CORVISART — CORYBANTES
Quoique bienfaisant et indulgent, Corvisart portait quel- * quefois sa brusque sincérité jusqu’à l’indiscrétion, jusqu’à l'imprudence. Corvisart savait que ce défaut était le sien, et il le blâmait dans lui comme dans les autres. Un jour que je lui donnais à lire (en 1819) un mémoire récemment publié, je ne sais au sujet de quelle observation, Corvisart me dit : « C’est trop vrai, cela; si la personne venait à vous lire et à se reconnaitre! »… Et là-dessus il me raconta ce qui lui était arrivé avec M!'!° Contat, l'actrice célèbre. « Cette dame, dit Corvisart, était affectée d’une maladie cancéreuse que je désespérais de guérir, et qui me la ramenait sans cesse. Convaincu de l’inutilité de mes soins, et très-ennuyé d'elle, je pris le parti un jour de l’adresser au baron Boyer. A cette intention, j'écrivis une lettre ainsi conçue : « Voici « un carcinome incurable. Ayez recours à votre adresse, ou « armez-vous de patience; moi jela perds. » Eh bien, ajouta Corvisart, voici ce qui arriva : M“° Contat ne fut pas si tôt hors de ma vue qu’elle s’empressa d'ouvrir ma lettre ; et l’on vint m’avertir qu’une femme venait de tomber évanouie dans la cour de mon hôtel. »
Nommé par Louis XVIII, dès la première fondation, membre de l'Académie de Médecine, c’est par le nom de Corvisart que cette Académie vit commencer la liste de ses décès. IL fut honoré des souvenirs de Napoléon, auquel il survécut quatre mois et demi, et son nom se trouve glorieusement mentionné dans le testament de Sainte-Hélène.
D" Isidore Bourpox.
CORWIN (Taowas), secrétaire d’État au département des finances et orateur distingué des États-Unis, né en 1789, de parents pauvres, dans le Kentucky, ne reçut aucune espèce d'instruction dans sa jeunesse, mais n’en devint pas moins plus tard, par ses propres efforts, un savant distingué. 11 s'établit en premier lieu comme avocat dans l’Ohio, et fut élu par ses concitoyens d'abord membre de la législature de cet État, puis leur représentant au congrès, où il ne tarda point à devenir l’un des membres les plus influents du sé-
nat. Thomas Corwin s’est toujours montré whig zélé, et aue
jourd’hui encore, après la division qui est survenue dans ce parti, il appartient à la fraction ultra, représentant les anciens fédéralistes. Comme orateur, les Américains le comparent à Sheridan, et, en raison de l'inépuisable fonds d’Aumour qui le distingue et s’allie parfois à la plus mordante satire, ils le mettent même bien au-dessus de lillustre Anglais, auquel il est d’ailleurs incontestablement supérieur par son incomparable facilité d'improvisation. Aussi le regarde-t-on comme le plus puissant des improvisateurs actuels du congrès, tant il exerce une irresistible influence sur son auditoire. C’est à cette précieuse faculté que Thomas Corwin est redevable de la grande popularité dont il jouit dans son parti. Il a siégé presque sans interruption au sénat pendant une longue suite d’années.
Cet homme, jadis si modéré, attaqua avec une vivacité incroyable l’administration du défunt président Polk, qu'il traïta, en toutes lettres, de boucher et d’assassin, à l’occasion de sa déclaration de guerre contre le Mexique. A la mort du président Taylor, son successeur Fillmore appela l’actif et capable Corwin au poste de secrétaire d’État des finances. 11 n’y a pas longtemps qu’il fut accusé d’avoir pris part à une fraude organisée sur la plus large échelles aux dépens du trésor public. Les tripotages connus dans l’Union sous la dénomination de D" Gardiner’s claim n’auront pas coûté moins de 500,000 dollars au trésor américain; et sur cette somme Thomas Corwin est accusé d’en avoir prélevé 80,000, {ant pour se couvrir de ses honoraires d’avocat restés jusqu'alors impayés, que comme prix de ses complaisantes signatures.
CORYBANTES, prêtres de Cybèle et Phrygiens d'origine. L’étymologie de leur nom est grecque, et se Modifie en plusieurs acceptions. Les uns la font venir de XOpus, casque, et de Baivw, je marche, ce qui voudrait dire
marcher la tête armée d’un casque, espèce de tiare phrygienne, appelée xopu6ävriov. Leur chef en portait une d’une grande richesse, et était vêtu de pourpre. D’autres prétendent que le nom de ces prêtres venait de x6pn, prunelle, parce qu'ils avaient incessamment les yeux ouverts pour veiller sur Jupiter enfant, D’autres, d’après Callimaque, assurent qu’il venait de xpÜürtw, je cache, à cause de l'attention qu'ils avaient eue de dérober à la voracité de son père ce dieu vagissant, dans les antres de l’Ida de Crète. On célébrait, en effet, à Gnosse, capitale de cette île, les Corybantiques, en l’honneur de la conservation du maître des dieux. Strabon dérive leur nom de xopérravtes Batveiv, marcher en sautant. Enfin, selon le plus grand nombre, leur nom viendrait de celui de Corybas, fils de Cybèle et de Jasion, qui apporta en Phrygie le culte de sa mère (la Terre). Corybas en fut le pontife, secondé seulement de deux ministres, Pyrrchus et Idæus.
Dans le principe, les Corybantes étaient des hommes distingués par leur force physique, leur savoir et leur pureté. S'il faut en croire quelques auteurs anciens, ils perfectionnèrent l’agriculture, furent d’habiles métallurgistes, inventèrent l’airain, métal composé, et beaucoup d’armes défensives. On fait remonter leur institution à 297 ans avant la prise de Troie, époque où les mystères de la Bonne Déesse, qui n'étaient autres que ceux de l’/sis d'Égypte, furent établis à Pessinunte, dans l'Asie Mineure, après l’apparition prétendue de sa statue dans cette ville. On les célébrait à l’équinoxe du printemps. Ce fut aux conquêtes de Sésostris en Asie que cette contrée dut ce culte phrygio-égyptien. Des sommets de l’Ida, dont ils avaient exploité les mines, les Corybantes passèrent en Crète, et là, dans les gorges d'un autre mont Ida, ils furent commis à la garde de Jupiter enfant, sauf la contradiction chronologique, si familière aux poëtes et aux mythologues, Bien mieux, par un anachronisme encore plus grand, ces premiers ministres du culte primitif, d’abord si respectables et si utiles aux hommes par leur science et leurs services, passent ailleurs pour être fils de Calliope et de ce même Jupiter, qu’ils ont caché encore enveloppé dans ses langes. Plusieurs même les ont fait enfants de Saturne, et quelques-uns enfants d’Apollon et de Thalie, à cause du talent de la persuasion dont leurs lèvres étaient douées. C’est pour de si rares qualités qu’ils ont été mis au rang des divinités suballernes ou des Génies. Ils avaient trouvé un puissant protecteur dans Midas.
Le collége de ces ministres de Rhée s'étant insensiblement accru, la dissolution s’introduisit au milieu d'eux, et augmenta avec leur nombre. La mort cruelle d’Atys, fils et amant de Cybèle, qu’ils pleurèrent d’abord avec autant de simplicité que d’amertume au pied d'un pin sacré, arbre sous l’ombrage duquel expira ce jeune et beau prêtre, qui s'était immolé lui-même en se mutilant, devint bientôt l’objet des cérémonies les plus honteuses, les plus effrénées : ils se mutilaient en public en l'honneur de la grande déesse, et, leur offrande à la main, couraient çà et là sur les montagnes, à travers les villes, se déchiquetant le corps avec de courtes épées, et poussant des hurlements de bêtes féroces. A ces horribles cris se mélait un tintamarre de tambours, de flûtes, de cymbales, de crotales, de boucliers d’airain, et à la lueur de torches résineuses qu'ils brandissaient ils exécutaient des danses frénétiques, accompagnées de contorsions. Aussi Socrate, dans Platon, voulant peindre la fureur d’un esprit inspiré, dit-il qu’il corybantise. Ces scènes ensanglantées des corybantes n’étaient-elles point aussi une imitation des ministres de Baal? Il est raconté en effet, dans le troisième livre des Rois, que les prêtres de ce Dieu « santaient sur l’autel qu’ils avaient élevé, et criaient de plus en plus, et se faisaient des incisions avec des couteaux et des lancettes, jusqu'à ce qu’ils fassent couverts de sang. » Depuis lors, ces frénésies humaines , ce fanatisme infâme, ces impostures religieuses, sont restés endémiques dans l'Asie; les bonzes les y ont perpétués.
Au commencement du christianisme, les corybantes, avec le titre de prêtres de Cybèle, reparurent à Rome, où, sous le nom de galles , ils avaient longtemps exercé leur ministère. Ils étaient employés à la cérémonie du taurobole, nouveau genre d’expiation opposé au baptême des chrétiens. Vers 355, Julien l’Apostat rétablit dans toute sa vigueur le culte de Rhée, avec ses prêtres frénétiques. Déjà, auparavant, selon Hérodien, ils avaient trouvé un protecteur puissant dans Commo de. Sur la fin , dans la Grèce et l'Asie Mineure, les corybantes n'étaient plus que des gueux et des mendiants, qui débitaient aux crédules et aux femmes des oraeles en méchants vers, lorsque les trépieds et les sibylles n'avaient plus de voix. Ces fourbes, d’un ordre inférieur parmi les prêtres de la Bonne Déesse , s’appelaient méfagyrtes ou métragyries : ils portaient au cou des cymbales et des tambours, dont ils assourdissaient les passants. Il est presque certain, d’après Strabon et Diodore de Sicile, que les corybantes avaient la suprématie sur les dactyles, les galleset lescurètes, divisions subséquentes de leur ordre. DENNE-BARON.
CORYBANTIASME, maladie décrite par les anciens, et qui consistait en éblouissements, en tournoiements de tête, vertiges, tintements d'oreilles, apparitions de fantômes, insomnies, et quelquefois sommeil les yeux ouverts ; affection qui rappelait les veilles des corybantes près du berceau de Jupiter. Ces malades passaient pour avoir été frappés d'épouvante par les prêtres de Cybèle. DEnNE-BaRoN.
CORYMBE, mode particulier d’inflorescence, dans lequel les fleurs ou les fruits sont portés sur des pédoncules qui s'élèvent tous à peu près à la môme hauteur, quoique naissant de points différents de la tige. Cette dernière circonstance distingue le corymbe de lombelle, dont les pédicules partent tous d’un même point. On peut voir cette disposition des fleurs en corymbe dans le sorhier, la matricaire, la mille-feuille et plusieurs autres corymbifères.
Ë Dénezir.
CORYMBIFERES, une des trois tribus que Vaillant avait établies dans la famille des composces; les deux autres étaient celles des carduacées et des chicor acées. Les corymbifères, qui correspondent aux radiées de Tournefort, sont disséminées aujourd’hui dans plusieurs sections des synanthérées.
CORYPHÉE (du grec xopupñ, sommet). C'était le chef du chœur dans les tragédies antiques, ou celui qui commençait un dialogue avec le héros au nom de sa troupe; c’est encore dans nos opéras le chef d’un chœur. Sur la scène d'Athènes et de Rome, le coryplhiée entonnait le chant d’une voix forte, dominant toutes les autres, qui se succédaient en suivant sa mesure, sa prosodie et les mouvements de sa passion; c'était avec le pied que le coryphée donnait le signal. Quelquefois le coryphée était appelé chorége. … Vitruve nomme choregium un lieu où l’on renfermait les habits, les décorations , les instruments de musique , et où Jon disposait les chœurs des exécutants.
Eschyle donne aussi le nom de coryphée à l'une des Furies, qui porte la parole pour les autres, dans l'accusation des Euménides contre Oreste.
Enfin, coryphée se dit communément de ceux qui dans un art, une secte, une profession, une académie , se distinguent par-dessus tous les autres; c’est le nom que l'on donne au meneur, au chef d’un complot, d'une conspiration. ; DENNE-BaRoN.
CORYPHENES , genre de poissons de la famille des scombéroïdes , vulgairement appelés dauphins, et dont le nom, tiré du grec, vent dire sommet brillant. On en compte dix-neuf espèces différentes, dont la plus commune est le coryphæna hippurus. En voici les caractères généraux : Corps comprimé, allongé, convert de petites écailles, la tête franchante à sa partie supérieure , une nageoire dorsale qui règne tout ie long du dos et se compose de rayons presque