‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 375 sur 607 · CORDAGE — CORDAY · texte numérisé non relu

CORDAGE — CORDAY

midité, en faisant retirer tous ses fils, arracher les deux points de résistance.

On ne connaît, au reste, que des cordages en marine. Le mot corde n’a qu'une seule application sur un navire : c’est celle qui désigne le petit bout de cordage attaché à la branche de fer au moyen de laquelle on met en branle la cloche de bord, Jamais le mot corde n’est prononcé sur un bâtiment que pour désigner celle-ci. Naguère encore c'était le nom de l'instrument avec lequel on frappait les marins et les mousses en contravention. Mais on ne l’employait que par allusion à la corde de la cloche, celle qui servait à battre, étant, comme sa sœur, courte et pourvue d’un gros nœud à son extrémité.

CORDAY D'ARMANS (MARIANNE-CHARIOTTE ), Daquit en 1768, à Saint-Saturnin-lès-Vigneaux, près de Séez, en Normandie. Jusqu'à l'heure où elle vint frapper Marat d’un coup de poignard, elle avait vécu ignorée, et même, après sa condamnation, les plus fougueux panégyristes de Marat ne trouvèrent aucune médisance, aucune calomnie sur les mœurs de Charlotte Corday. Qui nous dira par quelles études, par quelles méditalions cette femme, issue de la classe nobiliaire , belle, modeste et chaste, était devenue à vingtcinq ans une républicaine résignée à un grand coup qui ne pouvait que la cuñduire à la mort? Ni fragile, ni coquette, ni dévote, comme on l’a prétendu, mais versée dans la lecture des anciens , elle se représentait ces fières et vertueuses Spartiates ou Romaines qu'ont dessinées Plutarque et Tite- Live. Elle voyait dans Marat pis encore qu'un Hippias, qu'un Tarquin ou qu'un Appius Claudius. Heureuse si elle eût pu le frapper au milieu d'une fête ou d’un combat, ou l’atteindre sur sa chaise curule! Mais pour parvenir jusqu’au tyran, qui se rendait inaccessible, elle eut besoin de recourir à des voies de dissimulation et de perfidie. Il faut le dire, on aimerait à pouvoir effacer de l’histoire de Charlotte Corday les deux lettres qu’elle écrivit à Marat, afin d’être admise auprès de lui. On voudrait que sa main, prête à s’armer du poignard, n’eût point tracé cette phrase équivoque de la première de ces épîtres : « Je vous mettrai à même de rendre un grand service à la république. » Et cette flagornerie de la seconde lettre : « 11 me suffit de vous faire savoir que je suis malheureuse pour espérer que votre belle âme ne sera pas insensible, etc. ! » Charlotte elle-méme, au surplus, en a témoigné son repentir dans une des lettres qu’elle écrivit la veille de son supplice. Elle est enfin introduite, non sans avoir subi le regard inquisitorial de la femme assez jeune qui partageait la table et la couche du monstre ! Fière de cette chaîne hideuse, cette femme se sentait une jalousie d’instinct contre tonte inconnue qui demandait à parler en particulier au citoyen Marat. Que dut-elle éprouver en voyant apparaître une beauté aussi remarquable que Charlotte Corday ! Ses pressentiments ne la trompèrent point : Charlotte venait lui ravir son bien-aimé.

Charlotte Corday avait connu à Caen Pétion, Guadet, Gensonné et d’autres girondins, quiavaient trouvé un asile dans cette ville après la journée du 31 mai 1793. Marat, qui la reçoit dans son bain, se hâte de lui demander leurs noms : elle les fait connaître; et avec une joie féroce il les inscrit sur ses tablettes : « Ils n'iront pas loin, s’écriet-il : je les ferai tous guillotiner à Paris. » Ces mots furent un signal de mort pour celui qui les avait prononcés ; Charlotte lui enfonce dans la gorge le couteau qu’elle tenait caché sous sa robe, « À moi, ma chère amie !'» s’écrie Marat; puis il expire dans le bain où ce tyran sans pudeur avait reçu Ja jeune fille. La compagne du monstre accourt avec une autre femme et des employés du journal de Marat, qui se précipitent sur Charlotte, et la terrassent. La garde natioralearrive : un procès-verbal est dressé par les conventionnels Drouet et Chabot. Leur rapport en fait foi : ils furent étonnés de l'élévation et de la modestie des réponses de la jeune fille. A trois heures du matin, un fiacre la conduisit à l'Abbaye. Les

LS

commissaires et les gendarmes qui l’escortaient eurent à la protéger contre les fureurs d’une populace forcenée, Dans ce moment terrible, elle s'évanouit, Revenue à elle-mérne , élle dit : « Quoi! j’existe encore! j'aurais cru que le peuple m'aurait mise en pièces. » Trangférée à la Conciergerie, où elle fut traitée avec humanité, elle comparut devant le tribunal dès le {7 juillet. La justice révolutionnaire était expéditive; et si elle a mérité de sanglants reproches, ce n’est pas au moins celui de laisser pourrir dans les cachots les infortunés en état de prévention.

Charlotte Corday devant ses juges ne chercha nullement à pallier l’action dont on l’accusait. « Quel a pu être, lui dit le président, votre motif en assassinant le citoyen Marat ? — Ses crimes, — Qu’entendez-vous par ses crimes? — Les ravages que l'anarchie fait dans ma patrie. — Cette action vous a-t-elle été inspirée par quelqu'un ? — Par personne. — Pourquoi l'avez-vous faite? — Pour empêcher la suite de ses crimes. — Connaissez-vous ce couteau? — Oui, c’est celui qui m'a servi pour tuer Marat. — Y a-t-il longtemps que vous avez formé ce projet? — Depuis la révolution du 31 mai, jour de la proscription des députés patriotes. — Comment avez-vous pu assassiner un homme que vous ne connaissiez pas? — C'est par les journaux que je connaissais Marat; je savais qu'il perverti sait la France; j'ai tué un homme pour en sauver cent mille, pour donner le repos à mon pays,

. j'étais républicaine avant la révolution, et je n’aï jamais

manqué d'énergie? — Qu'entendez-vous par énergie? — J'entends par énergie le sentiment de ceux qui , mettant de côté l'intérêt particulier, savent sesacrifier pour leur pays. » Interrogée si c'était à un prêtre assermenté ou insermenté qu'elle allait à confesse à Caen, elle répondit : « Je n’allais ni aux uns ni aux autres. » Au milieu de ces réponses, qui décèlent une si parfaite quiétude morale, Charlotte s’aperçut qu’un dessinateur placé dans l'auditoire cherchait à saisir ses traits ; aussitôt un sourire brilla sur son beau visage, et elle se tourna légèrement de côté pour favoriser l'artiste. Ce dessin, fort ressemblant, a été gravé, et c’est lui qui a inspiré M. Scheffer dans le beau tableau qu’il a exposé de Charlotte Corday.

On avait donné un défenseur à l’accusée. Doulcet de Pontécoulant, depuis pair de France, avait reculé devant cette mission, qui n’effraya point le courage de Chauveau-Lagarde. Sa courte défense de l’accusée fut dictée par la plus exquise délicatesse d'âme : « L’accusée, dit-il, avoue avec sang-froid l'horrible attentat qu’elle a commis, elle

en avoue avec sang-froid la longue préméditation , elle en

avoue les circonstances affreuses; en un mot, elle avoue tout, et ne cherche pas même à se justifier; voilà, citoyens, sa défense tout entière. Ce calme imperturbable et cette abnégation de soi-même, qui n’annoncent aucun remords en présence dela mort même, ce calme et cette abnégation, sublimes sous un rapport, ne sont pas dans la nature : ils ne peuvent s’expliquer que par l’exaltation du fanatisme politique qui lui a mis le poignard à la main; et c’est à vous, citoyens jurés, de juger de quel poids cette considération peut être dans la balance de la justice. » La fière républicaïine remercia l'avocat avec grâce, et lui donna un témoignage de sa reconnaissance en le priant d’acquitter quelques petites dettes qu'elle avait faites dans sa prison. Les jnrés parisiens n’entendirent pas le noble langage de son défenseur : Charlotte Corday, qui avait écouté son arrèt de mort avec calme, fut exécutée le soir même. Pendant le trajet de la Conciergerie an lieu de l'exécution, une sérénité vraiment céleste brillait sur le charmant visage de la victime. Seulement, elle rougit à l’aspect de l’échafaud : le calme de ses fraits ne se démentit qu'au moment où l’exécuteur { eet infâme avait nom Legros) lui arracha le fichu qui couvrait son sein. La pudeur outragée se trahit chez la jeune file par un mouvement de colère bientôt réprimé. Quand la tête de Charlote Cordayÿ fut tombée sous le fatal couteau, l’'exécuteur,

CFA

Rk montrant au peuple, osa lui appliquer deux soufflets. Les joues se couvrirent d’une rougeur qui frappa tous les regards.

Charlotte Corday n’a pas manqué de panégyristes depuis André Chénier. Mais rien ne fait mieux son éloge que les deux lettres qu’elle écrivit de sa prison. L'une est adressée à son père, l’autre à Barbaroux. « Je comptais, y dit-elle, le sacrifier sur la cime de la Montagne; mais il n’était plus à la Convention. Nous sommes meilleurs républicains qu’à Paris; l’on ne conçoit pas comment une femme puérile,

dont la plus longue vie ne serait bonne à rien, peut sacrifier :

sa vie de sang-froid pour sauver son pays. Je n’a jamais tué qu'un seul être, et j'ai fait voir mon caractère. Ceux qui me regretteront se réjouiront de me voir jouir du repos dans les Champs-Élysées avec Brutus et quelques anciens. Il est peu de vrais patriotes qui sachent mourir pour leur pays : ils sont presque tous égoïstes , etc, » Charlotte Corday n’a pas eu de tombeau ; ses restes, négligés, profanés, ont été confondus avec ceux des plus obscures victimes.

Charles Du Rozorm.

CORDE, CORDERIE. L'art du cordier est du petit nombre des industries sur lesquelles les progrès modernes n’ont pas eu pour ainsi dire d'influence, parce que dès l’abord l’habile , exact et ingénieux académicien qui s'était occupé des théories dont il n’est que le développement et l’application, a profondément examiné les principes rationnels qui régissent ce genre de fabrication. Le traité de Duhamel-Dumonceau n’a presque rienlaissé à désirer ; et après lui on n’a pu tout au plus que simplifier les appareils, substituer denouveaux moteurs, en un mot économiser sur le temps et la dépense de maïin-d’œuvre; mais tout avait été dit sur la bienfaçon et la qualité des cordages. Il convient cependant de parler tout d’abord de l'emploi qu’on a fait, principalement en Angleterre, des fils de coton pour la fabrication des câbles, emploi que Duhamel-Dumonceau n’avait fait qu'entrevoir. C’est à l’élasticité du coton, supérieure à celle du chanvre, et à son peu d’hygrométricité comparée, qu’il faut attribuer les bons effets qu’on en obtient dans la corderie. Les cordes en coton répondent heureusement au besoin qu’on a dans quelques arts et principalement dans les ateliers de filature, de cordes très-élastiques. Anciennement on faisait dans ces ateliers un grand emploi, et à grands frais, de cordes de boyaux, auxquelles on associe aujourd’hui le coton filé et tordu.

Le travail de la corderie se divise naturellement en deux parties distinctes et fondamentales : le Jilage et le commettage. Cela suffit pour les cordages dits blancs, et qui prennent le nom de cordages noirs quand ils ont été imprégnés de goudron,

On classe les cordages en simples et composés. Les premiers sont le produit d’un seul commettage, c’est-à-dire que d’une première opération le cordier obtient la corde qu’il désire à la grosseur requise pour l'emploi qu’on en veut faire. Le nom générique de ces cordes simples est aussière. Les cordes de second ou troisième commettage s’appellent grelins. Cette distinction s'applique aux cordes de toutes dimensions : ainsi, le plus petit des cordages, connu particulièrement sous le nom de bifors, et qui n’est que le résultat de deux seuls fils tortillés l’un sur l’autre, peut être considéré comme une aussière de très-petit diamètre; tandis que d’autres ficelles tout aussi petites, mais doublement commises ou retordues, sont de véritables grelins. Il y a aussi des dénominations particulières attribuées à des cordages de diverses sortes : c’est ainsi qu'on appelle merlin une corde d’aussière composée de trois fils tortillés , au lieu que le bitors, ainsi que l'indique son nom, n’est que la réunion de deux fils. Nous entendons ici par fils non pas le brin de chanvre ; mais un faisceau de plusieurs brins primitivement tordus ensemble pour faire un £oron. Le lil dit de carret est un Loron plus soigné, mieux tordu, et la ficelle fine est un très-petit grelin.

Page 1