CONSTRUCTIONS NAVALES — CONSUL
fibres, il fallait de gros navires, et l’on construisit d'énormes taraques où l'on embarquait jusqu'à 1,500 hommes armés.
C'est du siècle qui suivit les croisades que je dois faire dater la seconde époque des constructions navales. Les peuples de l'Océan prennent le premier rang dans l’histoire du monde ; l’ardeur des voyages, suscitée par la découverte de Amérique et du cap de Bonne-Espérance, entraîne les esprits vers la marine ; l'invention de la poudre à canon modifie le système militaire de l'Europe, et la construction des vaisseaux change entièrement. Les galères sont reléguées dans la Méditerranée; en vain leurs proues s'arment de canons , elles ne sont plus en état de lutter contre les vaisseaux de l'Océan, dont les flancs épais se garnissent d’une formidable artillerie, et qui deviennent des citadelles flottantes : les scorpions et les balistes ne reparaissent plus ; les corbeilles que l’on fixait au sommet du bas mât prennent la figure d’une plate-forme ou d’un petit bastion, d’où les combattants font pleuvoir sur leurs adversaires une grêle de balles et de grenades; les grapins d’abordage seuls restent encore suspendus aux vergues.
Comme tous les arts naissants, cette construction eut son enfance et ses progrès : d’abord les navires n'avaient qu’un pont, qu’on chargeait de canons dé divers calibres; les murailles étaient sans sabords , on tirait par-dessus ; ce n’est qu’au seizième siècle qu’on donna des embrasures aux canons. Bientôt on recouvrit les batteries d’un plancher, pour mettre les canonniers à l’abri de la mousqueterie ; les navires grandirent gradueltement : une seconde batterie s’éleva sur la première, et enfin le règne de Louis XIV vit des escadres de vaisseaux à trois ponts. Là l'esprit humain s'arrêta quelque temps, et jusqu’au dix-neuvième siècle toutes les découvertes se bornèrent à des améliorations. Les vaisseaux prirent des formes plus élégantes : la carène s’amincit pour fendre l’eau avec plus de vitesse ; le gréement, lourd d’abord, s’allégea ; la mâture s’éleça plus haut; les voiles présentèrent aux vents une surface mieux disposée. Vers la fin du dix-huitième siècle, le doublage en cuivre augmenta la promptitude et la sûreté de la navigation; c'est à cette heureuse invention que les escadres anglaises durent leurs succès dans la guerre de l’Indépendance américaine; et quand on eut la sécurité, on songea à se procurer le confortable de la vie : les dangers sans nombre qui menaçaient les navigateurs furent écartés ou considérablement diminués ; les maladies ne décimèrent plus les équipages.
Les succès des Américains dans la guerre de 1812 avaient démontré l'avantage des navires de fort échantillon, lorsque l'étude des causes qui avaient amené les désastres de nos escadres sous l'empire sembla modifier les idées de notre gouvernement sur la guerre navale. Il renonça à lutter flotte contre flotte, et il construisit des frégates de grande dimension et d’une grande capacité relativement à leur équipage, pour les envoyer au loin croiser contre l’ennemi et ruiner son commerce. Ces nouveaux navires se présentèrent avec des qualités précieuses : l'arrondissement de leur poupe offrait aux coups de mer et aux boulets une résistance plus forte; mais on ne tarda pas à reconnaître qu’il serait au a imprudent de renoncer aux grands vaisseaux de
igne.
L'application de la force élastique de la vapeur à la navigation ouvrit à la construction une ère nouvelle ; la force motrice changeant, les formes de navires durent changer aussi, Cependant l'énorme quantité de combustible consommée par la vapeur s'oppose aux longs voyages. De là l'idée des vaisseaux mixtes, qui marchent également à la voile et à la vapeur. Aux roues des bâtiments à vapeur on Substitua des palettes, puis des hélices, et des navires aux proportions gigantesques flottent aujourd’huf sur les mers.
Les navires cuirassés, qui datent de 1860, ont exigé une transformation complète des formes des bâtiments de guerre ‘ Théogène PAGE,
CONSUBSTANTIATION , mot fait de la particule latine cum, avec, et de substantia, substance, et par leqgnel les luthériens expriment leur croyance sur la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie. Ils disent qu'après la consécration le corps et le sang de Jésus-Christ sont réellement présents avec la substance du pain, et sans que celleci soit détruite : c’est ce qu’ils appellent encore impanation. Les catholiques ont donné le nom de consubstantiateurs aux luthériens.
Quant aux mots consubstantialité etconsubstantiel, qui s'appliquent spécialement en théologie aux trois personnes dont se compose la Trinité, ils indiquent proprement Punité, l'identité de substance, et sont la traduction du grec pouotwe, dont s’est servi le concile de Nicée pour définir la divinité du Verbe.
CONSUL. C'était à Rome, sous la république, le titre de la magistrature suprême ordinaire. Ce nom dérivait de consulere, de sorte que, suivant le sens double de ce mot, il désignait, soit celui qui conseillait, soit celui qui consultaif, à savoir le sénat et le peuple. A l’époque la plus reculée, les consuls avaient le titre de præ£ores, ceux qui président, Leur charge, consulatus, fut introduite lors de l’expulsion des rois ; et les premiers qu’on en revêtit furent, en lan 509 av. J.-C., Lucius Junius Brutus et Lucius Tarquinius Collatinus, après l’abdication duquel on élut Publius Valérius Publicola; mais les plébéiens ayant exigé qu'on les laissât participer à ces fonctions, on fonda, en l’an 444, la magistrature des tribuns consulaires militaires, qui devait leur être accessible, et le sénat fut chargé de décider chaque année lesquels on élirait ou de cestribuns consulaires militaires, ou des consuls; fonctions demeurées toujours accessibles aux seuls patriciens. Enfin, en l’an 366, les tribuns du peuple Caïus Licinius Stolo et Lucius Sextius firent adopter leur proposition de loi, dite Licinienne. On cessa dès lors d’élire des tribuns consulaires, et une place dans le consulat fut assurée aux plébéiens. Sextius fut le premier plébéien élu consul. Après la seconde guerre punique, on tenait encore rigoureusement la main à ce que les charges de consuls fussent exactement réparties entre les deux ordres. Ce fut en l’an 172 que pour la première fois on choisit les deux consuls parmi les plébéiens, et depuis lors de pareilles élections devinrent très-fréquentes.
La puissance des consuls, leur imperium, ne différa d’abord de celle des rois qu’en ce qu’elle était conférée seulement pour une année, à l’expiration de laquelle il était possible que les consuls eussent à rendre compte de l'usage qu’ils en avaient fait, et aussi en ce que deux individus en étaient investis en même temps ; de sorte que l’un pouvait toujours mettre obstacle à l’abus que l’autre pouvait en faire. On n’a que deux exemples, l’un en 68 pour des motifs religieux , l’autre en 52 pour favoriser Pompée, qu’il n’y ait eu qu’un seul consul pendañt une partie de l’année. Valérius Publicola avait déjà accordé aux plébéiens le droit de provocation, qui ne put cependant pas étre exercé utilement avant que la plebs eût obtenu des défenseurs dans ses tribuns, et qui leur garantit alors seulement une protection suffisante contre les injustices des consuls. Les décisions juridiques si précises de la loi des Douze Tables assuraient aussi les citoyens contre larbitraire; et plus elles eurent pour résultat de mettre en pratique le principe de la souveraineté du peuple, plus les fonctions consulaires prirent d'importance après la fin de la querelle des deux ordres, et plus aussi les consuls en vinrent à être considérés comme les véritables délégués du sénat et du peuple. Dès l’an 433 la direction supérieure des finances et la surveillance des mœurs avaient été distraites de leurs attributions par la création des censeurs; il en fut de même en lan 365, par la création d’un préteur, de la fonction de juge suprême ordinaire, qui s'était jusque alors confondue avec leur charge. Mais ils conservèrent la puissance exécutive suprémos
et dans les moments de crises ils pouvaient l'exercer sans aucune restriction en vertu du célèbre sénatus-consulte : .« Videant consules ne quid respublica detrimenti capiat (que les consuls veillent à ce que la république n’éprouve aucun dommage ), » qui mettait à leur disposition tous les moyens nécessaires pour assurer le salut de l’État.
Tant qu’ils séjournaient à la ville, ils étaient surtout investis du droit de convoquer les comices par centuries et le sénat, ainsi que de présider aux délibérations de ces deux assemblées. Les autres magistrats , à l'exception des tribuns du peuple, étaient leurs inférieurs en rang et en puissance; aussi le préteur lui-même devait-il leur rendre hommage en se levant à leur approche et en les saluant. En raison des guerres continuelles des Romains, la direction des opérations militaires constituait la plus importante de leurs attributions. Ils étaient chargés de la levéeet de l'armement des troupes, du choix des tribuns militaires, qu’à partir de lan 360 ils partagèrent avec le peuple. Ils cominandaient en chef, et les questeurs comptables qui leur étaient adjoints étaient tenus d’obéir à leurs ordres. Ce fut seulement dans les derniers temps de la république, vers le milieu du premier siècle de notre ère, que s’établit la règle que les consuls demeureraient à Rome pendant l’année de leurs fonctions, à l'expiration desquelles ils se rendraient dans leurs provinces respectives avec le titre de proconsuls.
L'élection des consuls avait lieu dans les comices par centuries, qui dans les derniers temps se réunissaient d’ordinaire en août, sous la présidence d’un consul ou d’un interrezx. Des lois postérieures décidèrent que ceux-là seuls seraient éligibles qui auraient quarante-trois ans accomplis. L'époque de l'entrée en fonctions, jusqu’à laquelle on les appelait consules designati, était dans la seconde guerre punique le 15 mars; à partir de l’an 153 ce fut régulièrement le 1** janvier. Autrefois elle n’avait rien de fixe; c’est ce qui explique les variantes nombreuses de la chronologie relative à l’histoire primitive de Rome, attendu que les Romains comptaient leurs années d’après les consuls, dont les noms étaient consignés dans des annales ( Fasti consulares ). Si un consul mourait dans l’exercice de ses fonctions, ou bien s’il était forcé d’abdiquer, on en élisaif un nouveau à sa place (consul suffectus ou subrogatus ). Quand ils se démettaient de leurs fonctions le dernier jour de décembre, les consuls étaient dans l’usage d’affirmer sous serment, en présence du peuple, qu'ils s’en étaient acquittés en respectant la légalité. Rentrés ensuite dans la vie privée, ils étaient désignés par la qualification de consulares. La chaise curule et la {oga prætexta étaient au nombre des insignes de leur puissance , de même que le droit d’être accompagnés chacun de douze licteurs portant des faisceau x (asces ) de verges, dont on enle-
yait les haches à l’intérieur de la banlieue, et qu’on abaissait .
devant l'assemblée du peuple. Quand les deux consuls se trouvaient aux mêmes lieux , l’usage voulait qu'un seul eût les faisceaux , et qu’ils les eussent chacun alternativement pendant un mois, Au temps où florissait la république, un des deux consuls restait ordinairement à la tête du sénat quand l’autre entrait en campagne ; quelquefois chaque consul commandait une armée consulaire; il en fut ainsi au temps de Fabius. Quelquefois deux consuls se succédaient jour par jour dans le commandement. Le désastre des légions de Varron en rend témoignage. Un consul avait le plus habituellement deux légions sous ses ordres ; à mille pas des murs de Rome, il avait droit de vieet de mort, el désignait le genre de supplice à infliger ou de châtiment à subir; c'étaient en général l'expulsion, la fustigation, le crucifiement, la décimation, etc, ete. Le consul avait pour signe de son autorité, outre les faisceaux de verges, un bâton de commandement en ivoire, Au camp, il habitait l'enceinte qu'on nommaïit le prétoire : c'était là qu'il no-