‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 332 sur 607 · CONVENANCE · texte numérisé non relu

CONVENANCE

qu’on soit bien scrupuleux sur les moyens de les satisfaire. On ne se refuse point un péché caché, on cède volontiers à un penchant vicieux , quand on est assuré du mystère. Mais on redoute l'éclat , le scandale; on s'attache à les éviter, on prend soin de les prévenir : on sauve, comme on dit, les apparences, on ménage les eonvenances, et c’est tout ce qu’on peut demander à un monde que se disputent les passions, la vanité et l'hypocrisie. La morale privée y a peu gagné, mais la morale publique a fait d’étonnants progrès, et la surface du monde est meilleure, l’épiderme de la société plus polie. Dans les choses malhonnêtes, écrivait Me de Sévigné, il y a une honnêteté à garder.

De cette civilisation avancée sont venues les convenances de peuple à peuple. Ce n'est pas le fond de la diplomatie, c'en est seulement la forme. La science du diplomate consiste à revêtir ses négociations de ces formes aimables et bienveillantes qui sont l’apanage du grand monde, à servir les intérêts de sa nation sans blesser l’amour-propre des autres, sans alarmer leur susceptibilité. Les allures d’un Popilius ou des envoyés de notre république et de Napoléon seraient des étrangetés dans un siècle où chaque État a repris son indépendance et sa dignité. On traite maintenant d’égal à égal; et les agents diplomatiques doivent observer à l'égard des cours où ils sont accrédités les mêmes convenances qui s’observent d'individu à individu.

Ces convenances sont sans nombre. Un homme qui tomberait à vingt ans au milieu du monde parisien avec ses idées naturelles du juste et de l’injuste, avec les seules lumières de sa raison, commettrait à chaque pas, à chaque acte de sa vie, des fautes qu’il ne concevrait pas plus que les usages de ce monde factice. II nous prendrait pour des fous, souvent pour des sots; on le tournerait en ridicule, et il ne le comprendrait pas davantage. Voltaire, dans son roman de l’Ingénu, Delille, dans un de :es fragments en prose, onj effleuré ce sujet. Il y a un gros livre à faire; il serait ort amusant et obtiendrait la vogue, si notre société se résignait à rire d'elle-même. On n’en finirait pas si l’on voulait énumérer toutes les bévues, les irrégularités, les inconvenances d’un homme qui voudrait se guider par son seul instinct au milieu d’une société façonnée par les conventions ou les caprices de la mode, et qui a pris pour une de ses maximes que toutes vérités ne sont pas bonnes à dire.

Dans les pays libres ce dernier précepte est assez mal observé par les agents de cette puissance qu’on nomme la presse. Ses formes acerbes, brutales, respectent peu de choses ; et en voulant dire ioute la vérité elle s’expose à propager des calomnies. Bruits de salons, caquetages de cafés, cancans d’estaminet , elle ramasse tout, prend et donne tout comme vrai, sans examen, et surtout sans ménagement. Elle observe fort peu les convenances, elle affecte de les dédaigner, elle les considère comme des préjugés dont il faut débarrasser la société. La génération qui arrive à la ie intellectuelle et positive est imbue de cette idée, et transporte cette brutalité de manières jusque sur le théâtre. On disait autrefois les convenances théâtrales pour exprimer la réserve et la décence à laquelle nous avaient façonnés les hommes du grand siècle. Le nôtre s’en est affranchi, Ces convenances étaient génantes sans doute; elles nuisaient peut-être au progrès de l’art : la digue a été rompue, et on est passé tout d’un coup à l’excès contraire. Il est possible

» qu'on revienne de cette exagération, qu’on finisse par

choisir entre les collets montés et les haïllons sanglants, Les sociétés modernes ont leurs conditions d’existence. Elles n’ont pas condamné les brutalités du moyen âge pour y revenir. Chez une nation civilisée, les dialogues ne peuvent pour longtemps dégénérer en échange de quolibets et d’in- Jures. Cet oubli des convenances n’est que momentané, et nos pères, si chatouilleux sur le point d'honneur, auraient peine à le concevoir, eux qui se battaient pour un regard de travers. Ce mépris exagéré des convenances a heureuse- DICT. DE LA CONVERS. — T, VI,

ment produit le mépris des injures. C’est un bien sans doute, mais il est chèrement payé. Espérons que nos enfants vaudront mieux que nous; qu'ils seront moins manitrés et moins vicieux que nos pères, et moins grossiers que nous affectons de l'être.

Nous avons gagné quelque chose, en fait de convenances, sur nos devanciers. Avant la révolution, nous étions fort peu scrupuleux sur les intimités d'homme à femme, sur la moralité des ménages. Au siècle des petits soupers, des petits hôtels a succédé celui des mœurs bourgeoïses, qui ont gagné les hautes classes. Nous sommes plus réguliers dans nos façons de vivre, Les convenances sont à cet égard mieux gardées. Nous agissons mieux enfin, mais nous parlons plus mal. Juvénal serait aujourd’hui un modèle d’urbanité, et le père Garasse un modèle de style.

Vienner , de l'Académie française.

Dans la composition littéraire, l'attention aux convenances par rapport à ce qui regarde les personnes et les choses, les temps et les lieux, doit diriger partout l'écrivain et l’orateur, autant dans l’invention et la disposition que dans l’élocution, La convenance est en quelque sorte le résumé de toutes les autres qualités du style ; car on entend par ce mot la manière de dire ou d'écrire la mieux appropriée à la matière que l’on traite.

Bien écrire, c’est tout à la fois bien sentir, bien penser et bien rendre ; d’où il suit qu’on ne peut avoir une juste idée du style, si on le considère seul et comme séparé des sentiments et des pensées qu’il sert à exprimer. Ces choses ont entre elles des rapports si intimes qu’elles s’identifient le plus souvent. Le langage, en effet, c’est ce qu’on sent et ce qu’on pense rendu sensible. A quoi peuvent servir des mots purs, élégants , nombreux et figurés, s’ils ne répondent ni aux choses que nous voulons persuader, ni aux sentiments que nous avons dessein d’inspirer; si notre style est magnifique et pompeux dans les petits sujets, poli et sans élévation dans les grands, enjoué dans ceux qui exigent un ton sérieux, humble et soumis quand il faudrait de l’énergie et de la vivacité, violent et emporté où il est besoin de douceur et d'agrément? Celui-là seul écrit ef parle bien qui sait accorder son langage avec les sentiments et les pensées qu’il veut exprimer.

Dans l’application du principe de la convenance on doit avoir égard au ton général qui convient au genre d’éloquence auquel appartient le sujet, et au ton particulier qui convient aux objets de détail. Nous entendons par objets de détail les différents morceaux dont un ouvrage, quel qu'il soit, se compose. Or ces objets peuvent consister, ou dans une passion à exprimer, ou dans une action à décrire, ou dans une chose particulière à peindre.

Faut-il exprimer une passion? qu’on se rappelle que chaque passion donne à l’âme des secousses différentes qui se marquent au dehors par des traits particuliers ; qu’on réfléchisse sur la nature et sur les eflets ordinaires de celle qu’on voudrait peindre. L’admiration entasse les hyperboles, les parallèles flatteurs, les images sublimes ; l'envie cache le dépit sous le dédain, prélude à la satire par l’éloge ; l'orgueil défie, la crainte invoque, la reconnaissance adore; l’égarement de la pensée, un accent rompu et brisé annoncent la douleur ; le plaisir bondit, pétille, éclate, s’évapore en saillies, écarte les réflexions, appelle les sentiments ; des traits moins vifs et plus touchants caractérisent la joie douce et paisible. La mélancolie se plaît à rassembler autour d'elle les tristes souvenirs, les images funestes, les sombres pressentiments. L’espérance s'exprime par des soupirs ardents, par des élans de l’âme vers l'avenir. Le reproche amer, l'ironie perçante, la menace cruelle sont les traits favoris de la haine et de la vengeance. Le désespoir éclate en imprécations lancées contre la nature et contre les hommes, etc.

Avez-vous une action à décrire? Souvenez-vous que toute action a un mouvement et un but qui lui est propre et

qu’il importe de reproduire avec fidélité, et sous le rapport de l'harmonie et sous celui de l'intérêt. S'agit-il de peindre une chose particulière? Soyez, selon la nature et les qualités de cette chose, gracieux ou énergique, simple ou brillant, abondant ou concis. .

En résumé, un style qui serait clair, correct, noble, naturel et harmonieux aurait sans doute les qualités qu’on doit exiger de quiconque veut se faire lire avec intérêt. Cependant, outre ces qualités indispensables, il en est d’autres qui sont plus ou moins analogues aux divers sujets que l’on traite. On pourrait dire que le précepte de la convenance du style avec le sujet est toujours celui qu’il faut suivre, et que les qualités particulières ne sont au fond que cette convenance diversement modifiée.

Les qualités génerales du style sont invariables ; mais les qualités particulières varient suivant la nature du sujet et le but qu’on se propose. L’élocution ne sera donc pas la même dans les récits, dans les matières de discussion, dans les sujets pathétiques et dans les sujets agréables. Cette division n’a, du reste, rien d’absolu; les qualités du pathétique peuvent convenir et conviennent souvent dans les matières de discussion; celles des sujets agréables ne sont pas à dédaigner dans les récits. C’est à l’ecrivain, c’est à l’orateur à savoir appliquer avec discernement le précepte de la conve- Lance, qui résume à lui seul tous les autres.

Auguste Husson.

Nous avons dit ailleurs que la convenance doit être regardée comme le premier principe de l'architecture, En peinture, les convenances, c’est-à-dire le choix des parties d’un tableau et l'accord de ces parties entre elles dans la com position, n’appartiennent point à essence del’art, mais elles en sont une des plus importantes dépendances. Un tableau dans lequel les parties essentielles sont d’une grande beauté restera toujours un excellent ouvrage de peinture, quoique le peintre y ait manqué aux convenances d'histoire, de costume, etc. Ainsi les tableaux vénitiens sont remplis de fautes de ce genre, et cependant on leur pardonne toutes ces défectuosités, en considération de la richesse de leur couleur. La pureté du dessin de Raphaël fait oublier que ses Vierges portent le costume italien de la fin du quinzième siècle. Les reproches se taisent même devant les toiles de Rembrandt, Mais celte indulgence manquerait certainement aux artistes qui sortiraient d’une école où ils ont appris les convenances en même temps que les autres règles de leur art.

CONVENTION, C’est en général un pacte, un accord entre plusieurs personnes. Ce mot est synonyme du mot contrat, lorsqu'il est employé pour désigner l’engagement par lequel une ou plusieurs personnes s’obligent envers une ou plusieurs autres à donner, à faire ou ne pas faire quelque chose. Mais il a une acception plus étendue : lorsque après avoir vendu un immeuble moyennant une somme payable dans deux mois, nous eonsentons à ce que cette somme ne soit payée que dans deux ans, ilen résulte non un contrat proprement dit, mais une convention, Il en est de même lorsqu’après avoir conclu un marché, deux personnes tombent d’accord de le tenir pour 1on avenu,

En langage diplomatique, on nomme convention certains arrangements internationaux qui n’ont pas la solennité des traités. Ainsi la Francea signé des conventions littéraires pour la garantie réciproque de la propriété des œuvres de littérature et d’art; des conventions consulaires, qui règlent les droits des consuls; des conventions postales, douanières, monétaires, télégraphiques, eic.

CONVENTION (Monnaie de). Pour mettre un terme à l’incessante confusion des monnaies qui régnait au dixseptième siècle en Allemagne, on convint en 1690 d'adopter pour étalon des monnaies de l’Empire le marc d’argent fin de Leipzig, au taux de 18 florins, Mais les abus dont on s'était plaint précédemment, et résultant de l’extrème diver-

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