‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 35 sur 607 · CUL. LIER · texte numérisé non relu

CUL. LIER

Elle flatta Son Éminence d’un prompt retour dans les bonnes grâces de Sa Majesté, et fila son roman avec la plus astucieuse persévérance, Des affidés subalternes la secondaient. Le cardinal était sous le charme de tous les genres de séduction, M de La Motte lui fait entrevoir l'espérance d’affaiblir une prévention injuste, et, enhardie par le succès, n’hésite pas à lui demander, au nom de la reine, d’abord un prèt de 60,000 fr., puis un autre de 100,000. Les deux sommes lui sont remises. Le coup de maître était d’enkver le collier, Des compères insinuent aux joailliers que la tomtesse de La Motte-Valois pourrait leur procurer la vente de leur précieux mais embarrassant chef-d'œuvre. Un premier rendez-vous est obtenu de l’amie, de La confidente intime de S. M. la reine. Refus formel de la dame de se prêter à la moindre proposition; elle n’en parlera pas à S. M. Son mari, sollicité à son tour, promet son intervention. Il accepte des joailliers des cadeaux de quelques mille francs, une montre très-riche d’entourage, un solitaire, etc. La comtesse agira. Une première entrevue avec les joailliers a lieu le 24 décembre 1784. Le cardinal était alors dans son diocèse. A son retour, on lui parle du collier, que la reine désire ardemment, mais que la pénurie du trésor et le système d'économie adopté par le roi ne lui permettent pas d'acheter, Du reste, S. M. est tout à fait revenue sur le compte du cardinal. 11 peut tout attendre désormais de sa reconnaissance , mais la reine ne saurait paraître en rien. Le cardinal seul agira sans intermédiaire avec les joailliers.

Me de La Motte leur annonce la visite du cardinal pour ke 24 janvier 1785, et effectivement le même jour il va voir la parure, et leur dit qu’il est chargé d’en négocier l’acquisition, non pour lui, mais pour une personne qu’il ne peut nommer ; ils auraient lieu d’ailleurs d’être satisfaits des conditions du marché. Après quelques pourparlers chez les joailliers et chez lui, le cardinal conclut l’affaire. Le prix est fixé à 1,600,000, fr., payables en quatretermes égaux de400,000fr., les intérêts non compris, la première échéance au 31 juillet suivant. Les joailliers acceptent les propositions faites. Ils signent le bulletin que le cardinal leur remet le lendemain avec l’acceptation de la reine, signée- Marie-Antoinette de France. Dans ce dernier acte d’un haut drame d’intrigue, Mme de La Motte a toujours été ou censée être l'intermédiaire entre la reine et le cardinal. C’est elle qui a remis à Son Éminence le bulletin des propositions approuvées Marie-Antoinelte de France, et le collier passe le même jour du magasin des joailliers dans les mains du cardinal, et des mains du cardinal dans celles de M°° de La Motte. Elle se croit assurée du succès. Touf s’est passé dans le plus profond mystère entre elle et le cardinal. Ele a six mois devant elle. Mais Bohmer et Bassanges sont brevetés de la reine. Le cardinal est souvent appelé à la cour par les devoirs de sa charge. Un mot à la reine peut révéler toute l'intrigue. Le collier, les bracelets, les girandoles, toutes les pièces de la parure ont été déjà démontées ; le comte de La Motte en a emporté une partie en Angleterre, d’autres sont vendues en France. Un grand changement s’est opéré chez les époux : les vieux meubles de leur maison de Barsur-Aube , ceux de leur logement à Paris, ont été remplacés par des meubles neufs magnifiques; la comtesse a fait venir de Lyon des robes dont une princesse se serait parée 4 elle étincelle de diamants, et quand le cardinal s’enquiert de ce changement de fortune, elle lui répond que le prodige qui l’étonne n'est que l'effet de la générosité de la reine. Mais comment se fait-il que S. M. n’ait point encore porté la fameuse parure? Telle est la question du jour. C’est, répondait-on, que $. M. a résolu de ne s’en parer qu'à Pâques. Plus tard, c’est qu’elle ne veut s’en servir qu'après en avoir payé au moins une forte partie sur ses économies avant d’en parler au roi, Toutes ces raisons étaient bonnes pour le crédule cardimal au moins pendant quelques mois, et M" de

DICT. DE LA CONYERS. — T. y].

La Motte avait disposé une scène nouvelle pour entretenir son illusion,

L'échéance du premier terme de payement approchait. Rien n'était changé dans la conduite de la reine à son égard. Pas un mot,pas un regard, ne lui annonçait le retour des bontés de S. M. La comtesse y suppléait par de petits billets cousolateurs. Enfin, elle annonce un rendez-vous mystérieux. Ce sera le soir, par une belle nuit de juillet. Entre onze heures et minuit, la reine passera sur la terrasse du côté des bosquets , elle donnera au cardinal une rose, heureux gage de l'oubli du passé et d’un plus doux espoir pour l'avenir. Son Éminence est exacte au rendez-vous. Une dame grande et belle paraît : c’est bien la taille et la démarche de la reine. Elle s’avance, le cardinal n'entend que ces mots prononcés à mi-voix : « Vous pouvez espérer que le passé sera oublié. » La rose est présentée , le cardinal la prend et la presse sur son cœur. Il va répondre, mais une voix a crié : « Madame et madame la comtesse d'Artois! » le cardinal s’esquive, ivre de bonheur et de joie. L’habile inirigante qui avait imaginé et dirigé cette scène de mystification, l'avait voulue simple et rapide pour en assurer le succès. Le lieu avait été adroïtement choisi. Un seul personnage en scène : le comte de La Motte l'avait choisi luimême parmi les beautés du Palais-Royal. Son rôle était facile : quelques mots prononcés à voix basse, un sourire et le don d’une fleur. Et, le rideau tombé , la prétendue Marie-Antoinette, qui n’était que la demoiselle Le Guay d’Oliva, M?€ de La Motte, son digne époux, et un sieur Reteaux de Villette, célébraient à table l’heureux succès de la scène de la terrasse. M°° de La Motte ne perdit pas un inétant pour faire disparaître les riches débris du collier et ses complices. D’Oliva et son jeune amant Toussaint Beausire parlirent pour Bruxelles; le chevalier Reteaux de Villetts pour la Suisse, et le comte de La Motte, avec la meilleure partie du butin, pour l’Angleterre. Mme de La Motte seule était restée. Elle n'avait pas attendu la fin de juin pour tenter d'obtenir un délai pour le premier payement. Un billet de la reine annonça au cardinal l’impossibilité de faire les fonds de cette échéance. Mais les joaïlliers ne perdraient rien pour attendre; ils recevraient sous peu 700,000 liv. au lieu de 400,000, et on leur offrait à l'instant 30,000 Liv. pour les intérêts du premier terme. La reine ne pouvait faire plus. Ces 30,000 liv. furent en effet remis au cardinal pur Me de La Motte, et par celui-ci aux joailliers. M°° de La Motte s'était imposé ce sacrifice de 30,000 fr. pour gagner du temps.

On est plus qu'étonné sans doute et du long silence des joailliers et de l’imperturbable crédulité du cardinal pendant cinq mois, Mais comment expliquer le silence de la reine et des ministres depuis le 12 juillet, Ce jour-là. les joailliers. pressés par le cardinal d'adresser à la reine une lettre de remerciement, lui avaient fait parvenir la suivante, écrite Sous sa dictée : « Madame , nous sommes au comble du bon heur d’oser penser que les derniers arrangements qui nous ont été proposés, et auxquels nous nous sommes soumis avec zèle et respect, sont une nouvelle preuve de notre soumission et dévouement aux ordres de Votre Majesté, et nous avons une vraie satisfaction de penser que la plus belle parure de diamants qui existe servira à la plus grande, à Ja meilleure des reines, etc. — BonmEr et BASSANGES. — 12 Juillet 1785. » La lettre arriva à sa destination, car peu de jours après les joailliers eurent une audience de la reine, Cependant, la signature Marie-Antoinette de France, apposée au bas du marché du 1°" février, était fausse. Toutes les pré. tendues lettres de la reine au cardinal étaient fausses. C'éfait un fait démontré. Comment donc se fait-il que ce n’est que le 15 août suivant, jour triplement férié, jour del’As= somption, jour de la fête de la reine, jour anniversaire du vœu de Louis XII, qu’à onze heures et demie du matin le cardinal Louis de Rohan est arrêté au moment où, revêtu de

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