‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 335 sur 607 · CONVERSATION — CONVERSATION'S-LEXICON · texte numérisé non relu

CONVERSATION — CONVERSATION'S-LEXICON

Un ouvrage de cette nature était surtout nécessaire et devait surtout réussir en Allemagne, le pays de l'Europe, sans contredit, dont la langue, en dépit de l'extrême richesse de son propre fonds, se soit en outre enrichie de plus d'emprunts faits aux idiomes des différents peuples étrangers. L’allemand n’a pas seulement, comme le français, démandé à des langues mortes, au grec et au latin, des mots propres à exprimer certaines idées, certaines notions encore nouvelles pour les populations auxquelles il servait d’instrument de communication, I a pris sans hésitation, sans vergogne, à l'anglais, à l'espagnol, à l'italien, au français, etc., tout ce qui dans leurs vocabulaires respectifs était à sa convenance particulière, sans autrement se soucier de savoir si de ces larcins ne résulteraient pas de nombreux doubles emplois avec les articles de son propre fonds. En prenant un mot à une autre langue, il a d’ailleurs toujours eu grand soin d’y ajouter une nuance qui le différenciait essentiellement de son équivalent teutonique et qui détruisait entre eux toute synonymie. Ainsi, pour prendre un exemple dans le sujet même de cet article, les mots Unterredung, Gespræch, Umgang n’ont rien de la nuance de délicatesse, de finesse et dé politesse qu’un Allemand aftacheratoujours au mot Conversation emprunté par ses pères aux langues romanes ; et le mot grec Lexicon exprime, et comme nomenclature et comme but final, un tout autre sens que Wærterbuch, le mot allemand qui répond à notre mot dictionnaire.

Il est rare de ne pas voir l’abus à côté de l’usage. Plus donc que tous autres, les Allemands ont abusé de cette faculté illimitée d'emprunter aux idiomes étrangers ; et à la fin du dernier siècle leur littérature en était venue à produire des œuvres dont bon nombre de lecteurs étaient souvent réduits à deviner le sens, farcies qu’elles étaient de phrases entières écrites en français, par exemple, ou encore quelquefois en italien; ce qui supposait de la part du public auquel elles s’adressaient une variété de connaissances faite pour donner une haute idée de son instruction. C’est au théâtre que ce ridicule avait surtout pris faveur, et il a fallu de longues années à la critique pour en débarrasser la scène nationale. Il résulte de là que les lexiques allemands contiennent un grand nombre demots empruntés aux langues étrangères, entrés peu à peu dans l'usage général, mais employés souvent par des ignorants dans une*acception tout autre que leur sens primitif et vrai, et à l'égard desquels ces lexiques ranseignent le lecteur en lui indiquant les équivalents qu’ils ont dans la langue allemande.

Il entrait essentiellement dans le plan primitif du Conversations-Lexicon de présenter au lecteur des notions de ce genre, et surtout des renseignements sur des faits et des idées restés jusque alors, pour ainsi parler, en dehors de la circulation générale, mais qui venaient d’y être tout à coup jetés par le grand mouvement de rénovation sociale dont notre révolution avait été partout le signal en Europe, et à l'égard desquels un grand nombre d'intelligences devaient forcément se trouver maintes fois embarrassées. Ce besoin des esprits fut admirablement pressenti par Brockhaus. L’intelligent éditeur réalisa pour la première fois sa pensée dans les circonstances les plus défavorables à une entreprise de ce genre; mais on lui tint compte des difficultés qu’il avait eu à surmonter, et lui il s’aftacha toujours à mériter de plus en plus la faveur publique en faisant constamment de nouveaux sacrifices pour perfectionner son livre, pour élargir le cercle des idées qui s'y trouvaient traitées, enfin pour le tenir constamment à la hauteur de tous les progrès accomplis dans les différentes branches des conuaissances humaines. Les gens de lettres à la collaboration desquels on est redevable de la rédaction du Conversations-Lexicon (la ontième édition a paru en 1864-1868, 16 vol. in-8°) ont puisé partout aux meilleures sources, et n’ont pas hésité à prendre leur bien partout où ils le trouvaient. Un immense succès a toujours récompensé jusqu'ici les efforts

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