CORBEILLE — CORBIÈRE
gere de Versailles. On en fait aussi des bas-reliefs, et de ce
nombre sont celles du portail du Val-de-Grâce. La corbeille défensive, dans l’art militaire, est un panier plein de terre qu’on emploie dans une fortification passagère, en manière de.sacs de terre et concurremment avec les fascines.
CORBEILLE D'ARGENT, nom vulgaire de l’ibéride toujours verte ( iberis sempervirens, Linné ). Cette plante croîtspontanément sur les rochers de l’île de Candie ; elle est très-répandue dans les jardins , où on en fait de très-belles bordures, qui se couvrent entièrement de fleurs blanches ; avant et après la floraison, ces bordures sont encore d’un très-bel effet, par la fraicheur constante de leur verdure. La corbeille d'argent est frutescente, plus basse que les autres ibérides, mais pius rustique, et passant parfaitement l'hiver en pleine terre. Ses feuilles sont oblongues, obtuses, atténuées à leur base, glabres ; ses fleurs sont disposées en grappes allongées; ses silicules sont creusées à leur extrémité d’une échancrure étroite. On la multiplie sans peine par semis et par marcottes,
CORBEILLE D’OR, nom vulgaire de Palysum saxalile, plante de la famille des crucifères. Ce nom exprime très-bien l'effet agréable que produisent, au printemps et pendant presque tout l'été, ses fleurs, d’un beau jaune d’or : elles sont petites, mais tellement abondantes qu’elles forment de grosses touffes sous lesquelles les feuilles disparaissent. Lestiges sont un peu ligneuses, très-rameuses ; les feuilles linéaires-lancéolées, entières ou un peu sinuées.
CORBIE, ville de France, agréablement située sur la rive droite de la Somme, à 17 kilom. d'Amiens, et sur le chemin de fer de cette ville à Arras, compte 3,643 âmes (1872). Elle possédait autrefois une riche abbaye de bénédictins, dont il ne reste que des ruines, et qu’il ne faut pas confondre avec Corvey (Corbeia nova), en Westphalie.
Sous les roïs de la première race, Corbie ( Corbeia vetus ) était une de ces maisons fiscales dont Charlemagne nous a conservé le type dans son capitulaire De villis fisci. Elle avait été donnée en récompense, c’est-à-dire en bénéfice à un seigneur nommé Gontland, qui était maire du palais sous Clotaire II. Il la possédait avec l’autorité de comte, et son domaine ne comprenait pas moins de six lieues de pays. Gontland étant mort vers l’an 655, le comté de Corbie fit retour au domaine royal, avec toutes ses dépendances, et y demeura réuni jusqu’au règne de Clotaire IH, qui, à la sollicitation de la reine Bathilde, sa mère, l’en détacha de nouveau pour l’affecter à la fondation d’un monastère. Cette fondation célèbre eut lieu en 660. Quand tous les bâtiments furent disposés pour recevoir une communauté, la reine Bathilde y fit venir une colonie de religieux de la célèbre abbaye de Luxeuil en Bourgogne. II y avait parmi eux un vénérable vieillard nommé Théofride ou Theoffroy : on le choisit pour abbé. A sa demande, le roi et sa sainte mère déclarèrent tous les biens du monastère francs et quittes des charges publiques pour le présent et pour l’avenir, à perpétuité, c’est-à-dire que le domaine de Corbie fut accordé aux religieux à titre de comfé.
L'abbaye de Corbie a été gouvernée pendant l’espace de plus de onze siècles par soixante-donze abbés. dont nlusieurs ont été déclarés saints. Par eux on compte des princes, des personnages illustres : plusieurs devinrent cardinaux.
Guillaume Le Breton, au livre I1 de la Philippique, représente la ville de Corbie, en 1184, comme un grand bourg, une bonne ville, avec un château et plusieurs ponts sur la Somme et sur La rivière de Corbie. Cette ville a soutenu plusieurs siéges : en 859 et 879, contre les Normands; en 922 contre Herbert, comte de Vermandois ; en 1182, contre Philippe, comte de Flandre, et notamment en 1562, contre les Ligueurs, et en 1636, contre les Espagnols, qui s’en rendirent maîtres. Louis XIII la reprit le 10 novembre de la Inême année, Mais Louis XIV, dont les conquêtes avaient reculé nos frontières, la fit démanteler en 1673, et depuis
DICT. LE LA CONVERS, — T. VI
cette époque elle est devenue presque déserte. Un ancien titre portait sa population à 22,000 âmes.
CORBIÈRE ( Jacques-Josern-GuiLLaume, comte ), avant d’être ministre du roi Louis XVII, était avocat à Rennes. Ii y professait tous les principes ennemis de la Révolution. Ce fut la sinistre année 1815 qui le fit député, la terreur blanche qui le fit ministre. Rapporteur d’une loi d'amnistie, dont le nom hypocrite cachait de royales vengeances, il proposa des exceptions nouvelles et des catégories, admettant un plus grand nombre de victimes. Il vint siéger au conseil présidé par M. de Villèle; il fut son acolyte et son pendant dans les plus mauvais jours de la Restauration. Sa mission toute politique, haineuse et réactionnaire, fut couverte du portefeuille de l’intérieur. II fut chargé des lettres et des arts; il n’y connaissait ni les choses ni les personnes. Sa taille et sa figure ressemblaient un peu à l'extérieur de M. de Villèle. « On ne peut pas être du parti de ces gens-là : disaient les dames, ils sont trop laids, » Les Romains auraient donné l’épithète d’incomptus à un orateur tel que le comte Corbière : nous ne savons traduire l'expression latine que par le mot mal léché. Telle que nous l’avons vue, la conformation de l’élu d’Ille-et-Vilaine était impossible à décrire. On eût dit que le torse ne reposait pas sur les hanches. Ses épaules étaient hautes et sa tête renfoncée ; à la tribune, s0a front large et chauve, ses yeux petits, mais étincelants, ne manquaient pas d’une certaine noblesse sauvage. Sa logique n’avait point de méthode, son éloquence était incorrecte, maïs sa diction avait un accent bas-breton, des traits inattendus, quelque chose de désordonné et de vif. Assis à son banc, il ne pouvait se tenir en silence et en place plus de cinq minutes. Le plus souvent il apostrophait à demi-voix l’orateur qui avait la parole : Crois-tu qu’on l'écoute? Belle raison, ma foi ; ennuyeux bavard! Un jour, sorti de la salle pour un moment, il rentre et voit deux députés à la tribune. « Bon! dit-il, les voilà qui parlent deux à la fois, ce sera plus tôt fini. »
Ce que ses amis appelaient sa bonhomie, sa franchise, allait quelquefois jusqu’à la rudesse, à la cruauté. Le vieux pair de France Siméon, ancien ministre en Westphalie, et même collègue des Richelieu et des Vaublanc, alla un jour au ministère de l’intérieur solliciter pour son fils. « Qu’a-t-il besoin de places, dit le ministre au vieillard? ne sera-t-il pas pair de France dans quelques semaines { » Ce farouche réactionnaire, ce jésuitique promoteur de violences, demeura toutefois jusqu’à la fin de sa puissance désintéressé et jaloux de regagner au plus vite sa petite ville, ses habitudes de province et même un certain petit cheval Brisquet, dont les journaux plaisants avaient fait le compagnon de ses promenades. Un jour, assis au conseil des ministres près du formaliste et méticuleux Louis XVIII, il tira son mouchoir à carreaux et le laissa sur le tapis vert. « Est-ce que vous allez vider vos poches, monsieur le ministre, dit le petit-fils de Louis XIV? — Cela vaudrait encore mieux, dit le roturier légitimiste, que de les remplir aux dépens de l'État. » En somme, cette Excellence était fort partiale et cynique : pendant une discussion sur une loi concernant les poudres et salpêtres, il quitta la chambre des députés en disant qu’il n’estimait le salpêtre que pour la préparation des jambons. H. bE LATOUCnE.
Corbière était né à Amanlis, près de Rennes, en 1766, d’une famille de laboureurs. Nommé chef de l'instruction publique le 22 décembre 1820, il fut appelé au ministère de l’intérieur le {4 décembre 1821, et créé comte peu de temps après. Il débuta par de grandes épurations, combattit à outrance l’enseignement mutuel et la liberté de la presse, faisant tous ses efforts pour rétablir la censure. Il attacha son nom à la dissolution de la garde nationale en 1827, suivie bientôt de la dissolution de la chambre des députés. Là s’arrêta du moins sa résistance. Le 4 janvier 1828 il quittait le ministère avec ses collègues, et recevait en dédommagement les titres
de ministre d'État, membre du conseil privé du roi, de pair de France, de chevalier du Saint-Esprit. {| avait déjà passé par fous les grades de la Légion d'Honneur. La révolution de 1830 lui ayant enlevé son siége à la chambre haute, il se retira dans sa terre près de Rennes, et vécut depuis dans la plus profonde retraite, livré tout entier à sa passion pour les anciennes éditions des classiques. 11 y est mort, le 13 janvier 1853, à l'âge de quätre-vingt-six ans.
CORBILLARD. Ce mot paraît dérivé ou d’un coche d’eau qu'on appelait ainsi, parce qu’il conduisait de Paris à Corbeil, ou de la forme et de la matièrede certaines voitures faites en osier comme des corbeilles. On a depuis nommé corbillards les carrosses destinés à voiturer les gens de la suite des princes, parce qu’ils y étaient en grand nombre. On a même appelé ironiquement corbillard toute voiture dans laquelle plusieurs personnes se trouvent entassées. Le nom de corbillard était spécialement donné autrefois à ces vastes chars funèbres, surmontés de panaches, et sur lesquels les restes des rois, des princes, des grands seigneurs, dans un double cercueil de plomb et de bois, étaient orgueillensement conduits à leur dernier gîte, traînés par huit , six ou quatre chevaux, caparaçonnés et émpanachés, portant le deuil et les armoiries du défunt. A voir les colossales dimensions du corbillard, on eût dit qu’il renfermait le corps d’un géant, ét trop souvent ce n'éfait que le frêle cadavre d’un personnage fort mince au physique et au moral. Par un contraste bizarre, {andis que le deuil d’étiquette, le silence et la douleur de commande régnaieut autour du corbillard, il arrivait souvent que des ouvricrs, selliers, tapissiers et charrons, mis en réquisition pour le réparer, en cas d’accidents, cachés sous ses épaisses et amples draperies, jouaient aux déz ou aux cartes sur le cercueil de Ja majesté, de l’altesse ou de l'excellence, pour se désennuyer de la longueur et de la lenteur de la marche. Les honneurs du corbillard étaient généralement le privilége exclusif des gens de cour et des riches financiers, dans un témps où les roturiers, plus modestes ou sans fortune, étaient portés trèssimplement dans la bière sur les épaules ou à bras.
La Révolution de 1789, qui est venue rétablir à certains égards une sorte de niveau parmi les Français, a généralisé, du moins à Paris, l’usage des chars funèbres nommés corbillards. 11 y en à de tous prix, detoutes formes, de toutes grandeurs, plus ou moins richement décorés, plus ou moins dénués d'ornement ; quelques-uns même ressemblent plus à des tombereaux qu'à des corbillards. Chacun peut done, à son gré ou suivant ses moyens, se procurer aujourd’hui, pour son dernier voyage, le plaisir de partir en voiture, comme l’a dit Armand-Gouffé dans sa jolie chanson du Corbillard. I] est seulement fâächeux que les corbillards et tous les accessoirs des pompes funèbres soient devenus l’objet d’une spéculation commerciale, autorisée par le gouvernement , ou par l'administration, qui en retire un bénéfice, et qu’on soit forcé de subir jusqu’au tombeau la loi du fise, des tarifs et du monopole. Dans les villes de province, où l’on prodigue moins l'argent en vanités superlues, où l’on cherche moins à jeter de la poudre aux yeux, il n’y a qu'une sorte de corbillard, uniquement réservé à l'aristocratie de la noblesse ou de l’opulence, et les bons bourgeois continuent , ainsi que les pauvres , à se faire porter modestement au cimetière sur des brancards,
H. AUDIFFRET
CORCELET,. Voyez CoR$ELET,
CORCYRE , en grec Képxupa, la plus septentrionale des îles loniennes, à l’ouest de l’Épire, aujourd'hui Corfou, est déjà mentionnée dans Homère, sous lenom de Zyépra. C’était aux temps héroïques le siége des Phæaciens et dé leur roi Alcinoüs, dont la fille et les jardins ont été immortalisés par Homère dans son Odyssée, Plus tard elle fut peuplée par des Liburniens, et vers lan 700 avant J.-C. par des Corinthiens ; et grâce à sa position éminemment favorable à la na-
CORBWRE — CORDAGE
vigation et au commerce, elle parvint à exercer dans l’Adriatique et dans la mer Ionienne une prépondérance telle, qu’elle put fonder des colonies à l'étranger. La jalousie qu’elle inspirait à Corinthe amena une guerre, dans laquelle celle-ci eut le dessous, Par la suite, Corcyre se trouva mélée à la guerre du Péloponnèse ; mais alors elle perdit de sa puissance, tomba successivement sous la domination d’Agathocle, tyran de Syracuse, de Pyrrhus, roi d'Épire, puis des rois de Macédoine ; et en l’an 220 avant J.-C,. impuissante à se défendre contre les déprédations des pirates illyriens, elle se plaça sous la protection des Romains, auxquels dès lors elle demeura fidèle. Elle prit le parti de Pompée contre César, puis de Brutus contæ Octave, et d'Antoine contre ce dernier, qui l’assiéga et s’en rendit maître. Sous le règne de Claude, le christianisme s’y établit; et l’un de ses évêques, Apollodore, se distingua au concile de Nicée. Plus tard Corcyre secourut les Romains dans plusieurs de :eurs guerres contre les Parthes, puis contre les Goths, jusqu’à ce que le roi de ces barbares, Totila, s’en rendit maitre. Adjugée à l'empire d’Orient, lors du partage de l'empire romain, elle en subit les crises et les révolutions politiques successives. Conquise par Charles d'Anjou, c’est à cette époque qu’elle commence à figurer dans l’histoire sous le nom de Corfou.
Les habitants de Corcyre étaient fameux dans l’antiqnité par leur esprit fallacieux et leurs manières présomptueuses.
CORDAGE. C'est la dénomination générique de toutes les cordes qui servent au gréement et à la manœuvre des navires. Les cordages varient infiniment d'espèce, de grosseur, de force; chaque sorte a son nom. Ils sont presque généralement fabriqués avec du chanvre. Cependant, il y en a en pitte (filament d’une espèce d’aloès), en quer (enveloppe filamenteuse de la noix de coco ), et en bastin (sorte de jonc du Levant). Quelques bâtiments américains ont même de menus cordages en coton; et certains baleiniers l’emploient aussi pour lignes de harpon. L'usage du pitte, du quer et du bastin comme cordages est inférieur à celui du chanvre pour la force et la durée. Seulement, étant plus légers que le volume d’eau qu’ils déplacent, ils flottent plus aisément que le chanvre, et risquent moins , par conséquent, de s’user par le frottement contre les rochers du fond quand ils fonctionnent comme câbles. Maisleurs brins sont beaucoup moins longs. Dans de menus travaux, dans les arts surtout, on emploie des cordages de soie, d’écorce de tilleul, de boyaux, de gomme élastique, et des fils de cuivre ou de fer.
En marine, on se sert d’une foule de menus cordages. Le fil de caret ‘est le premier élément de tout cordage menu ou fort. On appelle Zusin une petite ligne, ou ficelle, composée du commettage de deux fils de caret très-fins. Le merlin est d’une qualité moins parfaite, Le bi£ord est fabriqué avec les fils de carret les moins réguliers. Le quarantenier est formé de quatre ou cinq fils.
Tous les cordages dont on vient de parler sont imprégnés de goudron. Le fil de caret est d’abord goudronné; puis, à chaque fabrication plus compliquée, on renouvelle l'opération : elle a pour but de rendre le cordage moins sensible à l'influence de l'humidité qui le pourrit et le détériore promptément. L'application du goudron aux cordages diminue aussi très-sensiblement la tendance du chanvre à se raccourcir à la pluie, ée qui entrainerait de graves inconvénients dans une foule d'emplois.
Les cordages courants, destinés à un service actif, à rouler dans des poulies comme les cargues, à être souvent tirés et abraqués, doivent être moins goudronnés que ceux qui restent à poste fixe et qu’on nomme dormants, tels que les haubans, etc. Le cordage blanc est celui qui n’est pas groudronné ; l'humidité le raccour cit tellement qu'on a fait l'épreuve d’attacher et d'étendre un gros cordage sec, sans goudron, à deux fortes boucles de fer, et qu’on a vu l'hu-