COTE
côtes : toutes les nations civilisées ont eu l’heureuse idée | d'établir des phares sur les bords de la mer; mais l’Angleterre, toujours attentive aux intérêts de son commerce et de sa navigation, en a, pour ainsi dire, semé ses rivages. Il n'y a pas le long de ses côtes un seul point dangereux, un seul banc caché, où quelque feu ne s’élève pour prévenir du danger : son active prévoyance a étendu ses effets jusqu’en pleine mer, et les étrangers rencontrent souvent avec surprise et reconnaissance une barque, un petit navire mouillé à plusieurs lieues au large ; il est là, exposé lui-même à être englouti par l'orage, mais l’audacieux gardien qui veille à l'entretien du feu, qu’on distingue au sommet de ses mâts, remplit pour son gouvernement un grand devoir d’humanité: il a sauvé bien des vaisseaux du naufrage. ;
Le littoral de nos mers nourrit une classe d'hommes qui ma toujours paru admirable : cesontles pilotes: élevés dans le fracas de la tempête, c’est la mer, et une mer furieuse et terrible, qui devient leur élément. Dès qu'ils aperçoivent un navire qui s’approche du port ou fait signal de détresse, ils ne s'inquiètent pas si l’ouragan tonne au large, ils s'élancent dans leur barque, courent au vaisseau, sautent à son bord, au risque d’être écrasés mille fois par la lame qui bat ses flancs.
Les rivages de la mer n’offrent pas partout le même aspect : quelquefois ils s’inclinent doucement sous la surface des eaux, comme une longue dune de sable, et les navires alors ne peuvent approcher du bord qu'à une grande distance ; c’est ce qui a lieu dans cette partie de la côte occidentale de l’Afrique où confine l'empire de Maroc. Malheur aux navigateurs qui ne connaissent pas ces parages! Le vent du désert y soulève continuellement des tourbillons de sable ; l’horizon y prend une teinte rougeâtre et uniforme ; la vue de la terre est cachée à tous les yeux; les courants les poussent au milieu des syrtes de ces bords inhospitaliers, où les Arabes sauvages leur laissent à peine le choix entre l'esclavage et la mort. Souvent ces côtes sablonneuses sont le produit de lalluvion des grands fleuves qui viennent déposer sur le rivage les parties terreuses dont ils se chargent dans leur cours : ainsi se forme chaque jour la côte de la Floride occidentale, près des bouches du Mississipi. D’autres fois on peut les considérer coinme les digues naturelles où s'accumulent les sables que l’Océan agite et tient suspendus dans ses flots. C’est la seule explication qu’on puisse donner de la formation lente de la côte de l’Yucatan, où le bassin du golfe du Mexique semble aller en se rétrécissant sensiblement. C’est ce dépôt successif des sables de la mer qui produit le pins notable changement qu’on puisse observer de nos jours dans l’état physique des rivages.
La nature n’a pas également partagé les nations riveraines de l’Océan : on dirait qu’elle a imprimé à cuaque pays le caractère de ses habitants. Les côtes de l’Angleterre sont faites pour un peuple entier de marins; les rescifs y sont rares ; les vagues ne viennent pas s’y briser avec force; toute la rage de la mer se tourne vers les rivages de notre France. Quoi de plus affreux que le littoral qui s’étend entre Lorient et Calais! Les sables de la Manche comblent nos ports, les courants et les vents qui battent ces côtes entraînent nos vaisseaux sur ce rivage de fer, et les rochers dont iles hérissé portent toujours sur leurs pointes quelques nouveaux débris d'innombrables naufrages. 11 semble que Dieu ait dit à la France : « Tu ne seras pas une grande nation maritime, »
Les marins disent qu'une cô£e est saine quand une mer profonde vient laver ses rivages. Que leur importe qu’un roc noir ettaillé à pic lui donne l'air sombre et menaçant, pourvu que sous ses flots aucun rescif caché ne les attende ? C'est ce qui a lieu dans l'archipel grec : on dirait qu'une secousse volcanique a fait surgir toutes ces iles du sein des eaux à une grande bauteur ; leurs côtes sont arides et brisées, mais à leur pied la mer est sans fond. Aussi ces pa-