COSMOGONIE — COSMOGRAPHIE
plus remarquables qu’on peut se former sur la naissance du monde. Le système de l’univers ne pouvait point être connu suffisamment de leur temps, faute d'instruments. Aussi le monde des anciens, comme celui des peuples les moins instruits, est bien borné relativement aux espaces incommensurables qui se perdent dans le champ de nos télescopes. L'infini, tel qu'il nous est révélé maintenant par Herschell et les astronomes modernes, écrase notre imagination. Il est désormais évident qu'un système cosmologique ne peut plus être limité à la terre seulement, et qu’elle n’éprouve guère de révolutions générales sans que celles-ci ne soient le résultat de quelque grande perturbation commune à tout notre système planétaire, comme serait le passage ou la commotion d’une comète, attirant plus ou moins les sphères voisines dans sa courbe parabolique autour de notre soleil, Aussi, Burnet, Whiston, Woodward, Buffon et d’autres modernes, ont recouru à ce genre de causes pour expliquer les catastrophes ou les immenses changements dont la terre a été le théâtre. Les autres théories de la terre, soit qu’on les attribue au feu des volcans, ou bien à des cataclysmes, ne peuvent être que des événements partiels sur notre planète, comme serait l'hypothèse du soulèvement de l'océan Indien d’après Pallas, ou l’enfoncement de la croûte du globe, etc.
Mais le vrai but des cosmogonies est d'exposer la naïssance ou la création, sur le globe terrestre, de l'homme, des animaux et des plantes. En effet, la vie et l’organisation paraissent le phénomène le plus surprenant, le plus difficile à concevoir, tandis que les forces générales de l’agrégation et des affinités chimiques peuvent jusqu’à certain point rendre raison des combinaisons minérales, et les lois de l’attraction à distance de celles de la pondération réciproque des grands astres qui sillonnent l’espace de l’empyrée.
Les matériaux de notre globe sont ou inorganiques, ou organisables ; car il faut observer que toute matière, l’arsenic, par exemple, et bien d’autres, ne possèdent point laptitude à l’organisation, ni la faculté de recevoir la vie. Les radicaux organisables se composent surtout de combustibles, formant des mixtes complexes, tandis que les masses inorganiques consistent presque toutes en des corps comburés simples, établissant des combinaisons fixes, la plupart binaires, à l’état cristallin, non putrescibles.
La vie, ce moi, ce principe étranger à tont minéral, est la force formatrice de tous les êtres organisés, végétaux et animaux. C’est une puissance d’intussusception , ‘assimilante, réparatrice des organismes, cicatrisante, reproductive des parties mutilées, propagatrice de l'espèce et transmissible. Cette source de l’organisation, de la conservation ou de l’amour de soi, des instincts, jusque dans le * plus chétif insecte , tout appris, loin de ses parents, en sortant de l’œuf, comment cet élément de toute pensée, de tout intellect dans l’homme même, naïtrait-il d’une production spontanée, de toutes pièces, par des radicaux plus ou moins bruts, et comment la sagesse surgirait-elle du sein de la putréfaction? Comment la mort imprimerait-elle la vie? Vaincu par ces difficultés terrassantes, le philosophe a dû, de toute nécessité, recourir à une force antérieure qui détermine dans plusieurs matériaux du globe cette élaboration organique intelligente. Quelle est cette cause spéciale ? Estce la Divinité sous le nom de nature? Les termes différents ne changent rien au fond des choses. On admet donc une intervention autre que celle des puissances générales des matières brutes, qui seules restent insuffisantes pour la production de la vie.
Si l’organisation résulte d’un travail intelligent ou d’une sagesse ordonnatrice, il faut bien que celle-ci existe, soit dans les masses brutes de notre globe, soit hors de ces matériaux. Les organisations actuelles ou les antédiluviennes ne peuvent pas avoir précédé les éléments bruts de notre planète. Il ne peut y avoir des effets sans cause : une in-
telligence antérieure à la formation de produits intelligents ou élaborant la matière inorganique, est donc de toute nécessité. J.-J. Viney.
COSMOGRAPHIE (de xéouos, monde, et ypdgw, je décris), description du monde, en prenant ce mot dans le sens le plus étendu, comme synonyme du mot univers. Plusieurs savants ont pensé que l'immense objet de cette science devait être partagé en deux parties très-inégales, quant à l’étendue, mais beaucoup moins disproportionnées en raison de l'importance des notions qu’elles renferment : la terre serait d'un côté, et de l’autre tout ce qui est épars dans les espaces célestes (voyez Cie). La première partie serait la géographie, et l'autre l'astronomie; mais la terre, considérée comme l’un des corps célestes, est aussi dans le domaine de la cosmographie, et doit y être classée parmi ceux de ces corps qui s’en rapprochent par les analogies les plus nombreuses : il ne peut être utile d'en faire l'objet d’une section spéciale de la science, en la séparant du groupe où sa place est marquée, et dans lequel on ne. pourra se dispenser de la remettre. La cosmographie est donc l'exposition du système du monde tel que le raisonnement appliqué aux observations l’a fait connaître en le dégageant des apparences qui le déguisent et de Phistoire des essais infructneux que les savants ont faits à différentes époques pour imaginer une structure de l'univers dont les mouvements fussent d'accord avec les observations.
Les astres sont probablement tous mobiles; mais à cause de la distance où ils sont les uns des autres et de la terre, leur mouvement ne peut être aperçu. On devrait cependant rectifier l’inutile dénomination d'étoiles fixes donnée aux astres dont la situation et les distances respectives paraissent invariables. Dans ce qui est à portée des instruments d'observation et de mesure, tout se meuf, ef certains corps exécutent à la fois plusieurs sortes de mouvements. La terre, par exemple, tourne autour de son axe en un jour, autour du soleil en un an, ef son axe, considéré indépendamment de ce double mouvement, décrit dans l’espace une surface conique, et ne revient à sa position initiale qu'après un intervalle de plus de 25,000 ans : c’est de cette lente nutation que résulte la précession des équinoxes. Il n’y a probablement pas dans tout l’univers un seul atome de matière qui soit réellement en repos; maïs il est aussi très-probable que ces mobiles, dont le nombre et la grandeur surpassent tout ce que la plus forte imagination peut se représenter, forment des groupes dont toutes les parties sont bien liées, exercent les unes sur les autres une puissante action, tandis que l'éloignement prodigieux des autres groupes les soustrait presque totalement à leur influence, sans que l’on puisse dire cependant que ce pouvoir a réellement cessé. Pour acquérir une idée juste du système du monde, il faut se familiariser avec des nombres peu usités dans ïe calcul, maïs ne pas croire qu’une suite de chiffres dont l’œil n’aperçoit pas les extrémités puisse être confondue avec l’infi ni. Quoique Pétoile la plus voisine de la terre en soit éloignée tout au moins de six à sept milliards de lieues, il faut contracter l’häbitude de regarder de pareilles distances comme des points dans l’immensité de l’espace, et que la mesure du temps ne reste pas au dessous de celle de l’étendue : que peuvent être en effet des millions, des milliards de siècles, en comparaison de l'éternité?
La terre que nous habitons est un globe qui fait partie d’un assemblage ou système particulier, le seul qu’il nous soit possible de bien connaître. Une des lois auxquelles il est soumis est que les corps dont il est composé agissent les uns sur les autres en raison de leur masse, et en raison inverse du carré de leur distance. Cette action n’est done rigoureusement annulée que lorsque la distance devient infinie ; et conune elle tend à rapprocher lun de l’autre les deux corps entre lesquels elle est exercée, l'univers serait exposé, après une durée qui ne pourrait être infinie, à ne
former qu'une seule masse consolidée, et tous les phénomènes qu’il manifeste dans son état actuel auraïent disparu, 11 ne peut donc être maintenu tel qu’il est que par des forces opposées à sa tendance à la consolidation; et dans un système de corps libres et isolés dans l'espace, les forcés conservatrices ne peuvent être que des mouvements acquis ou des causes de mouvement, car il n’y a nulle part aucun point d'appui. D’ailleurs, on démontre qu’un nombre quelconque de corps agissant les uns sur les autres par attraction, suivant une loi donnée, peuvent circuler éternellement sans jamais se réunir ni même se toucher, si l’on imprime à chacun un mouvement d'impulsion avec une vitesse et suivant une direction convenables : la solution de ce problème de mécanique est en quelque sorte la clef te la cosmographie. FERRY.
COSMOLOGIE (de x6cuos, monde, et }6yos, discours). La cosmologie est donc une lustoire du monde, comme la cosmographie en est une description Ces termes s'emploient souvent l’un pour l’autre dans les traités de géographie générale, parce que pour nous le monde semble étre renfermé autour de notre globe terrestre sublunaire, En effet, nous ne connaissons de la nature des astres ou de ces vasles corps lumineux qui sillonnent les cieux que leurs mouvements observables à nos instruments, ou que les ana- 1ogies les plus vraisemblables entre notre terre et les antres sphères de notre système solaire, A cet égard, le livre de Fontenelle sur la pluralité des mondes reçut jadis un accueil brillant Un ouvrage plus savant et bien autrement profond sur le même sujet, le Noureau Trailé de la Pluralité des Mondes, par Huygens, mérite encore d'être lu, quoïque moins agréable par le style. Maïs cet habile géomètre prend à tâche de prouver que les autres planètes de notre système, si elles présentent à leur surface, comme il est vraisemblable, des êtres organisés vivants en harmonie avec les conditions propres à ces sphères, ne peuvent point avoir d’autres lois d'existence que celle des habitants de la terre. Ainsi, les causes de la reproduction et de la multiplication des animaux, des végétaux, ou des êtres analogues, dans Mars, ou Vénus, ou Jupiter, suivraient les mêmes règles générales que celles qui se manifestent sur le globe terrestre. S'il y avait autour de ces sphères une classe d'êtres intelligents on supérieurs, telle qu'est la race humaine de la Terre, les principes de vérités mathématiques, la géométrie, la musique, les arts, etc., n'auraient pas d’autres bases que les nôtres; comme la lumière n’y donneraît pas d’autres couleurs, les lois de l'optique, de Pacoustique, ete, ne pourraient point être différentes des nôtres. Les calculs astronomiques, les mesures géographiques ou autres rapports dés nombres ne pourraient point offrir d’autres vérités que celles qui sont démontrées à l’intellizence de l'homme. Toutes ces questions sont-expliquées avec une grande force de Jucidité qui entraîne la conviction.
Les anciens philosophes ont admis aussi la pluralité des mondes. Platon n'en supposait que cinq possibles. Le cardinal de Cusa, Jordanus Brunus, Képler, ont prétendu que les planètes et même le Soleil ont des habitants. Leibnitz, en reconnaissant la possibilité de mondes infinis dans les espaces et les combinaisons des sphères, n'établissait pas, comme le veut Voltaire, que notre globe fût le meilleur des mondes possibles, mais bien celui dans lequel les maux étaient les moindres ou compensés par des avantages correspondants. Tel fut le but de son traité de la Théodicée, Ju justice divine.
Avant l’établissement dans la science de l'astronomie du système de Copernic, il était presque impossible de concævoir l'existence d’un autre monde que de la Terre, qu'on plaçait fixe au centre de l'univers, et autour de laquelle on faisait tourner chaque jour, pendant vingt quatre heures, l'universalité des astres de l'empyrée avec une vitesse incompréensille, ou pour mieux dire impossible, J] fallait de plus |
COSMOGRAPHIE — COSMCPOLITE :
imaginer des épicycles et une foule de détours pour expliquer d’après Ptolémée (dans son A/mageste) les mouvements apparents, les rétrogradations, les stations des planètes, Mais après que l’école de Pythagore et que le sentiment d’Aristarque de Samos, au rapport d’Archimède, développé par Philolaüs, Héraclide de Pont, Nicétas, Leucippe et Platon sur la fin de sa vie, eurent fondé le véritable système cosmique, en plaçant le soleil fixe au centre de son système ; après que le chanoïne de Warmie, le Polonais Nicolas Copernic, eut démontré par trente ans d'observations ce fait capital, prouvé ensuite par Galilée et par Descartes, l’univers a dû s’agrandir à l'infini, Bientôt le télescope ouvrit un champ sans limites aux regards des astronomes, confondus de tant de merveilles. Il n’est plus besoïn de faire avec le savant Athanase Kircher, son J£er extaticum, ou un voyage extatique dans l’empyrée. Autant qu’il est permis à la force des grands instruments d'optique et des lunettes achromatiques, nous nous enfonçons avec les deux Herschell parmi ces soleils fixes, innombrables, et ces nébuleuses de la voie lactée, qui semblent nous manifester la formation et l’agrégation de nouveaux mondes. Aucun terme ne peut être assigné au nombre de ces étoiles si lointaines, dont la lumière ne parvient à nos yeux qu'après un grand laps d’années. Par-delà tout ce qu’il fut donné à l’homme de voir, règne l'infini, incommensurable abime qui engloutit toutes les forces de la pensée, et qui permet de tout supposer dans la composition des mondes et des existences. C’est cette sphère dont ie centre est partout et la circonférence nulle part, comme Pascal l’a dit de Dieu même. Après cette excursion dans l'infini, que la cosmologie ne peut ni expliquer ni décrire, elle rentre dans le système solaire dont notre Terre constitue une partie, Mais elle se confond alors avec l'astronomie, et lorsqu'elle se borne à l'étude de notre giobe, elle se divise en géographie, hydrographie, géologie, minéralogie, etc., suivant les objets qu’elle embrasse. J.-J, VIREY.
COSMOPOLITE , COSMOPOLITISME. L'homme qui fait profession d’être citoyen du monde entier et d’avoir constamment en vue les intérêts du genre humain est cosmopolite (du grec x6o40;, monde, et rokrñc, citoyen). La doctrine qui supprime les limites de la patrie et dégage des liens d’affections locales est le cosmopolitisme. Un philosophe exposait cette doctrine sous la forme la plus séduisante dont elle puisse être revêtue, en disant : Je pré-
Jère’ma famille à moi, ma patrie à ma famille, le genre
humain à ma patrie. Mais qui ne professe point cette morale dans le silence des passions? 11 n’est pas besoin de philosophie pour attacher moins de prix à son intérêt individuel qu'à celui de sa famille, pour reconnaître qu’une population tout entière mérite plus d’attention et de sacrifices qu'un petit nombre d'individus. Le mépris et la haine poursuivent très-justement tout homme exclusivement attaché à des intérêts privés, lorsqu'ils sont opposés à des intérêts publics et d’une plus haute importance.
D'un autre côté, le cosmopolitisme divise autant qu’il est possible l'affection de l’homme pour ses semblables, et la réduit ainsi à l'inefficacité ; l'ami de tout le monde n'est véritablement l'ami de personne. Autre inconvénient plus grave encore : cette doctrine d'affection universelle, crée une apparence de vertu dont certaines gens s'accommodent volontiers, parce qu’elle n'impose aucun sacrifice, Tel homme, dit J.-J. Rousseau, fait profession d'aimer les Chinois, afin d'être dispensé d'uimer ses voisins.
Attachons les citoyens à la patrie par tout ce qui pent la faire aimer et vénérer; que son nom soit doux à notre oreille comme son image à notre cœur. Le moyen le plus sûr de faire du bien à tous les hommes est de commencer par ses compatriotes. Avec le temps, les bonnes institutions Gtablies dans un pays sont imitées ailleurs; les découvertes uliles se propagent, les sciences et les lettres deviennent le