CORSAIRE
Sur la côte septeutrionale de l'Afrique, non loin de la plage où l’on trouve aujourd'hui les ruines de Carthage, une tribu, sortie des sables de l’Arabie, s’était établie et avait fondé sa ville près d’une baie. Le voisinage de la mer les rendit marins ; la différence d’origine et de religion en fit des ennemis du nom chrétien ; la soif du pillage, inhérente au sang maure, les arma en course, et bientôt on vit s'élever sur tous ces rivages plusieurs petits États qui grandirent en s’enrichissant des dépouilles de l’Europe. Des rangs de ces forbans sortirent quelques hommes dignes de commander à des nations; les Barberousse avaient fait leurs premières armes avec les corsaires ; ils prirent l’autorité suprême, organisèrent une police vigoureuse au milieu de ces hommes accoutumés à n'obéir qu’à leurs caprices ; et Alger, Tunis, Tripoli, devinrent la terreur de la chrétienté. Etrange association, qui n’exista dans la suite que parce que les puissants États de l’Europe ne savaient comment la remplacer, et qui pourtant venditchèrement à tous les rois l'assurance dene pas piller leur commerce. La conquête d’Alger a lavé l'Europe de cet opprobre. La civilisation moderne annoncerait-elle par ce signe qu’elle veut effacer la course du droit des nations?
En France, c’est parmi les corsaires que la marine compte ses plus grands hommes : Jean Bart, Tourville, Duguay-Trouiu avaient débuté par faire la course sur des bâtiments de commerce, et ils n’achetèrent qu’à force d’exploits le droit d'illustrer la marine royale ; cependant, c'était alors le beau temps de cette dernière. Les flottes de Louis XIV disputaient l'empire des mers aux Anglais et à la Hollande ; mais elles ne jetèrent qu’un éclat éphémère, et il ne sortit de leur école qu’un petit nombre de marins distingués. On s'étonna de cette différence; et quand la Révolution française eut porté le coup de mort à la noblesse, on prétendit trouver dans l’histoire la preuve que la marine marchande suffisait à remplacer honorablement les officiers émigrés de la marine de Louis XVI. Fatale erreur! Les hommes qui ont guidé notre marine, par ignorance où à dessein, ont tous fermé les yeux sur ses intérêts et sur sa gloire; ils mavaient appris son histoire que dans de ridicules déclamations. Sous Louis XIV et sous Louis XVI la course était la véritable école du marin ; elle avait dù produire des hommes du plus grand mérite : l'intérêt privéles forçait à comprendre leur art dans toutes ses ressources , étude que dédaignait la Marine royale; et en même temps les combats continuels qu'ils avaient à livrer leur apprenaient la guerre. Mais il ne faut pas confondre ces audacieux corsaires avec la marine marchande en général , et les désastres de la Révolution et de l’Empire ont donné un sanglant démenti à foutes ces théories babillardes. Duguay-Trouin eut le courage d’un soldat et les talents d’un général : son expédition contre Riode-Janeiro restera longtemps comme un modèle de descente en pays ennemi; mais Duguay-Trouin s'était formé au milieu des combats. Cassart, que lui-même appelait le premier bommwe de mer de la France, et sous l'Empire le brave Surcouf, commencèrent comme lui, et comme lui s’illustrèrent dans cette carrière. Le grand nombre de vaillants corsaires que la France peut citer après eux donne le droit de conciure que la guerre de course est éminemment dans le caractère français. Les corsaires tentent rarement de longues expéditions, ils sont faits plutôt pour les coups de main, où l'audace est la qualité la plus nécessaire, et l’on sait que l'audace ne mangue pas à notre nation.
Enfin, presque sous nos yeux, un grand peuple à fondé sa nationalité et son commerce avec la protection de ses corsaires. Lors de la déclaration de leur indépendance, les États-Unis n'avaient que des corsaires pour marine nationale; mais la haine qui brlait dans toutes les âmes les poussa à d’audacieux exploits. Le plus remarquable fut Paul Jones, dont le nom resta longtemps l’exécration de l’Angleterre : dans son roman intitulé Le Pirate, Cooper a retracé les actes de cet homme extraordinaire. Chez les Amé-
ricains, tout favorisait la course, et leurs rivages semés d’ilots et de criques , et la faiblesse de leur commerce maritime, et l'éloignement de leurs ennemis.
Ce sont les corsaires de tous les pays qui ont porté les plus grands coups à la puissance des Espagnols dans les colonies ; comme si la haine universelle que souleva la première conquête avait imprimé sur leur postérité un stigmate ineffaçable. Les premiers germes de révolution étaient à peine éclos dans les vastes empires du Mexique et du Pérou, que soudain l’on vit apparaître dans les golfes de Honduras et du Mexique des milliers de corsaires. L'ile de Barataria était leur quartier général; les exilés de Saint-Domingue, tous les Français que les armes de lAngleterre avaient chassés de la Martinique et de la Guadeloupe, s’y rendirent en foule, et organisèrent une nouvelle république dont le commerce espagnol fit les frais. Les localités leur étaient favorables : en face de La Havane, la plus riche capitale de l'empire colonial des Espagnes, s'étend le vaste banc de Bahama, immense archipel d'ilots, de rochers, d'écueils, de hauts-funds, entrecoupés de canaux où doivent passer les navires destinés pour l’Europe; le marin pratique de ces parages trouve partout un abri pour un bâtiment léger, et de là le corsaire fond à l’improviste sur les navires sans défense. Les ennemis de l'Espagne ont su profiter de la connaissance des lieux, et peut-être, grâce à leurs attaques, le nom espagnol ne sera bientôt plus qu’historique dans le Nouveau-Monde.
La différence qui existe entre le corsaire et le pü'ate, c'est que celui-ci attaque et pille indifféremment tous les navires qu’il rencontre, tandis que le premier ne fait main basse que sur ceux des nalions ostensiblement en guerre avec la nation qu’il a choisie. Quand une guerre maritime se déclare, le gouvernement délivre aux particuliers des lettres de marque ou permissions de courre sus aux ennemis. L’äpreté du gain donnant lieu à d’horribles cruautés, il assujettit ses nouveaux auxiliaires à un code de lois, comme pour justifier ce genre de guerre aux yeux des autres nations: c’est la loi qui décide aujourd’hui de la validité desprises, et qui en règle le partage entre le gouvernement, les armateurs et les équipages des navires. Louis XIV, à Pépoque où sa marine déclinait, alla même jusqu’à confier ses vaisseaux aux corsaires, entrant pour le tiers dans le partage du gain. Louis XV suivit quelquefois cet exemple. Enfin, tous les gouvernements qui se sont succédé jusqu’à nos jours, alléchés par lodeur du pillage, ont sans cesse modifié la législation de la course et surtout celle des prises : il en est résulté un monstrueux amas de décrets, de lois, d'ordonnances. En général, en France, tout ce qui tient à Ja marine est administré d’une manière ténébreuse, de telle sorte qu’on pourrait douter qu'elle soit organisée dans le but de défendre le littoral et de protéger le commerce; mais, au milieu du chaos des lois qui concernent les prises, les décisions sont tellement arbitraires que le plus grand ennemi qu'ait aujourd’hui à combattre le corsaire, c’est l'administrateur, qui profite de mille arrêts contradictoires pour le frustrer de son salaire.
La guerre de course à un caractère particulier, qui demande des qualités spéciales dans les hommes qui la tentent et dans les navires qu’ils emploient. Attaques promptes, inopinées, reconnaissances audacieuses, fuites rapides, descentes soudaines, voilà ce que se propose le corsaire; il doi donc être marin consommé, intrépide jusqu’à la témérité, avoir une grande connaissance des lieux, des éléments. L navire qu’il a sous ses pieds doit être léger à la course, fa< cile et prompt dans les évolutions, et cependant chargé d'’artillerie et rempli d'armes. Les hommes auxquels il commande doivent être des matelots déterminés, endurcis aux fatigues et aux dangers; la vie qu’ils mènent leur fait contracter un caractère énergique, insouciant, toujours pré. à se jeter au milieu de tous les dangers dès qu’on leur parle
de butin et de gloire. Surcouf, de Saint-Malo, s’est fait sous l'Empire une réputation extraordinaire en ce genre. A dixneuf ans il était devenu amoureux de la fille d'un riche armateur ; le père la lui refusa, parce qu'il était sans fortune. « Il vous faut de l'argent, lui dit Surcouf, vous en aurez! » I s’embarque sur un corsaire, devient bientôt capitaine, et gagne à force de courage la femme qu'il aimait et une fortune de plus de deux millions. 11 savait enchatner à sa destinée les meilleurs matelots en flattant la prodigalité et toutes les passions de ces hommes excessifs. Quand il était sur le point de partir, il se rendait dans les cabarets, dans les tavernes où se tenaient les hommes qu’il voulait enrôler, « Eh quoi ! leur disait-il, un matelot de Surcouf boit du vin bleu? — Nous n’avons plus d'argent, capitaine. — Plus d'argent, coquins! Vous ne savez donc plus comment on en gagne ? Allons, de l'or ! du vin! des femmes ! des équipages ! Un matelot de Surcouf doit mener le train d’un prince, » — Et il faisait pleuvoir au milieu d’eux des poignées d’or, et l'orgie renaissait bruyante et furibonde, et les matelots de Surcouf brüûlaient le pavé de la ville dans des voitures à huit chevaux, et les amis, les maîtresses, partageaient le trésor, èt quand l'or avait disparu, le matelot payait son capitaine en courant avec lui de nouveaux hasards.
Th. PAGE, vice-amiral,
CORSAIRE, nom que les marins donnent à l’épervier.
CORSE (Département de la). Formé de l'ile de Corse, il est situé dans la Méditerranée, entre 41° et 430 de latitude septentrionale, et 6° et 7° de longitude orientale. Au nord il est séparé de la Sardaigne par le détroit de Bonifacio; sa distance moyenne de la côte orientale du département du Varest d’environ 17 myriamètres; sa pointe septentrionale est à 80 kilomètres de la côte méridionale de la Toscane: sa plus grande longueur, entre les deux pointes extrêmes sud et nord, est de 183 kilom.; sa plus grande largeur , entre Sagone et Aléria, est de 84 kilomètres.
Il est divisé en cinq arrondissements, dont les chefslieux sont Ajaccio, Bastia, Calvi, Corte, Sartène, et compte 62 cantons, 364 communes et 258,507 habitants (1872). Il envoie 5 députés à l’Assemblée. 11 forme le 30° arrond. forestier, le ressort de la cour d’appel de Bastia, la 17e division militaire, et dépend de l’Académie d’Aix; par exception, ilest partagé en deux subdivisions. La Corse forme aussiledfocèse d’Ajaccio, suffragant de l’archevêché d’Aix. Il comprend 1 lycée, 3 collèges communaux, 1 institution secondaire libre, 350 écoles primaires et 6 salles d'asile. Le degré de l'instruction y est fort bas : on n’y trouve que 76,328 personnes sachant lire et écrire, un peu plus du tiers de la population totale.
Sa superficie est de 874,745 hectares, dont 371,044 en terres labourables ; 347,516 en landes, pâtis, bruyères; 132,928 en bois; 31,551 en cultures diverses; 16,113 en vignes, etc. On y compte 36,861 bâtiments consacrés à l'habitation, 1,085 moulins, 27 fabriques, manufactures et usines, et 2 forges à la catalane. Il paie 177,673 francs d'impôt foncier.
Les plus importants de ses cours d’eau, qui souvent se trouvent complétement à sec, sont le Golo, le seul de tous qui soit nivigable, et le Tavignano sur la côte orientale, 'e Liamone et le Taravo sur la côte occidentale.
Des chaînes de montagnesse prolongeant dans la direction du sud-ouest au nord-est occupent la partie méridionale de l’île, et présentent à l’onest de vives saillies en forme d’écucils, tandis que leurs extrémités septentrionales s’abaissent insensiblement en formant une succession de collines, qui disparaissent même complétement à une certaine distance des côtes. Ce n’est qu’au centre que s’élève une massive chaine de montagnes, sur lesquelles on trouve assez souvent un petit lac rempli de truites. Couvertes de plantes aromatiques et rouges de fraises pendant la saison, ces montagnes forment le point de partage entre les différents bassins, et