‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 372 sur 607 · CORAN — CORBEAU · texte numérisé non relu

CORAN — CORBEAU

injures; il promet aux fidèles croyants des récompenses dans un autre monde. Cette morale est visiblement tirée de l'Évangile et de la Bible, dont plusieurs prêtres chrétiens et rabbins juifs avaient donné connaissance à Mahomet (Consultez une dissertation de Geiger intitulée : Sur Les sources judaïques du Coran [en allemand , Bonn, 1832 |).

Sans doute quelques passages sublimes se trouvent dans le Coran ; mais pour les découvrir il faut dévorer bien de l'ennui, et au total ce livre ne répond point à la haute idée qu’en ont les dévots musulmans, et ne justifie nullement l'admiration qu’il a inspirée à quelques écrivains européens qui en ont lu à peine quelques pages. Le chapitre qui contient le voyage miraculeux de Mahomet de la Mecque à Jérusalem, et son ascension nocturne au ciel; d’autres prodiges, tels que les secours qu’il recevait du Très-Haut dans divers combats; la lune qui se fendait à sa voix; les arbres et les rochers qui s’inclinaient pour le saluer; la toile d’araignée qui l'avait dérohé aux poursuites de ses ennemis, en couvrant subitement l'entrée d’une caverne où il s'était réfugié ; bien d’autres miracles non moins invraisemblahles, que cet habile législateur n’a pas supposés, mais qu’il a laissé propager par quelques disciples enthousiastes parmi les classes ignorantes et crédules, déparent le Coran. Comment d’ailleurs reconnaître la divine origine d’un livre dans les chapitres où l’auteur a bien réellement feint des révélations célestes pour pallier Je scandale de son incontinence, pour autoriser ses divorces et ses mariages adultères, pour couvrir les turpitudes de sa famille? Et faut-il s'étonner que

a sainteté de ce livre ait trouvé des incrédules et produit des hérésies? Elle fut ouvertement attaquée, l'an 740, sous le khalifat de Hescham, par Djeab-Ibn-Dirhem, qui rejetait l’opinioa générale que le Coran était éternel et incréé. Cette hérésie, étouffée dans le sang de son auteur et d’une foule de ses adhérents, reparut en 826; et pour y mettre fin en 842, il fallut que le khalife Haroun Il, Al-Wathek, non pas reconnût l'éternité et la divinité du Coran, mais défendit de jamais rechercher la nature de ce livre, puisque le législateur lui-même avait gardé sur ce point un silence respectueux. Le schisme fut réveillé dans les siècles postérieurs, et donna naissance à plusieurs hérésies (voyez Car- MATHES, CHyitEs et WAUHABITES) en Perse, dans l’Inde et.en Arabic. :

Le-Coran est l’objet des hommages de tout zélé mahométan. On l'enseigne dans les écoles avec les commentaires. On n’y touche jamais sans être en état de pureté légale, sans le baiser et le porter au front, avec respect et dévotion. On prête serment sur le Coran devant les tribunaux. Les musulmans se font un devoir d’en apprendre par cœur et d’en réciter souvent des versets et des chapitres. Ceux qui le savent en entier le récitent tous les quarante jours, et portent le nom de Aafiz. Plusieurs khalifes, sultans , princes et grands seigneurs ont imité cet exemple. D’autres en ont toujours un ou plusieurs exemplaires enrichis d’or et de pierreries; quelques-uns même ont poussé le zèle jusqu’à le copier plusieurs fois pendant leur vie, et ont fait vendre ces exemplaires au profit des indigents.

Le Coran a été traduit en anglais par Sales (1734, in-8°), en français par Du Ryer ( Amsterdam, 1770 et 1775; 2 vol. in-8°), et par Savary (1753, 2 vol. in-8e). Une nouvelleédition de cette traduction a été publiée en 1825, par M. Garcin de Tassy, qui y à joint un eucologe ou catéchisme musulman, Il en existe aussi une de Mouradgea d’Ohsson. Citons encore la traduction nouvelle qu'a donnée du Coran en 1846, M. Kazimirsk , et qui fait partie de la collection dite Charpentier. k H. AUDIFFRET.

COR ANGLAIS, instrument à vent et à anche, qui dans la famille du hautbois tient la même place que la viole dans celle du violon : c’est la quinte du hautbois. Le cor anglais à la forme de cet instrument, dans des proportions plus fortes ; il est un peu recourbé, et son pavillon

se termine en boule, au lieu d’être évasé comme celui du hautbois. Les sons du cor anglais ne sont guère propres qu’à l'expression de la tendresse, de la mélancolie et de la tristesse; son diapason est de deux octaves, qui commencent au troisième Ja grave du piano. Le cor anglais n’est pas considéré comme instrument d'orchestre ; il n’y est admis que pour l'exécution de quelques solos. La musique destinée au cor anglais se note sur la clef d’uf seconde ligne. Le cor anglais est toujours joué par un hautboïste : l'embouchure et le doigté sont les mêmes dans les deux instruments. Les Italiens appellent le cor anglais corno inglese, et voce umana CASTIL-BLAZE.

COR À PISTONS. Voyez Con.

CORAS ( Jacques), né à Toulouse, vers 1630, suivit d’abord la carrière desarmes comme cadet dans le régiment aux gardes. Son père , protestant zélé, goûtant peu cette vocation pour son fils, lui fit donner sa démission, et Coras se tourna alors vers la théologie. Nommé ministre de la religion réformée , il en exerça les fonctions pendant quelques années dans de petites villes du Languedoc et de la Guienne, et auprès du maréchal de Turenne. Ayant eu occasion de parcourir les controverses du cardinal de Richelieu, il résolut d'en entreprendre la réfutation; mais une lecture attentive de cet ouvrage lui ayant inspiré des doutes que ses confrères ne purent résoudre, il s’adressa à un prêtre catholique , et abjura entre ses mains; après quoi il rendit compte des motifs qui l’avaient déterminé à cette action dans un livre in-12, qu’il dédia, en 1665, au clergé de France. Plût à Dieu qu’il s’en fût tenu là! Mais, avec un helléniste de ses amis, nommé Leclerc, il s’avisa de rimer une méchante tragédie d’Zphigénie; sur quoi Racine, caustique et malin plus quene sele figurent ceux quine le connaissent que par ses tragédies, ne se put tenir, et fit l’épigramme suivante, qui commença la réputation de Coras :

Entre Leclerc et son ami Coras,

Deux grands auteurs rimaut de compagnie, N'a pas longtemps s’ourdirent grands débats, Sur le sujet de leur Zphigénie.

Leclerc lui dit : La pièce est de mon cru.

Coras répond : Elle est mienne, et non vôtre. Mais aussitôt que l’ouyrage a paru,

Plus n’ont voulu l'avoir fait l’un ni l’autre.

Il avait déjà publié incognito à cette époque le poème de Jonas, ou Ninive pénitente (in-12, 1663), lequel n’est connu de nos jours que par les satires de Boileau. Ces deux échecs ne le découragèrent pas, et il mit successivement au jour Josué, Samson et David, qui reunis à Jonas parurent in-12, à Paris, en 1665, sous le titre d'Œuvres poéliques. Cette malédiction de Boileau :

Le Jonas inconnu sèche dans la poussière,

s’est étendue à toutesles productions de Coras, qui est mort en 1677.

CORAY. Voyez Koraïs.

CORBEAU, genre de passereaux, de la famille des conirostres, qui se subdivise en corbeaux proprement dits, corneilles,choucas, corbiveaux, chocardset craves. Les corbeaux ont le bec robuste, plus ou moins aplati par les côtés, l’arête de la mandibule supérieure fortement arquée, les narines recouvertes par des plumes roides, dirigées en avant, la queue ronde ou carrée. Les sens de ces oiseaux, surtout celui de l’odorat, sont très-subtils ; ils ont l’habitude de dérober et de cacher tout ce qu’ils peuvent trouver, même des objets inutiles pour eux, comme des pièces d’argent; ils font des provisions pour l’arrière-saison, etse nourrissent de toute espèce d’aliments , graines , fruits, insectes et vers, chair vivante ou morte, en sorte qu'aucun genre d'animaux ne peut mieux mériter sa qualification d’omnivore.

Celle des espèces de ce genre qui a retenu spécialement

le nom de corbeau (corvus corax ), est le plus grand des passzreaux qui se trouvent en Europe. Sa taille égale celle du coq; son plumage est tout noir, la queue arrondie, La femelle est d’un noir moins décidé, et sa taille est un peu plus petite. Cet oiseau vole bien et haut , sent les cadavres d’une lieue, se nourrit d’ailleurs de toutes sortes de fruits et de petits animaux , enlève même des oiseaux de basse-cour. IL vit très-retiré, mais par paires. Chaque mâle conserve sa femelle pendant un grandnombre d'années, peut-être toute sa vie. Ils font leur nid dans les crevasses des rochers ou dans les trous des murailles, au haut des vieilles tours abandonnées et quelquefois sur le sommet des arbres isolés. Ce nid , très-grand, est composé extérieurement de rameaux et de racines d’arbrisseaux ; des os de quadrupèdes ou des fragments de substances dures en forment la seconde couche, et l’intérieur est tapissé de graminées, de mousse et de bourre. La femelle y pond, vers le mois de mars, cinq ou six œufs, d’un vert pâle et bleuâtre, marquetés d’un grand nombre de taches et de traits d’une couleur obscure. Le mâle partage avec la femelle les soins de l’'incubation , qui dure une vingtaine de jours. Le mäle défend courageusement sa jeune famille contre les milans et les autres oiseaux de proie, et les petits restent tout l'été avec leurs parents. Mais lorsqu'ils peuvent se suffire, ceux-ci les chassent de leur canton, et reprennent leur vie solitaire, Ils ne font probablement qu’une convée par an, mais ce peu de fécondité est bien compensé par la durée de leur vie, qu’on dit être de plus d’un siècle. Il paraît d’ailleurs qu’on trouve cette espèce dans toutes les parties du monde; seulement, dans le nord, son plumage est souvent mêlé de blanc. Elle se laisse facilement apprivoiser, apprend assez bien à parler, et semble même capable de quelque attachement personnel. DÉNEZIL.

Le corbeau était consacré à Apollon. La Fable dit qu’il devint noir pour avoir trop parlé, et que ce fut une vengeance d’Apollon, qui, sur le rapport que lui avait fait cet oiseau de l’infidélité de Coronis, tua sa maitresse. Dans une médaille de Gordien le jeune, on voit Apollon ayant à sa droite un corbeau, et à sa gauche un trépied. Deux corbeaux se remarquent également avec un trépied, an revers d’une médaille d'Antoine. Dans certains pays, on regarde les corbeaux comme des bienfaiteurs, destinés à purger les champs et les jardins des vers et des insectes ; dans d’autres, leur tête est mise à prix, parce qu'on redoute leurs bandes affamées. La superstition s’est aussi emparée d'eux dès les temps anciens :

Sæpe sinistra cava prædixit ab ilice..….

et notre civilisation moderne n'empêche pas qu’ils ne soient encore de sinistre augure pour nos paysans.

Le corbeau est déclaré impur par la loi de Moïse. 11 en est souvent fait mention dans l'Écriture. On sait que Noé ayant fait sortir un corbeau de l’arche pour voir si les eaux s'étaient retirées de dessus la terre, cet animal ne revint point dans l’arche. La noirceur du corbeau est passée en proverbe. Edme HÉREAU.

En architecture, on appelle corbeau une pierre en saillie, sur laquelle pose le bout d’une poutre. Cette pierre a quelquefois la forme d'un modiilon ou d’une console, On applique enfin le nom de corbeaux aux potences.

CORBEAU ( 4rt militaire). Les Latins donnaient le nom de cet oiseau ( corvus ) à une sorte de croc en métal, assujetti à une bascule, avec lequel on saisissait un navire, un bélier. On s’en servait dans les siéges et les combats de mer, Dans la bataille navale que les Romains, commandés par le consul Duilius, livrèrent aux Carthaginois auprès de la Sicile, ils firent usage d’un corbeau avec lequel ils saisissaient les vaisseaux ennemis et les retenaient. Le dauphin était un corbeau armé d’une masse de plomb, qui, s'abattant sur le pont d’un bâtiment, l’enfonçait ou tuait ceux qui

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