CORPS D'ARMÉE — CORPS FRANCS
LA des inconvénients aussi graves qu'ils sont inévitables : la difficulté de faire mouvoir ces grands corps et de trouver un terrain assez étendu pour les faire manœuvrer, la difficulté, plus grande encore, de faire subsister un aussi grand nombre de chevaux réunis dans un petit espace. L’à-propos de bien des charges utiles dans le courant des batailles manqua. Les régiments se fondirent par les fatigues et les disettes inséparables de leur agglomération , et la cavalerie, souvent renouvelée, souffrit dans son instruction. G“! G. DE VAUDONCOURT.
CORPS DE DÉLIT,. C'est la constatation légale du fait incriminé. Ainsi le vol est constaté par la découverte de la chose volée; dans le cas d’homicide, on acquiert la certitude du crime par la représentation du cadavre de la personne tuée, portant des marques apparentes de blessures, des vestiges de la violence exercée sur elle; caractères ordinaires de l’assassinat. Il n'est pas toujours nécessaire que le corps matériel du délit soit représenté, et c’est dans ce sens que D’Aguesseau a dit que le corps du délit est le délit même dont l'existence serait établie par le témoignage de témoins dignes de foi, concordants entre eux, fermes et persévérants dans leurs dépositions , incapables de variations et attestant à la justice qu’ils ont vu commettre un assassinat. Mais ce mode de suppléer la représentation du corps de délit cède en faveur de l'accusé aux moindres hésitations des témoins, aux plus légères preuves de suspicion qui s’élèvent contre eux. Car la preuve, en matière criminelle, doit être pleine et entière. Sous l'empire de l’ancienne législation, le même magistrat pouvait constater le corps de délit, diviger l'information et prononcer le jugement. Celle qui nous régit actuellement est plus conforme aux principes de justice et d'humanité : le corps de délit ne peut être constalé par un magistrat unique, hors le cas de flagrant délit, Le juge d'instruction doit être assisté du procureur impérial ; tous deux concourent simultanément aux actes d’instruction.
CORPS DE GARDE, local occupé par une garde, bâtiment attenant à un plus grand édifice, ou quelquefois indépendant et isolé, servant à recueillir et à abriter les soldats de garde pendant le temps que dure leur service. Un corps de garde se compose ordinairement de trois pièces : 1° de la chambre ou du cabinet de Pofficier, modestement meublée d'un vieux fauteuil de cuir à la Voltaire, d’une ou deux chaises, d’une table boîteuse et d’un réchaud ou poele de faïence ou de fonte ; 2° d’une grande chambrée pour les soldats : c’est le corps de garde proprement dit, garni dun lit de camp en fortes planches, muni de ses matelas étiques; d’une longue table, tailladée profondément de temps imimémorial, en tous sens, par les couteaux 6isifs des hommes de garde, et flanquée de deux bancs, peu solides, d’égale longueur, avec un fallot ou lanterne pour les rondes, muni de vitres en corne, un chandelier de cuivre, de fer blanc ou de bois, une scie, une hache, un balai, plus un râtelier pour recevoir les fusils, qui le jour cependant, quand ie Lemps est beau, sont parfois exposés aux regards du publie, sur un autre râtelier, placé extérieurement, sous la garde de la sentinelle du poste; 3° enfin, d’une prison, bien connue des ivrognes ct des coureuses de nuit, qui l'ont baptisée du nom vulgaire de violon.
Les corps de garde des places de guerre sont en général plus remarquables sous le rapport architectural, plaisent plus à l'œil, et ont à l'extérieur plus d'apparence. Presque toujours sous le péristyle qui les précède, le poste veut se tenir sous les armes à l'abri des intempéries de l'air, Sous Louis-Philippe, on a fait murer solidement et percer de meurtrières la plupart des postes de Paris.
Au corps de garde ies soldats jouent, plaisantent ou dorment. Les plaisanteries de corps de garde, qui ne se piquent pas d’atticisme, ont donné leur nom à toute raillerie grossière, basse et sale.
CORPS ÉTRANGERS, terme de pathologie, par le-
quel on désigne les corps venus du dehors ou formés dans l'intérieur même d’un animal vivant, qui ne font point partie de son organisation. A ce titre, tous les matériaux émanés dusang, urine, bile, pus, sérosité, etc., et le sang luimême qui se déposent hors de leurs voies naturelles et s’y décomposent, ou qui forment des concrétions on des calculs dans leurs canaux et leurs réservoirs naturels, sont des corps étrangers. {1 faut ranger dans la même catégorieles vers intestinaux, les hydatides, et généralement tous les animaux qui ne peuvent vivre que dans les viscères ou dans les tissus mêmes d’autres animaux vivants. Enfin les kystes, les substances squirreuses, cancéreuses, tuberculeuses des lésions organiques , peuvent être considérés comme des corps étrangers formés à l’intérieur de l'animal.
Les corps étrangers venus du dehors peuvent être dangereux par leur action chimique ou par leur action mécanique. Les caustiquesetles poisons sont dans le premier cas; il en est quelquefois de même de la poussière ténue que les ouvriers de certaines professions sont obligés de respirer. Les balles et autres projectiles qui peuvent pénétrer an sein des tissus organiques nous donnent un exemple d'action mécanique. Beaucoup d’autres corps étrangers peuvent s’introduire dans les yeux, les oreilles, les cavités nasales , gutturales, etc. L'extraction de ces corps est du domaine de la chirurgie, qui varie ses procédés suivant leur nature et leur situation. Cette extraction n’est pas toujours possible. Heureusement on voit souvent les corps introduits plus ou moins violemment au sein de nos parties y développer des phénomènes tendant à les chasser et à remédier aux accidents qu’ils ont produits. La douleur et le dérangement des fonctions qui se manifestent sont suivis de symptômes inflammatoires quisouvent déplacent l’objet dont la présence est nuisible. Quelquefois cependant des corps étrangers, tels que des balles , des morceaux de vêtement, séjournent très-longtemps dans l'épaisseur des chairs sans provoquer aucun accident. Abstraction faite des propriétés des corps qui les occasionnent, les désordres qui se présentent sont proportionnés à la sensibilité des parties où le corps étranger s’est introduit et à l'importance des fonctions qu’elles remplissent.
CORPS FRANS. Ce nom a disparu des armées françaises depuis 1793, lors de l’embrigadement des compagnies et des légions franches qui avaient été créées en 1792, au commencement de la guerre de la première coalition. Les corps francs revinrent un instant en 1814 et 1815; mais la précipitation et les vices de leur organisation empéchèrent qu’on en tirât tout le service qu’ils auraient pu rendre.
Les compaynies et les Zégions franches étaient des corps qui n’appartenaient pas au cadre constitutif de l’armée permanente, Levés en temps de guerre, ils étaient licenciés à la paix. L'origine des compagnies franches remonteà Louis XF. Sous ce règne, et jusqu’à celui de Louis XIII, les villes, outre les sommes qu'eiles donnaient pour l'entretien des troupes, entretenaient à leur compte des compagnies appelées franches, qui étaient chargées de leur défense particulière. En temps de guerre, ces compagnies allaient joindre les armées, et à la paix elles revenaient tenir garnison dans leurs villes. Pendant ce service extraordinaire , elles étaient également à la charge de leurs communes. De là est venu sans doute l'usage d'appeler corps francs de pelits corps de troupes légères , levés pour la guerre seulement, et dont l'entretien
* n'était pas à la charge du gouvernement. Lorsque, sous
Louis XIV, les villes ne formèrent plus de compagnies franches , l'entretien de celles qu'on employait était abandonné aux ressources des contributions et du pillage, qui n'épargnait pas plus les pays amis que es ennemis. On les composait en grande partie de gens sans aveu et de Afserteurs ennemis , ce qui tendait encore à augmenter tes devas-
tations et les brigandages de ces pirates. L'état actuel de la civilisafionne permet plus desouffrir à la suite des armées des troupes de bandits, dont la présence et l’exemple ne sont pas sans danger pour la discipline; le droit des gens, mieux connu et plus respecté , ne permet plus de dévaster les pays que les armées parcourent. Ces deux causes paraissent avoir le plus puissamment contribué à la suppression des corps francs , et l’ont emporté sur leur utilité réelle. Cependont, cette dernière considération aurait dû entrer en balance , et on aurait pu se contenter d’en corriger l’organisation , soit par le choix des hommes et par la règle disciplinaire auxquelles ils seraient assujettis, soit en en faisant des corps permanents, auxiliaires de l'armée.
Un des soins les plus importants d’un général en chefest de veiller d’un côté à la conservation de ses magasins, à la Hbre circulation de ses convois, à la continuité de ses communications avec sa base d'opérations; de l’autre, d’inquiéter et de gêner le plus qu’il peut les convois, les maga- ‘sins et les communications de l’ennemi. Pour y parvenir, de même que pour diriger ses opérations , il a besoin d'être exactement informé des projets et des mouvements de l’enmemi, et il ne saurait mieux atteindre ce double but que par des corps détachés, assez forts pour se défendre contre un détachement ordinaire, mais assez peu nombreux pour passer partout, se glisser au travers des postes ennemis sans être aperçus, et se retirer de même après avoir rempli Jeur mission. L’espionnage est bon pour connaître les projets de l'ennemi, et pénétrer, pour ainsi dire, dans le secret du cabinet de son général. Mais pour juger convenablement de la force et de la direction de ses mouvements (d’où il est facile d’en déduire le but), une reconnaissance bien faite vaut beaucoup mieux , surtout si elle peut s'étendre sur ses flancs et sur ses derrières. 11 est évident qu'un corps destiné aux opérations délicates que nous venons d'indiquer a besoin non-seulement d’être commandé par un chef instruit et intelligent, mais même que les individus qui le composent soient dressés et exercés an service qu'ils doivent faire, et en acquièrent la pratique. Ji en résulte que des détachements temporares, formés au moment du besoin, sont en général peu propres aux missions qu’ils doivent remplir, et le sont certainement beaucoup moins que des corps permanents , créés ct organisés à cet effet. Plus une armée est composée de jeunes soldats, moins elle est manœuvrière, et plus elle a besoin de ces curps détachés qui en harcelant et inquiétant l’ennemi dans toutes les directions, le contraignent à unc guerre de postes et de détail.
Ces considérations, qui doivent démontrer l'utilité et la nécessité même des corps francs, sont précisément celles qui en inspirèrent la création, au commencent de 1792. Le décret du 31 mai apporta une heureuse modification à la formation en usage jusque alors. Recevant la solde , l'habillement et les vivres des magasins de l'État, tout prétexte d’exaction et de pillage avait été écarté. Mais elle avail laissé subsister un vice qui fut la cause que la plupart ne rendirent que de médiocres services : ce fut celui d'y admettre des déserteurs étrangers, qui étaient même de préférence encadrés dans ces corps. Un coup d’œil rapide sur le service qu'ils devraient faire suffira pour le démontrer. Dans les guerres qu se font hors de notre pays, leur devcir est d’éciairer les marches de l’armée, en visitant le terrain que les colonnes doivent parcourir; de s’introduire dans les intervalles des points occupés de ia ligne ennemie, afin d'inquiéter ses communications et ses convois, et d'agir, s’il se peut, contre ses magasins; d'occuper ies intervalles des points de notre ligne, afin d'empêcher l'introduction des troupes légères ennemies, et de couvrir nos magasins ef nos
* convois, Dans ies guerres qui se font dans notre pays, ils doivent encore flanquer les mouvements de l'ennemi , inquiéter les derrières de ses positions , attaquer ges lignes