‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 440 sur 607 · COSTER — COSTUME · texte numérisé non relu

COSTER — COSTUME

En remontant jusqu’à l’origine du monde, nous po bien croire que l’homme a pu rester nu pendant quelque temps; mais il n’a pas dû tarder à s’apercevoir qu'il avait besoin de s’abriter contre l’intempérie des saisons, contre l'attaque des animaux. La nature lui offrit de nombreux exemples des moyens variés dont se trouvent pourvus différents animaux pour supporter sans inconvénient les variations de l'atmosphère. Occupé de la chasse pour se procurer sa nourriture , il mit bientôt à profit la peau de l'animal qu’il avait tué. Les habitants des bords de la mer s’emparèrent également de ce que leur offrait l'empire des eaux, et la peau des phoques leur fournit un vêtement plus épais et plus solide que celle des poissons, dont quelquefois pourtant ils firent usage. À peine les besoïns furent-ils satisfaits que la coquetterie amena de nouvelles habitudes, qui devinrent insensiblement indispensables. Tandis que l’homme se reposait des fatigues de la chasse, la femme, après avoir préparé les aliments de la famille, pensa que la parure pourrait ajouter quelque chose à sa beauté. Le plumage des oiseaux lui fournit des ornements assez variés ; elle crut même voir dans la nature l'indication de l’usage qu’elle en devait faire, et, voulant reproduire l’aigrette qui distingue quelques oiseaux, elle plaça dans ses cheveux des plumes. Le plastron des oiseaux devint ensuite le but qu’elle chercha à imiter, et l’éclat des plumes dont elle couvrit sa poitrine sembla lui rendre au premier abord une beauté que l’âge avait pu lui faire perdre. Des coquilles ou des graines furent mises en pendants d'oreilles ; d’autres furent enfilées et formèrent des colliers ou des bracelets. Le chef de la tribu reçut comme un hommage des chasseurs qui lui étaient soumis les plumes les plus belles, et il s’en forma une coiffure remarquable, qui devint comme l'enseigne autour de laquelle chacun s’empressait de se grouper en cas d’attaque.

La population ayant pris beaucoup d’accroissement, l’homme ne trouva plus dans sa chasse la quantité de vêtements nécessaire ; il chercha à y suppléer par la toison des troupeaux, qu’il n’avait primitivement élevés que pour en avoir le lait. On parvint à la filer, à la tisser et à faire une étoffe qui, grossière en premier lieu, fut ensuite perfectionnée par le développement des arts, puis mise en teinture et brodée en laine, en soie, en or, en argent. Ces étoffes étant bien plus amples qu'aucune fourrure, il devint facile de varier la forme des vêtements, qui, d’abord assez courts pour ne pas embarrasser la marche du chasseur, devinrent plus longs pour les princes, les magistrats ou les femmes. Le climat fut aussi cause de beaucoup de variations dans la forme du vêtement et dans la nature de son tissu. On vit des peuples en avoir de différents pour rester dans l’intérieur, pour paraitre en public ou pour aller à la guerre.

Lorsque les premiers chrétiens se réunirent pour célébrer les mystères sacrés, ils n’avaient certainement aucun costume particulier ; mais les prêtres et les évêques, choisis parmi les anciens, conservèrent toute leur vie la forme de l'habit qu'ils avaient revêtu dans leur jeunesse. Leurs successeurs , cherchant à inspirer le même respect, se gardèrent de rien changer au vêtements que les fidèles étaient habitués à voir à celui qui officiait : de là vient qu’encore aujourd’hui nous retrouvons à l’église des costumes à peu près semblables à ceux que portaient les empereurs grecs, lors de l'établissement du christianisme. La même fixité se retrouve dans les habits des ordres monastiques : leur variété ne tient qu’au temps et au pays dans lequel l'ordre a été institué, Nous pourrions citer à l'appui de cette assertion le costume des sœurs grises, dont toutes les parties sont absolument les mêmes que celles du vêtement que portaient les femmes du peuple à l'époque où vivait leur fondateur saint Vincent de Paule, confesseur de Louis XIII.

Les armes, qui font aussi partie du costume, furent multipliées à l'infini. A mesure que l'on inventa des armes offensives , on chercha à diminuer leur danger en créant des

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armes défensives. Les métaux furent employés avec succès, et fournirent à la fois des épées et des casques, des javelots et des boucliers. On fit même usage de vêtements qui couvraient le corps entier du soldat; et comme ils étaient formés de plusieurs peaux Pune sur l’autre , ils reeurent le nom de cuirasse. Pour leur donner plus de force, on les garnit de bandes de métal, et on finit même par en avoir entièrement en fer. Cet usage fut assez général depuis le onzième siècle jusqu’au seizième; mais si les cuirasses avaient pu protéger contre les flèches et même contre les armes blanches, elles cessèrent de présenter le même avantage contre les armes à feu : alors on les abandonna peu à peu. C’est aussi vers cette époque que, dans l'espoir de mieux faire connaître l'illustration de leur maison, on vit les nobles adapter sur leurs habits les couleurs de leur blason , et y placer de la manière la plus apparente les pièces principales de leurs armoiries. Leurs femmes partagèrent cet usage - bizarre, et celles qui appartenaient à de grandes maisons eurent bien soin d’avoir leur jupe partagée en deux dans sa hauteur : une contenant l’écusson de la famille du mari et l'autre celui de la famille de la femme. Les habits de cette espèce ne se virent bientôt plus que dans les fêtes ou les cérémonies ; mais les ofliciers des princes, plus tard leurs valets, portèrent habituellement ces insignes. C’est l’origine

de nos livrées, qui ont été singulièrement simplifiées

depuis.

Si nous quittons l’Europe pour jeter un regard sur les contrées de l'Orient, nous les trouverons sous ce rapport dans un état de stabilité tout à fait surprenant pour nous autres, dont les modes varient si souvent. Le peu de monuments qui existent nous font voir les Turcs, les Indiens et les Chinoïs conservant les mêmes habits, les mêmes armes, sans aucune modification pendant plusieurs siècles. Si l’on aperçoit quelques nouveautés dans leurs armes, c’est de nous qu'ils les prennent, afin de se mieux défendre contre nous.

La guerre ayant cessé d’être le movile le plus important des sociétés humaines, on vit les arts amener dans les costumes d’énormes changements. Les courtisans de François I°", de Charles-Quint et de Henri VIII déployèrent un luxe qui fut partagé par la cour de Rome et par celle de Florence. Les tissus de laine furent remplacés par de brillantes étoffes de soïe; les velours, les satins brochés, furent employés généralement par toutes les personnes qui n'étaient pas de la classe du peuple.

Les progrès de la civilisation auraient dû empêcher les peuples de se faire la guerre, mais l'ambition des princes donna naissance à d’assez fréquentes hostilités. Chaque chef revendiqua comme un honneur personnel les actions de courage et d'éclat qui appartenaient à la troupe qu’il commandaït. Voulant avoir un moyen de reconnaître ses hommes au sein même de la mélée, on imagina divers moyens peu coûteux ; l’un ordonna aux nommes de son régiment de mettre à leurs chapeaux une plume noire, rouge ou verte; un autre, pour avoir un signe plus durable, pensa que, sans faire changer l’habit que chacun avait dans son village, on pourrait y mettre un collet ou un parement d’une couleur uniforme, qui ordinairement était celle de son blason ; d’autres imaginèrent de placer par-dessus l’habit une bandoulière, qui servait à porter le sabre, et qu’on garnit d'un galon dont les couleurs étaient également celles du blason des colonels. C’est ainsi que commencèrent les uniformes, qui

pourtant ne se trouvèrent régulièrement établis qu’à la fin

du règne de Louis XIV.

Si le siècle de François 1°" s’était fait remarquer par l’élégance des habits et par la beauté des étoffes dont ils étaient faits, celui de Henri Ill offrit une coquetterie puérile, suite des mœurs efféminées de la cour de ce prince. De larges collerettes empesées étaient également portées par les deux sexes; maïs tandis que les femmes laissaient voir entièrement la forme de leur poitrine et celle de leurs épaules, elles

voulurent en dissimuler d’autres , et l'on commença dès lors à employer quelques garnitures pour soutenir la jupe tout autour du bas de la taille. Pendant le règne de Henri IV, l'économie de Sully et la sévérité de mœurs des calvinistes amenèrent plus de simplicité dans les vêtements , qui généralement étaient noirs. De grands changements s'opérèrent sous le règne de Louis XIII : on garda le manteau court et la veste ou pourpoint, que l’on nommait jus{e-au-corps ; mais le pantalon de tricot et la culotte bonflante , qui ne venait qu’à la moitié du genou, furent remplacés par des culottes en drap, de couleurs vives, et descendant au jarret. La toque en étoffe fit place à un grand chapeau rond en feutre, qui habituellement était orné de quelques plumes, puis on laissa croître les cheveux, que depuis longtemps on avait portés très-courts.

La cour de Louis XIV vit d’autres changements plus grands encore : on quitta le petit manteau et on prit l’habit à manches , que l’on nomma surtout, parce qu’en effet on le mettait par-dessus tous les autres vêtements Il était assez ample pour entourer le corps et couvrir les cuisses; ce qui n’empêcha pas cependant de porter dans quelques circonstances un manteau très-long, dans lequel on pouvait s’envelopper entièrement. Les ecclésiastiques le gardaïient toujours , et dans les cérémonies la queue traînait à terre. Les magistrats et les gens de robe l'avaient aussi adopté, mais il était plus court. Les femmes continuèrent à porter des étoffes de soie brochées. Les habits des hommes étaient quelquefois en velours, maïs plus ordinairement en drap de couleur ; et pour leur donner de la richesse, on les bordait avec des galons d’or plus ou moins larges. Le chapeau, toujours rond, fut surchargé d’un grand nombre de plumes : ceiles de Pautruche servirent seules à cet usage, tandis que dans les règnes précédents on avait très-souvent porté des plumes de coq. Quant à la chevelure, qui avait paru dans son entier au commencement du siècle, on voulut la rendre plus apparente, et pour cela on la remplaça par d'énormes perruques, dont on retrouve des exemples chez les anciens Égyptiens et chez quelques peuples des îles du grand Océan.

Il est à remarquer que siles costumes des hommes avaient éprouvé des changements si considérables, celui des femmes, au contraire, semblait être toujours le même : c'était une robe à corsage, avec des manches et une jupe fort Wmgue, mais que rien ne soutenait par-dessous, ce qui était plus gracieux et plus élégant; mais cette fixité dans la forme générale avaït éprouvé un nombre infini de variations, qui même devait avoir des nuances peu sensibles pour nous maintenant, et fort importantes sans doute pour les personnes soumises à l'empire de la mode.

De nouveaux changements arrivèrent pendant le règne de Louis XV : l’habit varia peu dans sa forme ; on reprit les étoffes de soie brochées ; les velours même furent ornés de broderies en soie de couleur, ou bien en or et en argent, mêlées de paillettes. Les habits de drap galonnés restèrent cependant pour la bourgeoisie , qui ne les quitta entièrement qu’à la révolution de 1789. Les grandes perruques furent abandonnées par les hommes; mais en reprenant les cheveux, on les frisa d’une manière un peu serrée, on y méêla de la poudre et de la pommade, et cette mode dura près de quatre-vingts ans; puis le chapeau rond, que dans les deux règnes précédents on avait porté avec un large bord rabatu , fut considérablement diminué ; et ce bord fut relevé de trois côtés d’une manière assez ridicule, et qui le rendit très-exigu. Les femmes prirent aussi la poudre et la pommade ; leur frisure fut également très-serrée et leur visage à peine accompagné par un bonnet léger, orné seulement de quelques coques de rubans fort courtes et fort serrées. Les étoffes de soie brochées , dont on fit les robes et les habits, présentant à cette époque des dessins à grands ramages, on voulut éviter de les voir disparaître au milieu des plis que fait naturellement une étoffe : pour cela, on mit du cartos

dans les basques des habits, et les femmes imaginèrent de placer sous leur jupe plusieurs cerceaux en baleine, réunis par une toile légère. Cet ajustement reçut les noms de bowf- Jfant, de panier, de tournure; on osa même lui donner celui de cul. Ces paniers , qui d’abord n’avaient été faits que pour donner à la robe un peu plus de développement, prirent un tel accroissement que leur largeur fut portée jusqu'à 1°,30, Lorsque la jeune reine Marie-Antoinette voulut, le matin au moins, se débarrasser d’un vêtement aussi ridicule que difforme, on l’accusa d’indécence. Les habits des hommes eurent aussi moins d’ampleur; leurs basques furent considérablement étrécies, et tombèrent seulement en pointe par derrière; celles des vestes furent également raccourcies et ne couvrirent plus du tout les cuisses.

On s’occupe peu maintenant de savoir si dans les quinzième et seizième siècles on avait en France et dans les pays septentrionaux des habits variés suivant les saisons; maïs depuis le siècle de Louis XIV l'étiquette, qui réglait tout, avait amené des obligations auxquelles les gens de cour et même les gens riches et de bon ton ne pouvaient se sousfraire. Les étoffes étaient classées par saison : en hiver, les velours, les satins, les ratines et les draps; en été, les faffetas ; au printemps et en automne, des draps légers nommés silésies, des camelots, des velours ciselés et d’autres étoffes de soie moins légères que le taffetas et moins fortes que le satin. Les dentelles même variaient suivant les saisons. Cependant, le point d'Angleterre n’était pas une parure plus chaude que la dentelle de Malines; mais le premier ne pouvait plus paraître après les fêtes de Lonchamps, fandis que la dentelle ornait les bonnets pendant tout l'été. Ces usages n'auraient encore eu rien de hien choquant si on les avait suivis en raison de l’intensité du froid ou de la chaleur; mais l'étiquette avait fixé les jours de changement. Les fourrures se prenaient le jour de la Toussaint; et Pâques, quoique l’une des fêtes mobiles, était le jour où l’on quittait les manchons, sans qu’il fût permis de les reprendre, même lorsqu'il survenait de la neige. Une autre époque, également fixe et invariable, venait à la cour apprendre qu’une dame avait atteint son huitième lustre : alors elle ne devait plus y paraître sans avoir une coiffe en dentelle noire, qui, passant sur son bonnet, venait se nouer sous le menton.

La révolution de 1789 vint abolir toutes ces étiquettes ; elle fit aussi cesser les distinctions adoptées dans les différentes classes de la société : les hommes quittèrent l'épée; les conseillers au parlement, les baillis, les avocats , quittèrent la robe et le petit manteau; les ecclésiastiques même se virent obligés de ne plus porter la soutane, La suppression des couvents fit disparaitre également tous les habits monastiques. Les uniformes même éprouvèrent de grands changements. Toute l'infanterie, qui portait l'uniforme blanc, avec des collets, des revers et des parements de couleurs variées, prit l’habit bleu, sans modification de couleur pour aucune de ses parties; le bouton, avec un numéro indiquant le régiment, était la seule variation qu’on ÿ remarquât. Les principes de légalité, proclamés avec tant de violence, amenèrent une grande simplicité dans les vetements. Les hommes conservèrent un habit en drap, sans broderie ni galons ; quelques-uns méme portèrent une veste à basque, dite carmagnole, avec un pantalon large, ordinairement de la même couleur que la veste; puis, pour se garantir du froid, on prit une large et longue redingote nommée houpelande. Elle était en étoffe grossière de laine brune, à longs poils, avec une bordure en peluche de laine bleue, rouge ou noire. Quelques personnes plus élégantes , au lieu de peluche, mettaient du velours de soie cramoisi on noir. La coiffure changea beaucoup aussi : on quitta la poudre et la frisure; les cheveux furent coupés court; le chapeau rond resta, car jamais le bonnet rouge ne fut généralement adopté; on ne le voyait que dans quelques réu-

nions, où tout le monde rnôme ne s’en affublait pas, Quant à ,

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la chaussure, elle éprouva aussi de grands changements 4 on ne porta plus de bas de soie; les boucles d’or et d'argent disparurent de dessus les souliers, qui eux-mêmes furent souvent remplacés par des bottes. Les femmes avaient également quitté la poudre; leurs cheveux étaient quelquefois coupés très-court, ou plus ou moins resserrés sous un simple bonnet rond, vrné d’une très-pelite dentelle lorsqu'il y en avait, et entouré d’un simple ruban; quelques-unes même portaient un mouchoir mis en marmotte. Cetie coiffure, après la Terreur, prit pourtant une certaine élégance; les cheveux relevés en chignon furent plus ou moins flottants, et ces mouchoirs ou fichus, qui d’abord avaient été de toile ou de mousseline, se portèrent en linon!, et même en crêpe de couleur écarlate, brodés en paillettes d'argent. Il est inutile de dire que l’on ne voyait aucune robe de velours ni de satin ; la soie n’était plus admise que sous la forme de petit taffetas , encore en portait-on rarement ; les robes étaient habituellement en toile peinte, en cotonnade, en étoffe soie et coton. Les grandes toilettes seules admettaient la robe blanche en percale, ou tout au plus la mousseline, mais sans aucune broderie,

La tranquillité ramena peu à peu de l'élégance et même quelque richesse dans les vêtements des dames; le corsage des robes devint excessivement court, la poitrine fut entièrement découverte ; les jupes, au contraire, allongèrent par le bas encore plus que par le haut ; souvent même elles avaient une queue traînante de plusieurs pieds. Le peintre David dessina les costumes de nouveaux fonctionnaires publics. Tous étaient en drap, excepté ceux des cinq directeurs, qui étaient en satin. Tous consistaient en un pantalon et un habit, dont les revers formaient la continuation du collet ; le bout des manches , souvent doublées de velours noir ou vert, se retroussait à volonté. Quant au bas de l’habit, il formait une espèce de jupe qui, comme les redingotes, couvrait entièrement les cuisses, mais ne descendait que jusqu'aux genoux. Cette mode reçut bientôt quelques variantes : les revers furent séparés du collet, agrandi d’une manière presque démesurée, non-seulement pour l’habit, mais pour le gilet : c’est alors que quelques élégants laissèrent croître leurs cheveux, et firent avec ceux de derrière une tresse qu’ils relevaient avec un petit peigne, et qui portait le nom de cadenette.

[Cependant, la mode des cheveux coupés court et sans poudre, coiffure dite à La Titus et à la Caracalla, continuait à prévaloir et à être adoptée par le plus grand nombre d'hommes et de femmes qui ne dépassaient pas vingt-cinq ans. Beaucoup de ces dernières, néanmoins, s’opiniâtrèrent à les porter longs sans poudre, suivant l'exemple qui leur avait été donné par une fort belle personne, M°° de Vailly, femme d’abord de l'architecte de ce nom, puis de Fourcroy, l'illustre chimiste, laquelle, jeune et dans tout l'éclat de la beauté, avait eu le courage et la hardiesse (car il fallait avoir l’un et l’autre ) de se montrer en loge au théâtre de l’Odéon avec ses beaux cheveux , noir de.geai, tombant en boucles abondantes autour de son cou et jusque sur ses épaules , grand sujet de scandale pour les femmes sur le retour! Maïs les jéunes, après avoir crié beaucoup, eurent la curiosité de faire en secret l'essai de ce moyen de varier le pouvoir de leurs charmes. Les brunes, les blondes, les châtaines, aux mille et une nuances, après avoir purgé leur chevelure de la pommade et de la poudre, leur firent reprendre sous leurs doigts l’allure calme, ondée ou capricieuse que leur a donnée la nature, et elles s’en trouvèrent bien,

N'oublions pas la gravure bien connue de Dubricourt, représentant, sous le titre de promenade publique, le jardin du Palais-Royal, où se pressent les habillements d'hommes et de femmes alors à la mode, reproduits avec autant de verve que «le vérité. Là vous verrez des merveilleux et des merveilleuses , les uns affectant de porter les cheveux poudrés et des chapeaux à cornes, les autres, les brunes surtout, se couvrant la tète de monstrueuses perruques blon-

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des, pour aller entendre chanter Garat : le tout pour faire opposition aux £éles noires coiffées à la Titus, montrer sa haine au nouvel ordre de choses, et témoigner de son amour pour les Bourbons,

Toutelois, ces modes éphémères n’eurent qu’un temps. Lorsque la société se trouva comparativement dans un état paisible, le goût de la toilette et du luxe, la mode enfin reprit ses droits. Ce fut alors que les élégantes rejetèrent complétement la coupe et les formes des vêtements portés par leurs mères pour suivre désormais celles que David avait adoptées pour le costume de la femme et de la fille de Brutus. L'élan passionné qui se manifesta pour la statuaire antique contribua encore à affermir cette mode nouvelle, qui ve tarda pas malheureusement à être défigurée par des exagérations. Le grand défaut des robes de femmes à cette époque est que la ceinture unique est placée immédiatement au-dessous du sein, En prenant ce point de départ sur l’habillement des femmes de l’antiquité, on a eu le tort grave de ne pas adopter la ceinture double, comme on la voit aux filles de Brutus de David. A toutes les époques et dans presque tous les temps la véritable ceinture a été placée immédiatement au-dessus des branches, tant pour les hommes que pourles femmes; et pour ces dernières la seconde ceinture, la plus haute, est un besoin qui résulte de leur conformaticu. En effet, si l'on considère de sang-froid comment le double usage des horribles corsets et des monstrueux paniers a pu s'introduire, on reconnaît qu’ils ne sont qu’une exagération excessive des deux ceintures primitives qu’on retrouve sur presque toutes les statues de femmes de l’antiquité. Or voici ce qui arriva presque aussitôt après 1801 : l'usage de cette ceinture unique, placée si haut, se combina avec celui du corset non visible, mais dont il est difficile de se passer à lout âge, en sorte que la roideur réelle du corps ne s'accordant plus avec la flexibilité de la jupe et par suite là jupe ayant contracté la roideur du corps, toute la personne fut divisée en deux portions très-inégales : l’une comprenant seulement la poitrine, l’autre tombant roide et sans inflexion de la taille jusqu'aux pieds, ce qui est peu agréable à l'œil.

Ce défaut se fait sentir surtout dans les toilettes de cour de dames peintes par Gérard de 1810 à 1812 et dans le sacre de Napoléon, par David. Là le défaut est porté au suprême degré.

Les costumes militaire et administratif du consulat et de l'empire se distinguèrent par une allure théâtrale, chevaleresque et quelque peu fanfaronne, à laquelle nos yeux, il y a quelques années, avaient peine à s’accoutumer, en les rexoyant en peinture ou en rencontrant dans les rues quelques vieillards qui s’obstinaient à revêtir ces glorieux oripeaux. La Restauration essaya vainement de naturaliser chez nous toutes les friperies oubliées des règnes de Louis XV et de Louis XVI. Le ridicule fit promptement justice de ces mascarades, et quand la révolution de Juillet éclata, on avait depuis longtemps fait divorce avec ce passé vermoulu. Louis- Philippe parut mieux comprendre son siècle en restreignant dans leurs plus étroites limites les habits de cour et d’administration. Il fallut moins y songer encore sous la république, malgré les vains efforts des citoyens Flocon et Caussidière pour renouer la tradition des gilets à la Robespierre et de la carmagnole. Qui eût pu se douter alors que toute la défroque du vieil empire reviendrait de mode sous le nouveau et qu’on essayerait de nous prouver que la multiplicité et la variété des costumes impriment plus de respect à un gouvernement? Ce qui semblerait indiquer toutefois que le peuple partage encore fort peu cet avis, c’est que vous trouxeriez difficilement, par le plus beau jour d'été, un habit de chambellan, de sénateur ou de membre du corps législatif, se risquant autrement qu’en voiture dans les rues de la capitale. Et pourtant, jadis sous Louis XIV, Louis XV, Louis XVI et même sous le premier Napoléon, ces costumes-là s’élalaïent sans gêne et avec orgueil en plein soleil. Pour

en voir, il faut aujourd'hui s’en aller jusqu'à Saint-Pétersborg. |

Avant de terminer cet article, nous diroñs quelques mots des costumes de théâtre. Sous Louis XII et Louis XIV, les acteurs, dans la comédie, étaient vêtus sur le théâtre comme à la ville; dans la tragédie, leur costume n’avait rien de la réalité. Dans l'opéra, le costume des personnages mythologiques offrait un mélange bizarre et incohérent, dont il serait difficile de rendre compte. La mode et son inconstance influa sur ces costumes imaginaires, et on vit sous Louis XV les nymphes et même les faunes venir danser sur la scène avec des paniers et des bouffants tout couverts de gaze, bouillonnés avec des rubans. Lekain et M! Clairon voulurent amener la réforme dans les costumes de théâtre; mais l’amélioration qu'ils y introduisirent se borna à supprimer les paniers des actrices et les chapeaux à plumes des acteurs, à introduire dans les sujets asiatiques tantôt un vêtement ture, tantôt une peau de tigre en forme de manteau, puise vêtement français du seizième siècle pour les sujets relatifs à la chevalerie.

Ces améliorations étaient bien loin d’atteindre les perfectionnements que Talma devait faire adopter vers 1791. La tragédie de Charles IX, jouée alors au Théâtre-Français, est la première où l’on ait suivi le costume avec une rigoureuse exactitude. Cette innovation fut tellement goûtée du public, qu’elle s’étendit bientôt à d’autres pièces. Les acteurs et même les actrices parurent sur la scène avec des habits et des coiffures parfaitement imités de ceux des Grecs et des Romains. La tragédie de Virginie par La Harpe, celle des Gracques par Chénier, furent jouées avec des costumes parfaitement exacts. Une semblable réforme fut opérée dans les tragédies de Henri VIII, par Chénier, dans celles de Macbeth et d’Othello, par Ducis. Tous les théâtres de Paris et de la province adoptèrent successivement les mêmes usages.

On pourrait encore présenter quelques réflexions sur les costumes, en les considérant sous la rapport de l'influence qu'ils ont pu exercer sur les mœurs des différents peuples, ou bien rechercher quels changements la civilisation a pu y apporter ; mais des considérations de cette nature nous entraîneraient beaucoup trop loin. Nous nous bornerons à faire remarquer que si le principe de la mode est que {out est bien, pourvu que cela soit nouveau, les arts et le bon goût ne peuvent adopter un tel axiome. Aussi a-t-on vu dans plusieurs circonstances les artistes chercher à éviter l'influence de la mode quand elle leur offrait des objets de formes bizarres ou ridicules. Ainsi, lorsque l’on quitta les manteaux pour prendre les habits à manches, lorsque les petits chapeaux à trois cornes etles bonnets à bec devinrent la coiffure habituelle, on vit les peintres chercher s’ilsne pourraient pas introduire un costume de convention pour les portraits, et afin de motiver ce retour vers les temps anciens, ils allèrent souvent jusqu’à transformernos grand’mères en Diune et en Vénus. Un motif semblable a pu influer beaucoup sur le choix des sujets, qui pendant près d’un siècle étaient presque toujours puisés dans histoire grecque, l'artiste trouvant ainsi le moyen d'offrir des parties nues, ou au moins la facilité de les draper avec l'élégance que son goût lui suggérait. Maintenant on représente indifféremment des scènes de tous les siècles et de tous les pays, sans rechercher si les costumes sont plus ou moins gracieux ; on tient surtout à être exact. DucuEsNE aîné.

Les critiques allemands reprochent à bon droit aux comédiens de leur pays de ne pas assez tenir compte de l’exactitude et de la vérité du costume ; de ne pas prendre exemple sur les acteurs de Paris, qui aujourd’hui ne croiraient certes pas possible de jouer une pièce de Molière autrement qu'avec des costumes rappelant de tous points ceux qui étaient en usage au temps de Louis XIV, de représenter Regnard, Marivaux et les autres poëtes comiques du siècle dermer avec des costumes qui ne fussent pas exactement,

ceux du règne de Louis XV; tandis qu’il leur arrive journellement de jouer les pièces de Lessing, de Schræder et d’Iffland , vêtus à la dernière mode De là, disent-ils, de choquants contrastes entre les idées, le style et le costume, qu’un goût plus exercé devait éviter.

COTANGENTE, On appelle ainsi , en trigonométrie, la tangente du com plément d’un arc ou d’un angle. Ainsi, par exemple, la cotangente de 37° est la tangente de 53°.

COTE. Ce mot, que l’on écrit aussi quelquefois quote, vient du latin gwof, combien. Il a plusieurs significations différentes. Il désigne d’abord la part que chacun doit payer d’une dépense, d’une dette ou d’une imposition communes; cela s'appelle aussi quote-part. Par extension, cofe exprime la part que chacun doit payer dans les impôts ou contributions publiques.

En style de palais, ce terme se prend pour la lettre ou le chiffre que l’on met au dos de chaque pièce mentionnée dans un inventaire ou dans une production pour les distinguer les unes des autres, les reconnaître et les retrouver plus aisément. On comprend ordinairement sous une même cote toutes les pièces qui ont rapport au même objet; et alors la lettre ou le chiffre ne se met sur aucune des pièces en parficulier, mais sur un dossier auquel elles sont attachées ensemble. On cote aussi dans le commerce les feuilles dont se composent les livres des négociants, les registres et les répertoires des notaires, ceux des huissiers, etc, ;

Cote mal taillée se dit d’un compte qu’on a arrêté sans exiger tout ce qui pouvait être dû, et où l’on a rabattu quelque chose de part et d’autre. Cette expression vient de ce qu’anciennement, lorsque l’usage de l'écriture était peu commun en France, ceux qui avaient des comptes à faire ensemble marquaient le nombre des fournitures ou payements sur des tailles de bois; si les tailles ne se rapportaient pas, cela s'appelait une cote mal taillée, c’est-à-dire que la quantité dont il s’agissait était mal marquée sur la taille.

La cote d’une valeur ou d’une marchandise est son appréciation oflicielle d'après le cours des effets publics ou le prix courant des marchandises, Ainsi lon dira la cote du 3 p. 100, la cote du papier sur telle ville, la cote des sucres, ete. Avant qu’un emprunt public soit coté, il faut que l'autorité supérieure l'ait reconnu. On se sert aussi de ce mot pour désigner le bulletin officiel des cours des effets publics rédigé par les agents de change. C’est ainsi qu’on dit la cofe des négociations au comptant, ou La cote des négocialions à lerme.

CÔTE (Anatomie). Ce nom n’est autre chose que le mot latin costa francisé, d’où primitivement coste et enfin côte. Tout le monde sait que les côtes sont des os longs et plats, offrant plusieurs courbures, et placés sur les côtés de la poitrine, entre l’épine du dos ou la colonne vertébrale et le sternum.

En anatomie et en physiologie comparée, le sens propre du mot côte prend naturellement une extension rationnelle, lorsqu'on reconnait que chez les animaux vertébrés il en est qui ont des côtes non-seulement à la poitrine, mais encore à l’ahdomen ou aux lombes et au cou, et même encore au sacrum et à la queue; maïs alors, pour éviter toute équivoque , il faut bien indiquer qu’on entend par cles les ares osseux qui protégent latéralement non-seulement le cœur, les grands troncs vasculaires et les organes respiratoires, mais encore les viscères abdominaux, c’est-à-dire la masse des organes digestifs et génito-urinaires renfermés dans l'abdomen.

Après cette indication générale des arcs osseux qui au cou, au thorax, à l'abdomen, protègent évidemment les organes renfermés dans la grande cavité splanchnique de ces trois régions, il faut noter soigneusement que lorsquele grand axe vasculaire ( aorte et veine cave postérieure) se prolonge sous une queue très-déveluppre, il y a encore, autour et en dessous de cet axe, des arcs osséux, tantôt soudés au corps

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