‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 303 sur 607 · CONTI — CONTINENCE · texte numérisé non relu

CONTI — CONTINENCE

plique aux pensées autant qu'à l'acte même, au souvenir comme à l’espérance, aux vêtements comme aux manières, et au style comme aux paroles, On peut être continent sans être chaste, chaste sans être conlinent,

La continence est quant à l’union des sexes ce qu'est la diète à l’égard des aliments, abstinence ou jeûne. La continence absolue est pour certaines personnes un devoir obligé ou consenti. Les prêtres catholiques romains font vœu d’éternelle continence, serment trop souvent irréfléchi ou trop tôt juré pour que l'énergie corporelle et l'exigence des passions ne le fassent pas quelquefois maudire ou fausser. C’est un lourd fardeau dans la solitude, c’est un plus dangereux tourment dans le monde social. A ceux qu’elle veut continents, la religion prescrit le jeûne, l’abstinence, et des austérités au moyen desquelles le corps est affaibli et les passions amorties ; elle commande la retraite, c’est-à-dire la fuite du monde et de ses séductions ; de plus, elle conseille de pieuses méditations, la prière et le recueillement, préoccupations qui détournent l'esprit des suggestions des sens. Le célibataire laïc n’a point de vœux à rompre s’il cesse d’être continent; maïs s’il n’a point de serment à enfreindre, il a des devoirs sociaux à respecter : il ne peut cesser d’être continent sans blesser les mœurs publiques, et sans troubler l’ordre établi par les lois et fondé sur les croyances. Point de milieu pour lui : il faut qu'il séduise, qu’il sème le scandale ou qu’il sollicite et partage un parjure ; après cela viennent les mensonges, cortége obligé de toute action répréhensible; après vient l’inconstance, fruit d’une liberté sans frein, et l’une des grandes misères de notre nature,

La continence absolue est-elle possible? On a souvent nié que l’extrème continence fût longtemps compatible avee l’état de santé; on a dit qu’elle était invbservable quant aux hommes jeunes et bien organisés, purs d’infirmités et de maladies. On ne doit la considérer que comme une vertu; et quelle est donc la vertu qui aille sans force et sans sacrificeP Il en est des vertus comme du génie, leur digne compagnon et parfois leur auxiliaire : il leur faut un but . désigné par des couronnes, l'espoir comme la volonté de les atteindre et de les mériter ; sans efforts et sans espérance, quels obtacles a-t-on jamais surmontés, et quelles couronnes a-t-on ceintes?

La contention habituelle de Vesprit, voilà le plus sûr garant de la pureté des mœurs. Charles XII était d'une continence incroyable chez un prince. Constamment préoccupé d'idées de gloire, d’entreprises et de conquêtes, la même fascination qui le faisait perdre aux échecs, pour trop dégarnir et trop avancer son roi, le rendait d’une modération parfaite en fait de passions. On exalte la continénce de Bayard le jour d’une victoire; on prodigue les mêmes admirations à Napoléon, à Turenne et à vingt autres guerriers. Éloges outrés , louanges irréfléchies. Chez un chef d'armée, chez un général plein d’ambition, chez un prince assiégé de sollicitudes, la continence, loin d’être une vertu, n’a pas même le mérite d’un sacrifice : c’est une nécessité. Si je connaissais une Didon ou une Hermione, je la dissuaderais de fixer son choix sur un roi qui médite la fondation d’un royaume ou qui aspire à l’asservissement de quelque peuplade : un tel roi néglige les femmes et perd la sienne.

L'amour n’a pas de plus mortel adversaire que les méditations dont il n’est pas l’objet. Un autre grand préservatif, ce sont les chagrins, surtout s’il s'y joint des privations. Ilestdes individus dont l'impuissance prématurée n’a pas eu d’autres causes, On comprend aisément que ce n’est point un moyen de continence qu’on indique, c’est tout simplement un fait à constater, La fatigue corporelle a quelquefois été d’un grand secours pour la sagesse. Aussi, beaucoup de congrégations et de couvents ont-ils fait une règle sévère du travail, les moines de la Trappe surtout. Ce n’est point durant les marches forcées que le soldat songe à enfreindre le cétibat, c'est dans l’oisiveté des garnisons: ce n’est point à Cannes,

CONTINENCE

c'est à Capoue. Un de nos vieux maîtres, qui a connu les secrets de mille familles et les licences de deux révolutions, nous racontait, parlant des fureurs de l’onanisme et de ses dangers rendus plus grands par le mystère, l’anecdote que voici : un père voyait son fils dépérir de jour en jour, son corps S’amaigrir, sa fraicheur se perdre, ses jambes refuser l'obéissance et ses prunelles s’élargir comme s’il eût eu le ver solitaire. La pâleur de ce fils chéri, son indolence, sa faiblesse, sa taciturnité et sa sauvagerie, lui jusque alors si gai et si turbulent, inspiraient de vives inquiétudes. Qu'a-t-il done, et que faire? Sans s’arrêter à rien de précis, on épuisait toutes les conjectures, et cependant le mal empirait ; le jeune homme avait quinze ans. Une fois dans les confidences de sa famille, le médecin mit promptement sur les traces du mal, et il indiqua pour remède l'exercice le plus fatiguant qu'on pourrait trouver. Bientôt le père eut pris sa résolution et donné ses ordres... Le lendemain dès le point du jour deux chevaux tout équipés attendaient à la porte du manoir : le jeune homme, non prévenu et encore tout endormi, fut placé malgré lui sur l’un des coursiers ; le père monta l’autre. Maintenant nous galopons! Long voyage dans les Pyrénées, d'où l’enfant après six semaines revint guéri et corrigé.

La continenceest un précepte de rigueur pour quiconque à besoin d'énergie pour combattre, pour concourir ou résister : l’athlète doit rester chaste avant la lutte ou le concours, comme le guerrier la veille d’une bataille, comme le citoyen au sein d’une épidémie ou d’une contagion; il en est de même de toutes les occasions où il faut montrer du courage ou de l’audace.

Cette abstention a peu de mérite et comporte peu de combats après cinquante ans et avant vingt-cinq; mais de trente À quarante ans, on doit la ranger parmi les vertus, tant il est rare et difficile qu’on oppose à l’ardeur des sens cette même énergie qui la fomente. Au reste, tout dépend de l'usage qu’on fait de la vie, du succès des premières luttes, des habitudes contractées, et surtout de cette défiance salufaire dont les plus irréprochables ne doivent jamais se départir. Il est des hommes qui ont payé un seul moment d’imprudence d'une renommée de sainteté chèrement acquise par vingt ans d’austérités. On en a vu commencer à devenir coupables à un âge où la foule se corrige ou se repent ; parce que les passions survivent souvent à la foi, le seul frein qui les trouve dociles.

La continence est plus pénible à l’homme qu’à la femme, et cela pour des raisons matérielles. Au reste, comme nous faisons abstraction de l’état de veuvage, nous pouvons affirmer que la femme qui reste pure à vingt-cinq ans pourrait sans efforts demeurer chaste toute sa vie; assertion qui appliquée à l’homme serait démentie par les faits.

Les sens sont moins domptables dans les elimats chauds que sous des zones plus froides, et plus tyranniques au printemps qu’en toute autre saison. C’est même à cette considération que quelques philosophes rattachent l'institution du carême. Mais si l'on réfléchit qu'après une abstinence de quarante jours on passe incontinent à une alimentation copieuse et succulente ; si l’on tient compte des expériences par lesquelles Dodart à pronvé que quatre ou cinq jours après Pâques le corps a déjà repris au delà de ce qu’il avait perdu par le jeûne, on en inférera avec raison que l’abstinence du carème n’a pas sur les passions les effets que s’en promettaient les conciles. Une nourriture excitante a de plus grands effets chez ceux qui en ont quelque temps perdu l'habitude.

Au rang des causes qui contrarient les résolutions de continence il faut placer les tempéraments sanguins et bilieux, une grande quiétude et l’oisiveté, et il en est de même de certaines maladies de la peau. On doit surtout redouter les Yiandes noires, le poisson, les coquillages, les truffes et les aromates, les spiritueux, les parfums, les bains fréquents,

les frictions et le massage, et fuir le séjour des eaux thermales à l’égal des spectacles. Quant aux vins, ce sont des ennemis qu'il faut craindre, moins en face que dans l’éloignement, plutôt le lendemain que le jour même , et qui sont plus redoutables isolés que confondus. Les imprudences conseillées par l’ivresse sont ordinairement stériles, A l'égard du café pur, et surtout quant au tabac qu'on aspire, ils modèrent les désirs sensuels plutôt qu’ils ne les provoquent. 1] en est tout autrement du tabac fumé, cette cause croissante d’excès funestes. Enfin, le célibat sans infraction n’est vraiment praticable que pour ceux-là qui, comme nos dignes curés de village, fuient les spectacles mondains et les lectures frivoles ; qui, dans leur isolement, ont pour gouvernante une vieille nourrice, un chien pour fidèle suivant, comme constante distraction un bréviaire, pour étude assidue des sermons, un jardin à embellir et des pauvres à consoler ; qui pour tout ornement et toute perspective ont fait choix d’un Christ nu, sans Madeleine, et même sans vierges saintes, fussent des vierges de Raphael. Je n’y joindrais pas sans appréhension le ministère du confessional, tant il me semble périlleux pour Fénelon lui-même de recevoir les confidences des innocentes de Saint-Cyr.

Les droits légitimes du mariage souffrent eux-mêmes quelques restrictions commandées par la prudence, notamment dans les cas suivants : 1° chaque fois qu’il y a commencement de grossesse ou conception, principalement s’il y a déjà eu fausse-couche, et qu’il y ait lieu d’en redouter la récidive. Peut-être serait-il juste d'attribuer la moitié des avortements à des imprudences de cette nature : il est du moins certain que les sens des animaux se rendorment dès que la procréation est accomplie, et que l’avortement est beaucoup plus fréquent dans notrg espèce. On est d’ailleurs porté à croire que la cause déat nous parlons a de l’influence sur la mortalité dans le jeune âge. 2° La continence est nécessaire pendant l'allaitement, dans la crainte de supprimer la sécrétion du lait ou d’altérer la nature de ce fluide précieux. Malheur aux enfants dont les nourrices ne sont pas prudentes! Il est d’autres circonstances d'abstention nécessaire, mais qu’il est superflu d’indiquer. Dans les saisons chaudes, dans les mois sans r, comme disent quelques-uns, durant la canicule, comme dit le peuple, on ne saurait apporter trop de modération dans l'acte dont nous parlons. Nous ne citerons qu’un fait à l’appui de ce conseil, c’est que les hommes les plus forts, les plus sains ou les plus intelligents datent presque tous des mois de juillet, d'août ou de septembre ; je veux dire qu'ils ont été conçus dans les mois d'octobre, de novembre ou de décembre, temps de l’année où l’homme a non le plus de désirs, mais le plus d'énergie, la meilleure digestion et le plus long sommeil. Remarquez aussi quelle grande influence a sur les enfants l’heureuse circonstance d’être nés dans les beaux jours, alors que l'air est pur, le ciel serein, l'atmosphère douce et chaude! D’après ce qui précéde, on voit qu'il est dans la vie un certain nombre d'occasions où il faut préférer le nenuphar à la vanille ou aux truffes, le lait à l'alcool, les légumes et ies viandes blanches aux épices et aux viandes très-fortes, et à l’élixir de Stoughton l’orgeat et le jeûne.

On a souvent remarqué, surtout parmi les détenus et les cloîtrés, que l’extrême continence exaspère les passions de toute espèce : presque toujours elle rend haineux, irascible, farouche, principalement dans les saisons chaudes et dans les temps d'orage; beaucoup de révolles intestines n’ont pas eu d’autre origine. Les hommes bilieux, comme plus ardents, sont alors capables de se livrer aux actions les plus déplorables, moitié honte, moitié fureur. Quant à ceux qu’on désigne par le nom de mélancoliques , ordinairement ils sont redevables à une excessive continence des caractères physiques et moraux qui les rendent tels. L’extrême continence à quelquefois produit la folie véritable. Buffon

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a cité de ce fait un exemple remarquable : c'était un prétre. Esquirol allègue aussi quelques cas du même genre, entre autres une fille nubile qu’on avait renfermée dans la maison d’Ivry, et qui guérit en s’évadant. Du nombre des folies que peut engendrer une continence excessive, peutêtre ne devrait-on pas distraire ces mariages précoces , souvent si mal assortis, tissus par tant d'amour, bonheur d’un printemps si chèrement payé par des larmes, et quelquefois maudit de ceux même qui lui ont dù l’existence. Ces estiinables folies sont bien rares dans les capitales, et c’est là qu’on va s’en préserver : beaucoup de pères de famille envoient leurs fils à Paris, moins quelquefois pour apprendre que pour oublier. La sagesse a donc aussi ses excès redoutables. Toutefois, le sommeil remédie aux grandes privations par des songes formés des réminiscences enrichies de la veille; et les songes, ces romans de la vie, ramènent à la réalité par une route semée de mensonges.

D Isidore Bourpon.

CONTINENT. On nomme ainsi les plus grands espaces de terre que l’on puisse parcourir sans traverser des mers, et dont l’étendue paraît être hors de proportion avec celle des plus grandes îles,

Quoiqu'il n’y ait point de limites mathématiques entre les idées de £erre ferme et d'îles, l'usage s’est à la longue introduit dans les langues de donner à cinq grandes masses de terre de notre globe la dénomination de continent, terre ferme, partie du monde ou partie de la terre. L’Asie,l’Afrique etl’Europe forment ce qu'on appelle l'ancien monde; l'Amérique, divisée en deux continents, et le continent austral constituent le nouveau monde. Les anciens ne connaissaient qu’un seul grand continent ; Christophe Colomb découvrit le second, et ce n’est que dans les premières années du dix-septième siècle qu'il fut question d’un troisième ou continent austral, situé dans les mers antipodes de l'Europe. L'existence d’un continent polaire antarctique n’est point encore démontrée.

L’apparente irrégularité de la conformation extérieure des continents, de même que la diversité de leur membrure horizontale, disparaissent à un examen plus attentif et obéissent à certaines lois dont les causes sont déjà depuis longtemps l’objet de méditations profondes de la part des savants. Bacon faisait remarquer que les continents se terminent en pointes vers la mer polaire du Sud, tandis qu’au Nord ils se développent de la manière la plus large. En poursuivant cette idée, Forster fut le premier qui prétendit que les pointes méridionales sont les extrémités de soulévements montagneux continués dans la direction du nord, que le côté oriental de ces extrémités ou pointes méridionales est toujours flanqué d’archipels plus ou moins grands, et que le côté occidental est toujours creux et échancré par de grands golfes. Pallas, entre autres, partageait l'idée de Forster. Stelfens est le premier qui à cet égard ait émis des idées nouvelles. IL montra qu’à bien dire il n’existait que trois grands continents, composés chacun de deux divisions de terre réunies par unisthme, voisin d’un côté d’un archipel et de l’autre d’une presqu’ile. L'un de ces continents est par conséquent l'Amérique, composée de l'Amérique du Nord et de l'Amérique du Sud réunies par un isthme à l’est duquel on trouve l'archipel des Antilles et à l'ouest la presqu'ile de Californie, Le second continent se compose de l'Europe, y compris la haute Asie, et de lAfrique ; il est réuni par l’isthme de Suez, au nord-ouest duquel on trouve le petit archipel gréco-asiatique, et au sud est l'Arabie comme péninsule. Le troisième continent est formé par le reste de l'Asie et par la terre ferme australe, qu’unit un long isthme, bien que postérieurement il ait été rompu sur un grand nombre de points, entre l'archipel des Indes orientales et la presqu’ile de l’inde, fais les développements horizontaux des continents n’ont pas seuls fourni matière à réflexions ; il en a été de même de leurs dimensions verticales, où l'on

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