COLOGNE — COLOMB
prétend avoir été construite en l'an 1066 par saint Annon, en remplacement d’une première église, bâtie par l'impératrice Hélène, et qui possède les ossements de saint Géréon et des guerriers de la légion Thébaine; l'église paroissiale de Saint-Pierre , avec son célèbre tableau du maïtre-autel par Rubens, et représentant le crucifiement de saint Pierre ; l'église des Saints-Apôtres, beau monument du onzième siècle ; l’église Sainte-Marie du Capitole, bâtie vers 1050, reconstruite en 1818 ; l’église de Saint-Cunibert, du onzième siècle, avec un magnifique autel d’après le modèle du maîtreautel de Saint-Pierre de Rome; l'église Saint-Pantaléon, du dixième siècle, avec le tombeau de Théophanie, femme de l’empereur Othon If (elle sert aujourd’hui de temple à Pusage des soldats protestants de la garnison); l’église Saint-Séverin, du onzième siècle; l'hôtel de ville, autre monument fort ancien, mais qui a été en partie reconstruit en 1571, avec un beau portail, et la vaste salle d’assemblée des représentants de l’ancienne Ligue hanséatique, ornée de statues en pierre; le Herrnhaus ou maison Gurzenich , dont la construction date du milieu du quinzième siècle, destinée d’abord à de joyeuses réunions, transformée plus tard en halle, puis rendue de nos jours à sa destination primitive, notamment aux fêtes du carnaval ; le cloitre, encore fort bien conservé, de l’ancien couvent des Chartreux, construit vers la fin du seizième siècle, dans l’ancien style allemand ; le ci-devant collége des Jésuites, qui renferme aujourd'hui le gymnase, sa bibliothèque et le séminaire ecclésiastique ; la nouvelle halle, de style gothique; le théâtre, incendié en 1859, et l'hôtel de la Régence.
La situation de Cologne la rend éminemment propre au négoce; et elle est le grand centre du commerce des contrées riveraines du Rhin avec les Pays-Bas, l'Allemagne, l'Alsace et la Suisse. Elle obtint au treizième siècle le droit d'étape, qui par le traité d'octroi de 1804 fut transformé en droit d’entrepôt, source de revenus considérables pour la ville. Des communications régulières par bateaux à vapeur avec les ports des Pays-Bas, avec Francfort-sur-Mein, Strasbourg et les chemins de fer, contribuent beaucoup à y favoriser le développement des affaires. L'agriculture, la culture de la vigne et celle des jardins constituent aussi de précieuses ressources pour la population. Les plus importantes de ses manufactures sont celles d’eau de Cologne (on en compte plus de trente) et de tabac, surtout de tabac à priser. On y trouve aussi des fabriques de cire, de savon, de sucre, de chapeaux, de papier, de quincaillerie , de cordages et de câbles, d'instruments de musique et d’optique, de faïence, de couleurs, d’orfévrerie et de joaillerie.
Cologne doit son origine aux Romains, et fut fondée par les Ubiens, l'an 37 environ av. J.-C., à l'incitation de Marcus Agrippa; aussi fut-elle d’abord appelée Ubiorum Oppidum. Une colonie qu’y établit l'épouse de l’empereur Claude, Agrippine, l'an 50 de notre ère, l'agrandit; elle prit alors le nom de Colonia Agrippina. On y voit encore denombreux restes de constructions romaines. Les Franks s’en étant rendus maîtres, elle passa, lors du partage de la monarchie franque, en 511, sous les lois des rois d’Austrasie, puis, en vertu d’un traité intervenu entre Loüis d'Allemagne et Charles le Chauve de France en 870, elle fit retour à lAllemagne. Au commencement du treizième siècle elle entra dans la oonfédération de la Hanse, où elle disputa longtemps la prééminence à Lubeck; et vers le milieu du même siècle, elle accéda à la ligue des villes rhénanes. Comme ville libre impériale, elle fut constamment en discussion avec les archevêques, qui refusaient de reconnaître ses franchises, et persistaient à l'appeler leur ville princière. Elle n’était pas moins célèbre par son commerce, dont la prospérité déclina pourtant à partir de son accession à la Hanse, que par son école de peinture et par son université, fondée en 1388 et fermée en 1801, en même temps que ses nombreuses collégiales, ses abbayes, ses commanderies de l’ordre teutonique
et de l’ordre de Malte et ses couvents des deux sexes. Lorsque les autorités françaises prirent possession de Cologne, elle perdit ses antiques libertés.
L'archevêché de Cologne formait autrefois une petite principauté ecclésiastique d’un territoire d'environ 66 myriamètres carrés, &wec 230,000 habitants et un revenu de 600,000 thalers. Mais les archevêques résidaient à Bonn. L’archevêque de Cologne était le troisième électeur ecclésiastique de l’Empire, archi-chancelier de l'Empire en Italie et du pape. Les archevêques disputèrent longtemps à ceux de Mayence le droit de couronner les empereurs, qui depuis Conrad I°° jusqu'à Henri III furent couronnés par l’archevêque de Mayence, et depuis Henri III jusqu'à Ferdinand 1° par l’archevèqgne de Cologne. En 1657 cette rivalité cessa, parce qu'il fut alors décidé que ce serait celui de ces deux prélats dans le diocèse duquel aurait lieu la cérémonie du couronnement qui y officierait,
Un évèché fut créé de bonne heure à Cologne. On cite comme le premier titulaire Matlernus, au commencement du quatrième siècle. Tout à la fin du huitième siècle, Charlemagne l’érigea en archevêché ; ses suffragants étaient les évêques d’Utrecht (jusqu’en 1559), de Liége, de Minden (jusqu’en 1648), de Munster et d’Osnabruck. Ce fut l’archevêque Héribert (999-1021) qui obtint que son siége füt érigé par l’empereur en électorat de l'Empire. Le dernier archevèque électeur fut Maximilien-François-Joseph-Xavier, archidue d'Autriche, frère de l’empereur François. L’archevêché fut sécularisé à la paix de Lunéville, et son territoire cédé partie à la France (toute la portion placée sur la rive gauche du Rhin), partie au due de Nassau-Ussingen, au prince de Wied, au grand-duc de Hesse-Darmstadt et au prince d’Aremberg. Le congrès de Vienne adjugea à la Prusse tout l’ancien territoire de l’archevêché.
Cologne est le grand centre de l'élément catholique dans. la population des États prussiens, et depuis la paix de 1815. le chef de cette Église s’est presque constamment trouvé en lutte avec le cabinet de Berlin, tantôt sur des questions de liberté religieuse, tantôt sur des questions de discipline et de liturgie. Les difficultés calculées mises à la célébra-tion des mariages mixtes par le dernier archevêque Droste de Vischering conirarièrent vivement le roi de Prusse, protestant zélé, qui voulut y voir un empiétement du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel, et en appela au saint-siége. Ce démêlé prit alors les proportions d’une grosse affaire, et donna lieu aux négociations les plus actives avec la cour de Rome. Suivant son usage, celle-ci l’embrouilla du mieux qu’elle put; et les affaires de Cologne entretinrent pendant plusieurs années en Prusse une agitation qui ne cessa guère que lorsque la révolution de Février fit naître des préoccupations autrement vives. Aussi bien la mort de l'archevêque Droste de Vischering était venue fort à propos, quelque temps auparavant, faciliter un compromis entre les deux intérêts en présence.
COLOGNE (Eau de). Voyez Eau.
COLOMB ( Carisropue), en italien Colombo, en espagnol Colon, illustré à jamais pour avoir découvert l’Amérique.
Il règne beaucoup d’obseurité sur les premières années de la vie de ce grand homme, qui était destiné à produire par sa découverte une révolution dans l'état civil et politique de l'univers, parce que ni lui ni les membres de sa famille ne jugèrent à propos de renseigner leurs contemporains sur leur origine. Mais, à force de patientes et savantes investigations, divers historiens estimables ont, dans ces derniers temps, réussi à démontrer avec presque fous les caractères de la certitude que Christophe Colomb était le fils d’un fabricant d'étoffes de laine, qui vivait encore en 1494,'et qu'à était né à Gênes, en 1436 (et non point à Cuccaro en 1442 ou 1447, comme on le croyait antrefois). Il paraît qu’il accompagna de bonne heure dans ses croisières sur la Médi…
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terranée an de ses parents, Domenico Colombo , redouté comme amiral au service de la république de Gênes, mais que de 1460 à 1470 il fit un long séjour à Pavie pour étudier la cosmographie et l'astronomie nautique. Nous le retrouvons en 1470 à Lisbonne, où il cherchait l’occasion de mettre à exécution les plans de voyages qu’il avait déjà conçus. L'anecdote suivant laquelle ce serait à la suite dun combat malheureux sur mer qu’il aurait gagné la côte de Portugal à la nage est tout bonnement une fable. 11 n’y a pas le moindre doute que de 1470 à 1483 il entreprit plusieurs grands voyages maritimes (dans Archipel, en 1473 ; en Islande, en 1477 ; en Guinée, en 1481 ). Son mariage avec Doña Felipa Muñiz Perestrello, fille du gouverneur de Madère, don Bartolommeo Muüiz Perestrello, fut cause qu’il fit en outre divers voyages entre Lisbonne et Porto-Santo, île
du groupe de Madère, où la vue de débris d’arbres et de
plantes, apportés par les courants, le confirma dans la présomption de l’existence d’un continent à l’ouest. Riche de connaissances, mais léger d’argent, il se rendit, en compagnie de son fils, encore en bas âge, en 1483, après la mort de sa femme, en Espagne, où il fut reçu avec hienveillance au monastère de La Rabida, près de Palos. C’est durant son séjour en ce lieu qu’il réussit à obtenir un emploi dans la maison du duc de Medina-Sidonia, à Puerto-Santa-Maria , où il habita jusqu’en 1492. C’est aussi à cette époque qu'il fit des démarches à Gênes, à Lisbonne, en Angleterre et en Espagne, dans l'espoir d’y rencontrer l'assistance nécessaire pour mettre à exécution ses projets de découvertes. On ne sait pas positivement dans quel ordre se succédèrent ces démarches, longtemps infructueuses; mais il paraît que c’est à la cour d'Espagne qu’il s’adressa en dernier lieu. Ce ne fut d’ailleurs pas sans peine qu’il obtint, grâce à la reine Isabelle, trois petits bâtiments montés par 120 hommes d'équipage, avec la promesse de la dignité héréditaire de grandamiral et de vice-roi dans les pays qu'il découvrirait.
Le 3 août 1492 il quitta le port de Palos à bord de la caravelle la Santa-Maria; le 12 il prit terre à Gomera, l’une des îles Canaries ; le 24 il observa une éruption du pic de Ténérifle, et se dirigea alors vers les régions inconnues situées à l’ouest. Comme après trois semaines de navigation la terre tant attendue ne paraissait toujours pas, une partie de Péquipage perdit courage; et la mauvaise volonté de quelquesuns, qui déjà s'était manifestée , éclata en mutineries qui d’ailleurs ne furent ni aussi générales ni aussi dangereuses pour Colomb, pour sa vie tout au moins, qu’on l'a raconté jusqu’à présent, d'après de vieilles traditions. La déclinaison de l’aiguille aimantée et la rencontre de bancs d'herbes marines flottantes avaient sans doute effrayé le commun des matelots; mais Christophe Colomb, avec une admirable sagacité, comprit ces deux phénomènes, et chercha à les interpréter. Croyant y voir des signes certains de la proximité de la terre, il changea de direction {2 / octobre, et tourna au sud-ouest au lieu de continuer à naviguer droit à l’ouest, marche qui l’eût conduit sur les rives de l'Amérique du Nord, De cette circonstance, peu importante en apparence, dépendit plus tard le partage des races européennes sur le nouveau continent, avec les incommensurables résultats que la colonisation anglaise a eus dans l'Amérique du Nord. Le 11 octobre au soir Colomb fit remarquer à Pedro Gutierrez, son confident, des points lumineux et mobiles à l'horizon. Quand vers minuit les nuages qui obscurcissaient le ciel vinrent à se dissiper, Rodriguez Bermejo de Triana, matelot qui se trouvait à bord de celui des trois navires qui avait Pavance sur les autres, aperçut le premier la plage, éclairée par la lune, Le lendemain matin Colomb fut le premier qui descendit à terre, tenant d’une main son épée nue et de l’autre Pétendard de Castille, Salué du titre de vice-roi par les gens de ses équipages, qui maintehant rougissaient de leur pusillanimité, il prit au nom de la Castie possession de ce pays, qu'il nomma San-Salvador, en commémoration des dangers
qu'il avait surmontés. L'endroit où il débarqua dans cette île, appelée par les naturels Guanahani, et faisant partie. de l'archipel de Bahama ou des Lucayes (le Cat-Island des Anglais ), est demeuré incertain, malgré toutes les recherches qui ont été faites depuis à cet égard ; et il en sera nécessairement toujours ainsi. Ayant appris des naturels qu’il existait au midi une terre produisant de l'or, Colomb s’y dirigea, et découvrit le 27 octobre Cuba, et le 3 décembres Haïti ( Hispaniola) ; mais l’un de ses navires ayant échoué et l’autre s'étant écarté par suite d’un coup de vent, il résolut de rapporter lui-même en Espagne la nouvelle de sa découverte.
Après avoir laissé trente-huit volontaires à Hispaniola, Colomb mit à la voilele 16 janvier 1493 pour s’en retourner en Europe. Deux jours après il retrouva le navire qui lui manquait ; mais alors il essuya une si effroyable tempète, que, se croyant perdu , il écrivit le récit de sa découverte sur une feuille de parchemin, qu’il enferma dans un tonneau goudronné, qu’on abandonna aux caprices des vagues. 11 put cependant atteindre l'embouchure du Tage, et le 15 mars il rentrait à Palos au bruit de toutes les cloches, sent mois et demi après en être sorti. Le trajet de Palos à Barcelone, alors résidence de Ferdinand et de sa cour, fut pour lui une véritable marche triomphale. Les insulaires qu’il avait amenés, les oiseaux curieux, les plantes inconnues, l'or et l'argent qu'il rapportait des pays découverts, figuraient au milieu du cortége, et frappaient le peuple d’admiration. Le roi et la reine se levèrent à son approche; par une exception ayant pour but de lui faire un honneur signalé, ils lui accordèrent un siége près de leur trône; et ce fut assis que Christophe Colomb leur fit son rapport. Quand il eut terminé son récit, ils tombèrent à genoux en rendant des actions de grâces au ciel.
Créé grand d'Espagne et pourvu d’une flotte de dix-sept navires portant 1,500 hommes d'équipage, Christophe Colomb repartit de Cadix le 25 septembre 1493, et le 2 novembre il atteignit Hispaniola, où il fonda une ville, entourée de fortifications, à laquelle, en l’honneur de la reine, il donna le nom d’/sabela. 11 se mit ensuite à la recherche de nouvelles découvertes, visita, dans un voyage de cinq mois, Puerto-Rico et la Jamaïque, et, au retour de cette expédition, eut la joie de retrouver à Isabela son frère Bartolommeo, échappé de la captivité dans laquelle il était tombé, et qui apportait à la colonie naissante des vivres et d'autres ressources, dont elle avait grand besoin.
Cependant, un esprit général de mutinerie se manifestait parmi les compagnons de Colomb. Ils l'avaient suivi croyant pouvoir recueillir sans pcine des richesses dans le nouveau monde, tandis qu’ils n’y rencontraïent que de dures privations et de rudes travaux. Ils se vengèrent en le calomniant. Hs firent savoir à la cour qu’elle était trompée dans ses espérances, et tracèrent du pays où ils se trouvaient et du viceroi qui le gouvernait la plus hideuse peinture. Christophe Colomb pensa que le meilleur moyen de déjouer les menées occultes de ses ennemis serait de présenter d'importants trésors à sa patrie. A cet effet, il fit réunir, non sans avoir recours à la violence, tont l’or que possédaient les naturels du pays. Sur ces entrefaites arriva Juan Aguado, ennemi personnel de Christophe Colomb, envoyé en qualité de commissaire pour procéder à une enquête sur les plaintes dont son administration était l’objet. Le vice-roi, croyant au-dessous de sa dignité de comparaître en justice dans le pays placé sous son commandement, nomma aussitôt son frère Bartolomeo son lieutenant, avec le titre d'Adelantado, mit à la voile le 20 avril 1496 pour l'Espagne avec deux cent vingt-cinq Espagnols et trente naturels, et anéantit par sa présence, mais plus encore par les trésors qu'il rapportait, les odieuses accusations de ses ennemis. Ceux-ci réussirent cependant à faire différer de toûte une année l'envoi à la coxonie nouvelle des approvisionnements dont
COLOMB d,
elle avait besoin. Un nouvel armement n’eut méme lieu que deux ans après; et ce fut seulement le 4 juillet 1498 que Christophe Colomb put avec six bâtiments se mettre pour la troisième fois en route. Afin de compléter les équipages de ces navires, on avait vidé les prisons; fausse mesure que Colomb lui-même eut l’imprudence de conseiller, et à l’exécution de laquelle ses ennemis se prétèrent avec empressement. Il envoya à Hispaniola trois de ses bâtiments par la voie la plus courte, et se dirigea avec les autres au sud-ouest à la recherche de découvertes nouvelles. Des courants qui règnent entre l'ile de la Trinité et les côtes opposées, il conclut avec justesse qu’il devait se trouver à l'embouchure d’un fleuve (l'Orénoque, Orinoco) trop grand pour appartenir à une île,et, naviguant à l’ouest, il longea la côte du continent, seconnu dès lors comme tel; découverte qui lui a été contestée, sans fondement, par Amérie Vespuce ou du moins par ses partisans. Cinglant vers le nord, il aborda dans une ile, riche en perles, qu’il nomma Margarita ; puis il se rembarqua pour Hispaniola. Par son ordre, les colons d’Isabela étaient allés s'établir sur la côte occidentale d'Hispaniola dans une ville nouvelle appelée Saint-Domingue (Santo- Domingo). Il y trouva les esprits en proie à une xive fermentation , parce que la réalité n’était pas venue répondre à leurs espérances exagérées etsurtout à leur ardente soif d’or. Pour apaiser le mécontentement et suppléer au marque de travailleurs, il partagea le sol et les naturels entre les colons; mettant ainsi le premier en pratique un système qui, dans toutes les colonies espagnoles de l’Amérique, a eu pour résultat l’anéantissement de la population aborigène.
Pendant ce temps-là les ennemis de Christophe Colomb continuaient à assaillir Ferdinand et Isabelle de rapports calomnieux sur l'abus qu’il faisait de ses pouvoirs, allant jusqu’à lui prêter l'intention de se déclarer indépendant, Isabelle, qui l'avait jusque alors protégé et défendu, finit par céder à son époux, dans l'esprit de qui ces accusations avaient trouvé créance; et Bovadilla fut envoyé à Hispaniola, avec les pouvoirs les plus étendus, pour faire rendre compte au vice-roi de sa conduite. 11 ne fut pas plus tôt arrivé à destination, qu’il somma Colomb de comparaître devant lui, et, le vice-roi ayant eu l’imprudence de se plaindre, il le fit arrêter et charger de chaînes. Ses deux frères eurent le même sort. Tous les trois furent alors embarqués pour l'Espagne avec un protocole rédigé d’après les dépositions de leurs ennemis les plus acharnés. Colomb supporta cet indigne traitement de la manière la plus calme; maïs dès qu’il fut arrivé à Cadix, le 23 novembre 1500, il écrivit au roi et à la reine pour se plaindre des rigueurs infâmes dont il avait élé l’objet. Une réponse gracieuse l’appela à la cour, où ses Tâches souverains le reçurent avec autant de distinction que par le passé, Colomb se justifia dans un discours de la plus grande simplicité, fut déchargé de toute accusation et réintégré dans ses honneurs et ses titres. Ferdinand consentit même à révoquer Boyadilla, et ce ne devait être là que le commencement de la réparation qui lui était due; mais les dispositions du monarque changèrent encore avec letemps. Il fut bien question degrands armements; néanmoins, en attendant, on envoya Nicolas de Ovando 7 Laresà Hispaniola en qualité de gouverneur. Christophe Colomb insista pour qu’on tint les promesses solennelles qui lui avaient été faites. Vains efforts ! Au bout de deux années d’inutile attente, il put se convaincre qu’on était décidé à ne point faire droit à ses justes réclamations. Son noble cœur se résigna à tant d’ingratitude, car ce qu'il voulait avant tout, c'était de pouvoir achever son œuvre glorieuse : pensant que la terre ferme entrevue par lui était l'Asie, il ne doutaït pas de l:ouver par le détroit de Darien une route conduisant aux Indes onentales, d’où la première flotte des Portugais était précisément de retour en ce moment avec une riche cargaison, après avoir contourné le continent africain.
Enlin, ie 2 mars 1502, Christophe Cotoms mit à la voile de
Cadix, avec son frere Bartolommeo et son fils Fernando, Lz cour ayant fait équiper quatre misérables caravelles pour cette expédition; et le 25 juin, contre sa première intention, il arriva en vue de Santo-Domingo, où il sollicita vainement la permission d’entrer, autant pour réparer quelques avaries, que pour attendre une tempête que tout annonçait devoir être prochaine. Il réussit toutefois la nuit suivante à mettre sa petite escadre à l’abri pendant l’ouragan tandis qu’une flotte de dix-huit voiles sortie du port malgré ses avertissements fut presque complétement anéantie. Colomb continua alors sa route vers la terre de Darien, où, en cherchant un passage, il atteignit, le 26 novembre 1503, le point extrême de ses découvertes, Puerto de Retrete, aujourd'hui Puerto de Escribanos, près de la Puerta de San-Blas, dans l’isthme de Panama, La tempête détruisit deux de ses navires dans ce voyage , et les deux autres échouèrent en vue de la Jamaïque, où il eut grand peine à se réfugier avec ses compagnons. Les plus cruelles épreuves attendaient le malheureux Colomb sur cette côte inhospitalière. Séparés du reste de l’univers, ils semblaient tous condamnés à une mort inévitable. Il réussit cependant à se faire céder par les naturels quelques-unes de leurs pirogues, et détermina deux de ses marins les plus expérimentés à se confier à ces frêles embarcations, consistant uniquement en troncs d'arbre creusés, pour entreprendre la traversée d'Hispaniola et aller faire part au gouverneur de sa position critique. Des mois entiers s’écoulèrent sans qu'on vit arriver aucun secours. Alors le désespoir s’empara d’une partie de ses compagnons; ils l’accablèrent d’imprécations, menacèrent plus d’une fois ses jours, et finirent par se séparer de lui pour aller s'établir sur un autre point de l’île, où par leur conduite ils exaspérèrent tellement les naturels que ceux-ci refusèrent à la fin de leur fournir des vivres. La mort de tous paraissait inévitable; mais Christophe Colomb, dont le courage croissait avec le danger, sut encore imaginer un moyen de salut : il profita d’une éclipse totale de lune, qu’il avait calculée, pour menacer les crédules Indiens de la colère de leurs dieux s’ils persistaient dans leur hostilité à l’égard des Espagnols. Le phénomène qui devait être la confirmation de ses menaces n’eut pas plus tôt eu lieu que les sauvages furent frappés de la plus vive terreur ; on lui apporta tout ce qu’il demandait, et on le supplia à genoux d’apaiser le courroux des dieux. Ce danger une fois passé, de nouvelles hostilités éelatèrent entre lui et les rebelles de ses équipages, dont quelques-uns furent tués. Après avoir passé dans ce triste état plus d’une année, l'heure de la délivrance sonna enfin pour les malheureux naufragés. Les deux audacieux marins dont il a été question avaient bien atteint Hispaniola, mais n'avaient pu rien obtenir du gouverneur, ennemi personnel de Colomb. A la fin, cependant, ils avaient réussi à acheter euxmêmes un navire, à bord duquel Christophe Colomb et ses compagnons purent quitter les rivages de la Jamaïque le 28 juin 1504. Colomb gagna alors Santo-Domingo, mais uniquement pour radouber son navire, et s’empressa de retourner en Espagne, où il arriva malade.
La reine Isabelle était morte pendant ce temps-là, et Colomb chercha vainement à obtenir de Ferdinand la réalisation de ses promesses. Il vécut encore quelques années dans un état de maladie dont la gravité alla toujours croissant, et mourut à Valladolid, le 20 mai 1506, d’une attaque de goutte, à l’âge de soixante-dix ans. Sur son lit de mort, il ordonna que les chaînes dont l'envie et l’ingratitude avaient autrefois chargé son corps, et qui depuis ne l’avaient plus quitté, fussent placées à côté de lui dans son tombeau. Suivant ses dernières volontés, ses restes mortels furent transportés à Santo-Domingo. Cependant, en ouvrant sa bière, on n’y retrouva plus ses chaînes, Lorsque la partie espagnole de l’ile passa sous l’autorité française, les descendants de Christophe Colomb firent transférer son tombeas