‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 430 sur 607 · CORVETTE — CORVISART · texte numérisé non relu

CORVETTE — CORVISART

y à aujourd'hui des corvelles-bricks, qui sont de grands bricks et des corveltes proprement dites , qui ont trois mâts sans compter le beaupré et se rapprochent plus des frégates. Il arrive cependant quelquefois que le mât de l'arrière, le mât d’artimon , n’est qu'un mâtereau portant une simple brigantine. 11 est difficile de rien voir de plus gracieux qu'une corvette sous voiles. Vers 1830 on a introduit dans la marine française une nouvelle dénomination, celle de corvette de charge, que l’on donne à des bâtiments de transport plus fins que les f/dtes et les ga bares. Ces derniers noms suffisaient pourtant à notre avis, et celui de corvette de charge n’a été qu'une superfétation malheureuse, La véritable corvefte est construite de manière à avoir une marche rapide et à servir souvent même d'a viso. Ce sont en général de ces bâtiments qu’on emploie eu France dans les voyages de circumnavigation : L'Uranie, La Coquille, L'Astrolabe, La Favorite, etc., qui ont promené le pavillon français sur tous les points du globe , étaient des corvettes. Les corvettes de querre portent presque toutes un nom de nymphe ou de naïade, Une ordonnance du 1*° mars 1831 avait institué dans la marine royale un nouveau grade, assimilé à celui de chef de bataillon de l’armée de terre, et auquel avait été donné le nom de capilaine de corvette. Il a été remplacé, d’après un arrêté du 3 mai 1848, par celui de capitaine de frégate. MERLIN.

CORVETTO (Louis-EmmanueL, comte), naquit à Gênes, le 11 juillet 1758, de parents honorables, mais sans fortune. Après avoir fait d'excellentes études , il parviot à occuper une place distinguée au barreau de Gênes. Partisan sage et modéré de la Révolution, il favorisa l'entrée de l’armée française en Italie, et il fut, en 1797, président du directoire qui remplaça à Gênes le gouvernement du doge. Nommé , en 1799, juge au tribunal de cassation, il préféra à cette place lucrative celle d'avocat des pauvres. Nommé membre du sénat de Gênes à la suite de la journée de Marengo, il renonça, en 1802, à ses fonctions pour accepter la direction de la banque Saint-Georges, qui, malgré ses efforts, ne put recouvrer son antique splendeur.

La république ligurienne ayant été réunie à la France en 1805, Corvetto fut nommé conseiller d’État. Il concourut alors à la rédaction du Code de Commerce et du Code Pénal , et porta souvent la parole devant le Corps législatif,

pour y présenter et appuyer des projets de loi. Comte de Vempire en 1809, il fut chargé-par Napoléon de l’inspection générale des prisons d’État, encombrées de détenus dont il fit rendre un grand nombre à la liberté. Après l’abdication de Fontainebleau, il voulait retourner à Gênes; maïs il fut maintenu par Louis XVIII sur la liste des conseillers d'État. Dans les cent-jours, il refusa de siéger au conseil d'État, et à la seconde rentrée du roi il reprit ses fonctions.

Le 28 septembre 1815, après la retraite du baron Louis, il eut le portefeuille des finances, par l'influence de Talleyrand. Pour acquitter les engagements contractés envers les étrangers et combler les vides du trésor, Corvetto fut autorisé par les chambres à contracter deux emprunts, l’un de 600 millions , en 1816, l’autre de 800 millions, en 1817. Le premier ne produisit que 306 millions, mais le second fut moins cnéreux. Cette double opération excita cependant les plaintes de l'opposition , qui accusait Corvetto d’avoir fait servir une partie de ces fonds à augmenter l'influence ministérielle dans tes deux chambres; mais elle ne laissa planer aucun soupçon sur son désintéressement et sa loyauté. Forcé, à la fin de 1818, par le mauvais état de sa santé, de se démettre , il refusa la pairie ; mais il accepta le grand-cordon de la Légion d’Honneur, les titres de ministre d'État et de membre du conseil privé, avec une pension de 20,000 fr. et la jouissance du pavillon de La Muette, à Passy.

Au mois de juin 1820 Corvetto partit pour les bains d’Acqui, d’où il se rendit à Gênes, et il y mourut, le 23 mai 1822.

CORVEY (Corbeia nova), abbaye princière de bénédictins, sur le Weser, près de Hoster, la plus ancienne el la plus célèbre qu'il y eût en Saxe, était une colonie fondée par le monastère du même nom (voyez Connie) situé dans la Franconie occidentale, devenue plus tard la Picardie, Établie d’abord aux environs de Paderborn, on la transféra, en l'an 822, à cause de l'infertilité de cette contrée, dans son emplacement actuel. L'empereur Louis le Pieux lui accorda des priviléges importants et des terres considérables. Elle relevait du pape, et les constructions qui s’élevèrent tout à l'entour ne tardèrent point à prendre l'apparence d'une ville. Au commencement du dixième siècle elle eut cependant beaucoup à souffrir des invasions des Hongrois. Suivant une tradition, l’empereur Lothaire aurait fait don à ce monastère, en l'an 844, de l'ile de Rugen, dans la Baltique. Tout au moins l’abbaye éleva-t-elle toujours depuis lors des prétentions à la propriété de cet important domaine , que le pape Adrien IV lui eurait confirmée en 1154. L'abbé de Corvey était prince de l'Empire, et siégeait le dernier parmi les princes ecclésiastiques. Corvey, comme Fulda , fut pendant longtemps le foyer de la civilisation et des sciences en Allemagne. C’est de ce monastère que partit en 826 saint Ansgar, l'apôtre du Nord, quand il alla porter la lumière de l'Évangile dans ces contrées, et ce fut lui, dit-on, qui y fonda une école dont la renommée et l'éclat furent extrêmes aux neuvième et dixième siècles.

L'abbaye de Corvey possédait un territoire d’enviren 275 kilomètres carrés, avec 10,000 habitants quand, en 1794, le pape Pie VI l’érigea en évêché. En 1803 un recez de la députation de l’Empire attribua la souveraineté de ce petit pays au duc de Nassau. En 1807 il fut incorporé au royaume de Westphalie et en 1815 à la Prusse. En 1822 les possessions territoriales de l’ancienne abbaye de Corvey furent érigées par le roi de Prusse en principauté médiate en faveur du landgrave Victor-Amédée de Hesse-Rheinfels-Rotenburg, qui à sa mort la légua aux princes Victor et Louis de Hohenlohe- Waldenburg-Schillingsfurst. L'église de l’abbaye, de style gothique et magnifiquement décorée à l’intérieur, contient les tombeaux d’un grand nombre de princes, dont les possessions étaient plus ou moins rapprochées. La bibliothèque, où furent retrouvés jadis les cinq premiers livres des Annales ‘de Tacite, manuscrit qui passa ensuite à la bibliothèque de Florence, et les archives de l’abbaye, qui contenaient les plus précieux documents sur les temps primitifs de l’histoire d Allemagne , sont dispersées depuis longtemps.

Il y à une trentaine d’années, Wedekind publia, dans le tome 1°" de ses Notices sur quelques écrivains allemands du moyen ge (Brunswick, 1823), une Chronique de Corvey (Chronicon Corbejense) comprenant l’époque de 768 à 1187 environ, et qui, par le jour tout nouveau qu’elle projetait sur l'histoire de la civilisation au moyen age, excita une sensation des plus vives dans le monde savant. Mais il y a malheureusement tout lieu de croire que ce n’est là encore qu'une de ces supercheries littéraires que des savants s'amusent quelquefois à jeter en pâture à la curiosité publique, et dont des savants de profession eux-mêmes se trouvent dupes. Le célèbre Ranke fut le premier qui en démontra la fausseté,

CORVIN (Marrmas). Voyez MaTrTuias CORvIN.

CORVISART (JEan-Nicozas\, naquit à Vouziers, en Champagne, le 15 févrter 1755. Le père de Corvisart, pro-

“cureur au parlement de Paris, se vit obligé de partager

l'exil des magistrats lors de leurs folles querelles avec le clergé, et c’est pendant cette espèce de bannissement que le jeune Nicolas vit le jour. Riche comme un procureur, mais amateur trop passionné de tableaux pour amasser des trésors durables, le père de Corvisart plaça économiquement son fils chez un prêtre, son oncle maternel, desservant la cure d’un petit village voisin de Boulogne-sur-Mer. Tel fut le premier maître du médecin de l’empereur, maître dont les leçons d’orthodoxie durent jeter dans son esprit des

racines bien peu profondes, à en juger par quelques actions de sa vie. À douze ans Corvisart fut admis dans le collége de Sainte-Barbe, et ce fut dans cette maison célèbre qu'il acheva ses humanités avec une médiocrité si remarquable qu’il mérita, au lieu de couronnes, l'amitié vive de ses camarades. Sorti de son collége à peu près comme il y était entré, le jeune Corvisart aurait bien désiré retourner chez son oncle le curé, n’eût-ce été que pour cultiver son petit jardin; mais son père, qui voyait avec joie qu'aucun éclair d'imagination ne venait gâter le bon sens du jeune homme, résolut d’en faire un procureur, Corvisart, non sans dépit, obéit d'abord aux exigences paternelles ; mais un jour qu’il venait d'assister à la dérobée à une leçon publique de Desault, il quitta furtivement l'étude de son père pour aller s’enfermer à l'Hôtel-Dieu, où il se tint studieusement caché durant plusieurs mois.

Quoique impatient et incrédule, Corvisart était né médecin. 1l avait ce coup d’œil sûr qui saisit l’ensemble des choses encore mieux que chaque détail ; il avait aussi le tact et l’ouie d’une extrême finesse, des sens parfaits en un mot, et de plus une grande dextérité : aptitudes diverses dont Palliance est fort rare , et qui le firent hésiter longtemps entre Ja médecine et la chirurgie. Toutefois, cette indécision quant à une vocation précise, loin de lui conseiller l’oisiveté, doubla sa ferveur pour l'étude : suivant tour à tour Desbois de Rochefort et Desault , les deux fondateurs d’une clinique -n France, bientôt il devint l’ami et quasi l'émule de ses deux maîtres, à chacun desquels il aurait également pu succéder sans blesser ses goûts ni la justice. Cependant, préférant la rivalité de deux hommes modestes comme Hallé et Pinel, à la joûte, sans doute plus dangereuse, de Dubois, de Pelletan et de Boyer, et d’ailleurs Desbois de Rochefort étant mort, Corvisart succéda à cé prudent praticien comme professeur de clinique à l'hôpital de la Charité. Une fois chef d'emploi, et cet emploi souriant à ses goûts, Corvisart en accomplit dignement les devoirs, dont il ne craignit point de reculer les bornes. Au lieu des simples causeries familières à son prédécesseur, au lieu de ces confidences paterelles d'un maitre entouré de quelques disciples de choix, Corvisart imita les majestueuses cliniques de Vienne, marcha sur les traces de Stoll, qu’il traduisit afin de le mieux con-

maitre, divisa son hôpital, disciples et malades , comme une.

armée, prit le ton de commandement d’un général escorlé d’un nombreux état-major, faisant régner avec sévérité dans ses salles la discipline des camps, et exerçant chaque matin des groupes d'élèves à la science de l'observation, aussi précisément que s'il se fût agi de manœuvres militaires au Champ de Mars.

Cette façon d’agir dans un temps de guerre et de revolutivn enthousiasma la foule, et l'on vit bientôt Corvisart unir à ce premier succès des succès de toute espèce : il professa au Collége de France la médecine théorique, sans avoir pris le soin de créer lui-même aucune théorie. Stoll le suivait ou plutôt le précédait partout ; car Stoll était son guide à sa clinique, son autorité favorite dans ses jugements ét ses pronostics ; il le traduisait dans ses livres, il le commen- {ait dans ses cures. Mais le grand sujet de gloire pour Corvisart, c'est d'avoir reçu les confidences des hommes de génie que la Révolution française vit éclore, et principalement d'avoir obtenu la confiance du plus grand de tous. Napoléon cependant ne connut pas d’abord directement Corvisart ; ce ne fut point non plus l'estime publique qui lui diela le choix qu'il fixa sur lui. Corvisart ayant connu Barres par Lecouteulx de Canteleu, l’un de ses premiers clients, ce fut Joséphine qui le présenta à Bonaparte, après lavoir connu chez Barras. « Selon vous, docteur, lui demanda Joséphine, à quelle maladie le général est-il exposé? — Aux maladies du cœur, répondit le médecin. — AA! dit Bonapale, el vous avez fait un livre là-dessus? — Non, répoudit Corvisart, mais j'en ferai un. — Faites, faites vite,

CORVISART | y

répliqua le grand homme : nous en parlerons ensemble, » Cet ouvrage sur les maladies du cœur est effectivement celui. que Corvisart composa avec le plus d’attention, celui quia le mieux motivé sa célébrité , qu'au reste il aurait également acquise sans aucun ouvrage.

Nous sommes loin de prétendre que ce traité de Corvisart, évidemment calqué sur l'ouvrage de Sénac, et d’ailleurs rédigé par le docteur Horeau (qui devint plus tard sous-préfet de Pontoise), soit une composition de premier ordre; nous dirons seulement qu’il fut jugé l’égal de la Nosographie philosophique du docteur Pinel lors du concours pour les prix décennaux, en 1810. Quoique Corvisart se bornât à la percussion de la poitrine et à l’étude de la physionamie et du pouls, comme moyens essentiels d'exploration clinique, son livre offre des preuves d’un diagnostic merveilleusement précis. Quand il aurait eu à sa disposition le sééfhoscope de Laënnec et lesphygmomètre du docteur Hérisson, il n’aurait pas montré plus de bonheur dans ses prévisions. Il lui est arrivé de dire à la vue d’un portrait : « Cet homme a dû mourir d’une maladie du cœur ; » et cette rare appréciation se trouvait exacte.

Habituellement triste et rêveur, grand lecteur de Voltaire et de Molière, raïlleur comme eux, et non moins sceptique, Corvisart ressentit plus d’une fois cette maladie affreuse qu’on nomme l'ennui, et il ne réussit pas toujours à la dissiper au milieu de cette foule d'artistes célèbres dont il composait habituellement sa société. Brusque, franc et spirituel, portant la vérité jusqu'au pied du trône, où il osait aussi porter des conseils toujours bien reçus, quoique peu suivis, Corvisart a souvent prononcé de ces mots piquants qui méritent quelque souvenir. A l’époque où Napoléon méditait et ajournait son divorce d’avec Joséphine, il aborda un jour Corvisart : « Docteur, lui dit-il, à soixante ans peuton raisonnablement espérer de devenir père? — Quelquefois, sfre. — Mais à soixante-dix ans? — Oh! sire, à soixante-dix ans, {oujours. »

Ami et admirateur de l'empereur, Corvisart éprouva une attaque d’apoplexie à la nouvelle des désastres de 1814. 1] mourut à sa campagne de La Garenne, à Courbevoie, le 18 septembre 1821. Il avait ordonné que son corps fût immédiatement transporté à sa lerre d’Athis, près Corbeil.

Corvisart, ce roi des médecins de l'empire, ne vit personne dénier sa prépondérance, sans doute parce qu'il la dut à l’ascendant du caractère plutôt encore qu'aux vives 4 lumières de l'esprit, et à une conduite habile plutôt qu’à un zèle patiemment studieux. Cependant, lui aussi connut les vicissitudes : &evenu opulent, honoré de l'estime du maître, et vivant sans complaisance dans l’intimité d’une cour glorieuse ; possédant tout ce que légitime le mérite, et tout ce qu’espère l'ambition, titres, cordons, diplômes d’Institut , fortune et baronnie; cru heureux sans inspirer d’envie, et témoin des succès de Bichat sans la ressentir, Corvisart avait commencé par les privations une existence qu’il acheva dans les regrets. A trente ans, quoique issu d’une famille aisée, les ressources pécuniaires de Corvisart n’excédaient pas 100 écus : « Et plus d’une fois, comme le dit Pariset, il avait été réduit à la dure nécessité de faire des emprunts. » A quarante ans il n'était encore ni connu hors de l’école ni convenablement récompensé. Une femme insoleute Me Necker, si charmante pour Thomas, emphatique comme elle, l'avait humilié par ses caprices : elle lui promettait une place d'hôpital, à la condition qu’il affublerait sa fraiche titus d'une perruque d'octogénaire. Mais la bonté de Joséphine vint enfin jeter son baume sur tant de souffrances, Elle lui donna même un pouvoir si grand que dix ans après Corvisart menaçait d'une destitution le pharmacien Bouillon: Lagrange, qu'il avait surpris ordonnant une potion à cette illustre Joséphine, C'est même après cette dure admonition, que Bouillon-Lagrange prit la soudaine détermination de #0 faire médecin.

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