COLLÈGE DE FRANCE
Jeur avait donné en vatre à wus wne bonne abbaye ; mais, ainsi que nous l’apprend la préface d’un livre du savant Ramus, adressée à Catherine de Médicis : « Je ne sais quel écornifleur empêcha que l’abbaye ne fût affectée à leur compagnie. Or, avec la vie éteinte de tous les lecteurs d'alors, le bienfait du roi s’est éteint aussi, » La pénurie des finances
‘empêcha souvent les professeurs d’être entièrement ni exactement payés. Dès 1532 il y avait déjà trois chaires de grec et trois d’hébreu au Collége royal. Ce ne fut qu'en 1534 que le roi en fonda une d’éloquence latine , pour faire disparaître la rouille du latin barbare auquel l’Université s'était accoutumée; mais ce dernier corps tira de cette concurrence un avantage inattendu : Pémulation l’obligea à réformer l'ignorance de ses diverses facultés, et d'introduire dans san enseignement d’heureuses réformes.
Bientôt les langues ne furent plus le seul objet des leçons du Collége royal : François I°° y fonda des chaires pour les mathématiques, pour la médecine et pour la philosophie. Des lettres de ce monarque de 1545 contiennent les noms de tous les professeurs du Collége royal ; on y voit qu’ils étaient au nombre de onze, savoir : trois pour l’hébreu, trois pour le grec, un pour le latin, deux pour les mathématiques, un pour la médecine, un pour la philosophie. A ces professeurs était adjoint, avec les mêmes appointements , Angelo Vergecio, avec le titre d'écrivain en grec. C’est son écriture qui a servi d’original à ceux qui gravèrent les caractères grecs pour les impressions royales sous François 1°". Les premiers professeurs furent, pour la langue hébraïque Paul Paradis, dit Le Canosse, Vénitien; Agathias Guidacerio, Calabrois; enfin l’illustre François Vatable, né en Picardie : pour le grec, Pierre Danès, de Paris, non moins célèbre; Jacques Toussaint (Tusanus), de Troyes en Champagne : pour l’éloquence latine, Latomus, Galland, hommes parfaitement inconnus aujourd’hui, mais qui n’en étaient pas moins savants : pour les mathématiques, Pohlacion, Espagnol ; Finé, Dauphinois ; Guillaume Postel , qui fit admirer à ses contemporains la variété de ses connaissances : il professait à la fois les mathématiques et les langues orientales autres que l’hébreu : pour la philosophie, Vicomercato, Milanais : en médecine, Vidus-Vidius, Florentin, médecin de François 1°", Cet étranger ranima l'étude des sciences médicales en France. A Vidius succéda, sous Henri 11, Jacques Dubois ou Sylvius. Le plus célèbre de tous les professeurs royaux sous les petits-fils de François 1°* est le fameux Ramus ou La Ramée, qui dans la chaire de philosophie osa, le premier en France, attaquer la scolastique. En 1568 il fonda à ses frais dans le Collége royal une chaire de mathématiques. L'Université le persécuta et fit brûler ses livres ; ses ennemis le firent assassiner pendant la Saint-Barthélemy.
Depuis François 1°° presque tous les souverains de France ont ajouté à la splendeur du Collége royal par l'institution de nouvelles chaires : à Charles IX on en doit une de chirurgie; à Henri II], une d’arabe ; à Henri LV, une de botanique et d'astronomie ; à Louis XIII , une seconde chaire d'arabe et une de droit canon; à Louis XIV, une seconde chaire de droit canon et une chaire de langue syriaque. A la fin du règne de Louis XV, le Collége royal reçut une organisation nouvelle, avec la création de plusieurs chaires, entre autres celle de littérature française , qui fut donnée à l’abbé Aubert, littérateur assez médiocre. En l'an xu , une chaire de pérsan fut créée, et sous Napoléon une de turc. Louis XVIII institua deux nouvelles chaires, celles de sanserit et de chinois; emin, en 1831, le gouvernement de Louis-Philippe fonda le cours d'économie politique, celui d'histoire des législations comparées et celui d'archéologie. En 1837 une chaire d'histoire naturelle des corps organisés fut substituée à celle d'anatomie ; en 1839 on créa la chaire de langue et de littérature slaves; en 1841, celles de langues et de littératures d'origine germanique et de langues et de littératures
de l'Europe méridionale, qui ont été réunies en une seule en 1851; en 1844, enfin, celle d’embryogénie,
Même sous François I°° les lecteurs et professeurs furent persécutés, comme favorables aux idées du réformateur Luther. En janvier 1533 le parlement manda Les liseurs du roi en l’Université. On vit alors les savants dont la réunion illustrait la France comparaître devant le parlement, et subir un interrogatoire pour le seul fait, non du mode, mais de la matière de leur enseignement. Là vinrent Vatable, Paradis, Guidacerio. La cour leur fit défense « de lire et d'interpréter aucun livre de la Sainte Écriture en langue hébraïque ou grecque ». Heureusement, cette défense absurde resta sans effet. Le Collége royal fit d’abord partie de l'Université, et fut mis sous la direction du grand-aumônier, qui paraît avoir nommé aux chaires jusque vers l'an 1661. Il fut ensuite détaché du corps universitaire pour y être réuni de nouveau en 1766. Depuis l’année 1774, il demeura dans les attributions du ministère de la maison du roi.
Le Collége de France est, avec le Muséum du Jardin des Plantes, presque le seul établissement d'instruction publique que les niveleurs de 1793 aïent respecté. Depuis 1789, si quelques professeurs émigrèrent , la plupart des cours furent continués sans jamais être interrompus. Dansson fameux rapport sur l'instruction publique, présenté à l’Assemblée nationale en septembre 1791, Talleyrand-Périgord avait proposé que toutes les chaires fondées au Collége royal ainsi qu’au Jardin des Plantes disparussent pour entrer dans le plan de l’Institut, où ces chaires se retrouveraient sous une autre forme. Les anciens professeurs au Collége de France devaient en outre avoir place dans une des classes de l’Institut, Quatre ans après, le 25 messidor an nt (13 juillet 1795), un décret de la Convention maintint provisoirement l’existence du Collége National, autorisa les professeurs à continuer leurs fonctions, leur fit payer six mois de leurs appointements arriérés, et porta jusqu’à 1,000 écus leurs honoraires, qui jusque alors avaient été de 1,000 à 1,200 francs. Depuis 1862 ils sont de 7,500 franes. Ce décret fut rendu sur le rapport de Villars : « Depuis longtemps, disait l’orateur, l’Europe savante applaudit à leur zèle et à leurs succès; la sphère des connaissances humaines s’est agrandie par l'infatigable activité de Daubenton et de Lalande. Vous connaissez Delille, Gail, Darcet, Cousin, Lévesque, Portal et ieurs estimables collègues : voilà les hommes qui composent le Collége de France. On peut le dire sans crainte d’être démenti par des juges intègres et éclairés, cette école nationale est la première de l'univers. La Sapience à Rome, le collége de Gresham à Londres, les Universités d'Oxford et de Cambridge, celles d'Allemagne, ne présentent point un système d'enseignement aussi vaste, aussi complet, aussi propre à conserver le dépôt des sciences et des lettres, Depuis 1530 l’Europe lui doit, en grande partie, les nombreuses victoires qu’elle a remportées sur l'ignorance... Sans elle, les progrès de linstruction eussent été parmi nous moins sûrs et moins rapides; on y a vu de tout temps les hommes les plus illustres former le goût des jeunes littérateurs, en leur apprenant à découvrir dans les chefs-d'œuvre de l'antiquité les sources du beau et du vrai. Les nations étrangères y ont puisé des leçons d'anatomie et de chimie; les chaires des langues orientales ont peuplé d'interprètes les Échelles du Levant. La chaire d’astronomie a produit une heureuse révolution dans la marine, en introduisant la méthode des longitudes sur nos vaisseaux. »
Delille, Delambre, Pastoret, SylvestredeSacy, Corvisart, Vauquelin, Cuvier, Thenard, Andrieux, Daunou illustrèrent de nos jours le Collége de France, Sous la Restauration, une destitution brutale atteignit M. Tissot : la Révolution de Juillet lui rendit sa chaire, Sous Louis-Philippe, le tapage des étudiants interrompit le cours de M, Lerminier, commencé avec éclat et succès; vers lu fin du même règne, le cours de M. Michelet fut sus-