COOK — COOPER
COOK (Archipel de), désigné aussi sous le nom d’archipel Mangia, et plusrécemment sous celui d’Iles Harvey, groupe d’iles dépendant de l'Australie, visité par Cook en 1777, et situé dans le grand Océan, par 214° 19° et 219° 38 de lat. orient. et par 18° 4° et 21° 57° de lat, mérid. Il se compose d’iles de corail, basses et entourées de récifs, de sorte que, pour peu quela mer soit houleuse, on ne peut guère y aborder qu'avec des barques. L'eau est d’une rareté extrême dans la plupart d’entre elles. On n’en trouve pas d’autre que celle de quelques rares étangs ou ruisseaux ; aussi est-on obligé de suppléer au manque d’eau potable par le lait de noix de coco. Indépendamment des palmiers à cocos, on y rencontre encore l'arbre à pain, le pisang et autres produits des îles de la Société. On évalue la superficie totale de ces différentes iles à 30 myriamètres carrés, La population ne s'élève guère aujourd’hui qu’à 15,000 têtes, parce que depuis Cook elle a été en partie anéantie par des guerres intérieures, Les habitants sont des Malais-Polynésiens, de la même race que ceux des îles de la Société et des Amis ; ils excellent dans différents genres d'industrie, et ont été convertis au christianisme par des missionnaires européens. Les plus grandes Îles de cet archipel sont Manaïa (Mangia) et Watin, puis Mahowara, les iles Harvey,Okakoudaïia, Whitoutaki, Raratonga, Mittimo, Palmerston, Hagemeister, Waterland et Souvarof. Consulter Williams, À Narralive of Missionnary Enterprises in the South-Sea Islands (Londres, 1840).
COORK (Détroit de). Voyez BeriG (Détroit de).
COOLIES. Voyez CouLies.
COOPER (Sir AsTLex PASTON), est le plus célèbre chirurgien qu’ait eu lPAngleterre dans la première moitié du dix-neuvième siècle. Il naquit à Brooke, dans le comté de Norfolk, le 28 août 1768 , et il reçut de son père, ministre du lieu, les enseignements élémentaires. Peut-être n’est-il pas inutile de remarquer que Cooper eut pour mère une femme de mérite. Recueïllie, tendre et lettrée, M®° Cooper, comme pour mieux guider son zèle maternel, voulut se créer un type idéal, en composant un roman intitulé Za Mère modèle, et il y a lieu de croire que la réalité en elle surpassait la fiction. Le jeune Astiey demeura à Brooke jusqu’à l’âge de quatorze ans, et il ne quitta le lieu natal que pour habiter Yarmouth avec sa famille. C’est là qu'il fit quelques études classiques, qui sans doute furent incomplètes, puisqu’à quinze ans on le plaçait comme élève chez un M. Turner, chirurgien-apothicaire de la ville. Il wy resta qu’un an. Un peu plus tard, en 1784, il vint à Londres pour continuer ses études sous les auspices de son oncle, M. W. Cooper, chirurgien de l'hôpital de Guy. Toutefois, et sans qu’on en sache la cause, qui n’était pent-être qu'un goût prononcé pour l’indépendance, Astley quitta son parent pour s’attacher à M. Cline, alors chirurgien de l'hôpital Saint-Thomas. C’est sous la direction de ce digne praticien que Cooper poursuivit avec une ardeur peu commune ses études durant trois années, c’est-à-dire jusqu’en 1787, époque où il fit un voyage universitaire à Édimbourg.
À son retour à Londres, on le chargea de démontrer l’anatomie, et plus tard on l’adjoignit à M. Cline comme professeur de chirurgie. 11 devint bientôt le principal professeur de l'hôpital Saint-Thomas ; et comme tout se paye en Angleterre, Cooper, avec ses quatre cents disciples, réunit aussitôt tous les éléments solides d’un vrai succès : la réputation et les premiers fondements d’une existence presque opulente. Ce n’est pas que Cooper füt éloquent ni qu’il affichât aucune prétention au talent de la parole, genre d'affectation dont les Anglais sont plus sobres que nous ; mais il professait avec une simplicité franche et facile, qui n’élait pas sans charme, ]1 se maria en 1791, avec une parente de son respectable maître, M. Cline, et vint en 1792 à Paris, où il assista aux leçors très-courues de Desanlt et de Chopart. Cooper n’a jamais interrompu ses cours depuis 1788 Jusqu'en 1826. Loin de se rebuter aux fatigues renaissantes
de sa profession, il professa Fanatomie comparée au collége des chirurgiens de Londres, et accepta les fonctions de membre du conseil des examinateurs aux réceptions. Georges IV, dès 1827, l'avait choisi pour chirurgien ordinaire (sergentsurgeon). Le même roi, six ans auparavant, lui avait conféré le titre de baronnet. Guillaume IV et la reine Victoria l'honorèrent également de leur confiance. Le jour même où il fétait la cinquantième année de sa réception, la reine Victoria, qui venait d’hériter du trône, lui envoya gracieusement le brevet qui l'instituait son premier chirurgien.
Tous ceux qui ont connu Cooper ont parlé de son habileté avec enthousiasme, et avec une profonde estime de son instruction, de sa sagacité, de son dévouement et de sa prudence. Dupu ytren, lui-même, qui était allé à Londres tout exprès pour le voir, et qui le reçnt à Paris avec un empressement extraordinaire, ne parlait jamais de lui qu'avec déférence. Il est vrai que Cooper était étranger, et plus âgé que lui de neuf années, deux causes qui pour Dupuytren pouvaient motiver ces élans de justice. Cooper ne fut pas seulement estimé comme opérateur, il fut de même remarqué comme pathologiste, comme auteur et comme homme. Attentif, adroit, sensé, prudent et discret surtout, impartial et bienveillant, sans envie , ilne permit jamais à la vanité d’entraver aucun de ses devoirs essentiels. Sans doute il eut comme chirurgien ses moments de témérité : il fut le premier à lier l'artère carotide primitive, qui porte le sang à la tête, et l'artère aorte, où circule tout le sang du corps; aucune de ces opérations extraordinaires ne réussit entre ses mains, mais que d'efforts il fit pour les rendre heureuses! Membre de la Société Royale de Londres et de l’Institut de France, sa renommée était immense, et ses élèves la répandirent en beaucoup de contrées. Sa fortune fut au niveau de sa célébrité et de ses talents. Ses honoraires annuels se sont élevés jusqu’à la somme de 21,000 guinées (525,000 fr.), et ils étaient habituellement de 15,000 livr. sterl. (375,000 fr.), ce qui n’est arrivé qu’une seule année à Dupuytren. Or, comme Cooper a pratiqué son art pendant quarante-huit ans pleins , on conçoit qu'il a pu laisser une fortune de 10 à 12 millions amplement, tout en pourvoyant aux dépenses et aux caprices d’une existence opulente et généreuse. Il faisait de sa fortune un magnifique usage, dont témoignèrent plusieurs arts et de nombreux artistes que sa générosité défrayait. Une telle affluence de malades assiégeait journellement sa maison, qu’un de ses valets gagna, dit-on, 1,000 livres st. (25,000 fr.) dans une seule année, au moyen des tours de faveur qu'il accordait à des clients qui se résignaient à escompter une trop longue attente. Le prix de quelques opérations de sir Cooper fut d’un chiffre tellement élevé qu’on le croirait fabuleux.
Cooper est mort sans descendants, quoique s’étant marie deux fois. Ce grand chirurgien n’a guère publié que des mémoires et des monographies, opuscules que MM. Chassaignac et Richelot ont pris soin de réunir pour la première fois dans la fidèle traduction qu’ils en ont donnée (Paris, 1835). C’est l'ouvrage de chirurgie où l’on rencontre le plus de faits et le moins de théorie. On y compte jusqu’à cinq cent soixante observations inédites, qui toutes sont racontées de la manière la plus judicieuse. Jai parlé de la discrétion de sir Astley, non de celle du praticien : ce devoir, imposé sous serment et prescrit par Hippocrate comme par les lois, aucun médecin n’y déroge. Mais comme auteur Cooper se montre constamment d’une réserve impénétrable. S'il fait l'histoire d’une infirmité, il tait prudemment le nom de ses malades, les eût-il traités à l'hôpital. Jamais on ne l'entend révéler l'erreur d’un confrère, si ce confrère ne l'y a expressément autorisé. Si Dupuytrense troubla au chevet du ducde Berry mourant, Cooper eut de même un moment d'incertitude et d'émotion le jour où il fut mandé près de Georges IV pour extirper du cränede ce roi une petite loupe sans malignité ni conséquence.
On dit même qu'il était près de s’évanouir quand lord Liverpool , s’approchant de lui, lui dit bien bas : « Courage, “sir Astley! Cette chétive opération exécutée d’une main tremblante peut perdre le premier chirurgien du siècle. »
Astley Cooper mourut à Londres, le 15 février 1841, à
l’âge de soixante-treize ans. Il succomba, comme Dupuy- |’
“tren, à la maladie des chirurgiens, je veux dire à une hydro- ‘pisie de poitrine. Ce genre d’épanchement est en effer presque toujours engendré par une affection du cœur; résultat bien naturel de ces renaissantes émotions que doit ressentir tout honnête homme qui sur un coup de bistouri joue la mort ou la vie de ses pareils. D° Isidore BourDoN.
COOPER (James-FENIMORE), célèbre romancier américain, celui des écrivains des deux mondes qui a suivi de plus près les traces de Walter Scott, sans lui ressembler toutefois, avec son caractère et sa physionomie propres, naquit le 15 septembre 1789, à Burlington, dans l’État de New-Jersey. Après avoir appris dans la maison paternelle les premiers rudiments des sciences, il fut placé en 1802 au collége d'Yale à Newhaven, où il n’annonça nullement des dispositions remarquables; et en 1805, n'ayant pas encore tout à fait accompli sa seizième année, il entra dans la marine en qualité de midshipman, par esprit d'avenftures autant que par goût pour la vie du marin. Il y a tout lieu de penser que les vives impressions qu’il reçut alors ne furent pas sans influence sur le choix de plusieurs sujets qu'il traita plus tard; et que dans ses courses maritimes, dans la pratique de la vie de vaisseau, il recueillit les éléments et les riches couleurs dont un jour il devait largement empreindre ses tableaux, et ce pittoresque vrai et saisissant, parfois si grandiose, qu'il a répandu dans un grand nombre de ses compositions. Familiarisé pour ainsi dire dès son enfance avec l'Océan, nul mieux que lui n’en a peint avec plus de vérité et d'énergie les sublimes effets et les mille aspects diversement pittoresques. C'est là un de ses plus grands mérites : l'Océan et ses pompes, ses terribles retours, la vie du marin aux prises avec l’élément qu’il aime et qui le menace incessamment ; l'homme et la mer dans l'infinie variété de leurs rapports, voilà ce que Cooper a su rendre admirablement.
En 1810 il abandonna le service de mer; peu de temps après, il se maria, et s'établit, d’abord provisoirement à Winchester près de New-York, puis d'une manière fixe et durable à Cooperstown, charmant domaine appartenant à son père et situé sur les bords du lac d’Otségo. Des raisons de santé l’ayant engagé à entreprendre un voyage en Europe en 1826, après un court séjour en Angjeterre, il alla remplir à Lyon jusqu’en 1829 les fonctions de consul des États-Unis. Plus tard, il se rendit à Dresde; et après avoir parcouru la Suisse et l'Italie, il était de retour aux États-Unis en 1831.
Son premier roman Precaulion (New-York, 1521) n'est guère connu de ce côté-ci de l’Aflantique, et ne semblait pas promettre ce que l'habile écrivain a tenu depuis. Dès la même année il faisait paraître The Spy (V Espion); la guerre de l'indépendance et le patriotisme de ce temps d’héroïques efforts y sont retracés sans exagération, mais aussi avec une touche vive et un peu âpre par endroits, qui convient à merveille à la peinture de cette glorieuse époque. La grande figure de Washington, qui domine le fond du tableau, y apparaît avec toutes les éminentes qualités du héros américain, Harvey Birch, l’espion, n’est pas une figure de moindre mérite : c’est peut-être la plus dramatique création de Cooper ; car Harvey Birch n’a pas fait seulement à son pays le sacrifice de sa vie : né avec de hautes facultés, un cœur généreux et chaud, l'instinct des nobles choses, il se résout pour sa patrie à la perte de son honneur; il consent à être la plus basse et la plus vile chose de ce monde, espion. Le mot dit tout. Et en lui-même cependant, lorsqu'il considère à quel but il tend par l'exercice de son métier infâme, cet