CONVERSATION'S-LEXICON — CONVERSION
qu'ils ont faits pour améliorer successivement l'œuvre commune, devenue en Allemagne un véritable engin de civilisation, un moyen des plus puissants pour propager les notions utiles, les pensées sages et justes, enfin pour préparer l'avenir en répandant de plus en plus dans les masses le bienfait de l'instruction générale. Nous manquerions à tout ce que nous nous devons à nous-même si nous ne reconhaissions pas hautement ici les nombreuses obligations que nous leur avons ; trop heureux d’avoir pu de loin suivre leur trace, longe vestigia sequi! C’est d’ailleurs avec une satisfaction bien naturelle que nous avons pu reconnaître plus d’une fois que notre livre, en dépit de la différence radicale entre le plan que nous suivons et Le leur, avait pu aussi leur être de quelque utilité.
CONVERSION (du latin conversio, fait du verbe convertere, changer ). Ce mot est employé dans plusieurs circonstances , avec des acceptions diverses. On dit conversion des espèces, des écus vieux en neufs, en parlant des monnaies. En arithmétique, on convertit une mesure en nne autre en multipliant la prenuière par la valeur correspondante de l’unité de la seconde. En termes de jurisprudence, c’est le changement d’un acte, d’une procédure en une autre. On opère la conversion d’une obligation en rente, d’un procès civil en procès criminel, d’une vente par autorité de justice en vente volontaire, etc. En morale, la conversion est le retour au bien, par un changement de mœurs, un changement de doctrine ou un changement de religion. Ainsi, on dit d’un païen qui renonce au culte des idoles pour embrasser le christianisme, qu'il s’est converti; on le dit d’un hérétique qui rentre dans le sein de l'Église; on le dit aussi du pécheur, de l’homme déréglé, qui renonce à sa vie désordonnée, pour mener une conduite sage, chrétienne, conforme à la morale de PÉvangile. La conversion d’un chrétien qui s'était égaré dans les voies honteuses du vice et du mensonge est un don de Dieu, un secours surnaturel de la grâce, qui le rappelle au bien et lui donne la force de le faire. NÉCRIER.
Cassiodore d’abord et après lui Bède se servent du mot latin conversio pour désigner l’entrée dans l’état religieux, d’où est venu le nom de convers. Aujourd'hui, quand on parle de convertis, il est question des individus qui abandonnent une religion pour en embrasser une autre. La vieillesse de Louis XIV et le règne de la dévote Maintenon furent une époque de remarquable prospérité pour les entrepreneurs de conversions de même que pour les spéculateurs faisant métier et marchandise de leurs convictions. Cette industrie ne fat pas moins productive sous Charles X, malgré la concurrence redoutable et acharnée que se faisaient alors des aventuriers juifs ou protestants pour se faire conférer le baptême, et enseigner dans la foi catholique, mais surtout pour empocher le produit des quêtes, généralement fort abondantes, ordonnées à lenr profit en pareille occurrence. L’infâme Deutz, qui vendit la duchesse de Berry, sa bienfaitrice, à M. Thiers, pour 500,000 fr., était, lui aussi, un juif récemment converti; c’est cette position sociale qui lui avait valu la confiance et la bienveillance toute particulière de la mère de M. le comte de Chambord.
Loin de nous, cependant, la pensée qu’un changement de religion ne puisse jamais être qu'une spéculation; mais de nos jours les exemples de conversions sincères et désintéressées sont si rares , qu’on peut bien les considérer comme de pures exceptions. Or toujours on a vu dans les exceptions la confirmation d’une règle générale.
Les grandes crises sociales ont ordinairement pour résultat de provoquer un retour sensible aux idées religieuses de la part des masses qui naguère leur étaient ou indifrérentes ou hostiles. Les révolutions, pourrait-on dire, font de la conversion en grand. Il n’y a dans un pareil résultat rien que de fort naturel. A la vue de tant de ruines irréparables, de tant d'inappréciables misères , de tant de forfaits heureux , de tant de vices triomphants, il est tout naturel que
l'homme lemoins disposé à des réflexions sérieuses en vienne à penser qu'il doit nécessairement y avoir quelque chose au delà de cette vie, un être souverainement juste qui récompense la vertu et châtie le crime.
Si nous devions citer ici tous les hommes célèbres à un titre ou à un autre qui de nos jours ont déserté la foi &e leurs pères pour embrasser une religion parlant mieux à leur cœur et à leur intelligence, longue serait la liste de noms que nous aurions à placer les uns après les autres. II nous est difficile d’ailleurs de révoquer en doute la bonne foi de ceux d’entre eux qui ont renoncé à des avantages positifs pour adopter le culte de la minorité, et nous admirons le mouvement des esprits qui de nos jours en Angleterre, en Süésie, en Mecklembourg, etc., porte tant d'individus à déserter le protestantisme et à embrasser le catholicisme, qui ne peut pourtant leur procurer aucun des avantages temporels que l’Église dominante réserve dans ces pays à ses fidèles. Par contre, nous nous défierons toujours instinctivement du juif ou du protestant qui en France, en Espagne, en Italie et autres contrées catholiques, abandonnera la religion dans laquelle il est né, mais que professe seulement la minorité, et adoptera celle dont les ministres sont les dispensateurs ordinaires des faveurs du pouvoir. Un fait incontestable d’ail-leurs, c’est que de nos jours les conversions de protestants au catholicisme sont bien autrement nombreuses dans les pays protestants même que dans les pays catholiques; résultat assez bizarre, et que les protestants zélés essayent d'expliquer par la réaction qu'ont produite les événements de 1848 dans une foule d’esprits faibles, mais surtout par le savoir-faire et l’activité des Jésuites. Ce n’est pas d’ailleurs que l’Église protestante n’ait aussi à s’enorgueillir d’assez nombreuses conversions. Dans le pays de Bade, par exemple, on a vu des communes entières quitter le catho: licisme pour le culte évangélique, et autant en a fait, il n'ya pas longtemps, la commune de Charbonnières, près de Lyon.
CONVERSION (Logique), procédé de vérification d’un jugement, qui repose sur cette vérité, que la rela. tion ou le rapport entre deux termes est mutuel et réciproque, ou que si À =B, réciproquement B = A. Donc, une proposition ne peut être vraie ou fausse sans que sa réciproque ne soit pareillement vraie ou fausse. C’est pourquoi si, lorsqu'on éprouve quelque embarras à réfuter ou à établir directement certaine proposition, on lui donne une réciproque simulée et fallacieuse, elle devient une source de malentendus et de disputes. Exemple : si après avoir accordé cette proposition, juger, c’est sentir, vous admettez que la réciproque soit celle-ci : sentir, c’est juger, le système des sensualistes aura gain de cause. Pour se prémunir contre de pareils piéges, il ne faut point perdre de vue la règle suivante : conserver dans les termes de la réciproque le même sens, c’est-à-dire la même extension et la même compréhension qu'ils avaient dans la proposition convertie. Aïnsi, quand on dit juger, c’est sentir, cela revient à dire que juger, c’est sentir d’une manière particulière, et la réciproque est celle-ci : sentir d’une manière particulière, c’est juger. Proposition qu’on peut admettre , si l’on tombe d’accord que le mot sentir embrasse tous les phénomènes de la réceptivité etde l’activité du moi, et n'exprime pas seulement ce qu’on éprouve à la présence des corps.
Si la conversion pure et simple présente quelque embarras, si elle expose à des méprises, on doit préalablement éraduire la proposition en lui en substituant une qui soit équivalente, et cependant plus facile à convertir.
Quoique toute proposition déterminée puisse être convertie en une autre proposition réciproque et identique, et que deux propositions réciproques et identiques aient nécessairement les mêmes qualités logiques, cependant l'usage a prévalu, même parmi les mathématiciens, de dire en certains cas : cette proposition est vraie, mais sa réciproque esi fausse. Par conséquent, pour concilier les principes ave
les locutions vicieuses qui sont, en quelque sorte, autori-
sées par l'usage, il faudrait distinguer une réciprocité ap-
parente et grammalicale , et une réciprocité exacte et logique. DE REIFFENBERG.
CONVERSION (Rhétorique), figure qui consiste à terminer les divers membres d’une période par les mêmes tours, comme dans ce passage de Cicéron : Dodelis tres exercitus populi Romaniinterfectos ? Interfecit Antonius. Desideratis clarissimos cives P Eos vobis eripuit Antonius. Auctoritas hujus ordinis (senatus) afflicta est? Afflixit Antonius.
On appelle encore, en rhétorique, conversion l’art de retourner ou de rétorquer un argument contre son adversaire, ou de le montrer par des côtés opposés, en changeant le sujet en attribut et l’attribut en sujet. Ily a aussi des conversions d'arguments d’une figure à une autre ; et des propositions générales aux particulières (voyez RÉTORSION ).
CONVERSION (Art militaire), mouvement exécuté par une troupe en marche lorsqu'elle change de direction, ou qu’étant de pied ferme, on veut lui faire occuper une position perpendiculaire ou oblique à celle qu'elle occupait d’abord. Les conversions en marchant s’exécutent du côté du guide, ou du côté opposé au guide. Dans le premier cas, elles prennent le nom de changement de direction, et s'exécutent à pivot mobile. Dans les grandes manœuvres de la guerre, les conversions s’emploient sur chaque corps isolé, et consistent à faire avancer l’aile droite ou l’aile gauche, pendant que l'aile opposée, conservant sa position, tient l'ennemi en échec et l'empêche d’inquiéter la marche des troupes en mouvement.
CONVERSION DES RENTES. Voyez RENTEs.
CONVEXE (de conveho, je porte) se dit de la surface extérieure d’un corps rond, par opposition à la surface intérieure qui est creuse ou concave. Les mots convexe et concave sont purement relatifs : ce qui est convexe d’un côté peut être concave de l’autre. Pour avoir une idée nette de la convexité, il faut emprunter sa définition à la géométrie, Dans cette science, une ligne ou une surface courbe est dite convexe lorsque tonte tangente à la ligne ou tout plan tangent à la surface laisse cette ligne ou cette surface d'un même côté. S'il s’agit d’une ligne ou d’une surface brisée , il faut remplacer dans cet énoncé la tangente par un côté quelconque de la ligne brisée, et le plan tangent par une des faces de la surface brisée. On reconnait encore les lignes et les surfaces convexes à leur proprièté commune de ne pouvoir être rencontrées par une droite en plus de deux points.
CONVICT, mot anglais qui signifie convaincu, condamné, et qui s'applique surtout aux déportés dans les colonies pénales (voyez DÉPORTATION }).
CONVICTION, état de l’esprit, qui, après avoir balancé le pour et le contre, se prononce d’une manière décisive : telle est la conviction de raisonnement ; à celle-ci il faut en joindre une autre, qui naît spontanément et à la suite d’une impression tout à la fois profonde et rapide, La première espèce de conviction appartient aux hommes d'’etude et de cabinet; la seconde caractérise les masses, surtout aux époques de troubles civils, ou bien sous les gouvernements dans la composition desquels entre plus ou moins de liberté politique. Si nous considérons la conviction dans son entier, nous dirons que c’est une force immense, et pour ainsi dire incalculable, parce qu’elle est libre en même temps qu'elle est désintéressée, Sans conviction ardente et sincère, on ne fait rien de grand ni de durable: £'est ce qui explique la débilité de nos œuvres actuelles dans tous les genres : nous ne sommes plus que gens d’affaires, d'industrie et de transactions, Les débuts de la révolution française seront
d'une magnificence éternelle dans l'histoire, parce que nos
pères n'agissaient et ne vivaient alors que de conviction. H y a une prodigieuse différence entre ce qui est grand et ce