‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 333 sur 607 · CONVENANCE — CONVENTION NATIONALE · texte numérisé non relu

CONVENANCE — CONVENTION NATIONALE

sité des titres auxquels étaïent frappées les monnaies émises par les différents princes, ne farderont pas à reparaître. De nombreuses négociations engagées à l'effet de remédier à cet état de choses restèrent pendant longtemps sans résultat. Enfin, à la diète tenue à Ratisbonne en 1737, on arrêta un autre étalon comme devant être obligatoire pour tous les hôtels des monnaies de l’Empire, à partir du 1* décembre 1738. Mais il en arriva encore de celui-ci comme du marc de Leipzig : personne ne s’astreignit à l'observer, et les choses devinrent pires que jamais. L’Autriche et la Bavière convinrent alors, le 21 septembre 1753, qu’à l'avenir elles ne feraient plus frapper de monnaies qu’au titre de 20 florins le marc d’argent fin, 10 species ou 13 thalers et S gros; et que l’or serait à l'argent comme 14 est à {. Le titre des monnaies adopté comme éfalon à la suite de cette convention en reçut le nom de titre de convention, et par extension on appela monnaie de convention la monnaie frappée à ce titre. Toutefois une année ne s'était pas encore écoulée depuis la conclusion de cet arrangement, que la Bavière s’en retirait ; elle continua bien à frapper des monnaies au titre qui y avait été fixé, mais elle en éleva la valeur nominale dans le rapport de 5 à 6. Par contre, la Saxe adhéra à la convention, et un grand nombre d’États et de cercles de l'Empire ne tardèrent point à en faire autant. Maïs les États du sud de l’Allemagne adoptèrent successivement l’étalon de la Bavière, et, comme cette puissance, frappèrent des monnaies au titre de 24 ‘/, fl. le marc d’argent fin, tandis que la Hesse-électorale, la Saxe et le Hanovre adoptaient Pétalon prussien de 14 thalers au marc d'argent fin.

il s'ensuit que l’Autriche seule a conservé jusqu’à ce jour le titre de 20 florins au marc d’argent fin adopté comme étalon par la convention de 1753, à l'exception de sa monpaie de billon, ou de ses kreuzers; cependant, par la convention du 24 juin 1857 avec le Zollverein, elle adopta le titre de 2% 1/2 florins pour ses monnaies,

CONVENTION NATIONALE. On a donné le nom de convention à une assemblée ou congrès national chargé spécialement de modifier la constitution existante, ou d’en formuler une nouvelle. Ce mot a été introduit pour la première fois en ce sens dans la langue politique lors de la révolution anglaise de 1688, et donné à l’assemblée extraordinaire du parlement faite sans lettres patentes après la retraile du roï Jacques 11 en France. Ce parlement, par une loi de l’année suivante, appela au trône d'Angleterre la maison d'Orange. On a nommé aussi Convention le congrès général des États-Unis de l'Amérique du Nord, qui, le 17 septembre 1787, substitua à la constitution promulguée lors de la déclaration d'indépendance, celle quirégit aujourd’hui la grande confédération américaine, Nous n'avons à nous occuper ici que de la grande-assemblée qui succéda en France à la première Assemblée législative.

Le 10 août 1792, sur le rapport de Vergniaud au nom d’une commission extraordinaire , l'Assemblée législative rendit un décret par lequel le peuple Français était invité à former une Convention nationale, et le chef du pouvoir exécutif provisoirement suspendu de ses fonctions jusqu’à ce que la Convention eût prononcé sur les mesures qu’elle devait prendre pour assurer la sûreté individuelle, le règne de la liberté et de légalité, etc. Par un second décret du surlendemain 12 août, l’Assemblée ordonna que le nombre des députés à la Convention nationale serait égal à celui de la première législature (749); que les suffrages des électeurs pouvaient porter sur tous les citoyens réunissant les qualités requises, quelles qu'eussent été les fonctions par eux précédemment remplies. Ces députés pouvaient même étre choisis parmi les étrangers. Plusieurs en effet furent élus et admis dans cette Assemblée, notamment le Prussien Clootz, élu par le département de l'Oise; l’Anglo- Américain Thomas Payne, par le Pas-de-Calais, ete, Le choix du second, l’un des plus illustres citoyens d'une jeune et

ST

CONVENTION NATIONALE

puissante république, fut applaudi par tous les patriotes. La Convention avait reçu des pouvoirs illimités. Une pareille dictature confiée à une assemblée est sans exemple dans l'histoire. Ni la Convention anglaise de 1688 ni celle des États-Unis d'Amérique en 1787 ne peuvent lui être comparées. Tous les obstacles, tous les dangers l’attendaient ; il s'agissait non-seulement d’une question de gouvernement, mais de l'existence même de la France. Les traités de Mantoue et de Pilnitz en avaient proclumé haufement le dé-

. membrement; elle allait subir le sort de la Pologne. Les

troupes les plus renommées de l’Europe, commandées par les plus fameux généraux de l’époque, avaient déjà franchi les frontières; la trahison leur avait livré nos places fortes. Aux vieilles bandes de Frédéric, aux meilleures troupes de l'Autriche, la France n'avait à opposer qu’une armée de 50,000 hommes, désorganisée par la défection de tous les officiers, et de jeunes bataillons de volontaires, braves et dévoués, mais sans expérience militaire.

Des corps d’émigrés s’étaient joints aux troupes étrangères. Déjà la Champagne se trouvait envahie, et l’armée prussienne n’était plus qu’à quelques journées d'étape de la capitale. Longwy et Verdun avaient ouvert leurs portes. Thionville et Lille se défendirent avec courage. Les manifestes de Brunswick menaçaient d’une entière destruction les villes qui opposeraient la moindre résistance. Les habitants devaient en être égorgés. Ces brutales menaces produisirent un effet tout contraire à celui que s’en promettaient, sur la foi des émigrés, les chefs des armées coalisées; elles n’excitèrent qu’une généreuse indignation. Le courage et le dévouement des citoyens grandirent avec le danger. Toutefois, la coalition comptait moins sur le nombre de ses soldats et l’habileté de leurs chefs, que sur nos dissensions intestines. Le parti que depuis on a appelé girondin dominait alors dans l’Assemblée législative, dans les sociétés populaires, dans les autorités constituées de tous les degrés; il semblait devoir obtenir la mème influence dans l’assemblée conventionnelle. Tous les girondins furent en effet réélus, mais un autre pouvoir rival s'était élevé dans la capitale même. La municipalité insurrectionnelle, plus connue sous le titre de Commune du 10 août, exerçait dans Paris une redoutable dictature. Elle dirigea à sa convenance les élections de cette immense ville; et leur résultat révéla et sa puissance du rnoment et ses projets d'avenir. Ce fut un avertissement pour les députés des départements, dont la presque totalité appartenait à l'opinion de la Gironde.

La session conventionnelle se divise en trois périodes : 1° depuis l'ouverture de la session jusqu’à la fin du procès de Louis XVI; 2° depuis le supplice de ce roi jusqu’au 9 thermidor an n; 3° depuis ce coup d’État jusqu’à la fin de la session conventionnelle; et les actes de chacune d’elles semblent appartenir à des hommes et à des temps séparés par de grands intervalles. , x

La Convention ouvrit ses séances le 21 septembre 1792, ans l’enceinte du Manége, où avait siégé l’Assemblée légisative, qui ce jour-là même déclara sa session close, et se sé-

para. La composition du bureau promettait aux girondins une imposante majorité. À peine constituée, la Convention se déclara investie de tous les droits de la souveraineté nationale, et, sur la proposition de Grégoire, elle décréta - que « la royauté était abolie en France ». La vaine formalité den proclamer dès août la suspension semblait n’avoir eu pour but que de rendre la déchéance plus personnelle; la Cunvention en inaugurant la république ne fit donc que promulguer un décret déjà porté. Les principaux membres de la Commune insurrectionnelle du 10 août, Danton, Panis, Sergent, Marat, Robespierre, avaient été nommés députés à la Convention; cependant, comme nous l'avons dit, le parti de la Gironde fut d’abord celui de la majorité. La Jufte ne se fit pas attendre : dès le 24 septembre Buzot

se plaignit que chaque jour les murs de Paris étaient couverts de placards incendiaires, de listes de proscriptions, et deinanda un décret « contre ces hommes qui veulent dominer par la terreur. Il faut que nos frères qui vont combattre sur les frontières soient assurés de la paix de leur famille et de leurs propriétés. Eh quoi! lui répliqua Collot d'Herbois, depuis trois jours seulement, vos premiers décrets sont rendus, et déjà l’on vous montreuneinjurieuse défiance ; on vous propose une loi de sang. Ajournez cette proposition; il sera toujours assez tôt pour rendre une seconde loi martiale sur les plaintes irréfléchies d’un ministre ! »

La Convention décréta la nomination de six commissaires chargés de lui rendre compte de la situation de la république et de Paris; de lui présenter un projet de décret contre les provocateurs au meurtre et au pillage; et de lui indiquer les moyens de mettre à sa disposition une force publique prise dans chacun des quatre-vingt-quatre départements.

Les girondins l’avaient emporté dans cette séance ; mais la lutte se renouvela le lendemain, plus directe et plus passionnée. Merlin de Thionville provoqua ces orageux débats : en rappelant les paroles de Buzot pour la paix des familles des défenseurs de la patrie et la garantie de leurs propriétés, il ajouta : « Il faut aussi qu’ils soient sûrs de ne combattre ni pour des dictateurs ni pour des triumvirs, et j'invite La Source, qui m’a dit hier qu’il existait une faction qui voulait la dictature, de m'indiquer celui queje dois poignarder. » La Source répond sur-le-champ à l’interpellation : « Oui, ilexiste un parti qui veut dominer l'assemblée nationale, c’est celui qui a cherché à effrayer par des menaces les membres de la législature, c’est celui qui commence à désigner à la fureur des assassins qu'il gage les membres de la Convention nationale dont il redoute les principes ainsi que leur ardent amour pour la liberté. « Ce part est celui de Robespierre, » ajoute Barbaroux,etil signe sa déclaration et la dépose sur le bureau, après avoit cité à l’appui plusieurs faits. Danton, sans contester ces faits, demande la peine de mort contre quiconque proposera la dictature ou le triumvirat. Robespierre, dans un long discours, cherche moins à réfuter l’accusation qu’à faire sa propre apologie. Les débats continuent, et signalent Marat comme l’un des auteurs du projet de dictature, et sa mise en accusation est formellement demandée, mais bientôt écartée. L'ordre du jour est invoqué et adopté. Marat se lève alors, et s’écrie en tirant un pistolet de sa poche : « Si le décret eût été prononcé, je me brülais la cervelle; mais je resterai parmi vous pour braver vos fureurs. » Si le décret eût été porté, Marat cessait d’être dangereux ; il était dès lors sans influence et tout à fait dépopularisé. Il ne se fût pas brülé la cervelle.

Ce long et orageux débat se termina par un décret qui proclama lPunité et l’indivisibilité de la république. En outre, la croix de Saint-Louis fut supprimée; beaucoup d’ofüciers avaient prévenu le décret et déposé leur décoration sur l'autel de la patrie, comme on disait alors.

La lutte entre les deux partis n'était que suspendue; ils s’attaquèrent plus vivement encore dans les derniers jours d'octobre. Louvel accusa formellement Robespierre, et précisa ses griefs; mais, soit préoccupation d'homme de parti, soit imprévoyance, il termina en demandant que le ministre de l'intérieur Roland fût autorisé, en cas de trouble dans Paris, à requérir la force publique qui se trouvait dans le département : c'était mettre la capitale et la Convention elle-même dans la dépendance d’un ministre, et peut-être provoquer la guerre civile. Barbaroux, sans discuter cette imprudente conclusion , proposa de décréter que lorsque la représentation nationale aurait été menacée dans son indépendance ou insultée dans la ville où elle siégerait, cette ville perdrait le droit de posséder le corps législatif et tons les établissements qui en dépendent ; que les bataillons de fédérés , de volontaires, la gendarmerie, la troupe de ligne,

feraient alors le service de garde auprès de la Convention, concurremment avec la garde nationale de Paris. Il demandait, en terminant, que la municipalité et le conseil général de Paris fussent cassés à l'instant, et que les assemblées sectionnaires cessassent d’être en permanence. Ces propositions eussent été sans doute décrétées, si Péthio n, effrayé des obstacles que pourrait éprouver leur exécution de la part de la municipalité, du conseil général et des sections, n’eût demandé l’ajournement. Ce fut une grave faute, que Péthion et ses amis ont expiée par la proscription et la mort. Barbaroux avait révélé dans cette séance un fait qui, sans la maladresse de Louvet et la timide prévision de Péthion, eût suffi pour dépopulariser ceux qu’ils appelaient des factieux et les réduire à l'impuissance de nuire; mais il ne savait point transiger avec ses convictions. Ce titre de Commune du 10 août, que s'était arrogéla municipalité, lui semblait une usurpation. Barbaroux attaquait en face et sans ménagements ses représentants à la Convention. « Ils disent, s’écria-t-il, qu'ils ont fait la révolution du 10 août! O vous qui combattiez au Carrousel, Parisiens, fédérés des départements, dites, ces hommes étaient-ils avec vous? Marat m'écrivait le 9 avût de le conduire à Marseille; Panis, Robespierre , faisaient de petites cabales. Aucun d’eux n’était chez Roland lorsqu'on y traçait le plan de défense du midi, qui devait reporter la liberté dans le nord, si le nord eût succombé; aucun d’eux n’était à Charenton, où fut arrètée la conspiration contre la cour, qui devait s'exécuter le 29 juillet, et qui n’eut lieu que le 10 août. »

Ces mots appartiennent à l’histoire. L’ajournement demandé si imprudemment par Péthion en détruisit l'effet : il donna à Robespierre et à ses partisans le temps de calculer leurs forces et de combiner leurs réponses. Ce fut Robespiere qui prit l'initiative quelques jours après. Alors, comme dans la séance du 25 août, il éluda la question directe; ce n’était plus un simple représentant discatant avec ses égaux, c’était le chef audacieux d'un parti puissant. Il ue lui suffisait plus que la Convention eût passé à l'ordre du jour sur l’accusation portée contre lui et ses partisans; cet ordre du jour, proposé par Barrère, était motivé sur ce que la Convention ne devait s'occuper que des intérêts de la république. « Je ne veux pas de votre ordre du jour, dit Robespierre, si vous le faites précéder d’un préambule qüi m'est injurieux. » L'ordre du jour pur et simple fut adopté.

Le 3 décembre 1792, un premier décret avait décidé que Louis XVI serait jugé par la Convention. Nous ne rapporterons que très-sommairement les principales circonstances de ce procès. Le 6 décembre 1792, près de trois mois après l'ouverture de la session, la Convention nationale, sur le rapport de Valazé, au nom de la commission des vingt-quatre, décréta que trois membres de chacun des comités de législation et de sûreté générale, et de la commission des vingt-quatre, réunis à celle des douze, présenteraient, le mardi 11 du même mois, la série des questions à adresser à Louis XVI, qui serait traduit à la barre le lendemain 12; que copie des chefs d'accusation et des questions lui serait remise, et que le président l’ajuurnerait à deux jours ; que le lendemain de cette dernière comparution la Convention nationale prononcerait sur le sort de Louis par appel nominal, et que chaque député se présenterait successivement à la tribune. Les débats se prolongèrent au delà du terme fixe par ce décret. Le premier appel nominal n'eut lieu que le 15 janvier 1793 ; les trois autres dans les séances suivantes, jusqu'au 20. En voici les résultats extraits des procès-verbaux dela Convention : 1°" Appel nominal. Sur cette question :

is Capet, ci-devant roi des Français, est-il coupable de spiration contre la liberté et d’attentat contre la sûreté générale de l'État? Oui ou non. Le président proclame le résultat de l'appel nominal, invite les membres et les citoyens à l'entendre avec le calme qui convient à cette circonstance, Sur 745 membres, il y en a 20 absents par com-

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mission, 5 par maladie, { sans motif connu; 26 ont fait diverses déclarations, 693 ont voté pour l’affirmative. Ainsi la Convention déclare Louis Capet coupable d’attentat à la liberté et de conspiration contre la sûreté générale de l'État. 2° Appel nominal. Le jugement qui sera rendu sur Louis sera-t-il soumis à la ratification du peuple réuni dans ses assemblées primaires? Oui ou non. Résultat proclamé par le président. Sur 717 membres présents, 10 ont refusé de voter, 424 ont voté contre l’appelau peuple, 283 pour. La majorité absolue était 359; elle excède de 141 voix. En conséquence, le président déclare au nom de la Convention nationale, que le recours au peuple est rejeté. 3° Appel nominal. Quelle peine Louis, ci-devant roi des Français, a-t-il encourue? Résultat. L'assemblée est composée de 749 membres, 15 membres absents par commission, 7 par maladie ; reste 721 votants. La majorité absolue était donc de 361; 2 votèrent pour les fers; 286 soit pour la détention et le bannissement à la paix, soit pour le bannissement immédiat, soit pour la réclusion, et quelques-uns y ajoutèrent la peine de mort; 46 votèrent pour la mort avec sursis, soit après l'expulsion des Bourbons, soit à la paix, soit à la ratification de la constitution; 361 pour la mort sans condition; 26 pour la mort, en demandant une discussion pour savoir s’il conviendrait à l'intérêt public qu’elle fût ou non différée, eten déclarant leur vote indépendaut de cette demande.

Un incident grave et tout à fait imprévu signala cette séance : le président annonça qu'il avait reçu deux lettres, l’une du ministre de la guerre, l’autre des défenseurs de Louis. A la première était jointe une dépêche officielle du chargé d’affaires de l'Espagne auprès du gouvernement français, offrant, si la Convention voulait suspendre l'exécution du jugement de Louis, d’expédier sur-le-champ un courrier à sa cour pour solliciter sa médiation entre les puissances belligérantes, et il répondait en quelque sorte du succès de cette démarche. La Convention passa à l’ordre du jour! Les défenseurs de Louis avaient été entendus sur l’application de la peine : Tronchet et Malesherbes avaient insisté pour obtenir un sursis à l'exécution d'une condamnation terrible, prononcée à une aussi faible majorité; ils concluaient à ce qu'il leur fût accordé jusqu’au lendemain pour exposer .les motifs de leur demande. Malgré l'opposition de Tallien, et sur les observations de Lareveillère- Lépaux et de Daunou, l’ajournement au lendemain fut adopté, La demande en sursis était motivée sur une déclaration d'appel au peuple que Louis avait fait remettre à la Convention par ses défenseurs. Cette séance du 20 janvier fut très-animée. L'appel nominal qui termina ces derniers débats ne finit qu’à deux heures après minuit. La question avait été posée en ces termes : « Sera-t-il sursis à l'exécution du jugement de Louis Capel? Oui ou non. » L'assemblée était composée de 749 membres ; un était mort, restait 748 ; 27 étaient absents par commission ; 21 par maladie ; 12n’avaient pas voulu voter; restait 690 votants ; majorité absolue, 346. Pour le sursis, 310 voix; contre le sursis, 380 ; voix en sus de la majorité absolue, 34. La Convention rendit immédiatement le décret suivant : « Art, 1°", La Convention nationale déclare Louis Capet, dernier roi des Français, coupable de conspiration contre la liberté de la nation et d'attaque contre la sûreté générale de l'État, 2. Elle décrète qu’il subira la peine de mort. Elle déclare nul l'acte de Louis Capet apporté à la barre par ses conseils, qualifié d’appel à la nation, et défend à qui que ce soit d’y donner suite, à peine d’être poursuivi et puni comme coupable d’attentat à la sûreté générale de la république. * L'Assemblée ne s'était retirée qu'a huit heures du matin, Cette séance, commen cée le 19 janvier, avait duré trente-six heures, Louis était condamné. Tout Paris avait appris la terrible nouvelle, Les autorités parisiennes s'occupaient des moyens d'en assurer l'exécution ; tonte la force publique était sous les armag..…

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La Convention après quelques heures de repos avait repris le cours de ses travaux. Kersaint, ancien capitaine de la marine royale, député de Seine-et-Oise, qui avait voté pour la culpabilité et la condamnation de Louis à la détention jusqu’à la paix, s'était abstenu de voter sur l'appel

au peuple et le sursis ; il avait osé motiver son refus, et dès Je lendemain, 20, il écrivait à la Convention qu’indigné de

voir Marat l'emporter sur Péthion, il donnait sa démission de député, pour ne pas siéger à côté des promoteurs des assassinats du 2 septembre. Cette lettre renouvela la discussion sur la proposition de Gensonné pour la mise en jugement des assassins de septembre. Une autre démission étonna plus encore l'assemblée; ce fut celle de Manuel, qui avait voté pour la peine de mort, pour l'appel au peuple et contre le sursis. Il motivait sa rupture sur ce que la Convention, telle qu’il la voyait composée, était dans l’impossibilité de sauver la France. Barbaroux soutient en principe que ces démissions ne peuvent être acceptées; Chaudieu propose de déclarer Kersaint et Manuel infâmes et traîtres à la patrie pour avoir déserté leur poste. Parmi les contes que l’on débita alors sur les causes de la retraite du roi de Prusse, il en est un que les détracteurs de la gloire nationale ont affecté de répéter, et qui ne peut soutenir l’épreuve d’un sérieux examen. Ils ont supposé que le roi de Prusse ne s'était déterminé à suspendre sa marche sur Paris qu’à la sollicitation de Louis XVI, alors prisonnier au Temple; que la lettre de ce prince lui avait été demandée par Manuel, Kersaint et Péthion, qui pour prix de cette demande s'étaient engagés à se prononcer en sa faveur dans les débats de son procès et à faire approuver cet engagement par la Commune de Paris; et que tel était le motif de la double démission de ces députés. Mais l’un et l’autre se sont prononcés pour la condamnation ; leurs votes n’ont varié que quant à la pénalité : Kersaint veut la détention, Manuel la mort; tous deux demandent l’appel au peuple; et ce n’est qu'après le rejet de cet appel qu’ils envoient leur démission. Ils ne la donnent que parce qu’ils n’ont pu faire triompher leur opinion pour l’appel au peuple, La victoire de Valmy a seule déterminé la retraite du roi de Prusse, qui, sur la parole des émigrés, avait cru que la marche de son armée sur Paris ne rencontrerait aucun obstacle; et qu'elle serait partout accueillie avec reconnaissance. Mais quand il eut vu les vieilles bandes du grand Frédéric, déjà décimées par la faim et les maladies, mises en déroute par de jeunes volontaires, il apprit à ses dépens ce que c'était que ces troupes appelées par les émigrés des so/dats de faïence, incapables de soutenir le feu.

Burke avait dit : « La France n’est plus qu’un vide sur la carte d'Europe; » et Mirabeau lui avait répondu : « Ce vide est un volcan. » Le procès de Louis XVI occupait l'intervalle qui séparait les deux partis de la Convention. Le procès jugé, cet intervalle fut un vide, et ce vide devint un volcan. Trois décrets fameux furent rendus dans la séance du 2{ janvier. Les girondins obtinrent enfin que les auteurs des massacres de septembre seraient jugés, et que les Bourbons, à l'exception de l’ex-famille royale détenue au Temple, seraient expulsés du territoire français; les montagnards avaient fait décréter que les royalistes qui s'étaient rassemblés aux Tuileries dans la nuit du 9 au 10 août seraient également jugés. Les girondirfs n'avaient fait adopter presque sans opposition leurs décrets qu’à la faveur de la grande préoccupation qui absorbait alors les esprits. Barrère, en appuyant la proposition de Gensonné contre les septembriseurs, avait ajouté : « On vous a dit que vous seriez assassinés demain : honorez-vous aujourd'hui, et périssez demain. » Un député fut en effet assassiné : Le Pelletier- S@int-Fargeau, qui avait voté la mort de Louis, fut poignardé par l'ex-garde du corps Päris, et les torches de son Convoi funèbre éclairèrent le dernier succès des gironcins, Ils avaient perdu par le défaut d'ensemble, d'unité de

principes et de systèmes, fous les avantages qu'ils devaient

à la pureté de leurs intentions, à la supériorité du talent et

à une honorable et immense popularité. Mais l'énergie de la

Convention croïssait avec les obstacles. Elle établit un conseil ! de défense générale, composé de vingt-cinq membres. La tra-

hison de Dumouriez venait d’étonner la France. Ce n’était

pas un fait isolé. On remarqua qu’alors, pour la première fois,

les Vendéens, qui ne s'étaient montrés qu’en petites bandes,

se réunirent au nombre de 40,000, et osèrent tenter le siége

de Nantes.

Le tribunalrévolutionnaire fut établi malgré les efforts d’une forte opposition. Les visites domiciliaires pour la recherche des émigrés commencèrent, et un décret prescrivit la peine capitale contre tous ceux qui provoqueraient au rétablissement de la royauté, au meurtre et au pillage. Les propriétaires furent astreints à faire afficher sur la porte de leur maison les noms, âge et qualités de tous ceux qui l'habitaient, Pour mettre un terme aux manœuvres vraies ou supposées de la faction d'Orléans, l'arrestation des membres de cette famille fut décrétée, et ils furent immédiatement transférés à Marseille. Ph. d'Orléans voulut vainement se prévaloir de sa qualité de représentant du peuple : ses réclarnations, ses lettres insérées dans les journaux, furent inutiles. La tribune retentissait chaque jour de récriminations dénonciatrices entre les girondins et les montagnards. La Convention, qui devait tous ses instants et ses soins à l’administration générale, aux moyens de défense et de répression contre les progrès toujours croissants de la guerre étrangère et de la guerre civile, écartait par un ordre du jour ces débats de parti, et Vergniaud lui-même, après avoir tonné à la tribune contre les anarchistes, terminait ses accusations par un appel à la concorde : « Mettons, disait-il, un terme à des discussions scandaleuses ; n’exaspérons pas des gens naturellement irritables. »

La majorité pressait de tous ses vœux le travail de la nouvelle constitution. Mais elle se prononça enfin quand Guadet vint lui dénoncer une adresse des jacobins, signée Marat, où l’on provoquait l'insurrection contre la Convention. Le but des agents de l'étranger, qui dirigeaient tous ces mouvements , et qui poussaient à tous les excès une foule ignorante et crédule, était la dissolution de la Convention nationale. Guadet proposa l'arrestation de Marat, et elle fut décrétée après une discussion violente. Marat fut traduit devant le tribunal révolutionnaire; mais il y parut moins en accusé qu’en chef d’un parti puissant et redoutable, Son acquittement nesefit pas attendre, et il fut ramené entriomphe à l'assemblée qui l'avait accusé. Ce fut le prélude de la formidable insurrection du 31 mai. Pache, maire de Paris, s'était présenté à la barre avec une pétition à laquelle avaient adhéré trente-cinq sections. Cette pétition concluait à l'arrestation et à la mise en jugement des vingt-deux députés les plusinfluents du parti de la Gironde. La Convention repoussa et la pétition et les pélitionnaires. Mais la Commune, redoublant d’audace et d’activité, convoqua à l’archevèché les présidents et les commissaires des quarante-huit sections. Un comité central d’insurrection fut formé, et se déclara le représentant de toutes les autorités de la capitale. Dansce comité et dans ceux qui s'étaient établis dans les sections figuraient les Proli, les Gusman, les Frey, et tous ces étrangers qui depuis le 10 août s'étaient introduits dans toutes les réunions politiques. Les 31 mai, 1° et 2 juin, la Convention nationale fut investie, menacée par les insurgés ; elle se trouvait cernée de toutes parts. Barras proposa de fermer le femple des Lois, et d'aller au milieu du peuple : tous se levèrent. A peine arrivés dans la cour, ils n’aperçoivent qu’une masse immense d'hommes armés et menaçants. Ils avançaient vers la porte qui conduit au Carrousel : Henriot en fait barrer le passage. Le président, Hérault de Séchelles, le somme de: faire écarter sa troupe : « La force armée ne se retirera, répond Henriot, que lorsque la Cenvyention aura livré sw

yeuple les députés perfides dénoncés par la Commune, » Le président insiste : « Personne ne sortira », réplique Henriot. Le président ordonne d'arrêter ce soldat rebelle. Henriot s’éloïgne de quelques pas, et crie : « Aux armes! canonniers, à vos pièces! » La Convention revint sous le vesfibule, et parcourut les groupes qui encombraient le jardin. Elle rentra enfin dans la salle de ses séances, Coutlion s'écria avec une amère ironie : « L'assemblée, par la démarche qu’elle vient de faire, est convaincue qu’elle est libre, parfaitement libre, et qu’elle peut reprendre le cours de ses travaux ! » Le décret d’arrestation des vingt-deux et des membres de la commission des douze fut enlevé par la terreur. Des voix courageuses protestèrent contre cette violence ; mais que pouvaient le courage et le dévouement contre la force ? La résistance matérielle était impossible : elle n’eût eu pour résultat que la dissolution de la Convention.

La constitution, si impatiemment attendue, fut enfin discutée, votée, présentée aux assemblées primaires, et acceptée; mais, faite pour un temps de paix et pour une génération sans vices et sans passions politiques, elle ne fut et ne pouvait être qu'une systématique utopie. La Convention y substitua un gouvernement de transition, le gouvernement révolutionnaire. Des revers au dehors, la frabison au dedans, partout des obstacles et des dangers, telle était sa situation : elle n'avait pas le choix des moyens. La concentration de tous les pouvoirs dans un pouvoir unique était le seul moyen de salut; mais ce pouvoir dictatorial était gêné dans son action par des exigences qu'il fallait subir. L'erreur de quelques hommes de patriotisme, de conscience et de talent, a coûté à la France, qu'ils voulaient sauver, des flots de sang sur les champs de bataille et sur les échafauds. Qui oserait nier l'influence de l'étranger dans les événements de 1793? Cette influence ne se montre-t-elle pas évidente dans le choix des victimes vouées aux échafauds, dans les désastres et les crimes dont Marseille, Toulon, Lyon, Bordeaux, furent le théâtre? Comment l'opposition toute républicaine de ces cités contre Je parti de la Montagne a-t-elle pu être convertie en opposition contre-révolutionnaire et monarchique? Malheureusement les véritables émissaires de la contre révoiution étaient partout, usurpant une funeste popularité, Fidèles à leurs instructions secrètes, ils montrent aux Toulonais les échiafauds s’élevant dans leurs murs à la voix de Fréron et de Robespierre; là faim, la misère envahissant toutes les familles ; la proscription menaçant toutes les existences. Les magistrats livrent le port et la ville aux flottes ennemies; le drapeau tricolore a disparu, et dans le port, sur les monuments publics, flottent les drapeaux de V'Angieterre et de l'Espagne : la contre-révolution est consommée. Bientôt Lyon et Marseille subissent les mêmes déceptions, les mêmes calamités, et deviennent les places d'armes de la contre-révolution,

La reprise de ces villes par les armées républicaines amène de terribles et sanglantes représailles. Le sang est vengé par le sang, et les auteurs de tant de crimes et de désastres ont abandonné les vaincus qu’ils ont armés, à la merci de vainqueurs irrités et impitoyables. La Convention elle-même ne peut échapper à ce joug de fer et de sang que le triumvirat de Robespierre, de Couthon et de Saint-Just fait peser sur la France entière. Les girondins ont succombé sous les coups des montagnards ; ceux-ci subissent le même sort. Le triumvirat n’épargne pas ses propres complices : Danton, Hérault de Séchelles, Hébert, Chaumette périssent sur le même échafaud que les chefs girondins. Robespierre seul reste encore debout, triomphant, sur les débris de toutes les factions qu’il a combattues ou organisées. Mais d’autres étaient menacés du même sort : l'intérêt de leur commune conservation les rallie, et la nuit du 9 au 10 thermidor sera le ferme de la puissance et de la vie des triumvirs.

On l’a dit souvent, on ne saurait trop le répéter, quoique te soit devenu une vérité banale et presqu’an lieu commun,

CONVENTION NATIONALE

la France vraiment républicaine s’était alors réfugiée dans les camps : là aux plus grands revers avaient succédé les plus brillantes victoires. Elle était aussi dans la majorité de Ja Convention, dans le comité de salut public, dout les triumvirs ne partageaient point lesimmenses travaux. Ceux-ci s'étaient créé un comité spécial de police générale, et, forts de leur popularité usurpée, de leur influence sur toutes les autorités populaires de l’intérieur, ils se croyaient assez forts pour tout oser impunément. La fête de l’Étre-Supréme avait été leur dernière déception, la dernière joie de leur vanité et de leur hypocrisie. Environné d’hommages et saturé d’encens, Robespierre, président de cette grande solennité, ne pouvait apercevoir l’étroit intervalle qui séparait son char triomphal de léchafaud, Quel était le projet politique de cet homme vraiment extraordinaire? Sa fortune était bornée ; il pouvait se créer une opulence colossale, et ce dictateur de la France est mort pauvre! Aux chefs puissants des clubs il a dù la chnte des girondins, ses redoutables rivaux, et bientôt il a proscrit et envoyé à l’échafaud ceux que la vcille il appelait ses amis, ses frères, ceux par qui seuls il pouvait conserver la dictature, 4

On a souvent mis en question s’il n’eût pas été plus honorable pour la Convention d’imiter l'exemple de l’Assemblée législative, en remettant entre les mains de ses commettants le pouvoir qu’elle en avait reçu, et en provoquant la convocation d’une nouvelle assemblée ; maïs les circonsfances n'étaient pas les mêmes : le mandat de Ja Convention n’était pas rempli, elle devait donner une constitution. Cette constitution avait été acceptée par la nation, mais la mise en activité en avait été suspendue, et son entière exécution était encore impraticable; elle supposait un état de paix intérieure et extérieure qui n'existait pas, et le terme en paraissait plus éloigné que jamais : la contre-révolution n’était point désarmée ; les événements ultérieurs ont prouvé qu’elle était plus forte, plus active que jamais, et que la Convention n’avait pas fait tout ce qu’elle aurait dû pour la réduire à l'impuissance de nuire, Le 9 thermidor fut une victoire sans lendemain. Le 10, Robespierre, son frère, Saint-Just, Couthon, Lebas, Henriot, le maire de Paris, Fleuriot, Payan, agent national de la commune ; Vivier, président des jacobins dans la nuit du 9 au 10 thermidor; Lavalette, général de brigade, et douze autres, périssent sur l'échafaud ; et le- jour suivant le général Boulanger, Sijas, adjoint à la commission du mouvement des armées de terre; Lacour, notaire ; Lubin et Maenne, substituts de l’agent national ; Michot et Blin, secrétaires greffiers, et soixante-huit autres les suivent à la mort. Plus tard, Lebon, Carrier, subissent le méme sort. C’en était assez, sans doute; la Convention aurait dû, par une amnistie générale, couvrir le passé du voile de la clémence et de l'oubli. Que de sang et de larmes elle eût épargnés à la France! Mais elle ouvrit la tribune aux récriminations, et la dénonciation de Lecointre contre les membres des anciens comités de gouvernement, qu’elle déclara d’abord caiomnieuse, et qu’elle admit ensuite par un autre décret, donna le signal d’une réaction sanglante, qui renouvela tes scènes de carnage et de terreur de 1793, sous des formes plus hideuses peut-être.

Des bandes d’assassins, qui s'étaient formées à Lyon, assurées de l'impunité, se ruèrent sur tous ceux qu’ils appelaient {erroristes et queue de Robespierre. Nous ne retracerons point les scènes atroces, les massacres en masse, qui ensanglantèrent Toulon, Marseille, Avignon, et tont le midi de la France. Traqués partout, ceux quiavaient bon gré mal gré exercé quelques fonctions, même inoffensives, en 1793; ceux surtout qui à Paris avaient figuré activement dans les comités de surveillance, dans les assemblées sectionnaires, se rallièrent, Les scènes du 31 mai etgdu 2 juin se renouvelèrent, plus effrayantes et plus acharnées . Les insurgés qui les 31 mai, 1°* et 2 juin 1793, avaient envahi la Convention s'étaient bornés à des mengces, mais

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