CONVIVE
et convivere, formés de vivere et de cum (vivre avec, vivre ensemble), et ils signifiaient par conséquent manger ensemble, plutôt qu'être invité à manger. Mais aujourd’hui il y a deux différences entre les mots convive et convié. L'un est toujours présent avec d’autres personnes au banquet auquel il est invité, l’autre refuse quelquefois l'invitation ; mais il y a aussi des convives qui ne sont pas conviés : tels sont les parasites, les pique-assiette, ces gastronomes sans argent, si nombreux à Paris. 11 n'y a point de convive sans qu’il soit question de repas, ct l'on peut être convié à des fêtes, à des cérémonies où l’on ne mange pas. C’est par une extension de sens que convier est devenu synonyme d'inviler, avec cette différence pourtant que l’un exprime la cordialité, la franchise, et que l’autre tient plus de la froide politesse :
Aimons-nous, tout nous y convie,
a dit Quinault dans Armide. Aujourd’hui qu’on n’aime plus, aujourd'hui que l’égoïsme et la fausseté ont remplacé toutes les affections du cœur, tous les sentiments de la nature, il est tout naturel que les mots convier, conviés , soient passés de mode, et qu'ils aient été remplacés par le mot inviter. On ne conviait que ses amis, on invite des gens qu’on ne connait pas du tout.
On voit dans l'Évangile la parabole du convié à une noce. Un ancien proverbe grec disait : Je hais un convive qui a de la mémoire, c'est-à-dire qui révèle le secret de la table. Jusque dans les premières années de ce siècle on appelait dons convives ceux qui buvaient et mangeaient bien, qui égayaient un banquet par leurs contes, leurs saillies et leurs chansons ; on avait soin de n’inviter que de bons convives, de ne réunir que des convives choisis : L'est un mauvais convive, disait-on d’un homme sobre, sérieux et taciturne. Piron, Panard, Desaugiers, ont été d'excellents convives, ainsi que la plupart deleurs joyeux confrères des Caveaux ancien et moderne , des Diners du Vaudeville, voir mêrne des Soupers de Momus ; mais de nos jours il est de bon ton d’affecter même la gravité qu’on n’a pas : les jeunes gens sont d’imberbes Catons; les repas ressemblent à des cours d'assises ou à des banquets funèbres; on y mange peu, on y boit encore moins; les amphitryons y mettent bon ordre. Plus de toasts, plus de chansons; chacun y tient son quant à soi; on n'y parle que politique, encore y déguise-t-ou ses opinions, pour ménager certains convives titrés, et pour faire la cour à ceux dont on veut obtenir la protection. Du moment qu’il n’y a plus ni confiance, ni liberté, ni abandon, ni égalité , il ne peut plus y avoir de convives.
Ce mot, qui exprime la joie, figure néanmoins convenablement dans un sens tout différent. Le malheureux Gilbert l'a employé d’une manière bien touchante dans les derniers vers qu’il composa :
Au banquet de la vie, infortuné convive, J'apparus un jour, et je meurs! H. AUDIFFRET.
Dans les repas des Romains, il y avait des convives, des ombres et des parasites ; les derniers étaient appelés ou tolérés par le maître de la maison, et les ombres étaient amenées jar les convives : tels étaient chez Nasidienus, Servilius, Halatro et Vibidius, quos Mæcenas adduxerat umbras. On leur destinait le dernier des trois lits, c’est-à-dire celui qui était à la gauche du lit du milieu.
Les convives se rendaient aux repas à la sortie du bain, avec une robe qui ne servait qu’à cela, et qu'ils appelaient vestis cænatoria, triclinaria, convivalis ; sa couleur la plus ordinaire était blanche, surtout dans les jours de quelque solennité; et c'était aussi bien chez les Romains que chez les Orientaux une indiscrétion punissable que de se présenter dans la salle du festin sans cette robe. Cicéron fait un crime à Vatinius d’y être venu en habit noir, quoique le repas se donnât à l'occasion d'une cérémonie funèbre, Capitolin ra-
conte que Maximin le fils, encore jeune, ayant été invité à la table de l’empereur Alexandre Sévère, et n’ayant point d’habit de table, on lui en donna un de la garde-robe de l'empereur. Cet habit était une espèce de draperie attachée fort légèrement, comme on le voit dans les marbres, et qui était pourtant différente du pallium des Grecs. Martial reproche à Luseus d’en avoir plus d’une fois remporté chez lui deux au lieu d’un, de la maison où il avait soupé.
Il était ordinaire d’ôter les souliers aux hommes conviés à un repas, de leur laver ou parfumer les pieds, quand ils venaient prendre leurs places sur les lits qui leur étaient destinés. On avait raison de ne pas exposer à la boue et à la poussière les étoffes précieuses dont ces lits étaient couverts. Mais une chose qui paraîtra bizarre, c’est que long- {emps même après le siècle d’Auguste, ce n’était point encore la mode que l’on fourntt des serviettes aux convives. ils en apportaient de chez eux.
Tout le monde étant rangé suivant l’ordre établi par un maître des cérémonies , préposé à l’observation de cet ordre, on apportait des coupes qu’on plaçait devant chaque convive, Suétone dit qu’un seigneur de la cour de Claude ayant été soupçonné d'avoir volé la coupe d'or qu'on lui avait servie, fut encore invité pour le lendemain ; mais qu’au lieu d’une coupe d’or, telle qu’on en servait aux autres convives, on ne lui servit qu’un gobelet de terre. Après la distribution des coupes, on dressait le premier service. Dans les grandes fêtes, les esclaves, tant ceux de la maison que ceux que les particuliers avaient amenés, et qui se tenaient debout aux pieds de leur maître, éfaient couronnés de fleurs et de verdure aussi bien que les convives, et il n’y avait rien alors qui n’inspirât la joie. Quand un ami, un parent, un voisin, n'avait pu venir à un repas où il avait été invité, on lui en envoyait des portions; et c’est ce qui s’appelait partes mittere, ou de mensa mittere.
Pendant le repas, les convives avaient coutume de boire à la santé les uns des autres, de se présenter la coupe, et de faire des souhaits pour le bonheur de leurs amis : ainsi la coupe passait de main en main depuis la première place jusqu’à la dernière. Juvénal dit que rarement les riches faisaient cet honneur aux pauvres, et que les pauvres n’auraient pas été bien venus à prendre cette liberté avec les riches. C'était néanmoins, au rapport de Varron, un engagement pour tous les convives, lorsque, pour conserver l’ancien usage, on faisait un roi.
Avant de se séparer, les convives terminaient la fête par des libations, et par des vœux pour la prospérité de leur hôte et pour celle de l’empereur. Les Anglais suivent encore cet usage aujourd’hui. Enfin, les convives, en prenant congé de leur hôte, recevaient de lui de petits présents appelés d'un mot grec apophoreta. Entre les exemples que nous en fournit l’histoire, on a signalé souvent celui de Cléopâtre. Après avoir offert un superbe repas à Marc-Antoine et à ses officiers dans la Cilicie, elle leur donna les lits, les couvertures, les vases d’or et d’argent, les coupes qu’on avait mises devant chacun d'eux, avec tout ce qui avait servi au festin. Elle y ajouta encore des litières pour les reporter cnez eux, avec les porteurs mêmes, et des esclaves maures pour les reconduire avec des flambeaux. Les empereurs Verus et Héliogabale copièrent Cléopâtre, mais ils n’ont guère été copiés depuis. Ch°* DE JAUCOURT.
On cite cependant de nos jours un directeur d’opéra qui imagina d'offrir aux nymphes de son Olympe, invitées à un de ses festins, des bijoux enguise de plat de dessert.
Au rapport d’Athénée, il y avait chez les Grecs des festins où l’usage voulait qu’on changeât de propos de table à chaque nouveau service. Les convives étaient couronnés de fleurs, et l’on voit dans les chansons d’Anacréon combien les peuples de la Grèce aimaient les parfums. surtout celui de la rose. Ils buvaient même leur vin parfumé, ainsi qu’on peut le voir dans Xénophon.
Chez les Juifs, on avait coutume de servir aux convives le meilleur vin au commencement du repas; et lorsque, à force de boire, leur goût était devenu moins délicat, on leur servait du vin d’une qualité bien inférieure.
Chez les Romains , comme aujourd’hui chez ceux de nos amphitryons qui savent vivre, on remettait aux convives, au moment de se mettre à table, le menu du repas, afin qu'ils tinssent en réserve leur appétit pour les mets qui leur plairaient davantage. Varron disait que le nombre des convives ne devait pas être au-dessous de trois ni au-dessus de neuf, Jamais moins que les grâces, jamais plus que les muses, a répété un moderne, On voulait à Rome qu'il y eût sur la table autant de cyathes ou gobelets qu’il y avait de lettres dans le nom de la personne à laquelle on allait boire. Ce n’est qu’à partir des premiers temps de l'empire que les dames romaines , à l'exemple des hommes, mangèrent couchées à table, La coutume de se tenir couché à table remontait à Scipion l’Africain , qui l'avait mise à la mode à son retour d’Afrique, L'usage fréquent des bains, qui affaiblit extrêmement , avait fait préférer cette posture comme plus propre à délasser. On était obligé de se conformer, pour boire, aux lois données par le roi du festin, dont l'élection était décidée, tantôt par la pluralité des voix, tantôt par un coup de dé,
CONVOCATION. C’est une invitation faite à plusieurs personnes pour les rassembler, On disait par exemple la convocation du ban et de l’arrière-ban : c'était par des leltres de convocation que lon invitait les pair s du royaume à venir siéger au parlement. Sous la monarchie constitutionnélle, c'était par des ordonnances de convocation que le roi appelait les deux chambres à se réunir pour leurs {ravaux, et par des lettres de convocation qu'il invilait les membres à se rendre à la séance d'ouverture de la session, nommée séance royale. C’estencore aujourd’hui par des ordonnances de convocation que le chef de l’État autorise la réunion de toutes les assemblées qui sont appelées à fonclionner, administrer ou éclairer le gouvernement sur la marche qu’il doit suivre. Dans une faillite, on convoque les créanciers pour faire opérer la vérification de leurs créances. On convoque également les créanciers hypothécaires d’un immeuble dont le prix est mis endistribution.
CONVOCATION, C’est la dénomination particulière qu’on donne en Angleterre à une assemblée de députés du clergé anglican ayant pour objet de délibérer sur des affaires ecclésiastiques. Cette assemblée, qui se tient à l’époque des cessions du parlement, se compose d’une chambre haute et d’une chambre basse. Dans la première siègent les évêques, et dans la seconde les doyens (deans), les archi-diacres (archdeacons), ainsi que le clergé inférieur, représenté par des fondés de pouvoirs (proclors). La chambre basse élit son président (proloculor), qui convoque les membres en séance, compte les voix et transmet à la chambre haute les résolutions prises. La Convocation a lieu en vertu d’un ordre (wril) royal.
Cette assemblée exerçait autrefois une grande puissance et pouvait être considérée comme un parlement ecclésiastique. 11 n’en fut plus ainsi une fois que Henri VIII se fut constitué chef de l’Église. 11 arracha alors au clergé anglais l'acte de soumission par lequel la Convocation s'engageait à ne plus promulguer aucun canon ni prendre aucune résolution sans l’assentiment de la couronne ; et lorsqu'en 1665 la Convocation eut renoncé en outre au privilége de se taxer elle-même, elle acheva de perdre peu à peu de son importance. La seule compensation que le clergé obtint alors pour la perte du privilége qu'il avait eu précédemment de fixer lui-même le chiffre de ses contributions , ce fut le droit de prendre part aux élections pour Ja ehambre des communes, qu'il n'avait pas jadis. Jusqu'en 1720 cette espèce de parlement continua bien de trainer encore une existence inutile guoique fort agitée de controverses (héo-