‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 342 sur 607 · CONVULSION — CONVULSIONNAIRES · texte numérisé non relu

CONVULSION — CONVULSIONNAIRES

1727, dans le cimetière Saint-Médard. Une foule immense, des magistrats , des prêtres , de grandes dames, avaient suivi son convoi. Chaque jour le cimetière était encombré de fanatiques, se pressant, se heurtant, pour arriver jusqu'à la tombe du saint diacre. Des paralytiques sortaient en dansant ; des estropiés marchaient d'un pas ferme, après avoïr jeté leurs béquilles; d’autres, couchés sur la tombe sainte, avaient des extases, des convulsions, et prophétisaient. Une enquête publique, impartiale, eût fait justice de ces jongleries. Les ministres et les magistrats ne s’en avisèrent point ; ils laissèrent au contraire le cardinal de Noailles, chef des appelants , tenir registre des miracles quotidiens du cimetière Saint-Médard-et leur prêter un caractère d’authenticité. Ce ne fut qu’un an après l'ouverture de ces scandaleuses représentations, qui n’outrageaient pas moins la religion que le bon sens, que le garde des sceaux Chauvelin écrivit au prélat certificateur des miracles, pour lui faire comprendre, dans les termes les plus respectueux d’ailleurs, qu’il aurait dû, avant d'agir, prendre les ordres de Sa Majesté.

Les gens sensés savaient apprécier à leur juste valeur les miracles de la façon du cardinal-archevêque et des siens. Les hommes de l’art les plus instruits avouaïent bien qu'ils ne pouvaient expliquer le phénomène des convulsions. L'épreuve du feu, des coups de bûche et de l’embrochement confondait leur raison; quoique la cause naturelle du fait leur échappät, ils n’y voyaient pas de miracles. Mais leur silence laissait le champ libre aux charlatans; on s’extasiait partout sur les prétendus miracles. On citait avec admiration la petite Lepère, enfant de sepl ans, qui se donnait des convulsions à volonté; Marguerite Thibaut, Marie Couroneau, Louise Coizin, Louise Hardoin, Françoise Duchesne, etc. Toutes ces femmes, hydropiques ou paralytiques, ou bien couvertes d’ulcères ‘avaient recouvré la santé en se couchant et #rémoussant sur le diacre Paris, sur les précieux restes de sa mortalité. Mille témoins trompés ou trompeurs aftestaient ces prodiges. Malheur à qui aurait osé, par un geste, un mot, protester contre ce honteux charlatanisme ! il eût été hué, accablé de coups, peut-être bien assommé sur place,

Le gouvernement fit fermer le cimetière : une main courageuse écrivit sur la porte ce spirituel distique :

De par le roi, défense à Dieu De faire miracle en ce lieu,

Un poste y fut établi, et chaque jour un sergent des gardes françaises faisait son rapport sur tes personnes qui se présentaient pour entrer. La foule fut alors moins nombreuse; les petites gens s’y montrèrent plus rarement, et les rapports ne signalèrent plus guère que des voitures armoriées, que de nobles seigneurs , de nobles dames, et surtout force prêtres et magistrats. L'un des plus violents adversaires du saint diacre avait jusque alors été le conseiller au parlement Carré de Mongeron, fils de l’intendant de Limoges , homme ruiné de débauches et affectant la plus absolue incrédulité en matière de religion. Sa conversion fut subite, sa dévotion au bienheureux Paris devint une véritable monomanie ; et quand il ne lui fut plus possible d'aller prier au cimetière et d’y prendre note des miracles, il ne désempara plus des gatetrs où opéraient les convulsionnaires, puis de témoin il devint acteur, Du reste, son dévouement lui coûta le reste de sa fortune et la liberté. J1 fut mis à la Bastille, et transféré ensuite dans autre une prison d’État, où il mourut après une captivité de quatorze ans.

Expulsés du cimetière, les convulsionnaires s'étaient réfugiés les uns dans des greniers, d’autres dans les hôtels des seigneurs, des grandes dames et des prêtres qui présidaient à l’œuvre de Dieu. C'était, comme on voit, ajouter le blasphème à la plus stupide crédulite. Les eroyants fournissaient à l'entretien, à tous les frais des Jrères et des sœurs. Ce ne furent d’abord que de simples prières, de simples tremblements, les petits prodiges du cimetière, Mais bientôt

Page 1