COLLIN — COLLIN D'HARLEVILLE
tinguent par la noblesse et l'élévation de la pensée, par une grandeur pleine de simplicité, par une tendance évidente à se rapprocher de la naïveté antique ; mais ils pèchent par la monotonie du plan et par l’uniformité des caractères. On y trouve aussi plus de rhétorique que de drame et d’entente de la scène , et ils semblent plutôt destinés à la lecture qu’à la représentation. ils ont été réunis sous le titre de Tragédies (3 vol., Berlin, 1828). Les Poëmes de Collin sont surtout remarquables là où il s’abandonne aux inspirations de son patriotisme. Le plus célèbre de tous est sa ballade intitulée : L'empereur Maximilien. Les fragments que l'on possède de son Rodolphe de Habsbourg prouvent qu'il ne manquait point de dispositions pour l'épopée. Il composa aussi un oratorio intitulé : La Délivrance de Vienne, en société avec son frère Mathieu de Collin, qui fut l'éditeur de ses œuvres, en tête desquelles celui-ci a placé sa biographie (6 vol., Vienne, 1812-1814 ).
COLLIN (Marrmeu pe), frère du précédent, poëte et critique distingué, naquit à Vienne, le 3 mars 1779. Reçu en 1304 docteur à l’université de Vienne, il fut nommé en 1808 professeur d'esthétique et d'histoire de la philosophie à l'université de Cracovie. Les Russes s'étant emparés de cette ville, il obtint la chaire d'histoire de la philosophie à l'université de Vienne, et une place de secrétaire au département des finances. En 1813 il accepta la rédaction en chef de la Gazetle littéraire de Vienne, et en 1818 celle des Annales de la Littérature. I] était en outre, depuis 1815, instituteur du duc de Reïichstadt (voyez NapoLÉox IT), lorsqu'il mourut, le 23 novembre 1824. Son impartialité, son esprit honnête, loyal, exempt de passions, son caractère ferme et äroit, se réfléchissent fidèlement dans ses:poésies dramatiques, qui d’ailleurs brillent plus par élévation et la noblesse de la pense que par l’élan et l'enthousiasme poétique. A l'âge de vingt-deux ans il composa les paroles de l'opéra de Calthon et Colmal, mis en musique par Winter. Il est en outre l’auteur de divers drames et tragédies qui ont paru réunis sous le titre Poésies dramatiques (4 vol., Pesth, 1815-17). Joseph de Hammer a publié, en les faisant précéder d’une notice biographique, ses Poésies posthumes (2 vol., Vienne, 1827).
COLLIN DE PLANCY. Voyez TLANCY.
COLLIN D'HARLEVILLE (Jean-François), naquit à Maintenon (Eure-et-Loir), le 30 mai 1755. il était fils puiné de Martin Couuin, d’abord avocat, puis architecte et enfin cultivateur. 11 prit le surnom ’Harleville d'un petit domaine que son père possédait dans le village de ce nom, à peu de distance de Maintenon. Il commença ses études à Lisieux, et vint les finir à Paris, Une chute terrible qu’il fit alors faillit lui coûter la vie et le força d’interrompre ses études durant six mois. Dans cet intervalle il ressentit souvent à la tête un bourdonnement qui l'éblouissait et le rendait presque fou. Il avait alors la conscience d’un changement survenu dans ses facultés intellectuelles, et disait à ses amis que peut-être sans cet accident il n’aurait jamais été poële, Revenu à la santé, il retourna au collége, et reprit ses études avec le plus grand succès. Destiné par son père au barreau, il entra ensuite chez un procureur au parlement, et ÿ resta plusieurs années, mais uniquement par déférence pour sa famille; car il sentait croître tous les jours son amour pour les lettres et son incapacité absolue pour les affaires. Entièrement dégoûté de la jurisprudence, il finit par se livrer tout entier, malgré ses parents, au penchant qui l’entrainait vers la littérature, et publia dans le Mercure de France diverses poésies légères, empreintes de grâce, de malice et d'une certaine facilité, En 1778 il composa L'Inconstant, comédie en un acte et en prose, qu'il Ep Lg
ind) pièce en cinq actes et en vers ct fut enfin rèçue à la Comédie-Française en 1780, après bien des lenteurs, Collin ne faisait que des rêves de gloire, mais, privé
tout à coup des secours de son père, qui ne voulait pas da poëte dans sa famille, il se vit contraint de se rendre à Chartres et de prendre la robe d’avocat.
En butte aux railleries et aux remontrances de sa famille, il composa dans un moment de dépit une comédie en trois actes et en prose : Le Poële en province, dont il était luimême le sujet. Les railleurs n'étaient pas épargnés dans l'ouvrage; l’auteur y avait introduit une vieille servante, nommée Monique, qui l'avait élevé, et qui était fort dévote. Cette bonne fille lui disait souvent les larmes aux yeux : « Mon pauvre cher enfant, comment as-tu pu faire une chose pareille? Une comédie! c’est une œuvre du démon !.. Mais, tiens, donne-la moi, cette malheureuse pièce ! je la brûleraï devant toi; il n’en sera plus question , et tu nous rendras la paix et le bonheur à tous. » Collin, qui par bonté d'âme avait quelquefois été sur le point d'abandonner son manuscrit de L’Inconstant à la pauvre Monique, résista pourtant à cette tentation, et se contenta de détruire sa comédie du Poëteen province. L'Inconstant était recu, il est vrai; mais l’auteur n'en était guère plus avancé. Toutefois, grâce à beaucoup de protections et à la complaisance de Molé, qui avait enfin consenti à la lire, la pièce fut jouée en 1784, à Versailles; mais il fallut encore plus de deux ans pour que l'ouvrage obtint à Paris les honneurs de la représentation. Il eut un brillant succès. Les journaux du femps rendirent à Collin toute la justice qui lui était due. Palissot assura que, depuis plus de quarante ans qu’il fréquentait les spectacles, il n'avait pas vu de début d’auteur donner d'aussi gcandes espérances. La Harpe se montra plus sévère. Diderot, consulté par l’auteur, avait dit : « Il y a du talent làdedans, il y en a beauceup : les vers sont faciles et bien tournés, style comique, détails brillants; mais une action faible : elle n’a point de corps, point de soutien ; c’est une pelure d’oignon brodée en paillettes d’or et.d’argent. » Ce jugement était rigoureux, mais juste; néanmoins le public pe retira pas sa faveur à l'ouvrage.
Encouragé par ce début, Collin se hâla de finir ZL'Optimiste. Cette pièce, non moins bien écrite, mais plus fortement conçue que la précédente, fut reçue à l’unanimité, Il faut lire dans la notice charmante d’Andrieux sur Collin les détails dans lesquels le brillant Molé, déposant ses airs de protection , fit au milieu des deux jeunes amis l'étude approfondie d’un rôle qui lui plaisait, parce qu’il y trouvait l’occasion de se montrer sous une forme nouvelle. Le public se porta en foule aux représentations de l'ouvrage, qui en {rois ou quatre mois rapporta plus de vingt mille francs à l’auteur, Son père, qui lui avait servi de modèle pour le caractère de l’Oplimiste, était mort; mais Collin voulut que ses sœurs et toute sa famille eussent le bonheur de reconnaître le modèle. 11 les appela à Paris, et leur fit si bien les honneurs de la capitale que du produit de sa pièce il ne lgi resta la première année que 6,000 francs.
En 1789 parurent Les Chdteaux en Espagne. On y accourut, Les quatre premiers actes furent très-bien accueillis; le cinquième eut moins de succès, mais l’auteur le refit, et alors l’ouvrage réussit complétement. La conception de cette pièce est heureuse, le dialogue en est piquant et animé, le style brillant et poétique; elle présente peut-être quelques invraisemblances, mais elle rachète ce léger défaut par de la gaieté et par des peintures délicieuses, Une indiserétion de Collin lui donna pour rival dans ce sujet l’auteur du Philinte de Molière, qui lui prodigua de grossières injures, sans pouvoir le faire sortir un moment de sa modération, Cependant, la critique, en attaquant les Chdleaux en Espagne avec une juste sévérité, aceusait avec raison Collin de n’avoir pas fait encore une véritable comédie, Affligé de ce reproche, il sentit la nécessité de justifier la faveur publique par un ouvrage vraiment digne de l'estime des connaisseurs. A cotte époque sa santé s’altéra, et les contrariétés qu’il éprouvait chaque jour, jointes à nn travail continuel, l’ac-