‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 314 sur 607 · CONTRAIRES — CONTRASTE · texte numérisé non relu

CONTRAIRES — CONTRASTE

tères. On appelle en général contrariélés ces contre-temps subits, ces désappointements imprévus qui se glissent dans la vie la plus brillante et en décolorent Péclat. Dans les affaires d’intérêt, le retour fréquent des contrariétés est la compensation des bénéfices. Les spéculateurs expirent sous le poids des contrariétés, comme les gens du monde sous le poids des chagrins; les uns sont asphyxiés au sein des richesses comme les autres tombent flétris au sein des honneurs. Le remède le plus efficace à opposer aux contrariétés, c’est la résignation, lorsqu’elle découle du principe religieux, ou bien encore l'indifférence ; mais l’une a des réveils, tandis que l’autre reste toujours calme.

Avoir de hauts emplois, être revêtu de suprêmes dignités, voilà ce que nous désirons tous. L’avons-nous obtenu, il semble que tout ne sera plus pour nous qu'empressement et hommage. Maintenant telle est la réalité : dans cette position si enviée il y a tant de contrariétés d’amour-propre, tant de contradictions inévitables ; on est si persécuté dans toutes ses jouissances de vanité, que maintes fois on est plus à plaindre que l’homme qui plie sous la nécessité d’un travail qui lenourrit lui et sa famille. Les riches et les puissants quittent donc souvent avec joie leurs hôtels ou leurs palais pour aller se confiner dans la retraite ou dans la solitude : ils sont maîtres de leur bonheur, ils le font eux-mêmes. SAINT-PROSPER,

CONTRASTE ( du latin contrastare, se tenir contre). En effet, contraste n’est point, comme contraire , une chose entièrement opposée à une autre, mais une chose qui, bien que différente, conserve pourtant des rapports avec celle avec laquelle elle est en opposition. Le contraste est nécessaire en peinture et en sculpture, tandis que l’architecture ordinairement exige de la sy métrie. Un peintre doit avoir soin de faire contraster ses figures, c’est-à-dire qu’elles ne doivent pas être toutes blondes, toutes de même âge, ou toutes d’un égal embonpoint. Les membres d’une figure doivent aussi contraster entre eux : les deux bras, les deux jambes, ne doivent pas avoir le même mouvement. Mais il faut cependant observer que la recherche affectée et trop apparente des contrastes serait aussi vicieuse que la symétrie, Les contrastes sont également désirés en musique, où le mouvement, la mélodie, l'accompagnement, doivent, de temps à autre, offrir quelques contrastes. Au théâtre, en poésie, on aime aussi à trouver des contrastes entre les caractères des personnages, afin d’éviter la monotonie.

Ducnesne aîné.

On entend le plus généralement par contraste l'opposition frappante et complète que présentent deux faits qui, malgré leur totale dissemblance, se trouvent réunis et pour ainsi dire juxta-posés dans la réalité ou par l'imagination du poëte. La nature, quoique plus sobre de contrastes que la poésie , en offre pourtant en assez grand nombre. Ainsi, pendant une nuit orageuse , des éclairs viendront parfois interrompre l'obscurité, et jeter tout à coup à travers d’épaisses ténèbres des flots éblouissants de lumière. Des rochers dont la dureté brave les efforts de la tempête et les outrages des siècles s'élèvent immobiles au milieu des ondes agitées d'un éternel mouvement , et dont le sein liquide ouvre un passage aux êtres les plus faibles de la création. L'Égypte a ses oasis, qui sernblent des îles fraîches et verdoyantes situées au milieu d’un océan de sables arides et brûlants, La Suisse a ses mers de glace suspendues au-dessus de riantes prairies, ses montagnes sourcilleuses, qui se perdent dans les nuages à côté de précipices dont l'œil n’atteint pas la profondeur, ses lacs tranquilles et limpides auprès de cascades écumantes et d’impétueux torrents.

La nature humaine et la vie sociale nous offrent aes contrastes plus nombreux encore, car il est impossible qu’une si grande multitude d'individus dont la liberté est l'essence, qui diffèrent entre eux par les idées, les penchants, le caractère, les intérêts, et qui se trouvent néanmoins réunis dans un même lieu, ne présentent point à chaque instant

CONTRASTE une foule d’oppositions variées et de bizarres contrastes. L'enfant donne presque en même temps les démonstrations de la joie la plus vive et de la plus amère douleur. Le jeune homme passe tout à coup du recueillement de l'étude aux plaisirs d’une bruyante orgie. Souvent on voit à la pompe lugubre des funérailles succéder de splendides repas, et les convives noyer leur douleur dans des flots de vin. L’opulence et la misère vivent ici-bas côte à côte; et l'on voit souvent auprès des chaumières délabrées , où sont entassés de pauvres villageois nourris de pain noir et de sueur, s’élever un château à la façade élégante, aux vastes appartements, où une seule famille vit au sein de Pabondance et des plaisirs. Le prisonnier, à travers les barreaux de son étroite fenêtre, voit courir çà et là de jeunés enfants dont la liberté fait tout le bonheur; on voit se coudoyer dans nos cités le savant et le rustre, le guerrier et le prêtre, le riche blasé et l'indigent qui a faim , la prostituée et la jeune fille qui rougit; en un mot, la société semble un composé de mille éléments contraires, sans cesse en lutte et sans cesse rapprochés, où se croisent les plus étranges incohérences condamnées à vivre ensemble , un pêle-mêle d'or et de fange, de diamants et de haillons, de joies et de souffrances, d’ignorance et de lumières , de sagesse et de folie, d'activité et d’indolence, d'héroïsme et de bassesse.

Si les contrastes se rencontrent quelquefois dans la nature extérieure , s’ils sont fréquents dans la vie sociale , ils fourmillent dans les œuvres du poëte. Milton, après nous avoir décrit avec une effrayante vigueur de pinceau la sombre demeure de Satan , après nous avoir révélé les terribles mystères du monde infernal, nous introduit dans le séjour délicieux de l'Éden, etnous fait savourer toutes les voluptés calmes et pures de ces régions bienheureuses. Le Tasse, du sein des combats et des champs de carnage, nous transporte avec Herminie dans de riants paysages, séjour de l’innocence et de la paix. Mais ce sont surtout les productions dramatiques qui en fournissent à chaque instant desexemples. Dans un drame, l'intérêt des situations naît presque toujours d’un contraste, et s’il nous était possible de faire ici l’analyse d’une pièce de théâtre quelconque , on verrait que tous les effets que le poëte a voulu produire l’ont été au moyen d’oppositions frappantes, habilement ménagées, entre les actions successives dont se compose le drame, oppositions qui étonnent le spectateur et plaisent singulièrement-à son imagination.

On a dit que tout le mérite du contraste consiste à rendre plus évidentes les qualités des objets que l’on oppose l’un à l’autre, et qu’ainsi il est toujours employé avec avantage pour rendre plus vive l’impression que nous voulons faire produire à un objet. On ne peut mieux, par exemple, faire ressortir la blancheur d’un corps qu’en le plaçant auprès d’un autre de couleur noire. C’est ainsi que Virgile, pour faire valoir les charmes de la vie champêtre, leur oppose la vie agitée de la place publique et les horreurs de la guerre. C’est là sans contredit un des principaux avantages du contraste , maïs je lui accorderai plus encore : un contraste, à mon avis, ne plaît pas seulement parce qu’il fait valoir les objets qu’on oppose l’un à l’autre, il plaît aussi par lui-même, et parce qu’un rapport d'opposition complète est parsa nature même une source véritable de jouissances pour la pensée. Si je parle d’un enfant que la mort vient d’enlever, et que je dise qu’il est passé du berceau dans la tombe, je n’ai pas seulement cherché à faire valoir les deux idées l’une par Vautre, j'ai voulu flatter l'esprit par l'opposition même des idées, par le rapprochement de deux contraires. On peut donc affirmer que l'esprit aime qu’on lui présente un rapport de différence bien tranchée, bien complète, et que l’opposition frappante qui existe entre les deux termes du rapport

lui plait indépendamment des termes eux-mêmes; il y a

donc une beauté attachée à la nature même du contraste, Enfin, il y à encore un motif qui donne au contraste une

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