CONTINGENCE — CONTINGENT
l’action d’une loi détruit ou du moins suspend l’action d’une autre loi, et qu’elles se modifient et se limitent entre elles par l'influence qu’elles exercent les unes sur les autres. Les axiomes, au contraire, ou leurs applications, ne peuvent ainsi se modifier ou s’entre-détruire, Une vérité mathématique n’en détruit pas une autre. Aucune d'elles ne peut faire que les trois angles d’un triangle soient plus grands ou moins grands que deux angles droits; tandis que cette vérité, que tous les corps sont attirés par la force centripète, reçoit tous les jours des infractions, et que nous n’avons, par exemple, qu’à lancer une pierre en l’air pour que cette loi soit momentanément violée, pour que son action soit quelque temps suspendue. C’est ainsi que nous sommes arrivés à concevoir pour ces vérités la possibilité qu’elles puissent changer, c’est-à-dire leur contingence. C.-M. PAFFE.
CONTINGENCE ( Angle de). L’angle de contingence a été l’objet des discussions des géomètres du seizième et du dix-septième siècle. Ils le définissaient ainsi : l'angle compris entre l'arc d’une courbe quelconque et la ligne qui touche cet arc à son extrémilé. Comme on ne peut mener aucune droite entre une courbe et sa tangente, plusieurs mathématiciens en concluaient que l'angle de contingence est plus petit qu'un angle rectiligne quelque petit
! qu’il soit, c’est-à-dire qu’il n'existe pas. D’autres admettaient
son existence, mais lui reconnaissaient une nature hétérogène à celle de l'angle rectiligne. « Cette dispute, disait D’Alembert , pourrait bien n’être qu’une question de nom; tout dépend de l’idée qu’on attache au mot angle. Si on entend par ce mot une portion finie de l’espace compris entre la courbe et sa tangente, il n’est pas douteux que cet espace ne soit comparable à une portion finie de celui qui est renfermé par deux lignes droites qui se coupent. Si on veut y aftacher l’idée ordinaire de l'angle formé par deux lignes droites, on trouvera, pour peu qu’on y réfléchisse, que cette idée, prise absolument et sans modification, ne peut convenir à l’angle de contingence, parce que dans l’angle de contingence une des lignes qui le forme est courbe. II faudra donc donner pour cet angle une définition particulière; et cette définition, qui est arbitraire, étant une fois bien exposée et bien établie, il ne pourra plus y avoir de difficulté. Une bonne preuve que cette question est purement de nom, c’est que les géomètres sont d’ailleurs entièrement d'accord sur toutes les propriétés qu’ils démontrent de l’angle de contingence; par exemple, qu'entre un cercle et sa tangente on ne peut faire passer de lignes droites; qu'on y peut faire passer une infinité de lignes circulaires, etc. »
L'angle de contingence nous donne un exemple de l’importance des bonnes définitions dans les sciences. Ozanam, Wallis, Clavius, n’auraient pas perdu leur temps en discussions oiseuses s'ils s’éfaient appuyés sur un texte précis comme celui-ci : L'angle de contingence est l'angle infiniment petit formé par deux éléments consécutifs d’une courbe considérée comme un polygone d'une infinité de côtés. L’angle de contingence ainsi défini est une grandeur qui peut facilement se mesurer à l’aide de ce théorème de Newton : Les angles de contingenee sont entre eux en raison inverse des racines carrées des rayons de courbure au point de contact.
CONTINGENT, casuel, ce qui peut arriver ou n’arriver pas. En logique, on se sert de l'expression futurs contingents pour indiquer ces choses qui ne sont pas d'une nécessité absolue et que nous concevons pouvoir ne pas arriver (voyez ConTiNGENcE). Les propositions contingentes sont celles qui énoncent une chose qui peut être ou n'être pas. Portion contingente se dit de la part qui peut appartenir à quelqu'un dans un partage. 11 s'entend aussi de la part des frais communs d’une société, et auxquels chacun
doit contribuer à proportion de l'intérêt qu'i y a. Dans ce
cas, le mot,contixgent s'emploie substantivement, et signifie
CONTINGENT — CONTORNIATES
part que chacun doit recevoir ou que chacun doit fournir. |
le
[ Dans le langage des armées, un contingent est une quotité d'hommes armés o4 susceptibles de l'être, ou un envoi de troupes destinées à un service concerté. Des contingents pour une durée de temps déterminée, et fournis d’armures ou d'outils d’un genre spécifié à l’avance, constituaient les milices de la féodalité, En 1793 le contingent, ou les hommes du contingent, ont été la levée d’une espèce de réquisition, qui ne s’est pas renouvelée, ou qui n’a eu lieu que sous d’autres formes. La diète germanique a fixé les contingents de l’armée confédérée que les États d'Allemagne tiennent sur pied depuis les stipulations de 1814. En France, chaque année une loi fixe le contingent. (Voyez Recru- TEMENT. ) Gi Baron. |
CONTINU se dit d’un ouvrage, d’un mouvement, etc., qui se prolonge sans interruption : un entablement est dit continu lorsqu'il fait tout le tour d’un édifice sans être inferrompu par une masse saillante, un avant-corps; Lel est celui de l'église de la Madeleine, à Paris. C’est encore ainsi que l’on dit en médecine fièvre continue, en musique basse continue, etc.
En mécanique, on appelle continu le mouvement qui produit un certain effet par un moteur agissant toujours dans le même sens; au puits de Bicêtre, par exemple, les seaux montent et descendent alternativement, tandis que les hommes qui font tourner le manége marchent constamment dans le même sens. Un mouvement continu peut done produire des effets alternatifs. La mécanique connaît aussi des moyens pour convertir uu mouvement alternatif en mouvement continu.
En arithmétique, une proportion est dite continue lorsque ses termes moyens sont égaux : les expressions
DIRIGES A6: "2 CNET OS sont des proportions continues. TEYSSÈDRE.
Les mots continu et continuel offrent une différence essentielle, qu’un exemple rendra sensible: le cliquet d’un moulin en mouvement fait un bruit continuel, parce qu’il est le même tant que le moulin tourne; mais ce bruit n’est pas continu parce qu’il est composé de retours périsdiques, séparés par des intervalles desilence, parce qu’enfin il est divisé.
CONTINUATION ( en latin continuatio, de la préposition cum, avec, et du verbe éenere, tenir ). On entend à la fois par ce mot l’action par laquelle on continue, on poursuit une chose commencée, la durée de la chose continuée et la chose confinuée elle-même. Il y a cette différence entre les termes continuation et suite, que tous deux désignent la liaison et le rapport d’une chose avec ce qui la précède, qu’on applique plutôt le premier à une chose qui n’est pas achevée, et qu’on se sert spécialement du second pour indiquer une opération ou une chose qui vient s’ajouter à une autre que l’on avait pu regarder jusque là comme complète. On continue ses propres œuvres, et on donne une suite à celle des autres; toutefois on désigne sous le nom de continuatleur celui qui reprend et continue l’ouvrage d’un autre auteur, en partant du point où celui-ci l'avait laissé, :
CONTINUITE, 11 y a cette distinction à établir entre les mots continuation et continuité que la continuation s'entend de la durée, la continuité de l'étendue. On dit la continuation d’un travail et d’une action, la continuité d’un espace et d’une grandeur ; on entend par la continuation Yun édifice l’action de le continuer pour l’achever ou le parfaire ; et par sa continuité son étendue. On dit, dans le sens direct, la continuité des biens, des maux, du travail, de ia misère, pour dire la durée. On dit aussi la continuité des parties pour dire leur Liaison, soit physique, soit intellectuelle,
On dit en chirurgie qu’il y a soZution de continuilé lorsque la peau, les chairs, les os, sont divisés.
L'idée de continuité s'applique usuellement aux quantités, aux actes, aux phénomènes, lorsqu'ils sont sans interruption.
La continuité d’action est au tléâtre une des principales règles, et consiste dans un progrès non interrompu de l’action principale vers le dénoûment pour soutenir constamment l'intérêt. Les digressions trop fréquentes font languir la marche, interrompent la continuité d'un poëme ou d’une action dramatique.
CONTINUITE.( Loi de ). Leibnitz croyait qu’elle gouvernait l'intelligence et la nature extérieure. Jean Bernoulli l'explique en ces termes dans son discours sur le mouvement : « Je parle de cet ordre immuable et perpétuel établi depuis la création de l'univers, qu’on peut appeler Loi de continuité, en vertu de laquelle tout ce qui s'exécute s'exécute par des degrés infiniment petits. Il semble que le bon sens dicte assez qu'aucun changement ne peut se faire par saut : natura non operatur per sallum; rien ne peut passer d’une extrémité à l’autre sans passer par tous les degrés du milieu, » Mais, ainsi que l’a observé Robins, mathématicien et philosophe des plus distingués, comment le bon sens seul, sans l'expérience, peut-il déterminer une loi de la nature extérieure? Rien jusque ici n'autorise à admettre ce principe synthétique comme universel, quoique son application soit utile dans certains cas. M. F. Bérard ne craint pas de dire qu’il est faux en lui-même et démenti par mille exemples. DE REIFFENBERG.
CONTONDANTS ( de contundere, broyer ). On nomme ainsi les corps qui occasionnent les meurtrissures de la peau, qui blessent les parties molles ou charnues, qui produisent les contusions. Quoique ces corps soïent en général arrondis et obtus, cette forme n’est point la seule à laquelle on puisse attribuer leur mode d’action vulnérante. Des coups donnés avec le plat d’un sabre ou la lame d’une épée font agir ces instruments, l’un tranchant, l’autre piquant, à la manière des corps contondants. Ces derniers sont donc caractérisés par de larges surfaces qui blessent nos parties, sans les piquer ni les trancher net, et peuvent les diviser dans certains cas ; d’où les plaies contuses. Tantôt le corps contondant est fixe, et c’est le corps humain ou celui d’un animal qui tombe dans diverses directions sur lui ou qui le heurte avec une vitesse plus ou moins grande. Tantôt les corps contondants tombent d’une hauteur variable et dans diverses directions, ou sont lancés cuntre le corps humain ou celui des animaux. Les cailloux emportés par des vents violents, tous les projectiles lancés par la poudre à canon, par les fusils à vent ou par la force dela vapeur, depuis le plomb léger destiné pour la chasse jusqu'aux boulets et aux bombes, les bâtons plus ou moins inflexibles, les verges, les tiges métalliques, les cravaches, les fouets, les cordes, les lanières de cuir ou courroies, les manches en toiles remplies d’eau, une colonne d’eau ou même d’un gaz lancée avec une violence extrême, en général tous les corps ani més d’une grande vitesse, et agissant par de larges surfaces sur nos tissus vivants, sans les trancher ni les piquer, sont les principaux agents contondants. De ces agents, les uns, comme les balles, traversent souvent nos parties, et peuvent séjourner longtemps dans notre corps; les autres n’occasionnent que des contusions légères ; d’autres enfin veuvent briser tous les os et réduire en bouillie les chairs sans avoir divisé la peau. Ces corps agissent aussi en pinçant, mordant, déchirant, brisant et arrachant même des portions ou des membres entiers. L. LAURENT.
CONTORNIATES ( contourniati, contorniati, et peut-être bien crotoniati}, mot d’origine toute récente, employé pour désigner une espèce particulière de médailles romaines qui, dans les cabinets les plus riches, sont d’une rareté excessive, et qui ont cela de caractéristique, qu’un cercle tracé en creux, en forme de rainure, s'y trouve de chaque côté au lieu du cerele perlé qu'on remarque sur la
plupart des médailles romaines. Ce cercle (contour, contorno ) serait, suivant quelques auteurs, l’origine de cette dénomination toute spéciale ; mais les opinions varient beaucoup à ce sujot.
Les contorniates, médaillons de première grandeur en cuivre, sont d’un relief très-aplati et entouré d’un cordon saillant, qui parait avoir eu pour objet de protéger le relief, Elles représentent le plus souvent la tête d’un empereur romain, ou de quelque illustre personnage grec ou romain, etc. Les revers offrent des sujets variés ; le plusordinairement on y voit une course en char, un cirque, une chasse, etc. Il s’y trouve aussi des monogrammes, soit en creux, soit en relief, mais tracés évidemment après l'opération de la frappe ou de la fonte.
Les contorniates, essentiellement différentes des autres médailles antiques, ont beaucoup occupé les savants, Toute la composition des types indique qu’à l'époque où furent frappées les contorniates on regardait comme mortes depuis longtemps les personnes qu’elles représentent. L'opinion la plus probable, c’est que les contorniates furent frappées à Constantinople jusqu'à l’époque de Valentinien II, et qu’elles servaient à divers usages comme (esseræ ou marques. Ce qu'il y a de certain, c’est qu'elles n'étaient point une monnaie, et qu’elles n'avaient aucun caractère légal.
CONTORSION (en latin contorsio, de contorquere, tordre), mouvement violent qui, communément, tord les membres ou les traits d’un animal. Ce mot, employé dans son sens propre, se prend quelquefois au figuré. En peinture, les attitudes exagérées ou forcées, considérées comme n'étant point l’initation exacte des mouvements naturels et possibles, sont un défaut contre la correction du dessin. On les désigne sous le nom de con{orsion, qui est encore applicable à lexagération des traits du visage. Les peintres qui ne savent pas mesurer les contours et les traits de leurs figures , et estimer les mouvements des muscles de la face suivant la passion qui les meut, croyant rendre l’expression plus sensible, sont sujets à les outrer et à abandonner le vrai.
Ce mot se prend surtout en mauvaise part, dans le cas où l’on veut désigner les mouvements irréguliers et les contractions violentes d’une personne qui exagère le sentiment d’une douleur réelle ou en simule l'expression. II ne faut pas confondre l’état des membres contournés, et rendus difformes par des dérivations des os ou des irrégularités dans la disposition et le développement des muscles , avec les véritables contorsions qu'on observe dans les maladies convulsives. Celles-ci sont caractérisées par l’impétuosité des mouvements, par une agitation extrême, et surtout par le désordre, l’irrégularité dans les contractions des parties symétriques du corps , dont l'harmonie est tout à fait rompue. Un léger délire ou l'excitation forte produite par les grandes douleurs détermine quelquefois des contorsions dans les coliques violentes, les spasmes bystériques, et les néphrites calculeuses. Enfin les grimaces des bateleurs, les postures extraordinaires de certaines personnes parlant avec véhémence, sont des contorsions, les unes volontaires, les autres habituelles et involontaires. Un spectacle d’horribles grimaces et de contorsions est pour le bateleur qui le donne un moyen d'existence, pour le peuple un amusement, et pour le physiologiste une occasion de constater la possi- Lilité des mouvements extraordinaires des muscles de la face et de la mâchoire inférieure, acquise par un long exercice.