‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 343 sur 607 · CONVULSIONNAIRES — COOK · texte numérisé non relu

CONVULSIONNAIRES — COOK

on ne se borna pas, dit l'abbé Duvernet dans son Histoire de la Sorbonne, à trembler, à se tordre les membres pour guérir ; on subatitua aux prières la flagellation et les coups. « A force de s'exercer, les convulsionnaires parvinrent à soutenir l'épreuve du feu, de la croix, des coups de bûche et de la barre de fer. » Ces cruelles épreuves, c'est ce qu’on appelait l'œuvre des convulsions ou l'exercice du chenet, du caillou et de la broche. Les coups n'étaient plus que le secours ou le capital de l'œuvre; de jeunes filles , dites prophétesses, étaient dressées à ces exercices, c'est-à-dire à demander ou à soutenir les secours humains : et les hommes ne manquèrent jamais pour les administrer, On les nommait frères. Ils ne pouvaient refuser les secours sans pécher grièvemeut contre la charité. Les secours étaient de deux degrés, les grands et les petits. Pour les premiers on employait le chenet, la bûche, la broche et le bâton. La sœur secourue restait impassible sous les coups vigoureux qu'on lui assénait. « Frappez, frappez, s’écriait-elle, frappez plus fort! Au nom de Dieu, redoublez vos secours ! » La plus fameuse dans ce genre d’exercice était Marie Sonnet, surnommée la sœur au jeu, ou la salamandre. Elte faisait merveille dans tous les exercices des premiers secours. On la plaçait sur un brasier ardent, et quand le feu conunençait à s’éteindre, elle criait : Sucre d'orge! Or, sucre d'orge était un énorme bâton pointu. En sortant du feu, elle ployait son corps en arc, le ventreen l’ar, les reins portant sur la pointe de ce bâton. Une fois placée, elle criait, biscuit ! biscuit ! Etune pierre de cinquante livres, attachée et soutenue en l'air par une poulie, tombait de tout son poids sur sa poitrine. On relevait la pierre au moyen de la poulie à Iaquelle elle était attachée, et on ne cessait cette manœuvre que lorsqde !2 sœur cessaît de crier : Sucre d'orge!

L'exercice de la broche n'était pas moins étonnant ; mais notre exactitude est obligée de s’arrêter devant une description et des détails dont la plume la plus habile ne saurait déguiser l’obscénité.

Les jésuites attaquèrent ces miracles dans de graves dissertations. Chaque opinion était corroborée de consultations de médecins, de chirurgiens et d’apothicaires. En vain les gens d'esprit chansonnaient les miracles et les thaumaturges, les docteurs en médecine et la faculté par dessus le marché. Les confréries de convulsionnaires se multipliaient malgré la police et les lettres de cachet. Les prisons étaient encombrées. D’Alembert avait conseillé à d’Argenson, lieutenant général de police, de faire jouer les nouveaux miracles sur les théâtres des boulevards. Ce magistrat était fort tenté de le faire; mais il craignit de blesser ainsi les dévotes de la cour et de la ville. Les convulsionnaires, qui comptaient beaucoup d’amis dans le parlement, en vinrent jusqu’à solliciter une enquête judiciaire; mais la grand’chambre refusa, et fit bien. Le conseiller Carré de Montgeron, dont nous parlions tout à l'heure, composa à ce sujet un factum qu'il intitula : Histoire des Convulsions, et osa se rendre à Versailles, en robe rouge, pour présenter cet ouvrage au roi. C’est un livre très-extravagant, mais fort curieux ; l’auteur y a inséré une foule de procès-verbaux et de témoignages relatifs à l’authenticité des prétendus miracles des secouristes.

Dodart , de l’Académie des Sciences, avait entrepris, avec succès , d'expliquer les causes naturelles des prétendus miracles; il cita beaucoup de faits : sa lettre, insérée dans le Journal des Savants, produisit la plus vive impression.

L'histoire de tous les temps offre de nombreux exemples d'hommes incombustibles. Qui ne sait que les saladores et les santiguadores d'Espagne, espèce d'hidalgos qui se prétendent incombustibles par un privilége de naissance, à titre de descendants de sainte Catherine, vierge et martyre, se lavent les mains avec du plomb en fusion, jouent impunément avec des barres de fer chauffées à blanc? Mais qui ne sait aussi que ce sont là des tours de haute prestidigitation ?

On n’oserait sans doute pas aujourd'hui, dans notre France, renouveler les épreuves du feu, et tant d’autres tours de passe-passe des anciens temps qui réussissaient toujours si bien, parce que le peuple était alors ignorant et crédule et qu’à cet égard tout le monde était peuple. Cependant: ne nous enorgueillissons pas trop, et rappelons-nous qu’en ce moment même où il est de bon ton de ne plus croire en Dieu, on wncontre partout des fanatiques du magnétisme animal, des imbéciles parfaitement convaincus queM. A/exis et tant d’autres jongleurs ejusdem farinæ possèdent le pouvoir de lire, en dormant, dans le passé, le présent et l'avenir.

Les jongleries des convulsionnaires prirent fin lorsque D’Alemhert et Diderot commencèrent l'Encyclopédie.

Durey ( de l'Yonne }).

COOBLIGÉ, celui qui est obligé avec une ou plusieurs autres personnes dans un contrat, dans uneobligation.

COOR (James), né dans le comté d’York, au village de Marton, le 27 octobre 1728, est l’un de ces hommes que la Providence semble n'avoir fait naître dans l’une des classes condamnées par le sort à la pauvreté et à l'ignorance, que pour faire mieux éclater la puissance du génie. Son père, honnête cultivateur cliargé de neuf enfants, lui fit dès l’âge de treize ans contracter un engagement de sept années, à bord d'un bâtiment employé au transport des charbons de Newcastle à Londres. Ces sept années d’apprentissage passées à aller et venir incessamment de l’un de ces ports à l’autre, James Cook les employa à s'initier à la pratique de tous les détails de l’art de la navigation, depuis les humbles fonctions Ge mousse, par lesquelles il débuta; et elles firent de lui un matelot consommé. A l’école de son village, toute l'instruction qu'on lui avait donnée s'était bornée à la lecture et à l'écriture; mais une foïs parvenu aux fonctions de contre-maître, James Cook consacra ses épargnes à acheter les livres nécessaires pour se donner à lui-même l'instruction qui lui manquait encore, et à prendre des leçons de navigation et d’hy‘rographie.

Après avoir visité Pétersbourg, les ports dela Baltique et dela Norvège, Cook, qui d’un instant à l’autre pouvait étre pressé, s’enrôla volontairement, lors de la guerre de 1755 entre la France et l'Angleterre, à bord d’un vaisseau de l'État, l Eagle, commandé par le capitaine Palliser, qui, satisfait de sa conduite et de son service, lui fit obtenir en 1759 une commission de maitre d'équipage (master) à bord du Mercury, l’un des bâtiments aux ordres de lord Saunders. Cook accompagna cet amiral au Canada, où, placé sous les ordres du général Wolf, il assista au siége de Québec. II y fut chargé de deux opérations importantes, qu’il exécuta avec un plein succès : le sondage du canal situé au nord de l'île d'Orléans, dont il leva le plan, et la reconnaissance du cours du Saint-Laurent, dont il dressa la carte avec tant d’exactitude que ce document est resté le seul que consultent encore les navigateurs. Ce fait était d'autant plus remarquable que jamais encore Cook n’avait appris à dessiner, Cook passa ensuite aver le même grade sur le Northumberland. C’est alors qu’au milieu des travaux et des difficultés de sa vie de marin, il se livra seul à l'étude de la géométrie et de l’astronomie, et qu’il parvint à acquérir les connaissances dont il donna plus fard tant de preuves dans les entreprises qui ont immortalisé son nom.

En 1769, il contribua à la prise de Terre-Neuve, et mérita, dans le cours de cette campagne, d’être remarqué par l'amiral Graves. Après un court séjour en Angleterre, pendant lequel il se maria, Cook repartit avec l'amiral Graves pour Terre-Neuve. Cette fois il avait le titre d'ingénieur hydro: graphe, et, après avoir levé le plan de Saint-Pierre et de Miquelon, il retourna de nouveau en Angleterre. De 1764 à 1767 il fut encore une fois employé à la station de Terre- Neuve et du Labrador, où il leva plusieurs cartes et plans. C’est de cette époque de sa vie que date un mémoire sur une éclipse de soleil qu’il avait eu occasion d'observer à Terro-

Page 1