COQ
manger ne soit que le second... Le coq a beaucoup de soin et rême d'inquiétude et de souci pour ses poules : il ne les perd guère de vue; il les conduit, les défend, les menace, va chercher celles qui s’écartent, les ramène, et ne se livre au plaisir de manger que lorsqu'il les voit toutes manger autour de lui. À juger par les différentes inflexions de sa voix et par les différentes expressions de sa mine, on ne peut guère douter qu’il ne leur parle différents langages. Quand il les perd, il donne des signes de regret. Quoique aussi jaloux qu'amoureux, il n’en maltraite aucune; sa jalousie ne Pirrite que contre ses concurrents : s’il se présente un autre coq, sans lui donner le temps de rien entreprendre, il accourt, l'œil en feu, les plumes hérissées, se jette sur son rival, et lui livre un combat opiniâtre, jusqu’à ce que l’un ou l’autre succombe, ou que le nouveau venu lui cède le champ de bataille. Le désir de jouir, toujours trop violent, le porte non-seulement à écarter tout rival, mais même tout obstacle innocent : il bat et tue quelquefois les poussins pour jouir plus à son aise de la mère. »
Châtré, le coq devient chapon, et sa chair est alors fort prisée des gourmets.
On connaît aujourd’hui plusieurs espèces de cogs sauvages. Le voyageur Sonnerat en a décrit une qui a conservé son nom, le gallus Sonneratii. Elle est fort remarquable par les plumes du cou du mâle, dont les tiges s’élargissent par le bas en trois disques successifs de matière cornée. La erête du mâle est dentelée. Cette espèce se trouve dans les montagnes des Gates de l’Indostan. On a longtemps cru qu’elle était la souche de nos races domestiques; maïs Temminck à démontré que cette prérogative appartient au gallus bankiva, rapporté de Java par Leschenault de Latour, et caractérisé par sa crête dentelée et son cou garni dans le mâle de longues plumes tombantes, du plus beau roux doré. Une autre espèce, également rapportée de Java par Leschenault , est noire, à cou vert cuivré, maillé de noir; elle a la crête sans dentelures, et sous la gorge un petit fanon sans barbillons latéraux. DÉMEZIL.
L'emploi du cog comme symbole remonte à une haute antiquité. Les Dardaniens le plaçaient sur leurs enseignes militaires pour annoncer que, comme l'oiseau belliqueux des joùtes, ils étaient résolus à vaincre ou à périr dans les combats. Hardouin cite une médaille à l’effigie de Géta, sur laquelle les Dardaniens avaient fait représenter deux coqs se livrant bataille. Les Grecs avaient consacré cet oiseau au dieu Mars, à Bellone, à Minerve et à Mercure. Pausanias l’a xu surmontant le casque de la déesse de la sagesse dans la citadelle d’Elis. Les Romains, comme les Grecs et les habitants de Pergame, et quelques peuples modernes, se donnaient le spectacle des joûtes où ce généreux oiseau combat jusqu’à la mort avec une noblesse, une intrépidité et une fierté admirables (Voyez ALECTRIONON. )
On immolait le coq à la déesse de la nuit, sans doute parce qu’il troublait son repos en signalant dès les premières lueurs l'apparition du jour. Ovide dit :
Nocte deæ Nocti cristatus cæditur ales, Quod tepidum vigili provocat ore diem,
Chez les chrétiens, le coq joue aussi son rôle. Il rappela à son devoir, chez le grand prêtre Caïphe, l'apôtre Pierre, qui venait de renier son maitre par trois fois consécutives. Raynier assure que le coq placé sur nosiclochers désigne le docteur toujours prêt à instruire le peuple. Suivant Honoré d’Autun, qui vivait au commencement du douzième siècle, le coq doit avertir le prêtre ( qui est le coq de Dieu ) de se servir du son de la cloche pour appeler à matines ceux que retiendrait le sommeil dans les bras de la mollesse,
Nous ignorons où La Combe de Prezel, écrivain fort superfciel et très-inexact, a pu trouver que « les Gaulois avaient pris le coq dans leurs enseignes ». Le coq, choisi pour emblème des Français, est beaucoup plus récent que
DICT. DE LA CONVERS, — T. VI
l'existence politique des Gaulois, Son emploi dans le sens symbolique ne remonte qu’à l’époque de l'invention du blason et des armes parlantes : c’est l'effet d’un pur jeu de mots qui provient de la ressemblance des mots latins gallus, coq, et Gallus, Gaulois, puis Français. Toutefois, le choix de cet emblème nous semblait bien trouvé. En effet, le coq, ainsi que le Français, est sociable, intrépide, beau, galant, et doué d’une voix sonore et brillante. Certes, Passerat ew raison de dire :
Hic idem invictis populis mavortius ales Præclarumque simul tribuit tibi, Gallia, nomen,
Nos naturalistes le représentent comme ayant une démarche fière, comme offrant un modèle d’ardeur amoureuse. On voit le coq dans quelques vieux emblèmes où la défaite des ennemis de la France est figurée par le lion de Castille ou l'aigle autrichienne fuyant devant l'oiseau français.
Comme il n’avait jamais cessé de figurer la France, on le conserva après la révolution de 1789 sur quelques-unes de nos monnaies métalliques et sur quelques assignats. 11 n’avait rien d’aristocratique ni de républicain, il représentait seulement la France. Ainsi, M. Pelet ( de la Lozère ) a eu tort de dire dans son ouvrage intitulé Opinions de Napoléon, qu’on agita au conseil d’État la question de savoir par quel emblème on remplacerait le cog républicain sur le sceau de l'État. Il nous apprend qu’on proposa l'éléphant, puis le lion, et que Denon indiqua l’aigle. Assurément ce ne fut que pour compléter par un nouveau plagiat la continuelle parodie des Romains que Napoléon, qui leur avait emprunté les dénominations de sénat, questeurs, préfets, vélites, consul, tribuns, sénatus-consultes, plébiscites, comices, etc., substitua au coq français , beau, brave et galant , le hideux et sauvage oiseau de proie qui assimilait nos enseignes à cet aigle dont les deux têtes inspirèrent à l’Italien Alaranni ces beaux Vers :
Aquila grifagna Che per divorar due becchi porta;
que l’on peut traduire ainsi :
C'est pour mieux dévorer que cette aigle affamée Est de serres pourvue et de deux becs armée,
En effet, l'oiseau de proie n’a en sa faveur que la force; sauvage et solitaire, jetant un cri effrayant et lamentable, il joint un aspect dur à des formes désagréables et à une hideuse couleur; il ne se désaltère guère qu'avec du sang, ne connaît que très-rarement les plaisirs de l'amour, et témoigne par le volume considérable de son fiel qu’il ne sait que haïr et massacrer. Le coq combat noblement et n’attend pas de la victoire la pâture du carnage. Aussi, ses duels chevaleresques plaisaient beaucoup, dans l’antiquité, aux Athéniens, aux Rhodiens, aux citoyens de Pergame, et de nos jours font les délices des Chinois et des Anglais (voyez coqs | Combats de |). Thémistocle lui-même allant combattre les Perses citait à ses soldats, comme un modèle qu’ils étaient dignes d’imiter, le courage indomptable du coq et sa beauté dans le péril des batailles : car chez les anciens on mettait une sorte de coquetterie à se montrer beau dans la bataille et à succomber sous la mort avec grâce et noblesse. Aussi avions-nous dû voir avec une patriotique satisfaction notre ancien coq reprendre sa place en 1830, appeler partout la vigilance dont il est le symbole, caractériser l’intrépidité qui lui est familière, et mériter ainsi d’être l'emblème d’un peuple généreux et libre, Louis Du Bors.
Le coq, que les Gaulois, a-t-on dit, avaient pris pour emblème, à cause de l’analogie de son nom latin ( gallus) avec le leur, est le symbole général du courage, de l’activité et de la vigilance. Selon la Fable, un jeune confident des amours de Mars et de Vénus, nommé Alectryon, ayant reçu du dieu de la guerre la mission de veiller pour empêcher
que ces amants heureux ne fussent surpris, s’endormit, en so:te qu’ils furent aperçus par le dieu du jour, qui les déuonça à Vulcain. Celui-ci, type de tous les maris indiscrets et imprudents, les enveloppa d'un filet et les donna ainsi en spectacle à tous les dieux, qui rirent encore plus sans doute de l'infortune du pauvre Vulcain. Néanmoins, Mars, irrité de la négligence d’Alectryon, le métamorphosa en coq. C’est pour cela, dit-on, que cet oiseau, se souvenant de la faute d’Alectryon, ne manque plus d’annoncer chaque jour par son chant le retour du soleil. Les anciens immolaient le coq aux dieux Lares et à Priape. C’était aussi la victime du sacrifice offert à Esculape lorsqu'on guérissait d’une maladie par son intervention. Enfin, les statues de Bacchus le montrent quelquefois avec un coq à ses pieds, parce qu’on lui sacrifiait cet oiseau pour la conservation de la vigne.
Cog, dans le sens figuré, se dit du chef, du seigneur, du maître, du premier en titre ou en considération d’un lieu quelconque, principalement d’une paroisse ou d’un village. Hauteroche fait dire à un de ses personnages parlant d’un autre, dans une de ses comédies :
Il est le eog du bourg, connu pour un Crésus,
On dit proverbialement : mauvaise maison où le cog se tait et la poule chante, pour dire que tout ménage où la femme est la maîtresse est un mauvais ménage. On ditencore, en faisant allusion aux soins amoureux que le sérail d’un coq exige de cet oiseau, que bon cog ne fut jamais gras. Ondit enfin, proverbialement et familièranent, d’un homme qui vit fort commodément, fort à son aise dans un lieu quelconque, qui est entouré de soins, et auquel surtout on fait faire bonne chère, qu'il y est comme un coq en pâte.
Les serruriers appellent cog, dans uneserrure, lapartiedans . laquelle se ferme le pêne ou la gachette. En termes d’horlogerie, le cog est, dans les pendules, une sorte de pièce de laiton attachée sur la platine de derrière, et qui sert à suspendre le pendule; dans les montres, c’est une petite platine qui couvre le balancier. Edme HÉREAU.
COQ (1Ichthyologie), nom vulgaire d’un poisson du genre zée, le zeus gallus. Celui que l’on appelle cog doré est le zeus vomer.
COQ ( Paléontologie ), coquille fossile du geure des térébratules. On la nomme plus communément poule ou poulette,
COQ (Marine). Cest le nom sous lequel on désigne à bord d’un grand navire le cuisinier de l’équipage, On sait que nous avons emprunté la plupart de nos termes de marine à la première puissance maritime du globe, à l'Angleterre ; et les érudits en ont conclu que nous lui étions redevables du mot kock (cuisinier de bord ); mais les Latins, bien des siècles auparavant, appelaient un cuisinier coquus ; c'était le titre que prenait l’élégant cordon-bleu de Lucullus, et c’est celui dont toutes les marines ont affublé d’un commun accord le sale fonctionnaire qui prépare le manger d’un équipage. Sur les petits navires marchands, où les matelots sont peu nombreux, le cuisinier des officiers n’est autre que le vulgaire coq ; mais ce cumul ne sauraitexister à bord des vaisseaux de guerre, où la hiérarchie divise le personnel en plusieurs tables, dont chacune a son cuisinier. L'équipage a aussi le sien, et c’est le cog.
Le coq a son rôle à part dans le pêle-mêle d’un bâtiment de l'État, Ce n’est pas un matelot qu’on affecte au service de la cuisine : on trouverait difficilementun marin qui se résignât à cette condition ; il n'est pas inscrit sur le rôle de l'équipage, et, comme le cambusier, il ne relève que du fournisseur des vivres de la marine, Mais il a beaucoup navigué, C’est même une condition essentielle de sa spécialité; on exige plus de lui l'habitude des bords que de grands talents culinaires , qui se bornent ordinairement à faire cuire du lard ou du bœuf salé dans une immense chaudière, à préparer une bouillie de biscuit, qu’il décore du nom bizarre de furlutine,