CORDAY — CORDE
L’art de filer consiste, en général, à répartir très-également et sans interruption les brins des matières filamenteuses à côté et à la suite les uns des autres, et à les réunir par un certain degré de torsion qu’on donne à tous en même temps, de manière qu’étant tortillés les uns sur les autres, leur force et leur ténacité se combinent, et qu'on pourrait les rompre plutôt que de les désunir. On ne peut obtenir du fil très-fin et bien égal qu'avec des matières extrêmement divisées, Les instruments du fileur consistent dans un rouet à plusieurs broches et un touret ou dévidoir. Ces deux instruments étant placés à l’une des extrémités de l'atelier du cordier, ordinairement en plein vent, contre les murs d’une suite de bâtiments, chaque fileur prend un peignon ( poignée de chanvre peigné), qu’il s’attache autour de la ceinture. Ce peignon doit être d’une grosseur calculée pour fournir un fil de toute la longueur du développement de l'atelier. C’est le maître fileur qui commence seul; il fait avec le chanvre une petite boucle qu’il engage dans un crochet disposé pour cet usage sur la première broche du rouet, et le tourneur fait mouvoir aussitôt la roue. Fournissant alors du chanvre à mesure qu’il s'éloigne à recnlons, le fileur forme le premier bout 51 norée dr {L ?: cariet; puis, enveloppant ce fil avec un bout de lisière de drap, appelé paumelle, il le serre fortement en tirant à lui d’une main, en même temps que de l’autre il empêche le tortillement de passer plus loin, jusqu’à ce qu’il ait complétement, de l’autre main, disposé le chanvre qui doit servir à prolonger le fil; alors il continue, {oujours en reculant à petits pas et en serrant fortement le fil avec la paumelle, à mesure qu’il gagne en longueur. Pour ne pas le laisser traîner à terre, il a soin de le faire passer, en élevant les bras, sur des chevalets ou râleliers placés de distance en distance dans la direction du fil. Quand le premier fileur a ainsi pris l’avance d’une dizaine de pas, un second commence un travail semblable sur sa broche; et chacun des fileurs successivement commence à son tour, de manière que les travailleurs restent constamment à une certaine distance les uns des autres et que le travail se fasse sans confusion.
Des expériences bien faites ont prouvé que plus les fils de carret sont fins, plus les cordes, à diamètre égal, ont de force. La règle adoptée à cet égard dans les grandes corderies est que le fil de carret pour les gros cordages doit avoir de 6 à 9 millimètres de circonférence, et pour les petits et moyens cordages, de 4 à 6 millimètres. Le chanvre de premier brin, ou de première qualité, quand d’ailleurs il a été bien espadonné, affiné, peigné, ne doit perdre à la filature que de 3 à 4 pour 100; celui de second brin donne souvent jusqu’à 8 et 10 pour 100 de déchet.
Le commettage consiste dans la réunion de plusieurs fils par le tortillement , pour faire des ficelles, des torons, des aussières, des grelins. Le commettage peut s’exécuter sur le rouet du fileur pour toutes les cordes d’un petit diamètre; pour le commettage des grosses cordes, des câbles, il faut un appareil plus puissant, mais analogue dans sa construction. Le tortillement qu’exige le commettage raccourcit du quart au tiers le cordage ourdi : on dit, dans ces deux cas correspondants, qu’une corde a été commise à Liers ou à quart. Les intéressantes expériences de Duhamel ont prouvé que ce degré de torsion est déjà beaucoup trop grand, et qu’il nuit essentiellement à la force des cordages, qui d’ailleurs perdent encore plus rapidement de leur ténacité à mesure qu’on augmente la torsion au delà de ce terme, Duhamel est d’avis qu'on ne devrait dans aucun cas pousser la torsion au delà de ce qu’il en faut pour produire un raccourcissement d’un cinquième, d’un quart tout au plus, dans la longueur des brins du chanvre, Il croit qu’il faut accorder, sur le raccourcissement total, deux tiers pour le raccourcissement des premiers torons, et un tiers pour celui qui résulte de leur commettage. ”
La force d’un cordage augmente suivant une proportion