‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 426 sur 607 · CORTEZ · texte numérisé non relu

CORTEZ

naquit à Medellin, dans l'Estramadure, en 1483, d’une famille voble et pauvre. Destiné au barreau, il suivit bientôt sa propre inclination, et quitta l’université de Salamanque dans l'intention d’aller à Naples, s'attacher à la fortune de Gonsalve de Cordoue. Arrêté en chemin par une maladie grave, il changea de direction dès qu’il fut rétabli, et s'embarqua pour Saint-Domingue , que gouvernait son parent Ovando, l'un des plus avides et des plus féroces spoliateurs des Antilles. Six ans après, en 1511, il suivit Vélasquez à la conquête de Cuba, et s’y distingua de manière à faire pressentir ce qu’il pourrait faire un jour sur un plus grand théâtre. Aussi fut-il choisi par Vélasquez pour lPenvahissement du Mexique, au préjudice de Jean de Grijalva, qui venait d’en découvrir les rivages. Cortez rassembla six cent dix-sept Espagnols dans l’ile de Cozumel, s’y renforça de quelques hommes perdus sur cette côte, et se hâta, beureusement pour lui, de partir pour son expédition. S'il eût tardé de quelques jours, un caprice de Vélasquez lui aurait enlevé cette occasion de fonder sa gloire et d'effacer toutes les réputations du Nouveau-Monde. Il atteignit le 4 mars 1519 Pembouchure de la rivière à laquelle Grijaliva avait donné son nom, et la remonta avec sa flotte pour en explorer les rivages. $

Le vaste empire du Mexique était soumis alors à l'empereur Montezuma ; une nombreuse population de guerriers en couvrait l'étendue ; des villes riches étaient disséminées en grand nombre sur cette contrée de 2,200 kilomètres de long et de 880 de large; et Cortez n’en fut pas même ébranlé dans ses résolutions. Une multitude de canots descendirent le fleuve pour s'opposer à son passage; mais l’aspect des châteaux ailés qui portaient les Espagnols, les explosions de leur artillerie, firent un tel effet sur les Indiens, qu’ils se jetèrent à la nage pour échapper à une destruction inévitable. Cortez mit pied à terre, et marcha droit à la ville de Tabasco, qu’il emporta de vive force; et sa clémence envers les prisonniers acheva la soumission de la province, Parmi les présents qu’il reçut se trouva la belle Marina, qui, enflammée d'une vive passion pour je conquérant, devint par la suite l'instrument le plus actif de la ruine de son pays.

Le bruit des exploits de Cortez ayant frappé de terreur la capitale et l’empereur du Mexique, deux ambassadeurs se présentèrent de la part de Montezuma pour lui demander ce qu’il voulait. Cortez les reçut dans l'ile de Saint-Jean d’Ulloa, leur répondit qu’il venait en ami traiter au nom de son roi Charles-Quint des intérêts des deux monarchies; mais, dans l'intention de leur montrer sa puissance , il leur offrit, comme des jeux , les exercices de l’artillerie et de l’arquebuse, que l'esprit superstitieux des Mexicains prit pour des inventions d’une divinité ennemie. L’or que Montezuma lui avait fait présenter pour le renvoyer ne fut qu'un attrait de plus pour l’avide conquérant, Les Mexicains exagéraient en vain les forces de leur empire. « C’est ce que nous voulons, répondit le téméraire, de grands dangers et de grandes richesses. »

La province de Tempoalla se soumit à son approche. C’est là qu'il apprit du cacique même que la tyrannie de Montezuma lui aliénait le cœur de ses sujets; mais cette tyrannie a été grandemement exagérée par des historiens espagnols, qui avaient intérêt à juslifier la barbarie des conquérants. Cortez profita habilement de ces divisions intestines, et sut employer à propos les négociations et les armes, Sa présence suffit également pour soumettre la ville et la province de Quiabizlan, où les gouverneurs de plusieurs autres contrées vinrent le saluer comme un libérateur. La richesse de ce pays le détermina à détruire son premier

établissement, et c’est alors seulement qu’il fonda la Vera

Cruz, entre Quiabizlan et la mer. Il y reçut un renfort de onze Espagnols que lui amena Francisco de Sancedo, et connut par ce dernier la jalousie et les intrigues de Vélasquez contre lui. Ces avis le déterminèrent à faire partir

pour l'Espagne deux de ses compagnons, Montejo et Porto- Carrerv, à l'effet de détromper Charles-Quint et de se faire déclarer indépendant du gouverneur de Cuba. Une conspi< ration dans les rangs des siens lui suggéra une résolution plus audacieuse et plus décisive. Pour ôter à ses soldats tout espoir de retour, il brûla ses vaisseaux, et, plaçant son armée entre la mort et la victoire, il lui annonça son départ pour Mexico.

Escalente fut laissé à la Véra-Cruz, dans la ville nouvelle, avec 150 hommes et 2 chevaux; le reste de l’armée, montant à 500 fantassins, s’avança dans le pays à la suite de Cortez, qui n’accepta que 400 Indiens pour auxiliaires, sur les 100,000 que lui avaient offerts les caciques. L’abolitior des sacrifices humains, la destruction des idoles mexicaines, étaient partout l'objet de ses premiers soins; et sans se convertir encore âu christianisme, le peuple souffrait sans se plaindre les outrages faits à ses dieux. Cortez traversa paisiblement la province de Zocothla, et ne trouva la guerre que sur les frontières de Tlascalans. Ce peuple formait une république indépendante au milieu du grand empire. 11 fallut la réduire par les armes. Après divers engagements dans lesquels la victoire fut longtemps disputée, la paix fut conclue, et les républicains devinrent dès ce moment les plus sûrs, les plus fidèles alliés de Cortez. Celui-ci abusait en même temps Montezuma, en lui faisant croire qu’il les soumettait à sa domination. L'empereur n’en semait pas moins sur ses pas les piéges, les embüches et les conspirations. Marina en découvrit une qui coûta la vie à 2,000 soldats de Cholula, premier exemple de barbarie, qui fut malheureusement suivi de bien d’autres. L'empereur Mexicain laissa ses ennemis arriver jusque dans sa Capitale, à travers un pays dont la richesse et la prospérité ne faisaient qu’exciter leur cupidité. Cortez y entra le 8 novembre 1519 : ses soldats furent frappés d’étonnement à l'aspect de cette grande ville, assise au milieu d’un lac de trente lieues de tour, et sur les bords duquel s’élevaient cinquante autres villes considérables. Montezuma n’osa en fermer les portes à un homme à qui le ciel avait confié sa foudre. L'adresse avec laquelle Cortez avait déjoué toules les conspirations et les embuscades faisait croire qu’il avait aussi reçu le don de tout prévoir; et la superstition lui applanissait toutes les voies.

Au milieu des fêtes qu’on lui prodiguait, il apprit que Qualpopoca, général mexicain, avait attaqué la Vera-Cruz, que le gouverneur Jean Escalente avait péri dans un combat avait sept des siens, et que cette colonie était sur le point de succcomber. 11 est douteux que Montezuma fût l’auteur de cette insulte ; mais Cortez avait intérèt à le croire, et, par une résolution énergique, il alia droit au palais de l'empereur et s’'empara de sa personne. Montezuma continua à régner comme par le passé; mais Cortez n’en fit que le servile instrument de sa politique. L’exécution de Qualpopoca et de ses complices parut rétablir l'harmonie entre les deux peuples. Ce fut Cortez qui la troubla le premier, en abattant les idoles mexicaines. Les prêtres soulevèrent le peuple, firent rougir Montezuma de sa faiblesse; et cet empereur, changeant de ton avec son hôte, lui fit entendre qu'il était temps de retourner en Espagne. La multitude des guerriers que les neveux de Montezuma avaient rassemblés força Cortez à la dissimulation. Il répondit qu'il n’avait plus de flotte, et qu’il était nécessaire de construire des vaisseaux ; à l’instant même les ordres sont donnés partout : des forêts sont abattues, le bois apporté à la Vera-Cruz; les travaux sont poussés avec une grande activité, quand l’empereur vient le prévenir qu'il n’en est plus besoin, et que dix-huit navires espagnols viennent d'aborder ses rivages. Cortez apprend le même jour que cette flotte est envoyée par Velasquez avec 1,400 hommes ; que Pamphile de Narvaez les commande, et qu’ils n'ont d'autre mission que de le dépouiller de sa conquête.

Jamais ii n'avait couru d’ausgi grands dangers. Entouré

d'ennemis de toute espèce, il trompe ses soldats sur le but de cette expédition, et ne prend conseil que de son courage. Il ose confier à quatre-vingts Espagnols la garde de Montezuma et de sa capitale, marche contre Narvaez, séduit ses officiers, débande ses troupes, que la brutalité et les caprices de ce chef ont aliénées, l'attaque lui-même, et le prend dans la ville de Zempoala. 11 réunit les deux armées sous ses ordres, et revient sur Mexico à la têle de 1,300 soldats, de 100 chevaux, de dix canons, et de 2,000 Tlascalans.

Mais les choses avaient changé de. face pendant son absence. Alvarado , chef de la garnison espagnole, avait massacré des seigneurs mexicains dans une fête, et le peuple entier avait pris les armes. Le retour de Cortez ne glaça point leur courage ; ils étaient résolus à vaincre ou à moutir, Ils coururent sur les canons, firent des prodiges de valeur, tuèrent dix Castillans, et en blessèrent un grand nombre. Montezuma s'efforce en vain de parler de paix ; le peuple la refuse, élève des barricades, montre une discipline, une lactique dont jusque alors il n’avait pas eu l’idée. Cortez, resté maître de Montezuma, essaye de s’en servir pour calmer la sédition, Cet empereur lombe percé de coups sous les flèches de Mexicains, et la stupeur du peuple suspend un moment la guerre, que Cortez lui-même n’ose poursuivre. Mais Quetlavaca, cacique d’Istacpalapa, est élevé sur le trône, et l’attaque du quartier espagnol recommence. Cortez est sur le point d’être pris; il fléchit, songe à capituler : il cherche même à se sauver avec les siens pendant la nuit; mais les Mexicains l’attendaient sur la chaussée. Ils attaquent son avant-garde ; il y perd ses 2,000 Tlascalans, 200 Espagnols et 46 chevaux ; et si ses ennemis s’élaient jetés en force à l’extrémité de la digue, Cortez y périssait avec son armée.

Poursuivi jusqu'à Tlascala, il est forcé de se réfugier dans un temple, et de s’échapper encore pendant la nuit; le jour lui révèle de plus grands périls : 40,000 Indiens l’attendent en bataille dans la plaine d’Otumba. 11 y voit flotter le fameux filet d’or surmonté de panaches , étendard impérial et palladium de l'empire ; et cette vue lui rend quelque énergie. 1! sait que les Mexicains atfachent à ce symbole la destinée de leur monarchie. 1] prend avec lui ses plus braves officiers, et pique droit à l'étendard; il tue le général qui le porte; et toute cette multitude, frappée de stupeur, ne songe plus qu’à la fuite. Le carnage fut horrible, le butin immense. Cortez se reposa enfin à Tlascala, et ne vit plus autour de lui que 450 soldats. Ses blessures le mettent lui-même aux portes du tombeau ; mais les fidèles flascalans veilient sur lui: leurs médecins le guérissent, Leur sotte générosité sauve lopyresseur de leur patrie. Bientôt 2,000 Mexicains se rangent sous les drapeaux espagnols; l'héroïsme et la po'itique de Cortez les séduisent, les entraînent. Alors ils se hâtent de revenir vers la capitale. L'empire avait encore changé de maître : Quetlavaca était mort, et le brave Guatimosin, neveu de Montezuma, avait élé éin à sa place. Il harcela la

* marche des Espagnols, les força tous les jours à combattre, leur tendit piége sur piége. Arrivée aux portes de Mexico en refoulant ses ennemis, l'avant-garde de Cortez est vigoureusement repoussée sur la chaussée de Tacuba, 1] tente de pénétrer par celle de Suchimilco; mais il est forcé de se replier encore. Tant d'échecs déconcertent ses alliés; ses ulficiers même conspirent contre lui. Cortez sent la nécessité d’en finir ; mais des vaisseaux lui sont nécessaires. Treize brigantins sont construits sur les bords du lac. De nouveaux renforts portent ses forces à 900 Espagnols et 18 canons avec 30 à 40,000 alliés ; il attaque alors à la fois les trois principales chaussées de la capitale et la flotte mexicaine, que l'exagération des historiens espagnols élève à 200,000 cano!s ; les plus modestes parlent seulement de 4,000. Cortez, placé sur sa flotte, écrase et disperse les pirogues enneinies; les barricades des chaussées sont foudroyées par son arlillérie, Arrivé au pied des murailles, il pénètre encore

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