CORTEZ — CORTONA
“erreur ; il le combla d’éloges , le décora de l’ordre de Saint- Jacques ; mais, sous prétexte de diviser l'autorité , il lui imposa un vice-roi civil, en lui conservant le commandement des troupes et la faculté d'étendre ses conquêtes. Revenu à Mexico, il en repartit bientôt pour explorer les rivages de la mer Vermeille, et pour assurer la domination de son maître sur la Californie. De nouvelles dissensions, de nouvelles injustices le rappelèrent. Fatigué enfin de tant d’ingratitude, il reprit en 1540 la route d’Espagne , suivit Charles-Quint dans son expédition d'Alger, et y combattit comme volontaire, Ses nouveaux services ne furent pas mieux payés; on lui refusa même le remboursement des 300,000 piastres qu'il avait dépensées dans son voyage de Californie. Plus tard , il ne put pas même obtenir une audience de son maître. Sa ficrté s’en indigna ; il attendit la voiture de Charles-Quint, et s’élança sur le marche-pied. « Qui êtes-vous ? lui demanda le despote. — Je suis, répondit Cortez, un homme qui vous a gagné plus de provinces que votre père ne vous a laissé de villes. » Cette triste et dernière vengeance d’un héros justement indigné ne changea point sa situation. Il quitta la cour et la capitale, regrettant sans doute de n'avoir pas suivi les conseils de ses amis, et se retira dans une solitude près de Séville, où il mourut, le 2 décembre 1554, à l'âge de soixante-trois ans.
Les historiens ont défiguré sa conquête par toutes les absurdités que peut enfanter l'esprit superstitieux d’un peuple bigot. Pour savoir la vérité, il faut s’en tenir à la propre correspondance de Cortez, qui se compose de quatre lettres, dont trois ont été traduites par M. de Flavigny, en 1778. Ce fut un esprit fécond en ressources, un aventurier intrépide. Sa barbarie fut le crime de son siècle, ses qualités r’appartiennent qu’à lui. Les bonnes gens prétendent que ses dégoûts furent un châtiment céleste. Trop de tyrans ont été épargnés par la Providence pour lui faire honneur de ceux que le hasard châtie, Elle pouvait mieux choisir ; Cortez était digne d’un meilleur sort, et, à tout prendre, il valait mieux que Charles-Quint.
S'il faut en croire son testament, il éprouva des remords cuisants avant de mourir. J1 se demande s’il a bien fait de
“dépouiller les Mexicains et d’en faire des esclaves. Il ordonne à ses fils de découvrir ceux qu’il aurait traités ainsi, et de les dédommager sur son majorat. 11 veut aussi que ses enfants restituent les portions de ce majorat qui appartiendraient à des familles mexicaines. On ignore si ses héritiers accomplirent sa volonté dernière, mais on sait que le seul monument élevé à la mémoire de ce héros est un cénotaphe que lui consacra longtemps après le duc de Monteleone, dans la chapelle d’un hôpital mexicain.
VIENNET, de l’Académie francaise,
CORTICALES ( Couches). Voyez Coucue.
CORTICIFERES ( du latin cortex, corticis, écorce, et fero, je porte). Nom donné par Lamouroux à une section de la classe des polypiers flexibles ou non entièrement pierreux, formés d’un axe souvent corné ou calcaire, et recouverts d'une croûte contractile et vivante : ce sont, d’après cet habile zoophytologiste, les spongices, les gorgoniées, les isidées. C’est aussi le nom donné par Latreille à une tribu de la famille des alvéolaires; par Schweiger à une famille de zoophytes cératophytes; par Eickwadt à une famille de la classe des phytozoaires. Mais nous devons Surtout rappeler que M. Lesueur à établi sous le nom de corticifères un genre de polypiers fixes, de la famille des zoanthaires coria-
ces, dont les parois, encroûtées de matière sablonneuse, se collent les unes aux autres et s'étendent en larges expansions à la surface des corps sous-marins; on rencontre les corticifères aux Antilles et sur les côtes de PAmérique septenlrionale, E. Le GuiLLou.
CORTONA, ville d'Italie, bâtie sur le ve’ sant d’une montagne qui domine la fertile vallée de China, dans la province d’Arezzo (ancienne Toscane) , est le Corytum des
DICT. DE LA CONYERS, — T, YI,
5C9 anciens, la plus importante des douze villes d'Étrurie, et dont la fondation se perdait dans la nuit des temps. Plus tard elle s’allia avec les Romains; mais alors sa décadence fut telle, qu'il fallut envoyer une coonie romaine afin de la repeupler. Dévastée par les barbares, Cortona, au on= zième siècle, parvint encore à un haut degré de prospérité. Gouvernée pendant un siècle par la famille Cosali, elle fut cédée par son dernier rejeton au roide Naples, Ladislas, qui en 1411 l’abandonna aux Florentins. En 1859 elle fut réunie au royaume d'Italie. La ville actuelle, qui n’est plus que l'ombrede ce qu’elle était jadis, compte 3,525 habitants, dont l'agriculture est la principale ressource, Ses formidables murailles eyclopéennes sont les mieux conservées de toute l'Italie; et parmi les monuments qu’elle renferme, on distingue les ruines d’un temple de Bacchus. Dans le muséum de l’'Accademia Etrusca, qui y fut fondée en 1726, on voit une foule de vases, de sarcophages étrusques, etc. Cortona est une station du chemin de fer d’Arezzo à Fuligno.
Entre cette ville et le lac de Perugia (Zacus Trasimne= nus), s'étendent les fondrières où, Pan 217 avant J.-C., Annibal battit le consul Flaminius, dont on montre encore à Cortona le prétendu tombeau.
CORTONA ( Pietro BERETTINI, dié pa) ou Pierre px CorToxE, du lieu de sa naissance, peintre et architecte, naquit le {novembre 1596. A l’âge de quinze ans il quitta Florence, et son premier maître, Andrea Commodi, pour se rendre à Rome, où il fut reçu dans l'atelier de Baccio Ciarpi. Les ouvrages de Raphael, de Michel-Ange, les antiques, surtout les basreliefs de la colonne trajane devinrent pour lui l’objet d’une étude assidue. Lecardin al Sacchetti se fit son protecteurs ill'employa et le présenta à Urbain VII, qui lui donna quelques travaux.Cortone fut ensuite chargé d'exécuter au palais Barberini une grande peinture murale, qui passe pour son chef-d'œuvre. Il voyagea en Lombardie, visita Venise, revint à Florence, où il peignit au palais Pitti; puis retourna à Rome, où il exécuta un grand nombre de fresques et de fableaux de chevalet.
Cortone fut parmi les artistes Italiens celui qui, après la réforme opérée dans l’art par les Carrache, et à laquelleil n'avait pas laissé que de contribuer aussi, amena, malgré un talent d’un incontestable éclat, une nouvelle et plus profonde décadence de la peinture en Italie. Ses débuts prometfaient peu; mais il ne tarda pas à acquérir une grande supériorité. Il excellait surtout à couvrir une vaste surface d’une quantité extraordinaire de figures, à éblouir l’œil par un agréable coloris et à satisfaire par une énorme rapidité d’exécution aux exigences les plus pressantes. Malgré toute son activité, il manquait, à bien dire, de cette force d’imagination qui crée, de cette pénétration qui identifie l’artiste avec son sujet, et, de celte noblesse de style qui seule fait les grands maîtres. Ses ouvrages sont plus ou moins pauvres d'idées, avec de la trivialité dans les détails. Ils peuvent éblouir au premier abord, mais l'illusion s’évanouit bien vite quand on les étudie de plus près. Son dessin, presque toujours incorrect, est souvent fatigué par la recherche qu’il y apportait. En général, ses figures sont lourdes et sans beaucoup d’expression ; ses draperies manquent de naturel et de goût; son coloris a plus de force que de beauté; il a peu varié l'expression de ses traits. Mais la grâce, l’enjouement des groupes, des effets de lumière et d'ombre bien sentis, des passages remarquables, peuvent jusqu’à un certain point racheter les défauts que la critique signale dans une longue série de productions. Le musée du Louvre possède sept de ses productions : L'Alliance de Jacob et de Laban, La Nalivité de la Vierge, Sainte Martine, deux autres Saine Martine adorant la Vierge et l'enfant Jésus, Romulus el Rémus recueillis par Faustulus, et Ja
| Rencontre d'Enée et de Didon à la chasse.
Pietro da Cortona a, comme architecte. des titres non
moins bien constatés à l'estime des amis des arts : l'église de Sainte-Marie in Via lala, celle de Sainte-Martine, où se trouve le tombeau de l'artiste, et plusieurs autres édifices, tels que palais et chapelles, ont été élevés d’après ses plans. Le portique de l’église de la Paix mérite aussi d’être cité. C’est le 16 mai 1669, à l’Age de soixante-treize ans, que Pietro da Cortona mourut, à Rome. Parmi ses élèves, qui popularisèrent ce qu’il y avait d'éminemment superficiel dans Sa manière, on remarque Cero Ferri, Romanelli, Lazzo Baldi, Giacomo Germiniani da Pistoia, Pietro Testa et Guillaume ‘Courtois. Plus de cent planches ont été gravées d’après Pietro de Cortone.
CORTOT !{ Jean-Pierre), sculpteur, était né à Paris, en 1787, de parents pauvres, L'instinct de l’imitation se manifesta chez lui dès ses premières années; il copiait tout ce qu'il voyait, dessinait tout ce qui lui tombait sous la main; et ce goût si précoce s’annonçait avec tant de puissance, qu'après avoir étonné ses parents il subjugua les sculpteurs Bridan, qui le prirent dans leur atelier, Ses progrès furent rapides, et en 1806 il remporta le 2° grand prix avec sa statue en ronde-bosse de Philoctète blessé; et un peu plus tard (en 1809), le {® grand prix avec celle de Marius à Carthage. Cortot, pensionnaire de l’Académie de France à Rome à l’âge de vingt-deux ans, savant dans son art, grâce à ses sérieuses études, n’attendait plus que l’occasion de montrer son talent. Mis en évidence par ses succès d'école, les dix-huit premières années de sa vie d'artiste furent traversées par quatre règnes et deux révolutions ; c’est assez dire combien de bustes, de statues en pied ou équestres, tailla son ciseau. On lui confia successivement un Napoléon et un Louis XVIII en pied, deux bustes de Lonis XVIII et Charles X pour l'hôfel de ville, de Louis XJ1I de la place Royale ( d’après Dupaty )et une foule de modèles (qui n’arrivèrent point à destination) pour la chapelle expiatoire du duc de Berry à la place Louvois. Il avait été chargé de faire une statue de Louis XVI accompagné de quatre statues colossales, la Justice, la Piété, la Bienfaisance et la Modération pour l’ornementation dela place dela Concorde ; mais la révolution de 1830 ne lui laissa pas achever ce travail. On lui doit la sta-
tue de Marie-Antoinette soutenue par la Religion, à la cha- *
pelle expiatoire de la rue d'Anjou Saint-Honoré; et le bas-relief du monument de Malesherbes (la séparation du roi d'avec son courageux défenseur );, Revenu d’Italie au moment où le comte de Chabrol songeait à restaurer les églises de la capitale, on lui demanda un Ecce Homo et une
sainte Catherine pour Saint-Gervais, etc. On remarque parmi.
sesstatues monumentales le C. Périer au Père-Lachaise, le Montebello de Lectoure, le Corneille de Rouen, etc.; et parmi celles qui furent inspirées par la fantaisie, Narcisse et Pandore aux musées d'Angers et de Lyon, Daphnis et Chloé à la galerie du Luxembourg, le soldat de Marathon dans le jardin des Tuileries. Il faut encore citer le beau groupe de la Piété, qui surmonte le maître-autel de Notre-Dame de Lorette, l'imposante statne de l’Immortalité qui devait couronner le Panthéon, et dont le canon de juin 1343 enleva la tête; l’Apothéose de Napoléon à l'arc de triomphe de l'Étoile; et le fronton du palais de la Chambre des Députés.
Cortot mourut à Paris, d’une hydropisie, le 13 août 1843. Il avait été appelé à l’Académie des Beaux-Arts en 1825, Décoré de la Légion d'Honneur en 1874, il avait été élevé au grade d’officier de cet ordre en 1842,
CORVÉE, travail gratuit que les paysansd’une seigneurie devaient au seigneur pour l'exploitation deses propriétés rurales, Ces derniers mots doivent être remarqués. La corvée n'existait que pour le service des champs, et non pour celui de la personne. Ainsi, le seigneur qui pouvait faire labourer son guéret ou faucher son pré par le manant de son énclave n'aurait pu le forcer à lui rendre le moindre oflice dans son château, 11 lui était loisible d'en usér comme d’un