COR DE BASSET — CORDELIERS
ornement d’autel. Les bâtiments de cette communauté ont été abattus en grande partie lors de là suppression des couvents en 1789.
En 1628 il s’en était détaché un essaim de religieuses qui, favorisées de quelques donations pieuses, vinrent se fixer dans une maison et un jardin situés au cloître Saint- Marcel; puis, en {632, dans une habitation sise rue des Francs-Bourgeoïs au Marais, où elles prirent le titre de Religieuses de Saint-Claire et de la Nativilé; et enfin, le 13 mai 1687, dans l'hôtel de Beauvais, rue de Grenelle- Saint-Germain , où deux ans auparavant elles avaient été précédées par le doge et quatre sénateurs de Venise venant donner satisfaction à Louis XIV. Les bonnes sœurs, établies dans cette fastueuse demeure, en métamorphosèrent la salle de bal en église et les boudoirs en cellules. On ignore si c’est la contagion de ce lieu mondain qui leur mérita d’être supprimées le 4 juin 1749 par mandement de l’archevêque de Paris, confirmé par lettres patentes. Leur hôtel et son magnifique jardin furent vendus à divers particuliers , qui y firent bâtir des maisons.
CORDELIERS, religieux de l’ordre des frères mineurs de saint François, supprimés avec tous les autres ordres monastiques à la révolution de 1789, Ils étaient habillés de gros drap gris, avec un petit capuce, un chaperon et un manteau de même étoffe, portaient le soc ou la sandale, et étaient spécialement distingués par une ceinture de corde nouée de trois nœuds. C’est de là que leur vient le nom de cordeliers, qui leur fut donné lors de la guerre de saint Louis contre les infidèles, en 1238, pendant laquelle les frères mineurs , ayant repoussé les barbares, attirèrent l'attention du roi, qui voulut connaître leur ordre. On lui répondit que c'étaient des gens de cordes liés. Le surnom leur en resta, et prévalut même dans la suite sur celui de frères mineurs. Louis IX en laissa quelques-uns pour garder les lieux saints, et ramena les autres en France, où il fonda leur grand couvent de Paris, près de la rue de l'École de Médecine actuelle et de la rue de l'Observance. Ce fut depuis un collége dépendant du général de l’ordre; car les cordeliers se firent bientôt agréger à l’Université et recevoir docteurs. Ils suivaient les opinions de Scot, qui fut parmi eux un grand homme, un subtil discoureur, et leur laissa son nom, d’où on les appela quelquefois scoistes. 11s se multiplièrent rapidement en France, et y formèrent bientôt huit grandes provinces, comprenant 224 couvents d'hommes et 123 de femmes. Cet ordre, qui prit une part très-active aux troubles de la ligue, a donné à l'Église des évêques, des arche-
vêques, des cardinaux, des papes. Il fut le premier qui re-
nonça à la propriété des biens temporels pour vivre d’aumônes; mais cette abnégation ne fut pas de longue durée, et il y eut bientôt des cordeliers de La grande observance, se laissant faire des rentes, et des cordeliers de La petite observance, n’acceptant que la charité qu’on fait au mendiant,
Une grave question agita jusqu’au seizième siècle les cor deliers de France : Il s'agissait de décider si leur capuchon devait être rond, pointu ou carré; souvent aussi ils se révoltèrent contre l'autorité, et soutinrent leurs droits prétendus à l’aide d'armes spirituelles et même temporelles. Plusieurs fois on essaya de les réformer, mais ce ful presque toujours en vain.
Outre les souvenirs historiques qui se rattachent au nom des cordeliers , il doit rester dans la langue à cause des fagons de parler ou proverbes assez nombreux auxquels il a donné naissance, et que leurs mœurs, leur manière d'être, leur esprit a pu motiver en quelques points, On dit ainsi d'un homme qui ne se fait scrupule de rien, qu'il a la conscience large comme la manche d'un cordelier. On dit encore communément, par une mauvaise équivoque, en parlant d'un homme ivre, qu'il est gris comme un cordelier, faisant allusion à la couleur de leur habit, et non sans doute à ur: habitude vicicuse de ces pauvres pères.