dans la Bibliothèque royale de Stuttgard ) ou bien de tel ou tel écrivain de l'antiquité ou des temps modernes (comme Horace et Cicéron, dans la bibliothèque de la ville, Sleidan dans la bibliothèque de l’Université à Leip- Zig; la bibliothèque homérique de Netto, à Halle, etc., etc.). D'autres s'efforcent de rassembler aussi complétement que possible tous les ouvrages relatifs à tels ou tels événements ou périodes de l’histoire, par exemple la Révolution française (collection Deschiens), le grand jubilé de la Réformation (à Berlin), la guerre de trente ans (à Dresde), etc., etc. D’autres collections embrassent des matières toutes spéciales, par exemple le jeu des échecs (collection Bledow, Bibliothèque royale de Berlin ); certains personnages historiques, tels que Luther, Gœthe, Shakspcare, Racine, Voltaire: certaiies contrées et localités (collection Ponickau de la Saxonica, à Dresde), etc. On voit souvent des collections relatives à certains genres spéciaux de littérature (Bibliothèque dramatique de Soleines), soit drames, soit poë- : mes ou encore biographies. L'une des collections les plus célèbres en ce genre est celle de Meusebach, qui comprend toutes les productions de la littérature allemande depuis l’époque de la Réformation. Plus souvent les collections sont formées pour servir à l’histoire de la typographie. A cette catégorie appartiennent les collections d’incunables, de vieux livres à gravures sur bois ( Heller, à Bamberg), de gravures, d'ouvrages imprimés en Amérique ou sur tel ou tel point de la terre bien éloigné de notre Europe.

Les amateurs d’autographes et de manuscrits, les archéologues et les numismates ont aussi certaines prédilections. Ne pouvant tout collectionner, ils sont forcés de choisir une branche, une subdivision; érahif sua quemque volupltas. Il en est de même pour les tableaux et pour les estampes ; on fera collection des œuvres d'une école, d’un maître ou d’un genre, on réunira seulement des portraits ou même uniquement des charges et des caricatures. Les collections d'histoire naturelle se subdivisent aussi à l'infini : on en voit de très-considérables uniquement composées de graines, et pas une ne s’y trouve en double; d'œufs d'oiseaux, et cela se compte par milliers; d'échantillons de tous les boïs qui croïssent au Sud et au Nord, à droite età gauche, sur notre globe sublunaire. N'oublions pas les collections de laques, de porcelaines, de faïences, d’émaux, de vitraux peints, de camées, de-bijoux, de cachets, de sceaux , d'armes et de pipes. Le collectionneur a dépensé son temps et son argent; souvent il a mangé son bien, il a usé sa vie, tant sa passion est aveugle; et voilà que la mort arrive qui va disperser à {ous les vents sa chère collection, dont la moindre bribe est à ses yeux d’une immense valeur ; car cette bribe, ce rien lui a souvent causé dix fois plus de peines et de recherches qu’un morceau capital ; ça n’était pas beau, ça n’offrait pas d'intérêt, oui, mais c'était rare : il n'y en avait que trois en Europe, et il en avait un! A présent vingt rivaux détestés et cent autres collectionneurs maudits vont recueillir leur part de ces trésors inestimables, à moins qu’ils ne subissent l’outrage de passer aux mains d’un possesseur ignorant ou l’humiliation de retourner à la boutique de bric-à-brac. Vanité des vanités !

COLLEGE, établissement d'instruction publique où l'on enseigne les lettres, les sciences, les langues, etc.

| L'institution des colléges paraît moderne; on re voit pas

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dans l'antiquité de maisons destinées à tenir lieu de famille à un certain nombre d’enfants réunis. Les écoles publiques étaient ouvertes aux disciples , qu’on y conduisait pour les leçons des maîtres; mais l'éducation restait une affaire de famille; il est vrai qu’on en laissait le soin à des esclaves, ce qui n’empêchait pas qu’elle gardât son caractère de liberté. En ce temps-là le métier de pédagogue était peu honoré : il fallait que le christianisme vint apprendre ce qu’il y a de mérite dans les soins consacrés à l'enfance ; e’est qu'il a rattaché l’enseignement des sciences à l’enseignement des devoirs, et le maître de la jeunesse est plus qu'un pédagogue, il est un moraliste, un philosophe, uR apôtre. Toutefois, il y a des gens qui, même sous le christianisme, refont de cette mission un métier d'esclaves. L'enseignement est devenu un négoce; c’est un des plus tristes indices de l’altération des mœurs. ‘

Nous savons peu de chose du système d’insfrucivn des anciens. Chez les Romains, la première instruction consistait dans l'étude simultanée des langues grecque et latine ; la méthode suivie était de les faire parler aux enfants : c’est la méthode naturelle; douce méthode, qui dut épargner bien des pleurs aux écoliers de ce temps : elle est impraticable, ce semble, dans nos colléges modernes, puisqu'on ne peut guère étudier ces langues que dans les livres; mais ne pourrait-on en modifier l’enseignement de manière à le rapprocher le plus possible de la méthode si simple des exercices du langage? Tout se réduirait en un seul point, à cesser de fonder l'étude des langues sur l’analyse. L'analyse est un effort de la raison perfectionnée ; la synthèse répond mieux à l’exercice habituel de la mémoire, et à limitation, fûüt-elle routinière, des usages et des traditions. Que de souvenirs cruels il y a dans une racine grecque et dans Ja simple conjugaison d’un verbe! A la vérité, on nous dit que ce grand effort de l’enfance, pour arriver à une connaissance pénible donne de l'énergie à l'esprit. Heureuse réflexion, qui semblerait devoir promettre autant de beaux génies qu’il y a d’écoliers désolés par les études du premier âge.

Du reste, le système d'instruction chez les anciens devait différer de nos systèmes, par la seule raison que l'éducation n'était point publique, dans le sens que nous l’enterdons, c'est-à-dire n'était pas clottrée et commune. L'enseignement public des académies s’adressait à des disciples déjà mûrs; on n’y allait entendre les leçons des philosophes ou des rhéteurs qu'après de longs travaux préliminaires. La religion chrétienne a formé l'esprit d'association ou de réunion, inconnu à l'antiquité. C’est que le christianisme a en lui une autorité morale qui rapproche les hommes et leur fait aimer ordre qui résulte de la soumission. L’antiquité n’avait qu’une autorité despotique pour dominer les votontés, et les hommes se fuyaient plutôt qu'ils ne se cherchaient pour se réunir dans une vie commune, parce qu'il n’y avait d’association possible qu’à la condition d'obéir comme des esclaves, Par là s'explique l'absence de toute corporation ayant pour objet le bien-être de l'humanité. L'institution des colléges est toute chrétienne. Les universités furent des associations formées par l'Église; il y avait dans ces fondations une double pensée de philanthropie, celle d’instruire les hommes, et de les accoutumer de bonne heure à se rapprocher et à se perfectionner eux-mêmes, et à sv polir par le contact de leurs idées, de leurs travaux on de leurs vertus.

On à fait de longues dissertations sur les avantages et les inconvénients de la vie de collége. | y avait à poser une question préliminaire : celle de savoir si cette vie est bonne, morale et bien réglée; et dans ce cas tout est résolu, 11 ne faut rien savoir de l'enfance et de la jeunesse pour douter des bienfaits de l'éducation commune : un collége est un petit monde, où les caractères naissent et les prétentions commencent; ce contact de vamtés et de passions fait déjà de la vie un combat; la modération devient

une nécessité, là où l’isolement n’eût produit que la licence. Les vices apprennent à se corriger par la censure; il y à dans le jeune âge une justice qui ne fléchit pas. J’ai vu des enfants indomptables aux punitions des maîtres céder à la sévérité taquine des camarades. Le collége est admirable pour réprimer l’orgueil et pour vaincre la timidité. Le bon Rollin n’a parlé que de l’'émulation du collége; c’est la plus faible de toutes les raisons poür déterminer le choix de l'éducation commune, car je ne doute pas qu’un maître intelligent ne tire de l'éducation privée des avantages beaucoup plus grands pour la culture de l’esprit el la variété des études. Mais ce n’est pas là tout l’homme : il y a dans le collége un mélange de liberté et de soumission qui dispose admirablement le jeune homme aux grandes épreuves de la vie. Le collége fait le caractère ; il trempe l’âme, il développe et règle la volonté. Je parle, il est vrai, comme on à vu, du collége gouverné par une autorité morale, Si vous me montrez le collége livré à des trafiquants, à des sophistes, à des gens de métier, je vous dirai de garder votre fils, de le laisser inculte, s’il le faut, plutôt que de le condamner à la corruption,

La constitution des colléges s’est modifiée dans nos derniers temps. L'éducation dans les universités fut dès le commencement tout ecclésiastique; l’enseignement était comme un droit exclusif des corporations chrétiennes. Cela tenait d’abord à ce que le clergé seul possédait des lumières, et ensuite à ce que la mission d’enseigner était considérée comme une mission de sacrifice, qui s’accommiodait seulemert aux habitudes de la vie solitaire. Aussi la fondation des colléges était comprise dans les œuvres de charité. L'Église l’encourageait ; les papes honoraient les fondateurs, et les évêques participaient à lenr générosité par des largesses et des dotations, et quelquefois par des titres, comme celui de chancelier ou de grand-maître, qui les rendaïent les patrons de l’enseignement. Il y avait autrefois dans Paris vingt colléges que la charité grande et éclairée d’autrefois avait fondés; les lumières modernes ont tout détruit. Dans ces colléges l'éducation était douce, parce qu’elle était religieuse. Depuis que l’éducation est devenue un objet de lucre ou une affaire d'administration publique, l'éducation a perdu son caractère de paternité; la raison en est simple : lorsque les maîtres de l’enfance sont inspirés par la religion, ils entrent volontiers dans ses faiblesses : ils sont soigneux de prévenir les petites misères de cette vie de collége, qui est, comme la vie du monde, troublée, agitée, inquiète; ils vont au-devant des besoins de l'âme ; ils saisissent les travers du caractère, et pénètrent les penchants du cœur, pour tout ramener, par la bonté et la persuasion, à la vérité et à la vertu. Heureux les écoliers quand ils rencontrent de tels maîtres !

Les colléges modernes n’ont plus ce doux aspect de la famille : la discipline y est âpre et formidable ; c’est qu’elle est seulement extérieure. 11 s'ensuit que le commandement est plus terrible, parce qu'il ne pénètre pas jusqu’à l'âme. On fait plier la jeunesse, on ne la forme pas; on la traine, elle ne suit pas; et aussi dès qu’elle est libre elle s'échappe et bondit avec pétulance, ne reconnaissant nulle autorité, ni dans la politique, ni dans la morale, ni même dans les lettres.

Laissons ces vices de l’éducation ; aussi bien je ne les corrigerai pas, Mais ne dirai-je pas un mot des amitiés de collége ? cela vaut mieux. Je ne sais rien dans la vie de plus tendre et de plus doux que ces premières affections de l'âme. Les amitiés de collége sont les seules qui survivent à toutes les vicissitudes; elles sont durables, parce qu'elles sont naïves et pures; elles n’ont rien du déguisement qui préside aux attachements ordinaires de l'homme; l'intérêt ne les fait pas, Elles naissent d’elles-mêmes, du rapprochement des age, de la similitude des besoins et de la monotonie des habitudes. I y a dans le collége de tout petits mal-

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