CORSE
contre des partis pour les élections a eu le même résultat ; les deux populations de Piela et de Canale sont en hostilité depuis plusieurs années; et l’église, qui se trouve commune à ces deux hameaux, n’est plus fréquentée que par les femmes, qui ont adopté séparément leur côté; dans l'arrondissement de Sartène , à Arbellara, deux familles d’une parenté assez rapprochée, les Forcioli et les Giustiniani sont en inimitié depuis quinze ans, el chacune a sa maison crénelée et défendue par de bons murs d'enceinte. En février 1851, le docteur Malaspina de Lunio, dont le fils avait tué un vieillard qu lui avait refusé sa fille, est assassiné dans la diligence faisant le service des dépèches; il périt sous les coups de six hommes armés, qui venaient d'apprendre que son fils, condamné à six ans de prison, avait obtenu une remise de trois ans, Trois ou quatre jours plus tard, à peu près sur le même point où un cantonnier nommé Pinelli venait d’être tué par le fameux bandit Massoni, deux hommes soupçonnés d’avoir donné des renseignements à la gendarmerie sont frappés à mort. « En outre, ajoutait le rapport, le goût et l'habitude des armes condamnent la population à l'oisiveté; la plus grande partie de la Corse est en friche, et les travaux des champs y sont exécutés par des milliers d’Italiens, de Lucquois, dont le nom est passé à l’état d’injure et qui viennent tous les ans prélever la dîime que la fainéantise doit au travail, Le nombre des bandits est considérable. Quelquesuns sont à l’étranger et la plupart en Sardaigne, maïs à cause de leurs fréquentes incursions ils peuvent être comptés comme présents dans l’île; les autres, pour emprunter le langage du pays, tiennent la campagne. Ce n’est pas une armée de malfaiteurs, ayant des chefs et luttant en guerre ouverte avec la société : s’il en était ainsi, une bataille en aurait promptement raison. Le bandit vit seul dans un rayon déterminé, et trouve sa force dans son isolement. Les accidents du terrain, l'épaisseur des maquis la terreur qu'il inspire , les secours et la sympathie des populations, labdication surtout de l'autorité, tout lui vient en aide et assure sa domination. Et tandis qu’il est insaïisissable dans sa retraite, des avis secrets lui indiquent les mouvements de la force publique pour qu’il l’évite, et de ses ennemis pour qu’il les trouve. Pour tout dire, les bandits prennent des arrêtés qui sont affichés et obéis, frappent des contributions qui sont payées; ils pèsent sur les élections, sur les contrats civils, sur les témoins, souvent même sur les agents subalternes de l'administration et de la justice. Nulle part la parenté n’est plus étendue et ne traverse sans être altérée des positions plus diverses qu’en Corse; nulle part aussi elle ne crée plus de droits et d’exigences… Le patronage descend ainsi, par une échelle sans fin, des positions les plus hautes aux plus basses, et de là remonte à son point de départ. »
« On rencontre souvent, dit M. le docteur Donné , des hommes bien élevés, de bonne compagnie, qui ue font pas de difficulté pour vous dire : « Mon frère, qui est bandit, » car un bandit corse est un homme qui s’est venye d’une injure, non suivant les lois écrites, mais suivant les lois de l’honneur telles qu’on les entend dans son pays. Sa situation ressemble à celle d’un homme qui chez ous a tué honorablement son adversaire en duel. Le bandit corse est criminel aux yeux de la loi, et trop souvent il ajoute d’autres crimes au premier, pour se défendre contre les poursuites dont il est l’objet; il n’est pas déshonoré. La vie aventureuse qu’il mène, la manière dont il est obligé de payer de sa personne, le courage, l'audace, la ruse qu’il déploie, frappent les imaginations, intéressent à ses périls, et en font bientôt une sorte de héros mystérieux , une véritable puissance, exerçant au loin son influence. Aussi personne n’est fâché , du petit au grand, d’être bien avec quelque bandit, de lavoir pour parent, pour ami;on le ménage, on le sert en secret pour pouvoir s’en servir à l’occasion, » « Qu'un se figure, ajoute le rapport que nous avons déjà cité, un
jury composé de parents et d'amis des malfaiteurs, partageant leurs idées, leurs besoins, leurs préjugés. Placés dans les mêmes conditions que les accusés, les jurés auraient fait comme eux. Comment frapperaient-ils avec vigueur, lorsque intérieurement ils approuvent.? L'institution du jury en Corse a eu deux résultats parallèles, l’angmentation des crimes et l’énervement de la répression. »
A la fin de la session-de 1853, le corps législatif a adopté
un projet de loi interdisant le port d'armes en Corse. : - La Corse s’appelait Æyrnos dans l'antiquité. Ses premiers habitants étaient de race ligurienne. Les Étrusques, après s’étré emparés des côtes, y fondèrent des villes de commerce. Plus tard, l’île passa au pouvoir des Carthaginois, qui à la suite de la première guerre punique (238 av. J.-C.) durent en abandonner la possession aux Romains. La dure oppression à laquelle les Corses étaient soumis par les gouverneurs que leur envoyait la république provoqua une révolte, qui ne put être complétement comprimée qu’au bout de sept années de luttés sanglantes (236-220). Plus tard Marius, puis Sylla établirent des colonies romaines sur les côtes. Sous les empereurs, la Corse parvint à un haut degré de prospérité; elle comptait alors trente-trois villes entourées de murailles, et dont quelques-unes étaient le centre d’un riche commerce. Sylla fit rebâtir Aléria, fondée par les Phéniciens; sa population devait dépasser 40,000 âmes,
Dans l’antiquité, les Corses jouissaient déjà du plus mauvais renom, à cause de leur caractère. Les Romains n’en voulaient pas même pour esclaves, et le bannissement en Corse était une de leurs plus sévères dispositions pénales, À partir de l’an 456 de notre ère, la Corse eut singulièrement à souffrir des invasions réitérées des Vandales, sous la domination complète desquels elle tomba en 470. Bélisaire expulsa les Vandales en 533, et depuis lors Pile obéit alternativement aux empereurs grecs et aux Goths. Les Lombards pillèrent ses côtes en 580. En 754 les Francs s’en rendirent maîtres. Sous leur domination , elle eut beaucoup à souffrir, à partir de 806, des invasions des Sarrasins, qui en firent la conquête en 850 et en restèrent les maîtres jusqu'au commencement du onzième siècle , époque où les Pisans s’en emparèrent. C’est aussi vers ce temps-là que Pile fut divisée en divers petits fiefs. En l’année 1002 les Corses se révoltèrent contre la tyrannie des petits barons, et se donnèrent une espèce de constitution représentative, sous l'autorité de quinze caporali, produit de lélection. A partir de 1077, ils reconnurent Grégoire VII pour leur souverain, Urbain JE confia l'administration de l'ile aux Pisans, qui ÿ créèrent diverses institutions sages et utiles, Mais en 1284 les Génois, ayant détruit, à Melloria, la puissance navale des Pisans, conquirent successivement les différentes parties de la Corse; et en 1300 Pise dut leur en faire la cession formelle. Ce ne fut toutefois qu’en 1387 que les Corses consentirent à reconnaitre la souveraineté de Gênes. Provoqués continuellement à la révolte par le système oligarchique du gouvernement génois, on vit depuis lors les partis génois, aragonais et national continuellement lutter en Corse avec des succès alternatifs.
En 1729, les Corses ayant pris les armes contre Gênes, celle-ci invoqua en 1730 le secours des armes impériales, et parvint ainsi à comprimer bientôt l'insurrection. Cependant dès 1736 un aventurier, appelé le baron Théodore de Neuhof, était parvenu à acquérir une telle inflience dans lle, qu'on l'y proclama roi. En 1738 Gènes sollicita l'intervention de la France, et avant même que les troupes de cette puissance fussent arrivées en Curse le baron de Neubof était réduit à abandonner l'ile, L'insurrection éclata de nouveau en 1741, tout aussitôt après le départ des Français. En 1755 le sénat Corse nomma Pasquale Paoli général de l'armée nationale ; et celui-ci déploya une telle aelivité, qu'en 1764 les Génoïis, bien que secondés par un Corps auxilitiré français, n'occupaient plus que quelques
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villes maritimes e’. la Capitale, Bastia. Désespérant désormais de pouvoir ramener l'ile sous leurs lois , ils l'abandon nèrent à la France en 1768, par le traité de Compiègne, aux termes duquel la France s’engageait à soumettre:lés Côrses et devait administrer leur pays jusqu’à ce que la république de Gênes lui eût remboursé les frais de la guerre. Le gouvernement français avait cru qu’il lui suffirait d'un très-faible déploiement de forces pour opérer la soumission ,de ! l'ile; mais Paoli, comptant sur les secours de l’Anglelerre, opposa une résistance tellement vive, que les frais de cette entreprise dépassaient déjà 30 millions de francs, sans que les troupes françaises eussent encore remporté le moindre avanlage décisif. Irrité d’une telle résistance, le roi de France y envoya alors une armée de trente tnille hommes aux ordres du maréchal de Vaux ; maïs l'Angleterre demeuta inactive, et les Corses eux-mêmes firent preuve d'une telle tiédeur pour leur propre cause; que Paoli dut renoncer à toute résistance, et au mois de juin 1768 se retira en Angleterre. Toutefois, la petite guerre de montagnes continua jusqu’en 1774. |
A l’époque de la Révolution la Corse fut déclarée partie intégrante du territoire français et divisée, sous le nom de Golo et de Liamone, en deux départements. A ce titre, elle aussi, elle envoya ‘des représentauts à la Convention. De même, Paoli put rentrer dans sa patrie. Mandé à Paris à l’époque de la terreur pour rendre compte de sa conduite, et sachant bien quel sort l'y attendait, il appela ses concitoyens à prendre les armes et à venir se ranger sous la bannière des vieilles armoiries de la Corse ( une tête de Maure). Avec l’aide d'un corps anglais auxiliaire, qui débarqua en Corse le 18 février 1794, il s’empara le 22 mai de Bastia ét le 24 août suivant de Calvi; et dès le 18-juin: une assemblée nationale, réunie à Corte, plaçait la Corse sous la souveraineté de l’Angleterre. ,
L'ile fut alors constituée en royaume indépendant avec une constitution calquée sur celle de l'Angleterre, un parlement particulier comme l'Irlande et un vice-roi, Mais une grande partie des Corses haïssaient les Anglais; et à partir d'octobre 1796, époque où les Français vinrent de Livourne
y opérer un débarquement, le parti français y gagna toujours |
plus de terrain; de sorte qu’à la fin de cette même année les troupes anglaises étaient réduites à évacuer l'ile, qui depuis lors est demeurée au pouvoir de la France, sauf un séjour de quelques mois que les Anglais y firent en 1814. Par une exception assez singulière, la Corsé ne fut jamais admise sous Napoléon [er à envoyer de représentants au
corps législatif, Trois colonies pénitentiaires ont été fon-
dées en Corse, à Saint-Antoine et à Chiavari (1856), et à
Casabianda (1862). La chute de l'empire, en 1870, à excilé
du mécontentement dans l’île, et quelques troubles: y ont
éclaté lors de Pélection de M. Rouher à l’Assemblée na-
tionale (février 1872).
Consultez Bellin, Description de l'ile de Corse (2 vol., Paris, 1769); Filippini, Yistoria di Corsica, continuée jusqu'en 1769 par Gregori (5 vol., Pise, 1832); Robiquet, Recherches historiques et statistiques sur la Corse (2vol., Paris, 1835); Jacobi, Histoire générale de la Corse(2vol., Paris, 4835); Friess-Colonna, Héstoire de la Corse, dans l'Univers pittoresque (1 vol., Paris, 1846).
CORSE ( Mousse de). Voyes Mousse ne Corse.
CORSELET,. Sous ce nom, dérivé et diminutif de corps, les anciens désignaient la partie principale de la cuirassé, celle qui couvrait la poitrine et le ventre. C'ütait dans des temps plus modernes un corps de euirasse dont les piquiers avaient le corps couvert. En entomologie ou histoire naturelle des insectes, après avoir divisé leur corps en trois parties, tête, thorax ou poitrine et abdomen , on subdivise le thorax en trois segments ou anneaux, Le corselet est le segment antérieur. Il à pour caractères de ne jamais supporter d'ailes, et de donner insertion à la première paire des pattes,