COLLIN D'HARLEVILLE — COLLISION
cablèrent enfin à un tel point qu'en 1789 il tomba dangereusement malade, et qu’on en vint presque à désespérer de ses jours. C’est pendant cette crise et la pluscruelle insomnie qu'en douze nuits le poëte, presque mourant , enfanta Le Vieux Célibataire, son chef-d'œuvre et l’un des meilleurs ouvrages du Théâtre-Français. On n’a point une idée complète des métamorphoses du talent lorsqu'on wa point vu Molé dans le principal rôle de la pièce. Aussi s’attribuait-il une partie de la gloire du poëte. Toutefois, ce dernier ne jouit pas complétement de son triomphe : les journaux exhumèrentune certaine Gouvernante d’Avisse, mort en 1747, et causèrent beaucoup de chagrin au trop sensible auteur du Vieux Célibataire.
Monsieur de Crac dans son petit castel, amusante folie de carnaval; Les Artistes, gracieux tableau de genre; Les Mœurs du Jour, pâle etagréable esquisse; Malice pour Malice, Rose et Picard, La Défense de la Petite Ville, les Deux Voisins, Le Vieillard et les Jeunes Gens, inspiration de La Fontaine; Les Riches, et enfin Les Querelles des Deux frères, ou La Famille Bretonne, ouvrage posthume, composent le répertoire de Collin d'Harleville. D'un mot on peut caractériser Collin : c’est un demi-Térence, avec plus de pureté dans les mœurs et un certain charme qui tient au caractère même de l’auteur, qui se trahit à tout moment comme La Fontaine.
On ne joue plus la plupart des pièces que nous venons d’énumérer, mais on les lira toujours avec plaisir, parce que Collin y a mis l'empreinte de son âme ingénue, tendre et mélancolique, de son esprit facile et cultive, de ses rêves de poète et de son caractère d’optimiste, C’est par le inême genre de mérite que se distinguent ses poésies fugitives, où il se peint lui-même sans y penser, comme dans une causerie familière; mais à mesure qu’il avance dans une vie qui ne devait pas avoir une longue durée, sa poésie, autrefois pleine d'élégance, de pureté, revêtue d’un brillant coloris, dégénère en une prose rimée, où la fréquence des enjambements sans grâce et sans nécessité fatigue le lecteur. Rien de plus connu à cette époque que le triumvirat littéraire formé par Picard, Andrieux et Collin, triumvirat dans lequel jamais ombre d’une rivalité ne vint troubler les douceurs de l'union la plus parfaite. Collin eut encore beaucoup d'amis, entre autres Delille, qu’il admirait avec une sorte d'enthousiasme. Toutes les qualités de l’homme de bien étaient en lui ; il aimait son pays avec ardeur, et ce sentiment le conduisit à adopter la Révolution de 1759. Mais il conserva toute sa vie les principes d’une sage liberté, et ne se laissa jamais entraîner au torrent des passions politiques. Commandant de la garde nationale de sa petite commune, il parvint à la
préserver de tous les orages. Collin d’Harleville, dont la santé:
dépérissait chaque jour, vit avec résignation approcher le terme fatal; le principe de la vie était usé en lui : il s’éteignit doucement entre les bras de ses amis, le 20 février 1806, jour anniversaire de la première representation du Vieux Célibataire. Nommé membrede l’Académie Française, en 1795, il avait eu le bonheur d'y appeler son ami Andrieux, auprès duquel Picard vint siéger à son tour. 1l avait reçu de Napoléon la décoration de la Légion d'Honneur. P.-F. Tissor, de l'Académie Francaise,
COLLINE, « petite montagne, dit l'Académie, oui s’éiève doucement au-dessus de la plaine. » C’est proprement le col d’une montagne ; mot fait de la basse latinité co/lina, diminutif de colis.
Les géographes donnent plus spécialement le nom de collines aux dernières ondulations d’une chaîne de montagnes dans son raccordement avec la plaine. Les collines semblent être fréquemment le résultat de la dénudation de roches plus solides, disposées en plans inclinés sur les dernières pentes des montagnes qui ont ensuile été ravinées par les eaux : telles sont les collines de grès rouge sur les deux flancs des Vosges, celles de marnes, grès, sables, etc.,
au pied de l’Apennin, du petit Atlas, etc. Dans le langage des poètes, la double colline s'emploie, comme la double cime, pour indiquer le Parnasse.
Les anciens, qui avaient commencé par rendre un culte personnel aux collines, créèrent ensuite une déesse (appelée Collina chez les Romains), chargée de veiller à leur conservation.
On avait surnommé l’ancienne Rome la ville aux sept collines du nombre de collines qu’elle renfermait dans son enceinte, et dont cinq se trouvaient réunies dans un même quartier, qui en avait reçu le nom de Collina regio. On appelait aus-i porte Colline à Rome (Collina) celle qui était située au pied de la colline Quirinale, ou du mont Quirinal.
COLLING WOOD (Curuserr, lord), marin anglais, né le 26 septembre 1750, à Newcastle, s'engagea à onze ans dans la marine royale, et sauf de bien courts moments de repos, sa vie entière s’écoula sur mer. Il prit part au blocus de Brest et au combat de Saint-Vincent ; à Trafalgar il commanda en second et compléia le triomphe de Nelson (1805). Un siége de pair fut la récompense de ses services. Après avoir dirigé le blocus de Cadix, qui dura près de trois années, il commanda la flotte de la Méditerranée, Collingwood mourut en mer le 7 mars 1810, C'était le type achevé du marin: ferme et doux à la fois, savant, instruit, prudent et brave. On a publié un choix de sa Correspondance (1528, 2 vol.).
COLLINS (WizziAu), remarquable paysagiste et peintre de genre anglais, né en 1787, réussissait plus particulièment dans la reyrésentation de scènes champêtres, de vues de côtes, comme des pêcheurs jetant leurs filets, etc. Ses scènes de forêt sont exécutées avec vigueur et vérité, et il excellait à leur donner le charme d’une mélancolie toute particulière, 11 rapporta. d’un voyage en Italie de très-jolies études représentant les principaux sites de Naples et de la Calabre, et, suivant son habitude, animées par des groupesreproduisant les principales occupations champêtres du midi. Ses essais de peinture historique ne furent point, à beaucoup près, aussi heureux. Collins mourut à Londres, le 17 février 1847. I1 était membre de l’Académie royale.
COLLINS (WicLrau-WivriE), romancier, fils du précédent, naquit en janvier 1824, à Londres. Élevé dans une institution privée, il essaya du commerce, puis du doit, par déférence filiale uniquement; et aussitôt qu'il fut le maître, il embrassa la carrière littéraire, qui offrait pour lui un attrait irrésistible. Il débuta par la vie de son père (Life of W. Collins; 1848, 2 vol. in-S). Sous l’empire des souvenirs que lui avait laissés une excursion en Italie, il écrivit Antonina (1850), tableau historkque de la prise de Rome par Alaric. Abordant ensuite la peinture des mœurs contemporaines, il publia des romans, qui po: r la plupart obtinrent, avec un légitime succès de vogue, les honneurs de la traduction à l'étranger ; nous citerons : Basil (1853), Hide and seck (1854), After dark (1856), the Dead secret (1857), the Woman in white (1859-60), No Name (1862), Armadale (1866), {he Mocnstone (1868), Alan and wife (1870), Poor miss Finch (1872), et the New Magdalena (1873). M. Collins est un habile inetteur en œuvre, plus habile peut-être que Dickens, mais un romancier de second ordre, à le juger même d'après ses meilleurs ouyrages, la Femme en blanc et Armadale. Ses récits sont supérieurement intrigués, ils intéressent, ils piquent la curiosité du lecteur à la façon d’ure charade ou d’un prob ème d’arithmétique. C’est pourtant un auteur original, dont la populari'é se justifie par des qualités excellentes ; il a du style, de l'esprit, mais ses caractères n’out de vie que celle qu’ils empruntent du milieu où il les a placés. On à aussi de M. Collins quelques pièces de théâtre.
P, LOUISY.
COLLIOURE,, petite ville de France, dans le département des Pyrénées-Orientales, sur la Méditerranée, avec 3,632 habitants (1872) et une école d’hydrographie. Viile ancienne, nommée en latin Caucoliberum, elle est encore défendue par un château et plusieurs forts; mais elle a été, en 1867, déclassée comme place de guerre. On y fabrique des bouchons de liège, et l’on y pêche la sardine et Vanchois. Les environs produisent de bons vins rouges el des vins de liqueur, dits ceux-là Rancio et ceux-ci Grenache.
COLLISION. Ce mot, dérivé du latin collidere, ne s'ést employé longtemps que dans l'acception physique pour signifier le choc, le frottement de deux corps, qui s'opère avec violence. Maintenant on s’en sert dans une acception morale. C’est surtout aux plus violents débats politiques que le mot collision s'applique merveilleuse ment. Lorsque, au temps des Gracques, les patriciens et les plébéiens en vinrent aux mains, il n’y eut plus simplement seission comme lors de la retraite des plébéiens sur le mont Sacré, mais collision sanglante.
Collision s'emploie encore pour exprimer un violent désaccord entre deux autorités constituées : ainsi lorsqu'un arrêté préfectoral vient suspendre un arrêté municipal, il y a collision du préfet au maire. L'exercice intempestif du droit de dissoudre la chambre élective a amené plus d’une fois de regrettables collisions entre les pouvoirs.
COLLO (Coullou), ville d'Algérie, dans le département de Constantine, à 110 kilomètres à l’ouest de Bone et 335 kilomètres d'Alger, sur la baie de la Méditerranée qui porte le même nom. Elle a été construite par les Maures au pied d’une montagne, sur les ruines d’une ville considérable que les Romains avaient entourée de murailles, et dont l'enceinte, anciennement détruite par les Goths, n’a jamais été relevée. Un vieux château où les Turcs entretenaient autrefois une petite garnison, commandée par un aga, la domine du haut d’un immense rocher, La baie de Collo offre un abri contre les vents du nord-ouest. La population du territoire de Collo et des montagnes de Bouzarone est très-belliqueuse, et divisée en une infinité de tribus arabes et kabyles, jalouses de leur liberté et presque toujours en guerre les unes avec les autres.
Accoutumés depuis longtemps au commerce européen, qui trouva très-anciennement un accès dans ces parages, les habitants de Collo sont moins grossiers que ceux de l'intérieur des terres. Les premiers marchands qui y furent accueillis étaient des Vénitiens; puis vinrent des Génois, des Flamands, et enfin des Français. La compagnie française d'Afrique, dont le siège était à La Calle, y entretint jadis un agent à la tête d’un simple comptoir, qui dépendait du comptoir de Bone. Avant d’appartenir aux Turcs, Collo était une petite république assez puissante pour mettre en temps de guerre jusqu’à 10,000 hommes sur pied, assez jalouse de son indépendance pour la défendre contre les souverains de Tunis et de Constantine. Sa population est réduite (en 1866) à 1,391 individus, {ant Européens qu'indigènes. 11 s’y fabrique beaucoup de faïence, quoique l'industrie, la prospérité et l'étendue même de cette place maritime aient considérablement diminué depuis nombre d'années. Collo a été occupé, le 11 avril 1843, par les troupes françaises sous les ordres du général Baraguey d'Hilliers,
COLLOCATION. On emploie ce mot, dans la pratique, pour exprimer l’action par laquelle on range les créanciers d'un même débiteur dans l’ordre suivant lequel ils doivent être payés sur le prix de ses biens distribués en justice. On nomme é£at de collocation le procès-verbal qui est dressé par le juge et qui est terminé par une ordonnance de délivrance des bordereaux de col. location et de radiation des inscriptions des créances non utilement colloquées.