CONTRACTION — CONTRADICTION
riel, plus la contractilité des muscles est grande et leur contraction énergique est puissante. Cette particularité d’organisation caractérise éminemment les oiseaux, surtout ceux qui sont les plus grands voiliers; et il le fallait bien pour que l’excessive rapidité de la contraction musculaire qui donne le coup d’aile, suppléant au peu de densité d’un milieu aussi léger que l’air, permit d'y prendre un point d'appui et l'élan qui constitue le vol. 11 y a pendant la contraction d’un muscle diminution de sa longueur, mais augmentation de sa largeur et de son épaisseur. Le volume west point changé. Un muscle contracté est devenu dur de mou qu'il était pendant l’état de repos ou de relâchement. Le stéthoscope appliqué sur un corps charnu pendant une contraction soutenue fait entendre à l'oreille d’un physiologiste exercé un bruit semblable à celui d’une voiture qui roule sur le sol dans le lointain. L. LAURENT.
On appelle contraction, en termes de grammaire , la réduction de deux syllabes en une. Ce mot est particulièrement en usage dans la grammaire grecque. Les Grecs ont des déclinaisons de noms contractés ; par exemple, on dit sans contraction roù Anmooféveos, en cinq syllabes, et par contraction Anwosbsvods, en quatre syllabes; l’un et l’autre est au génitif, et signifie également de Démosthène. Les Grecs font aussi usage de la contraction dans les verbes. On dit sans contraclion motéw, et par contraction row, etc. Les verbes qui se conjuguent avec contraction sont appelés circonflexes, à cause de leur accent.
I y a deux sortes de contractions, l'une qu’on appelle simple : c'est lorsque deux syllabes se réunissent en une seule, ce qui arrive toutes les fois que deux voyelles, qu’on prononce communément en deux syllabes, sont prononcées en une seule , comme lorsqu’au lieu de prononcer Opoët en trois syllabes, on dit Opost en deux syllabes. Cette sorte de contraction est appelée synchrèse. Il y a une autre espèce de contraction que la méthode de Port-Royal appelle mélée, et qu’on nomme crase, mot qui signifie en grec mélange : c’est lorsque les deux voyelles se confondant ensemble; il en résulte un nouveau son, comme reiyec, et par crase tax, en deux syllabes.
Nous avons aussi des contractions en français; c’est ainsi que nous disons le mois d’otût, au lieu d'août. Du est aussi une contraction pour de le; au, pour à le; aux, pour à Les, etc. L’empressement que l’on met à énoncer la pensée a donné lieu aux contractions et à l’ellipse dans toutes les langues. DuMARSAIS.
En hydraulique, on appelle contraction de la veine fluide le resserrement qu’éprouve la colonne d’eau ou de tout autre liquide qui sort d’un vase par un orifice. L'effet de cette contraction est de diminuer la quantité d’eau qui s’écoulerait dans un temps déterminé si ce phénomène n'avait pas lieu. Pour s'assurer de son existence, il suffit de mêler à Peau une poussière colorée ; on peut alors suivre les mouvements du liquide , et on voit que les molécules affluent de toutes parts vers l’orifice du vase, en décrivant des lignes courbes dont la convergence se continue au delà de cet orifice. Il en résulte que le jet se resserre depuis sa sortie jusqu'à un certain point où la contraction se trouve à son maximum : c’est la section de cet endroit que l'on nomme section de ia veine contractée. Sa eonsidération est d’une grande importance, car la dépense réeile d’un orifice est réglée, non par sa grandeur propre, mis par celle de la section de la veine contractée. Lorsque l’écoulement s’effectue à l’aide dun ajutage, la contraction de la veine fluide reçoit des modifications qui dépendent de la forme de cet ajutage.
CONTRACTUEL, ce qui est stipulé par un contrat. Dans les clauses pénales on nomme peine contractuelle celle qui dérive des stipulations mêmes du contrat. L’obligation contractuelle est celle qui résulte d’un contrat formel et irrévocable. Cette expression s'emploie surtout relative-
DICT. DE LA CONVERS. — T. VI
ment au contratde mariage. Ainsi une succession con
* tractuelle , une institution contractuelle, sont la succes-
sion ou l'institution établie par un contrat de mariage : l'héritier prend alors la dénomination d’hérilier contractuel.
CONTRACTURE ( de contrahere, resserrer ). C’est d’abord un terme d'architecture employé par Vitruve pour désigner le resserrement des colonnes dans leurs parties supérieures. On s’en sert aussi en médecine pour désigner une maladie qui est souvent la suite de plusieurs autres, telles que les rhumatismes , les névralgies, les convulsions, la syphilis et la colique métallique, La contracture est une rigidité permanente produite par latrophie progressive des muscles fléchisseurs, qui s'opposent aux mouvements d’extension au delà d’un certain degré. Ces muscles amincis se présentent sous forme de cordes dures qui soulèvent la peau. Les personnes affligées de cette maladie, forcées de rester immobiles dans leur lit, sont exposées à voir leur état s’aggraver par la formation d’escarres dans les endroits les plus exposés à la pression de tout le corps. L'autopsie cadavérique démontre que les corps charnus des muscles atrephiés ont plus ou moins perdu la texture qui leur est propre et sont plus ou moins convertis en fibres tendineuses,
Le traitement des contractures est relatif à Ja nature des maladies qui les ont précédées et au temps qui s’est écoulé depuis leur apparition. Les mouvements imprimés aux membres plusieurs fois dans la journée, l’extension mécanique de la partie affectée exercée pendant l'intervalle de ces manœuvres, et augmentée graduellement si la maladie est ancienne, le massage, les embrocations ( fomentations) avec divers liniments, les bains tièdes, ceux de vapeurs ou d’eaux thermales , sont les moyens communs employés dans le traitement local des contractures. On doit les combiner avec les soins hygiéniques et l'emploi des médicaments dirigés contre les maladies antécédentes. L. LAURENT.
CONTRADICTION. On peut l’envisager dans les personnes et dans les choses. La contradiction envisagée dans les choses est l’opposition qui se manifeste entre deux propositions qui s’excluent l’une l’autre. Ainsi, on dira : soutenir que Dieu est infiniment bon, et prétendre qu’il condamae ses créatures à un malheur éternel, n’est-ce pas tomber dans une contradiction évidente?
Envisagée dans les personnes, la contradiction est un acte de l'esprit qui consiste à reprendre et à critiquer les paroles ou les actions d’un autre, sans autre but que de se montrer d’un avis différent. On peut avoir des motifs légitimes de blâmer les discours ou la conduite de ses semblables, soit dans l'intérêt des personnes, soit dans celui de la vérité ou de la justice. La contradiction n’est point guidée par des motifs de ce genre; elle est aveuglément hostile, elle combat pour le plaisir de combattre ou pour des raisons qu’elle ne s’avoue pas, et que nous ferons bientôt connaître. La contradiction devient le plus souvent une habitude, parce qu’elle tient dans les individus à la nature particulière de leur esprit; cette habitude prend le nom d'esprit de contradiction. Molière en a fait, dans sa comédie du Misanthrope , une admirable peinture, et nous ne pouvons nous dispenser de la citer ici :
Et ne faut-il pas bien que monsieur contredise?
A la commune voix veut-on qu'il se réduise
Et qu'il ne fasse pas éclater en tous lieux
L'esprit contrariant qu’il a recu des cieux :
Le sentiment d'autrui v’est jamais pour lui plaire, Il prend toujours en maiv l'opiuion contraire,
Et penserait paraître un homme du commun
Si l'on voyait qu'il füt de l'avis de quelqu'un. L'honueur de contredire a pour lui tant de charmes Qu'il prend contre lui-même assez souvent les armes ; Etses vrais sentiments sont combattus par Ini Aussitôt qu’il les voit dans la bouche d’autrui.
Il est aisé de voir, d’après ce tableau si vrai, que la source de l'esprit de contradiction estdans l’orgueil et la vanité. Car on ne combat ainsi quand méme les opinions et les actes d'autrui que parce qu’on se croit meilleur ét plus sensé, ou parce qu’on cherche à le paraître, et que le plus sûr moyen de se distinguer des autres est de ne penser comme personne. Le rôle de censeur exige une grande supériorité de sagesse et de lumières. Aussi l’homme vaniteux s’empressera-t-il de le prendre, non pour corriger réellement ses semblables et redresser leurs erreurs, car la plupart du temps il en est incapable et s’en inquiète peu, mais pour se mettre à la plus belle place et se donner aux yeux des autres un relief de sagesse et de pénétration. Comme il y a moins à louer qu’à reprendre en ce monde, l'esprit de contradiction aura souvent beau jeu; et comme il n’est pas guidé par l’amour du vrai ou du bien, mais par un sentiment tout personnel d’orgueil ou de vanité, sentiment aveugle de sa nature, il lui arrivera souvent de se tromper et d'être en hostilité contre le vrai et contre le bien. Ce besoin qu’il a de tout combattre le rend ingénieux , subtil, habile à la discussion, sophiste même s'il le faut. A-t-il attaqué juste, frappé un endroit vulnérable, il triomphe, bat des mains, raille et déchire sans pitié, car son seul but était de trouver son adversaire en défaut, et non d’être le champion de la vérité.
Ce qui prouve combien il est peu jaloux de la vérité pour elle-même, c’est qu'il est prêt à soutenir le lendemain la thèse qu'il avait attaquée la veille; car, ainsi que l’a observé Molière, le propre de l'esprit de contradiction est d'aller jusqu’à se contredire lui-même. Ne lui supposez jamais une opinion arrêtée ; il se garde bien d’en avoir une, ou plutôt il s'arrête à celle que vous n’avez pas. Vous auriez tort de raisonner avec lui, de chercher à lui opposer l'évidence, il la niera plutôt que d’être du même avis que vous, et si vous le poussez trop loin , il se retranchera dans le scepticisme, d’où il bravera tous vos efforts. Voyez-le s'attaquer à toutes les opinions reçues, aux vérités les plus sacrées : croyezvous qu’il ait de bonnes raisens pour agir ainsi? Non, c’est uniquement pour le plaisir de ne point penser comme le commun des hommes. Tout occupé de renverser et de détruire, il ne songe nullement à édifier, il n’a point de système, il n’en veut pas avoir, il ne veut point qu’il y en ait. Eten effet, qu’a-t-il produit, qu’a-t-il fondé en philosophie ? quelles découvertes a-t-il faites? à quoi a-t-il abouti, si ce n’est au scepticisme? Et le scepticisine est-il réellement un système? Vainement on chercherait quelque chose au fond de sa pensée, il est essentiellement négatif, et de plus destructeur par sa nature ; il se promène dans la science comme un fléau, comme le génie du mal; armé de subtilités, de mauvaise foi, de sarcasmes, armes aussi insaisissables que sa pensée, il attaque tout, ébranle tout, renverse ce qu’il peut, s'en prend de préférence aux doctrines les plus consolantes et les mieux fondées, profane ce qu’on respecte, brûle ce qu’on adore, et on ne saurait mieux le définir qu’en le nommant le Zoïle de la vérité.
La contradiction, avouons-le cependant, a parfois son bon côté; elle attaque bien des erreurs, détruit bien des préjugés, couvre de ridicule bien des travers et bien des vices. Quelle que soit l'intention qui la dirige, elle n’en rend pas moins par le fait d'importants services à la vérité, et lorsqu’elle combat la vérité elle-même , elle ne la sert pas moins efficacement. Plus elle est ingénieuse à l’attaquer, plus elle % rend ingénieuse à se défendre. Plus elle déploie d’efforts contre elle, plus elle l’excite à déployer aussi toutes ses ressources ; plus elle lui porte de rudes coups et s’opiniâtre à sa ruine, plus elle la force à se tenir sur ses gardes et à chercher une base solide où elle s’appuie et d’où il soit impossible de la renverser. En effet, c’est à la contradiction qu’il faut attribuer une grande partie des progrès de l'esprit Humain , et, pour me servir d’une comparaison bien con-