‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 46 sur 607 · COLMAR — COLNET · texte numérisé non relu

COLMAR — COLNET

jeunes gens. Des ventes existaient dans toutes les villes de garnison; les régiments devaient donner le signal de l’insur-

vection, et plusieurs généraux avaient promis leur concours.

Un seul osa se prononcer; ce fut le malheureux Berton:

La vente suprême ou congrès national, qui siégeait à

Paris, était pressée d'agir. Le succès dépendait de la ra- ‘pidité, de la spontanéité du mouvement ; il n’était plus possible de différer. 11 fut décidé que les confédérés de Béfurt prendraient l'initiative; le mouvement devait éclater immédiatement après dans toute la France. Les patriotes alsaciens A’attendaient que la présence de quelques-uns de leurs frères de Paris. Le colonel Pailhès partit avec trente jeunes conspirateurs. Chacun d’eux n'avait été prévenu que la nuit, et seulement au moment du départ; tous partirent sans dé- Jai. D'autres détachements de jeunes confédérés arrivaient à Béfort de toutes les directions, la plupart sans bagage, sans passe-port, entassés dans des calèches découvertes et parfois chantant {a Marseillaise.

La réunion du bataillon sacré à Béfort rendait tout délai impossible ; l'insurrection devait éclater le 1°" janvier 1822. Le général Lafayette et son fils étaient déjà sur la route de Béfort, mais un incident imprévu força d'avancer l'instant convenu. Il fut décidé que le mouvement commencerait le 31 décembre 1821, à minuit. Tout était prêt ; un poste de douaniers était à la disposition de l'insurrection ; les officiers patriotes de la garnison avaient fait leurs dispositions ; le sergent-major Pacquetet tint pendant deux heures les soldats de sa chambréele sac au dos et prêts à marcher. Cette circonstance si grave, si décisive pour l'accusation , resta complétement ignorée ; aucun des soldats qui devaient suivre Pacquetet, aucun de ceux de son régiment ne révéla cette prise d’armes. I] ne se trouva dans la garnison qu’un homme faible, un sous-officier; il manqua de courage, et, devenu traître par peur, il alla, quelques heures avant celle qui avait été marquée pour le mouvement, prévenir le commandant de la place. Aussitôt la garnison est mise sous les armes par <et officier supérieur ; une partie des insurgés se rend en toute hâte sur la grande place ; le lieutenant Peuguet tire un coup de pistolet au lieutenant de roi; la balle s’amortit sur la décoration de cet officier : un des jeunes gens arrivés de Paris avec le colonel Pailhès s’élance entre le lieutenant Peuguet <t la troupe, se fait prendre à sa place, et lui donne le temps de se mettre en sûreté. Cependant les insurgés, réunis dans les autres quartiers de la ville, attendant l’ordre de se porter en avant, ignoraient ce qui se passait sur la place, et que les communications fussent coupées. Déjà plusieurs arrestations étaient effectuées dans l’intérieur de la ville.

A l'instant même où le lieutenant Peuguet tirait son coup de pistolet, une chaise de poste arrivait dans le faubourg ; c'étaient Joubert, qui fut nommé en 1830 directeur de l’oc- | troi de Paris, et Armand Carrel, alors lieutenant au 29° de ligne, en garnison à Neufbrisach. Carrel était envoyé par ses camarades pour assister au mouvement de Béfort; il devait, aussitôt après, retourner à sa garnison pour provoquer celui de Neufbrisach. Carrel était l’objet d’une surveillance spé- <iale ; son chef de bataillon, informé de son absence sans permission, avait immédiatement commandé une revue : il croyait que Carrel ne serait pas à son poste, mais, parti en grand uniforme , Carrel s’était remis en route pour Neufbrisach dès qu'il avait vu échouer le mouvement, et, rentré en ville au moment même où son bataillon s’assemblait, il prit son rang. 11 avait fait avec une prodigieuse rapidité ce double trajet. Le désappointement du chef de bataillon fut complet.

Bazard, l’un des chefs les plus actifs de la vente suprême, spécialement chargé deladirection générale du mouvement,

était déjà sur la route de Béfort, où il savait que le général La- fayette devait être près d’arriver. 11 a bientôt rejoint Cor- celles fils, placé en vedette dans un village pour y attendre le général Lafayette. Bientôt une voiture varait; c'était celle

du général , qui apprend que le mouvement avait eu lieu à Béfort avant le jour convenu et les funestes conséquences de cette tentâtive. La voiture changea de direction, et le général et son fils descendirent chez M. Martin de Gray, député de la Haute-Saône ; il était important pour ceux qui avaient été arrêtés à Béfort et à Colmar quele voyage du général ne fût pas même soupçonné. Le secret fut bien gardé,

D'autres commissaires de divers départements correspondaient avec le comité d'action de Paris, et n’attendaient que la nouvelle du mouvement de Béfort pour faire éclater l’insurrection dans leur pays. Ce fut contre l’avis de ses amis que le général Berton, malgré l'échec de Béfort , s’obstina à partir pour Saumur et Thouars. Ce mouvement partiel ne pouvait avoir de chances de succès. Guinard, qui s'était dévoué pour sauver le lieutenant Peuguet, fut d'abord considéré comme le chef de la conspiration. Quelques autres jeunes gens envoyés de Paris, des officiers et des Sous-officiers avaient été arrêtés le soir même (31 décembre) à Béfort, et le lendemain dans les environs ; d’autres à Colmar, à Nancy. Beaucoup parvinrent à se sauver en Suisse, dont la neutralité ne fut violée qu’à l’égard de deux sous-officiers, Tellier et Watebled : le second se donna la mort dès qu’il se vit découvert,

L’acte d'accusation de la cour de Colmar porte le nombre des accusés à quarante-quatre, dont quatre seulement, Tellier, Dublard, Guinard et Pailhès, furent condamnés ; encore en furent-ils quittes pour cinq ans de prison, moins malheureux que le colonel Caron, qui paya de sa têle la seule pensée d’avoir voulu favoriser l'évasion des accusés. DUFEY (de l'Yonne).

COLMATAGE (de l'italien coëmare, combler), opération agricole qui consiste à exhausser un terrain babituellement immergé ou à couvrir des terrains infertiles, tels que sables et graviers, au moyen d’alluvions entraînés par des eaux courantes. Par ce moyen, le terrain est à la fois nivelé, assaini et fertilisé. Le colmatage a produit de beaux résultats en Toscane, notamment dans le val de Chiana. Il a été appliqué avec succès sur les bords de la Moselle et de quelques cours d'eau des départements du midi.

COLNE, ville industrieuse du Lancashire, située à lembranchement de trois chemins de fer, à 51 kilom. nordest de Manchester, avec 24,983 âmes (1871), fabrique des calicots et des mousselines de laine. On croit que les Romains y avaient fondé une ville nommée Colunio.

COLNET ( CnARLes-JosEPn-AUGUSTE-MAXIMILEEN DE), libraire, homme de lettres, journaliste, qui depuis ajouta à son nom celui de Du Ravel, était fils d’un garde du corps de Louis XV, qui s'était distingué à la bataille de Fontenoy. Né le 7 décembre 1768, à Mondrepuy, en Picardie, il fit ses études au collége militaire de Rebais, en Brie, puis à l’école militaire de Paris, où il eut pour condisciples Bonaparte et Bertrand, et enfin à La Flèche, oùil remporta plusieurs prix. Comme ni son goût ni son physique ne le rendaient propre au métier des armes , il vint à Paris, en 1793, pour se soustraire à la première réquisition , et y étudia la médecine sous Cabanis et Corvisart; mais, atteint par le décret qui expulsait de la capitale tous les nobles, il passa deux ans à Chauny, en Picardie, chez un apothicaire, dans la solitude et l'étude des lettres. De retour à Paris, en 96, il s'établit libraire, au coin de la rue du Bac, en face du Pont-Royal. :

Il avait trente ans quand il commença à se faire imprimer, et débuta par une satire contre l’Institut, intitulée La Fin du Dix-huitième siècle. Vinrent ensuite Mon Apologie et mes Étrennes à l'Institut, où il continuait sa guerre contre les Immortels.

Tout cela paraissait sous le voile de l’anonyme. Colnet publia de même un recueil périodique mensuel , intitulé : Mémoires secrets de la République des Lettres, journal d'opposition littéraire. C'était une petite guerre incessante

de

à coups d’épingle. Sur ces entrefaites arriva ke 18 brumaire. Admirateur de Bonaparte, Colnet crut qu'il trava illait pour les Bourbons, et publia une ode à.sa louange ; mais, bientôt détrompé , il refusa à Bertrand de s’associer à la for tune de leur ancien condisciple et d’aller le voir aux Tuileries. En 1805 il réunit sa librairie de la rue du Bac à celle qu’il avait formée sur le quai Malaquais, à côté de l'hôtel de la police générale, Il y recevait, dans un cabinet au’on appeleit sa caverne, quelques écrivains, la plupart hostiles au gouvernement impérial. IIs s’y réunissaient encore dans les premiers temps de la Restauration, de manière à inquiéter le ministre Fouché, qui tenta vainement d’acheter par divers moyens le silence de l’'inflexible libraire et la clôture de sa caverne. Arrêté pendant les Cent-Jours (1815), comme prévenu de correspondance avec la cour de Gand, Colnet obtint de Réal sa mise en liberté. Après avoir fondé, en 1810, avec d’autres collaborateurs, le Journal des Arts, il fut un des principaux rédacteurs du Journal de Paris, de 1811 à 1815, prit part alors à la rédaction du Journal Général ; et lorsque cette feuille fut devenue ministérielle, il travailla pendant quinze ans à la Gazette de France, dont ses feuilletons et ses articles firent la fortune, en augmentant sa propre réputation, car il les signait en toutes lettres, contre l'usage, quoiqué son style et sa hardiesse eussent pu aisément l'en dispenser. A ce moment Colnet vivait retiré à Belleville, où, tout en cultivant les fleurs, il ne cessait pas de remplir sa tâche de journaliste.

La révolution de Juillet 1830 avait été prévue et en quelque sorte annoncée par Colnet ; il y perdit deux pensions de douze cents francs chacune, l’une sur la cassette du roi, l'autre supprimée par M. Guizot, en punition sans doute de ce qu’il s'était souvent moqué des doctrinaires, Réduit, par une faillite, au produit annuel de sa collaboration à la Gazelte, Colnet était riche encore ; car, loin de se créer des besoins, il poussait la parcimonie jusqu’à l’avarice. 11 se couchait entre huit et neuf heures du soir, et se levait à quatre heures du matin. Son plus grand chagrin fut de voir, en 1831, flotter sur la Seine les livres de la Bibliothèque de l’Archevêché, qu’il avait mise en ordre et catalpguée pour le cardinal Fesch. J1 mourut du choléra, le 29 mai 1832, à Belleville, Parmi ses principaux ouvrages il faut citer sa Guerre des pelits Dieux; sa Correspondance Turque contre La Harpe; son Arf de Diner en Ville, à l'usage des gens de lettres, poëme en quatre chants; sa collection des Satiriques du dix-huitième siècle, dans lesquels il s’est compris lui-même; son Hermile du faubourg Saint- Germain par le voisin de son Excellence; et son Hermite de Belleville. H, AUDIFFRET.

COLOCASE,. Voyez Arux.

COLOCOTRONI. Voyez KoLOKOTRONI.

COLOCYNTHINE. Voyez COLOQUINTE,

COLOGNE, la Colonia Agrippina des Romains, en allemand Xæ/n , chef-Keu de la province du Rhin (Prusse) dans laquelle se trouve comprise la plus grande parue des possessions territoriales de l’ancien archevéché et aussi du cercle de régence du même nom (superficie, 47 myriamètres carrés, avec 597,317 habitants, pour la plupart catholiques), était jadis l’une des plus importantes villes impériales, C’est encore aujourd'hui un grand centre industriel et commercial, le siége d’une régence , de la cour d'appel de la province du Rhin, d’un archevèché et d’un chapitre, d’une Chambre de commerce, d’une direction de la douane du Rhin, d'une commission de navigation et d’une société de navigation à vapeur, et en même temps une place forte de premier ordre. Elle est bâtie en forme de demi-cercle sur la rive gauche du Rhin, en face de Deutz, à laquelle la relie un pont de bateaux, et un pont en fer bâti de 1855 à 1859, Sa population est de 125,172 habitants (1867), en très-grande majorité catholiques; en effet, on n'y comple

trouve 34 places publiques , 27 églises catholiques, 2 églises protestantes, une synagogue et un grand nombre d’autres édifices publics, un gymnase catholique el un gymnase protestant, un séminaire, une école civile supérieure, trois écoles de commerce et beaucoup d’autres établissements d'instruction publique, un musée riche surtout des legs faits par Wallraf et Richartz; une foule d'établissements de charité et de bienfaisance, entre autres un hospice d’orphelins, une maison d’aliénés, un hôpital civil, une maison et une école d'accouchement, un mont de piété, une maison de détention etune maison de correction, La ville est très-irrégulièrement construite, et les rues en sont tortueuses, étroites et sales. Elle est entourée d’une grande muraille avec des tours placées de distance en distance, Les plus belles places sont le Neumarkt (marché neuf), le Heumar hit (marché au foin ) ou Place dela Bourse, et l'AZ/mRark£ (vieux marché), les unes et les autres entourées d'arbres,

Parmi les édifices publics on remarque surtout la cathédrale, l’un des plus magnifiques monuments de l’architecture gothique. L'archevêque Engelbert en avait déjà dressé et arrêté les plans; mais les travaux de construction ne commencèrent qu’en lan 1248, sous l’archevèque Conrad de Hogstedten. L'édifice a la forme d’une croix; sa longueur est de 128 mètres, et sa largeur moyenne de 42 mètres. Le chœur, dont l'élévation est de 42 mètres, et les chapelles la!érales se trouvaient seuls terminés quand, an seizième siècle, les troubles de la Réformation vinrent interrompre les travaux de construction. Le vaisseau est soutenu par plus de 100 colonnes disposées sur quatre rangs, et dont celles du milieu ont 12 mètres de diamètre. On n'avait pu toutefois les élever qu'aux trois quarts de leur hauteur, et elles furent recouvertes d’une toiture en bois. Chacune des deux tours devait avoir 160 mètres de haut, L’une parvint à plus de45 m.; l'autre en resta à 6. Parmi les chapelles latérales, la plus remarquable est celle des Trois Rois Mages, avec leurs reliques données à l’archevèque Reginald de Dassel par l’empereur Frédéric 1°", et conservées dans un sarcophage richement orné d’or et de pierres précieuses. Sur le côté gauche du chœur se trouve la chambre d’or, contenant le trésor de la cathédrale, trésor aujourd’hui depouillé de la plupart de ses richesses,

Le premier qui s’intéressa à la reprise des travaux de construction de ce magnifique monument, dont on a tout récemment retrouvé les plans originaux, fut le roi de Prusse Frédéric-Guillaume IT; qui déjà y consacrait chaque année une certaine somme, et qui en fit dégager les abords au moyen de nombreuses démolitions. Cette idée fut surtout embrassée et propagée avec ferveur, à la suite du cri de guerre parti de France en 1840 sous le ministère de M. Thiers, par le roi de Frédéric-Guillaume IV au nom du réveil du sentiment de l’unité nationale allemande. Ce prince ayant accordé sur sa cassette une somme annuelle considérable pour l'exécution du projet, et le roi Louis de Bavière, lui aussi, s'étant engagé pour une somme imporlante, un comité central pour la reprise de la construction de la cathédrale se forma à Cologne, avec de nombreux souscomités sur différents points de l'Allemagne, et inème jusqu’à Rome et à Paris, à l'effet de recueillir des dons et des souscriptions volontaires destinés à contribuer à la réa lisation du projet; et le 4 septembre 1842 on posa en grande solennilé la première pierre des travaux d'achèvement du monument, C'est seulement en 1845 qu'on put commeucer la con truction du vaisseau supérieur, La cathédrale, enfin achevée, fut solennellement inaugurée le 15 octobre 1863. 11 ne restait plus alors à élever que les tours qui devaient être finies en 1869.

Les autres édifices les plus remarquables de Cologne sont l'église paroissiale de Sainte-Ursule, où l'on conserve, dans la chambre d'or, les ossements des 11,000 vierges ; l'église

pas plus de 15,000 protestants et 3,600 israélites. On y | Saint-Géréon, avec une belle coupole et trois galeries, qu’on

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