‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 389 sur 607 · CORNARO — CORNE · texte numérisé non relu

CORNARO — CORNE

#icon de Lessius. Au reste, si la sobriété est favorable à la prolongation de la vie, il fant croire qu’elle n’est pas si profitable aux facultés de l’entendement ; c'est du moins ce qu’on serait tenté d'inférer du livre de Cornaro, dont le style aqueux, flasque, tout au plus correct, ne dénote ni fécon- dité d'aperçus ni profondeur. D" Isidore Bourpon.]

CORNARO (Giovanni 1°) fut doge de Venise de 1625 à 1629.

CORNARO PISCOPIA (LucrezrA ELENA ), célèbre par son érudition, qui comprenait même les langues anciennes , la théologie et la philosophie, obtint en 1678 le diplôme de docteur devant la faculté de philosophie de Padoue, et était membre de la plupart des sociétés savantes de l’Europe, lorsqu’elle mourut, à l’âge de trente-huït ans, en 1684. Ses ouyrages ne justifient pas d’ailleurs la réputation si éclatante dont elle jouit de son temps. Ils ont été publiés par Bacchini, sous le titre de Opere e Vita di L. E. C. Piscopia (Parme, 1688), et se composent d’éloges emphatiques, de lettres, dediscussions, et aussi de quelques poëmes. Lucrezia LVornaro mourut sans avoir été mariée, et dans sa jeunesse elle portait même le costume des religieuses bénédictines.

CORNARO (Giovanni Il), élu doge de Venise en 1709, signa le traité de Passarowicz (1718), qui détermina les frontières respectives des États Vénitiens et de la Turquie.

CORNAROS (Vincenr), l'Homère de la Grèce moderne, naquit à Sitia, dans l’ile de Crète. On présume qu’il était d’origine vénitienne et qu'il florissait au seizième siècle. 11 est auteur d’un poëme divisé en cinq chants, et intitulé : Zrotocrilos, dont la langue a déjà tellement vieilli qu’il n’y a que les gens instruits qui puissent le comprendre, et dans lequel les Grecs modernes verront toujours un des plus précieux monuments de leur langue et de leur littérature. L’héroïsme de quelques caractères de ce poème, le feu de plusieurs descriptions de combats, la variété des aventures de son héros, l'emploi d’une langue à peine formée, l’obscurité dans laquelle sont restées sa naissance et sa vie, enfin, la gloire d’être aussi chanté par des rhapsodes, justifient jusqu’à un certain point les parallèles qu'on a établis entre Vincent Cornaros et l’immortel chantre de l'Odyssée. Denys Photinos, de Patras, a eu l’idée de rajeunir l’Erotocritos en ce qui est de la langue ; son travail a paru en deux volumes (Vienne, 1818 ); mais il n’a pu faire oublier l'original.

CORNE. Ce nom, dérivé du latin cornu, est très-usité, soit dans le style familier, soit dans le langage scientifique, pour désigner en général toute éminence placée sur la tête des animaux. Dans cette acception générale, on l’applique aux tentacules des mollusques, aux antennes des insectes et aux prolongements solides qui surmontent le front d’un certain nombre d'animaux vertébrés, et principalement des mammifères ruminants cérophores. Ce sont en effet les cornes de tous les animaux de ce grand groupe, dont les usages, la forme conique et la nature propre, ont fixé plus particulièrement l’attention des observateurs, qui ont servi de type à toutes les autres dénominations des parties qui semblent avoir quelque analogie avec elles. En anatomie comparée, on distingue les armes ou les ornements du front des ruminants, en bois et cornes. Les cornes des genres antilope, chèvre, mouton, bœuf, sont, comme les bois, des prolongements de l’os frontal, mais revêtus d’une couche de substance cornée qui n’existe pas dans le bois. Selon que Paxe où la cheville osseuse des cornes est pleine ou celluleuse, les ruminants cérophores ont été subdivisés par Latreille en plénicornes (antilopes) et en {ubicornes

(bœuf, mouton, chèvre). Les cornes de ces animaux sont appelées cornes creuses lorsque, faisant abstraction de leur cheville osseuse, on la compare aux éminences co-

niques du nez des rhinocéros. Celles-ci ont reçu le nom

de cornes pleines.

Selon les idées qu’ils avaient de leurs dieux , plusieurs peuples anciens les représentaient avec des cornes à la tête

(Jupiter-Ammon, Bacchus, Pan, les Satyres, Achéloüs), ou tenant une corne d’une main (Harpocrate, Sommeil ). Les cornes étant chez eux un emblème de force et de puissance, on conçoit qu’elles aient pu servir de caractère distinctif au dieu Pan, aux Satyres, au rival malheureux d'Hercule ( Achéloüs ), à Hercule lui-même, Il y a des statues de Bacchus qui portent aussi des cornes ; mais il n’est fait mention de ces cornes que dans les poëtes. [1 faut y voir également un symbole, une allusion aux effets du vin, à la force, à l'énergie, à la puissance qu'il donne à ceux qui en font un usage modéré. C’est de là que venait cette coutume des femmes des Spartiates d’orner le front de leurs maris, au moment de leur départ pour la guerre, d'une couronne de cornes. Très-certainement ils n'attachaient point d’autre idée à cet emblème honorable, et ils étaient bien loin surtout d'y voir le présage de la foi conjugale trompée. C’est cependant cette dernière allusion qui a prévalu chez nous, où l’on a tout à fait perdu de vue l’ancienne et véritable acception du mot. De là sont venues les façons de parler, triviales et populaires, où le mot de cornes est employé pour désigner l'atteinte portée par une femme à l'honneur de son mari, et l’épithète injurieuse de cornard, que l’on applique à celui qui est érompé.

On peut voir comment le sens figuré du mot corne se nuance dans les phrases ou les locutionssuivantes : à] est aussi étonné que si les cornes lui venatent à la téte, pour exprimer la surprise causée par quelque accident extraordinaire ; on prend les hommes par les paroles et les bétes par les cornes ; il n’a pas besoin qu’on lui donne un coup de corne pour lui donner de l’appétit, en parlant d’un goulu qui mange vite : donner un coup de corne, se dit d’un trait piquant lancé par un satirique contre quelqu'un; montrer Les cornes, c'est se mettre en état de défense; faire Les cornes à quelqu'un, c’est faire par dérision, avec deux doigts, un signe qui représente les cornes, et figurément se moquer de lui. Une femme fait porter des cornes à son mari quand elle le fait cornard.

Par suite, on a donné le nom de corne à des substances dont la matière a de l’analogie avec celle des cornes des ruminants ( voyez CorNé); c’est ainsi que le sabot du cheval, de l’âne, etc., est regardé comme de la corne.

Cornes signifie encore, 1° en termes de marine, une vergue qui appuie sar le mât, et l’embrasse par une de ses extrémités ; 2° la raie blanche qu’on voit sur la tranche d’un cuir mal tanné lorsqu'on le fend ; 3° un pli fait à un feuillet d’un Hvre; 4° le fruit du cornouiller.

Cornes est le nom 1° de divers ornements en architecture, 2° des angles d’une pâtisserie (talmouse) , 3° d’une sorte de saillie de bonnet des ecclésiastiques, d’un bonnet à trois cornes ou d’un chapeau dit à trois ou quatre cornes, enfin des angles saillants que présentent certains objets, corame les cornes d’un croissant.

Quelques personnes font des cornes aux livres pour marquer les endroits qu’elles veulent retrouver. C’est une mauvaise habitude : le pli du papier ne disparait jamais.

En anatomie humaine , les cornes du cartilage thyroïde, les cornes du coccyx, les cornes du sacrum, sont des éminences apophysaires; les cornes de la matrice sont les trompes utérines.

On qualifie particulièrement de bétes à cornes les bœufs, les vaches et les chèvres, par opposition aux brebis et aux moutons. .

En termes de fortification, un ouvrage extérieur composé de deux flancs assez longs s'appelle ouvrage à cornes. L. LauURErr.

Le mot corne s'entend quelquefois d'une hauteur d’un angle, d’un coin. Les Hébreux donnaient spécialement le nom de cornes aux angles de l'autel des holocaustes ; il y avait en outre aux quatre coins de l'autel des cornes ou éminences, auxquelles étaient attachées quatre chaînes, d’où pen-

dait la grille de l'autel. La corne marque aussi dans l'Écriture la gloire, l’éclat , les rayons ; par exemple, on dit que le visage de Moïse était environné de cornes , et c’est ainsi, en effet, queles peintres ont coutume de le représenter.

A lexemple des anciens, qui se servaient souvent de cornes, surtout de cornes de bœuf, en guise de vases dans les festins ou les sacrifices, l’Écriture donne le nom de cornes aux vases où l’on mettait l'huile, les parfums.

Dans les auteurs profanes, on donne quelquefois aux flèches où aux dards le nom de cornes, parce qu’autrefois on les armait de cornes. Plusieurs peuples garnissaient de cornes le bout de leurs dards; et le centaure Dorylas était armé de deux cornes de bœuf au lieu de javelots.

Le mot corne, pris dans l’acception de promontoire, de bosse ou d'avancement, a été transporté dans la géographie. Un cap de l’Éthiopie, au-dessus de l'Égypte, du côté de l'est, dans la partie septentrionale des côtes de l’Aranie, appelé aujourd'hui cap du Midi, ou cap des Bosses, avait autrefois nom Nofi Cornu ou Notu Heras. Ptolémée fait mention d’une ville de l'Asie Mineure nommée Corne (Korné). Les trois pointes les plus élevées des chaînes de montagnes dont le Groenland est hérissé, et qui se distinguent à la distance de 100 ou 120 kilomètres en mer, se nomment Cornes des cerf. Edme HÉREAU.

CORNE (Technologie). }.\ corne, sous le rapport de la composition chimique, est analogue à la matière des poils, des ongles, du tissu dérmique, Nous ne nous occuperons spécialement ici que de la corne que nous fournissent les races bovines, la seule qui offre un grand intérêt dans les arts de la tabletterie, du tourneur, du boutonnier, du faiseur de peignes, etc., etc. Les cornes que l’industrie emploie presque exclusivement sont celles des bœufs, des vaches et des buffles. L’Irlande à été de temps immémorial réputée pour la belle qualité de sa corne blonde; non-seulement les cornes de ce pays sont de grande taille, mais on les trouve encore susceptibles de mieux s’étendre, de recevoir un plus beau poli et de se mieux teindre que les cornes des animaux de plusieurs autres contrées.

La préparation donnée à la corne par le cornetier consiste à la faire macérer dans l’eau pendant plus ou moins longtemps, suivant sa densité ou sa sécheresse plus ou moins grande, ce qui dépend principalement de l’âge et du degré d’embonpoint de l’animal qui l’a fournie. Souvent cette macétration doit durer quinze et même vingt jours, après quoi, les cornes étant retirées de l’eau, on les saisit par la pointe, et, au moyen d’une forte et brusque agitation, on détache le tube corné du noyau osseux qui y était fortement adhérent avant que l'espèce de fermentation putride qu'a subie pendant la durée du trempage la matière animale, naturellement interposée entre le noyau et la corne, eût en partie détruit ce tissu cellulaire. Les cornes étant ainsi débarrassées de la substance osseuse, on les tient pendant quelques minutes dans l’eau bouillante, et on les scie longitudinalement. Les deux moitiés, étant ainsi séparées, sont de nouveau soumises à l’ébullition, et elles se ramollissent; c’est le moment de les aplatir en les étendant. Pour en dresser exactement les surfaces, on les place sur un plan bien régulier, et on les presse fortement entre ce plan et une plaque polie. Après sa dessiccation, la corne a conservé le niveau de surface qu'on lui a fait affecter.

1 s’agit maintenant de diviser cette plaque en feuilles minces. Il y a pour cela deux moyens, qui consistent soit dans l'emploi d’un ciseau d'acier tranchant, à l’aide duquel on refend la corne, soit dans une énorme pression exercée sur les plaques. Dans ce cas, la feuille gagne en surface tout ce qu’elle a perdu en épaisseur. Pour arriver plus facilement au résultat cherché, et en moins de temps, on peut tenir dans l’eau bouillante, ou à une température un peu au-dessus, les plaques entre lesquelles la corne se trouve pressée. Après plusieurs pressions et ramollissements suc-

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