COLLIER
ornements des chevaliers, et fut adopté par plusieurs urdres mililaires; cependant, la coutume de donner des colliers aux personnes qu’on estimait ou dont on voulait récompenser la bravoure ne se perdit point. Seulement on les appela chaînes. Louis XI en decora les députés suisses qui lui apportèrent le premier traité signé avec la confédération. Il en donna un du prix de 500 écus à Raoul de Lannoy pour sa conduite au siége de Quesnoy. Depuis, le collier eessa d'être une décoration militaire pour devenir une parure de femme et le signe distinctif de fonctions subalternes.
On appelle le collier d’un ordre, en général, une chaîne d'or émaillé, souvent avec plusieurs chiffres, au bout de laquelle pend une croix ou quelque autre marque distinctive.
Maximilien est le premier des empereurs qui ait mis un collier d'ordre autour de ses armes, lorsqu'il devint chef de l'ordre de la Toison; en France, c’est Louis XI qui le premier ntoura ses armoiries du collier de Pordre qu’il avait institué. Edme HÉREAU.
Collier est encore un cercle de fer, de cuivre, d'argent, de cuir ou de quelque autre matière, qu’on met au cou des esclaves et de quelques animaux, surtout des chiens. Les coiliers de force sont armés de pointes en dedans, pour dresser les chiens d'arrêt. On nomme chien au grand collier celui qui conduit les autres. Proverbialement et figurément chien à grand collier se dit d’un homme qui domine les autres et les entraîne à son opinion. Scarron a dit :
De ces auteurs au grandcollier Qui pensent aller à la gloire Et ne vont que chez lepicier.
Collier signifie aussi la partie du harnais des chevaux de charrette ou de labour qui est faite de hois et rembourrée, et à laquelle les traits sont attachés. Un cheval de collier est un cheval propre à tirer; un cheval franc du collier, un cheval qui tire de lui-même. On dit aussi au figuré étre franc du collier, pour diré être sans reproche, agir franchement en toute chose. Donner un coup de collier, c’est, encore au figuré, faire un nouvel effort pour réussir dans quelqueentreprise., Collier de misère se dit d’un travail pénible qu'on ne peut interrompre que pour le reprendre bientôt.
Ce mot reçoit encore d’autres acceplions : il signifie la corde qui tient le col du verveux (sorte de filet à prendre du poisson), et qui s'arrête au pieu fiché dans l'endroit où on veut le tendre; les pièces de bois posées au-dessus du pan de bois du premier et du second étage d'un moulin à vent, par-devant et par-derrière ; lastragale d’un chapiteau de colonne , taillé en perles, en olives ou en patenôtres; le cercle de fer ou de cuivre qui sert à maintenir par le haut le pivot des vantaux.des portes d’écluse, etc, etc.
En botanique on entend par co/lier (collare, annulus, ligula) une sorte d’enveloppe propre à certains agarics et à quelques bolets. En zoologie on désigne sous ce nom un chapelet de plumes , d’écailles, de callosités, ou de plis de la peau, qui entoure quelquefois le cou des oiseaux ; les longues plumes qui dans certaines espèces pendent de la joue où de la tempe sur les côtés du cou; une bande de couleur tranchante qui se voit au cou de certains mammifères, oiseaux et reptiles; la partie du corps des colimaçons (hélices) qui déborde le pied, lorsque l'animal est rentré dans sa coquille; le segment du corps des insectes qui portent les deux premières pattes; enfin quelques séries transversales de poils qui sont en avant du dos de certains diptères. L. LAURENT,
COLLIER (Ordre du), ordre de chevalerie de l'ancienne république de Venise, dont les titulaires s'appelaient aussi chevaliers de Saint-Marc ou de la Médaille, et n'avaient point de costume ou d’habit particulier, 11s portaient seulement au cou, pour marque distinctive, la chaine que le doge leur donnait en leur conférant l'ordre, et à laquelle
pendait une médaille sur laquelle était l'effigie du lion ailé de la république, tirée du symbole de l'évangéliste saint Mare, son patron.
C’est aussi le premier nom que porta un autre ordre, celui des Lacs d'Amour, institué en 1355, par Amédée, comte de Savoie.
Le père F. Arnould, jacobin , dans un livre intitulé : Znstitution de l’ordre du Collier céleste du Saint-Rosaire (Lyon, 1645), prétend qu’à sa sollicitation la reine Anne d'Autriche, veuve de Louis XIII, institua un ordre qui devait porter ce dernier nom et être composé de cinquante filles dévotes, sous la direction d’une intendante ou supérieure.
COLLIER ( Affaire du). Ce procès, qui mit en émoi la cour de France, le haut clergé, le pape, le collége des cardinaux , et dont les débats retentirent dans toute l’Europe, n’était en réalité qu’une affaire d’escroquerie et de faux en écriture privée. Mais lorsqu'il éclata, les passions politiques se rattachaient à tout. La cour, les parlements, le clergé, la noblesse, les états provinciaux , étaient en hostilité ouverte, et chaque parti se faisait une arme contre ses adversaires de tout ce qui pouvait favoriser ses haïnes ou ses sympathies. Tout est extraordinaire, bizarre, imprévu dans ce litige si scandaleux et si compliqué, à propos d’une riche parure de femme, commandée par Louis XV pour sa dernière favorite. C’est en 1774 que le vieux roi chargea de ce travail les joailliers de la couronne Bohmer et Bassanges. Il leur fallait du temps et des avances considérables pour former une collection qui, par le fini du travail, l’agencement des pièces, la pureté, l'éclat et les dimensions des diamants, fût un chef-d'œuvre de luxe et de richesse. Ils associèrent à leurs travaux et à leur spéculation d'habiles ouvriers et de riches lapidaires. La mort de Louis XV les surprit. L'œuvre état trop avancée pour qu’ils pussent l’abandonner ou la suspendre sans compromettre leur existence commerciale. Ils continuèrent donc dans l'espoir que la parure serait achetée par la nouvelle reine. Mais à la fin de 1784 leurs démarches et celles de leurs co-intéressés n’avaient abouti à rien. Terminée depuis plusieurs années, la parure avait été estimée 1,600,000 fr.
Une femme sans fortune et sans considération la convoitait, non pour s’en parer, mais pour s’en approprier la valeur, Jamais spoliation ne fut conçue et exécutée avec plus d’audace et d'adresse. Voici sommairement les faits établis et prouvés par l’enquête judiciaire qui occupa la grand chambre du parlement pendant plus de huit mois : Le prince Louis, cardinal de Rohan, grand-aumônier de France, était mal vu à la cour ; il avait été pris en élat de concussion flagrante dans l'administration des Quinze-Vingts. Ce procès honteux avait eu un grand retentissement ; la banqueroute récente de Rohan-Guémenée avait achevé de faire tomber la maison de Rohan, naguère si puissante et si considérée, dans la plus désespérante défaveur. La reine Marie-Antoinette croyait, à tort on à raison, que le prince Louis, pendant son ambassade à Vienne, s'était opposé à son mariage avec lhéritier présomptif de la couronne de France (Louis XVI). La position du cardinal de Rohan à la cour était donc insoutenable; il n'avait échappé à l’infamie d’une condamnation pour crime de concussion qu’en acceptant le reproche d'ineptie et de légèreté. Tout retour à la faveur, au pouvoir, lui était interdit, Lui seul pouvait se faire illusion sur son irréparable disgrâce, car il avait toute la crédulité d'un enfant. Des escrocs titrés, ou se donnant pour tels, des intrigants qui avaient préludé dans les brelans et les tripots, spéculaient sur les fantaisies et les défauts de ce grand enfant en soutane rouge.
Me de La Motte, se disant issue de la royale race des Valois par un fils naturel de Henri I, avait surtout pris sur lui un immense ascendant, Elle lui persuada qu’elle était au mieux avec la reine, ct qu'elle avait toute sa confianve,