CONSTITUTIONNEL — CONSTRICTION
rabais entrait dans les nécessités mêmes de la situation. Le premier venu, à la place de M. Véron, eût eu cette idée-là comme lui; tandis que bien peu eussent osé faire ce qu’il fit, et essayer du moyen héroïque auquel il eut en outre recours. Les Mystères de Paris, ce livre immoral trop légèrement acheté en 1841 par le Journal des Débats, qui, depuis, a loyalement reconnu la faute qu’il commit en le publiant, faisaient encore fureur et avaient rendu M. Eugène Süe le conteur à la mode. M. Véron s’en alla bravement lui commander, au prix de cent mille francs, c’est-à-dire en lui donnant près de six fois plus que ne lui en eût promis le libratre le plus hardi, un autre roman dont les aventures du Juif errant seraient le sujet. L'énormité de la rétribution accordée au travail du romancier fut l'événement du . jour. On ne parla que de cela d’un bout de la France à l’autre ; et alléchés par les vives jouissances que semblaient leur promettre le titre d’un ouvrage acheté, par un vrai connaisseur, 100,000 fr. avant que l’auteur en eût, cette fois encore, écrit une seule ligne, les capricieux abonnés revinrent en foule au journal qu’ils avaient déserté depuis longues années.
Le roman fut détestable; mais le but fut atteint. En quelques mois Le Constitutionnel, réduit à 40 fr., avait vu le chiffre de ses abonnés remonter de 2,000 à 30,000; et son heureux éditeur avait réalisé le rêve de son âge mûr. Il se trouvait enfin métamorphosé en personnage politique, ni plus ni moins que tant d'autres rédacteurs en chef dont le talent et la capacité n'étaient certes pas si clairement démontrés. M. Véron fut alors généreux à l’endroit de M. Thiers, en continuant de mettre Le Constitutionnel à sa complète disposition dans la guerre acharnée que cet homme d’État fit à M. Guizot jusqu’en 1848. Disons cependant que ce dévouement n’était pas tout à fait libre et spontané, et que M. Thiers était entré dans la combinaison du rachat du Constitutionnel pour un versement de 100,000 fr. en stipulant que le journal prendrait toujours comme par le passé le mot d'ordre de lui, à moins que M. Véron, pour acquérir la complète indépendance de ses mouvements, ne crût devoir lui restituer cette somme.
Après les événements de Février, Le Constitutionnel resta longtemps encore l’organe officiel de M. Thiers et de ses amis, L’ambition de cet homme d’État était alors de restaurer le trône de la maison d'Orléans , après avoir tant contribué à le lui faire perdre par son opposition hargneuse et systématique au gouvernement personnel, c’est-à-dire à l’intrusion dé Louis-Philippe dans la direction des affaires.
M. Thiers permit à son journal d'appuyer la candidature de Louis-Napoléon à la présidence de la république , parce qu'il pensait avec raison que le plus pressé était de rétablir l’ordre dans la rue et dans les esprits, et qu’à ce moment le nom de ce prince était très-certainement le seul qu’on pût avec quelque chance de succès offrir aux masses pour leur garantir qu'après le retour au travail, au bon ordre, leurs droits seraient respectés et leurs intérêts sauvegardés. D’ailleurs, ainsi que les autres burgraves, M. Thiers n’entendait se servir du neveu de l’empereur que comme d’un instrument pour opérer une restauration au profit de la maison d’Orléans. On sait la guerre sourde, mais haineuse et implacable, que dès lors lui et ses amis firent constamment au gouvernement.du prince président, Vers la fin de 1850, les burgraves décidèrent qu’ils s’opposeraient en 1852 à ce qu’il fût réélu à la présidence. M. Véron , sur cette question , prit la liperté grande de n'être pas de l’avis de M. Thiers; et alors, après avoir reconquis la liberté de ses inspirations en remboursant à celui-ci ses 100,000 fr., M se mit à proféger Leurs Bonaparte et à demander la prorogation de ses pouvoirs.
Le gouvernement issu du conp d’État du 2 décembre 1851 ne s’est point montré ingrat envers Le Constitutionnel. Le ban et l’arrière-ban de ses rédacteurs ont obtenu la croix et de lucratives positions administratives en récompense
du concours que, d’après l'ordre de M. Véron, ils avaient prêté au gouvernement du prince président de la république. Au commencement de 1853, M. Véron abdiqua l’autocrit e du Constitulionnel, moyennant deux millions payés comptant, Un procès introduit, en 1854, par les héritiers Aguado, relativement au partage de ce prix de vente apprit au public que sur cette somme M. Véron s'était attribué un million (le pauvre homme !), que 500,000 fr. avaient élé donnés par lui à M. le comte de Morny, le bailleur de fonds qui était venu si à propos en 1850 lui rendre sa liberté en se mettant au lieu et place de M. Thiers et en remboursant à celui-ci ses fameux 100,000 francs; enfin que le dernier demi-million avait été réservé pour les actionpaires, trop heureux de rentrer dans le montant de leur commandite avec une prime de 50 p. 100 de bénéfice, attendu que Le Constitutionnel, atteint déjà d'un premier avertissement aux termes de la législation impériale sur la presse, pouvait être d’un jour à l'autre supprimé.
M. Mirès, quelques jours après avoir acquis le jourua/, le remettait en société à un capital de {rois millions, dont toutes les actions étaient aussitôt enlevées qu'offsrtes, et réalisait ainsi à son tour, en moins d’un mois, un million de bénéfices. Le nouveau directeur eut pour collaborateurs principaux MM. Amédée de Céséna, de La Guéronnière, Cucheval-Clarigny, A. Renée et Grandguillot. Mais l’état de ses affaires et son arrestation le forcèrent à donner sa démission ; le docteur Véron lui succéda (octobre 1861), mais pour peu de temps, car le 8 janvier 1862 il se retira tout à fait. A la suite de longs débats qui s’'engagèreat entre M. Mirès et M. Auguste Chevalier, au sujet de la gérarce de Ja société des journaux réunis le Constitutionnel et le Pays, intervintune décision de l'assemblée des actionnaires (29 septembre 1863), par laquelle la direction politique était donnée à M. Grandguillot, et la direction en chef à M. Paulin Limayrac. Au mois d'août 1868, ce dernier, nommé préfet, fut remplacé par M. Baudrillart. La gérance ayant été déclarée vacante en 1866, un administrateur sequestre fut désigné. D'puis 1870 le Constitutionnel et le Pays, qui malgré la chute de l'empire sont demeurés les organes du parti bonapartiste, ont eu pour directeur M. Gibiat. Le Pays, rédigé par M. Granier de Cassagnac père, el depuis 1867 par son fils, s’est toujours fait remarquer par la violence et la grossièreté de sa polémique.
CONSTITUTIONNAIRE, nom que prirent ceux qui, sous le règne de Louis XV, adhérèrent à la constitution ou bulle Unigenitus.
CONSTITUTIONNEL (Cercle). Voyez CLus.
CONSTITUTIONNELLE (Église). Voyez Consrrrv- TION CIVILE DU CLERGÉ et ÉGLISE CONSTITUTIONNELLE.
CONSTRICTION, CONSTRICTEUR (du latin constrictio, constrictor, faits de constringere, resserrer). La constriction est le resserrement ou l’occlusion plus ou moins complète des ouvertures naturelles qui font communiquer les surfaces de la peau externe avec celles de la peau interne qu’on désigne ordinairement sous le nom de membranes muqueuses. On applique aussi ce nom au resserrement du pharynx. Lorsque les ouvertures naturelles sont circonscrites par des voiles mobiles, tels que les lèvres, les paupières, ces parties s’écartent plus ou moins pour admettre la lumière ou les aliments, ou se rapprochent pendant l’inaction de leurs organes. Ce simple rapprochement est d’abord dû au relâchement des muscles dilatateurs des ouvertures et à l’élasticité naturelle des muscles orbiculaires ou circulaires. Mais lorsque ces derniers organes musculaires entrent en action , les voiles mobiles sont fortement appliqués les uns contre les autres: leurs ouvertures sont alors très-resserrées, et se refusent à l'introduction des corps nuisibles ou utiles dont l’animal veut se garantir ou ne point user. Cet usage de resserrer a fait donner à ces muscles le nom de constricteurs. 11 s’en trouve au bord des lèvres, aux paupières, et, dans quelques ami-
maux, aux narines ef aux ouvertures des oreilles. Les ouvertures anales et sexuelles en ont aussi.
Lorsque les lèvres, très-développées, sont employées, comme dans le cheval, à saisir la nourriture et à l’introduire dans la bouche, les muscles orbiculaires labiaux ou constricteurs de la bouche agissent très-efficacement dans exercice de cette fonction. Chez l’homme et les singes, les constricteurs des lèvres sont très-contractés pendant l'espèce de grimace ou de mine dans laqnelle la bouche est allongée, et qu’on nomme la moue; d’où l'expression familière, faire la moue, qui signifie , au figuré , témoigner de la mauvaise huraeur par son silence et par son air. 11 suffit de se rappeler la douce impression d’un baiser maternel reçu après une lougue absence, pour s’'émouvoir encore au souvenir de l’expression d’un sentiment qui s’exhale sur les lèvres d'une ère tendre. Cette expression est évidemment due en partie à la constriction spasmodique des constricteurs Jabiaux appliqués sur la joue de l’objet chéri. Bornons-nous enfin à citer encore l’action de ces muscles pendant le téter. L. LAURENT.
CONSTRUCTION, partie de l'art de bâtir qui comprend les opérations par lesquelles on dispose le terrain pour y élever un édifice, on prépare, on met en place et on unit entre eux les matériaux dont il sera composé. Ses attributions forment ce qu’on norme le méfier de l'architecte; elle ne s’occupe quede détails purement techniques , de calculs et de mesures ; une surveillance minutieuse, le soin de coordonner des travaux divers, sont des devoirs imposés aux constructeurs : sur la route qui leur est tracée , et dont ils ne peuvent s’écarter un seul moment, le génie ne les inspire point, l'imagination n’éblouit pas leur pensée par ses éclairs; ils recherchent trop le bon pour donner quelque attention à ce qui ne serait que beau, et quoique leur industrie soit considérée comme une partie essentielle de l’un des beaux-arts, ils borrent volontiers leur ambition à se rendre utiles, sans rechercher le mérite de plaire aux yeux, avantage réservé aux autres parties de l'architecture. Quelques compensalions leur sont offertes en échange de l’éclat dont leurs travaux sont privés : plusieurs sciences les éclairent , ils possèdent la plus grande partie du savoir de l'architecte; leur habileté contribue beaucoup à la durée des monuments dont l'exécution leur est confiée.
Pour donner une idée juste des connaissances dont le constructeur doit être pourvu, entrons dans quelques détails sur ses travaux. Les plus grandes difficultés que l'on ait à surmonter dans la construction d’un édifice se présentent au commencement des opérations, lorsque le terrain est ouvert pour recevoir lesfondations. 11 faut donc que le constructeur connaisse la nature des couches superficielles, leur degré de consistance, l’ordre de leur superposition , et qu’il ait au moins commencé l'étude des faits géologiques. Les machines qu’il emploie sont aussi l’objet d’une instruction dont il ne peut se passer; et s’il la pousse assez loin, il parviendra facilement à éviter des pertes de forces, de travail et de temps auxquelles on est souvent exposé dans ces travaux. Après la consolidation de la base qui supportera le poids de l'édifice à élever, arrive le travail du maçon. La minéralogie et la chimie viennent éclairer cette partie de l'art de construire, et pour pratiquer cet art avec succès, on ne négligera point sans doute d'acquérir une connaissance complète de l’art du briquetier et de celui du chaufournier, Si les pierres mises en œuvre par le maçon peuvent être employées telles qu’elles sortent de la carrière, on les appelle , suivant leur volume et leur place, libage ou moe llon ; mais lorsqu’elles doivent avoir une forme et des dimensions déterminées par l'emploi qui leur est assigné, elles sont façonnées préalablement suivant les règles de la coupe des pierres, art qui est une application de la statique et de la géométrie descriptive, et auquel des savants du premier ordre n'ont pas dédaignéde consacrer une partie de leur temps. Lorsque les murs sont parvenus à une cer-