COTIN — COTISATION
Et je pense qu'ici je ue ferai pas mal
De juindre à l’épigramme, ou bien au madrigal, Le ragoût d'un sonnet, qui chez une princesse
A passé pour avoir quelque délicatesse.
Il est de sel attique assaisonné partout.
N'était-ce point là Cotin mot à mot? et pouvait-on railler plus finement ce qu'il appelle son Festin poélique dans ses Œuvres galantes : « Vous voulez, madame, ÿ est-il dit, que je vous éraite..…. Après quelques parfums et un peu d’encens, c’est-à-dire après des remerciments, le premier service sera de raisonnements forts et solides ; le second, de sentiments épurés, avec quelques pointes d'épigrammes pour ragoûts, et quelques entremets de parenthèses et de pensées. »
Qui plus est, Molière, ayant dérobé aux œuvres de l'abbé son absurde sonnet sur la fièvre de la princesse Uranie (M€ de Longueville) , broda sur le canevas d’une querelle où l'amour-propre mis en jeu par cette bluette avait engagé Ménage et Cotin chez M'e de Montpensier, l’excellente scène où Vadius critique le sonnet sans se douter qu’il parle à son auteur. Aussi, à la mort de Cotin, lui composat-on cette espèce d’épitaphe :
Savez-vous en quoi Cotir Diffère de Trissotin ?
Cotin a fini ses jours; Trissotin vivra toujours.
La Ménagerie (1666), libelle qui l'aurait vengé de Ménage, s’il n'était pas mort en naissant, fut suivie dans la même année d’une satire contre Boileau : La critique désintéressée sur Les satires du temps. On dit que Mignot , l’empoisonneur, voulut s'associer à sa vengeance d’une manière assez plaisante. Comme il composait un biscuit avec plus de goût que Cotin n’en savait mettre dans une satire, il fit imprimer la pièce à grand nombre d'exemplaires, et pour les répandre il imagina d’en user en guise de sacs ou de cornets. La chose parut curieuse, et l’on courut acheter dans sa boutique pour avoir le plaisir de trouver ses biscuits enveloppés dans une satire.
Outre les ouvrages dont nous avons parlé, Cotin a publié : Thécoclée, ou la vraie Philosophie des principes du monde ; la Jérusalem désolée ; un Recueil de Rondeaux ; Recueil des Enigmes de ce temps ; un Traité de l’Ame immortelle; des Poésies chrétiennes; la Pastorale sacrée ou Paraphrase du Cantique des Cantiques ; une Oraison funèbre de Messire Abel Servien; des Œuvres mélées, contenant énigmes, odes, etc. ; deux volumes d'Œuvres galartes, en prose et en vers ; des Réflexions sur La conduite du roi Louis XIV, quand il prit lui-même le timon des affaires; Salomon, ou la Politique royale, en trois discours en prose, etc., etc. Cependant, quatorze carêmes prêchés à lacour,et que, crainte de Boileau, il ne voulut jamais faire imprimer, attestent, outre l’amitié des personnages les plus distingués de l’époque, qu’il n’était pas sans mérite. ]J1 avait de l'érudition, possédait les langues grecque et latine, récitait par cœur Homère et Platon, savait l’hébreu et le syriaque, était enfin versé dans la philosophie et la théologie. Sa prose, tournée avec aisance, pèche moins par l'absence que par l’abus de l'esprit, le faux goût, les ornements ambitieux, lafféterie des expressions ou des pensées, et dans la foule de ses vers durs, plats, boursouflés, obscurs, il en est qui ne manquent ni de facilité ni d'agrément.
Hippolyte FAucre.
COTINGA, genre d'oiseaux de l’ordre des passereaux, à bec large, légèrement arqué, échancré à la pointe, qui est comprimée. Les cotingas sont sauvages, faciturnes ; ils aiment la solitude et vivent dans les régions chaudes de l'Amérique : on ne les rencontre que dans les fourrés épais et obscurs. Ces oiseaux semblent vouloir détober à nos regards le plumage riche et brillant qui décore
DICT. DE LA CONVERS. — T. VI
Got
la plupart de leurs espèces. Ils font leur nourriture habituelle d'insectes et de fruits savoureux et sucrés. Le cotinga bleu (cotinga ampelis) se fait remarquer par une couleur magnifique d'outre-mer, et par sa poitrine pourprée. Le mâle du cotinga Pompadour (ampelis Pompadora) n’est pas moins remarquable, surtout à l’époque des amours, où son plumage, carmin foncé, que font ressortir ses deux ailes blanches , brille du plus vif éclat.
COTISATION, dérivé du mot cote. La cotisation en jurisprudence est l'imposition faite sur quelqu'un de la cote-part qu’il doit supporter d’une dette, charge ou imposition commune à plusieurs.
Cotisation signifie aussi l’action de se taxer soi-même pour payer des frais communs. Dans ces derniers temps, où l’association, cet admirable privilége de l’homme libre, a fait de si merveilleux progrès, il est peu d'individus qui n’aient pas eu leur cotisation à payer : toutes les sociétés, ou politiques, ou industrielles, ou scientifiques, ou littéraires, reposent sur une seule base, la cotisation, c’est-à-dire la mise individuelle à une masse commune. Il y a telle association qui, grâce à la cofisalion de chacun de ses mem bres, fait vivre au large président , vice-président, secrétai res et trésorier.
Dans la garde nationale, il y avait une colisation mensuelle et volontaire que devait payer chaque citoyen. Elle variait suivant les villes, les bataillons, les compagnies. Administrés par un conseil de famille, les fonds qui en provenaient servaient à élever la paye du tambour, à payer les impressions, à fournir chaque garde national d’ornements hors de l'uniforme, enfin à constituer un fonds de réserve, que quelques compagnies ont employé à des institutions de bienfaisance. Tout cela, bien entendu, était en dehors de la loi ; mais personne n’osait s’y soustraire.
Dans les sociétés de secours mutuels, il y a aussi une cotisation. Celle-là a une destination vraiment noble, vraiment élevée : c’est une mesure de sûreté prise contre l’avenir, contre les maladies, contre le manque d'ouvrage. Il est rare qu’un mauvais ouvrier consente à faire partie d’une de ces sociétés, dont la cotisation hebdomadaire ou mensuelle est la condition première, je dirai même la condition unique.
Il est certains genres de cofisations dont on ne saurait trop s'abstenir : par exemple, les cotisations établies par les sociétés qui se disent scientifiques sont des piéges dont il est prudent de se préserver. On vous annonce qu'il vient de se former une société d'hommes d’art et de science réunis dans un but purement artistique, purement littéraire, ou purement philosophique : comme la société tient beaucoup à ce qu'aucune illustration ne lui fasse défaut , comme elle veut relier toutes les notabilités sociales, elle a jeté les yeux sur vous, elle vous décore du titre pompeux de sociélaire, ou mieux encore de sociétaire-fondateur, vous fait hommage d’un diplôme sur parchemin , dont le prix est den. , payable comptant ou à terme. La société n’est pas méchante personne ; pourvu qu’à la fin de l'an la cotisation soit réglée, c’est tout ce qu'il lui faut.
Une autre cotisation non moins périlleuse est la cofisation pour bals, concerts, ou repas de corps. D'avance , vous vous imaginez avoir tout prévu, le nombre des glaces , des brioches, des violons, des bouteilles de Bordëaux, Médoc; vous croyez avoir posé votre budget sur les bases les plus larges ; mais quand vient le règlement de la cotisation, vous reconnaissez qu'il y a dans vos calculs erreur de moïitié ou de deux tiers. La chaleur était étouffante, il a fallu un supplément de glaces ; le Médoc n’étant pas un vin de dames, on a dû, à la demande générale, recourir au Champagne frappé. De là il arrive que votre cotisation, qu’on avait arrêtée, paraphée, scellée à dix francs par tête, ne s'élève plus qu’à trente francs.
Foin des cunisalions ! Donc, ne vous y fiez qu’à bonne enseigne et le plus rarement possible. Édouard LEMorxeE.
COTON Le coton est une bourre fine, soyeuse, ou plutôt laineuse, plus ou moins blanche, qui remplit la capsule déhiscente qu'offre le fruit du cotonnier.
Les premières et grandes divisions des cotons en bourre (dits en laine) comprennent : 1° les longues soies ; 2° les courtes soies. Dans la première catégorie, on distingue principalement, d’après leur provenance : les Géorgie long, Fernambouc, Bahia, Maragnan, Para, Camouchi, Bourbon, Martinique, Guadeloupe, Cayenne, Porto-Rico, Cuba, Trinité de Cuba, Haïti, Carthagène, Minas, Carraque, Cumana, et Jumel ou Égypte ; dans la deuxième catégorie, les Louisiane, Alabama, Tenessée, Mobile, Caroline, Virginie, Sénégal, Bengale, Madras, Surate, Souboujac, Kinick, Kirkagach, et les courtes soies de Cayenne, Géorgie et Alexandrie d'Égypte.
Les cotons des États-Unis, tant ceux longues soies que les courtes, sont les plus beaux et les plus généralement estimés : ils sont cotés à des prix correspondant à leurs qualités. Les sortes qui jouissent après celles-ci de la plus grande faveur sont le Bourbon, l'Égypte, le Porto- Rico et le Cayenne ; viennent ensuite les cotons du Brésil, de la côte espagnole de l'Amérique du Sud, et enfin les cotons de la Martinique, de la Guadeloupe et de l'Inde. Mais il est à observer que cette estime est relative au genre d’emploi, et même aux procédés de filature auxquels les laines sont soumises. C’est principalement dans les longues soies que Je coton du Brésil offre une grande supériorité.
Les longues soïes d'Amérique offrent la matière des tissus les plus fins, des mousselines, tulles et percales supérieurs. Les courtes soies d'Amérique, d’un travail facile, conviennent à tous les tissus au-dessous des surfins ; on a remarqué d’ailleurs qu’ils reçoivent mieux les couleurs d’impression. Les Brésil se teignent solidement, et on les préfère pour la fabrication de la bonneterie.et des madapola ms. Les courtes soies del’Inde sont en général réservées à la fabrication des couvertures, de la passementerie et des objets les plus grossiers. Mais il est essentiel de remarquer que le lieu de provenance des cotons est quelquefois bien loin de résoudre péremptoirement la question de qualité relative ; car la même plante, et dans les mêmes climats, pourra produire une laine douée de plus ou moins de force, de longueur, de ténacité, d’incoloration et d'éclat, et les différences seront quelquefois énormes, suivant la température, l'opportunité de la récolte, les soins de culture, etc., etc. Ce qui influe encore puissamment sur la qualité des produits, c’est le soin et la propreté dans l’égrenage (enlèvement des graines adhérentes à la bourre). PELouzE père.
Jacques de Vitry, mort en 1244, qui était allé en Palesline pendant les croisades , est le premier des écrivains occidentaux qui ait employé le mot cofon. « Il y a, dit-il (Hist. Orient., lib. 1, cap. 85), dans l'Orient des arbrisseaux venus de semence, qui produisent le bombax, appelé par les Français co/on , qui tient le milieu entre la laine et le lin, avec lequel on tisse des vêtements légers. » Le coton est encore désigné par les mots bombagia et bombazo, à Milan et en Sicile, île où les Occidentaux le cultivèrent et le travaillèrent pour la première fois. Les Arabes, qui s’occupèrent, même avant notre ère, de sa culture, l'appellent g'hotton, et l'on peut conjecturer avec un de nos savants géographes, que ce nom était venu de Co{to- Aura (aujourd’hui Canara), contrée de la côte de Malabar, d’où les navires des Arabes et ceux des Ptolmées le transportaient dans l'Arabie par le golfe Persique, et dans PÉgypte par la mer Rouge. DE REIFFENBERG.
[Si l’on s’en rapporte à la description que Pollux et Philostrate font du byssus, l'usage du coton remonterait en Asie à la plus haute antiquité. I1 était connu longtemps avant Moïse, puisqu'il parait, par cet écrivain sacré, que Pétoffe dont Pharaon fit revêtir Joseph était de coton ; cependant les Greos et les Romains ne <’en servirent que fort