L COULEUR
secte nommé cochenille, et qui sert à la composition du carmin et de la laque. Le règne végétal fournit aboudamment des rouges tirés de la garance, du carthameët du bois de Brésil, grand arbre, dont la meilleure qualité vient de Fernamboue,
Les bleus minéraux sont tirés du fer, sous le nom de bleu de Prusse; du cuivre, sous le nom de cendre bleue; du cobalt et du Zapis Lazuli (pierre lazulite), ordinairement nommé outremer. On faisait autrefois un grand usage de cette dernière couleur, malgré son prix excessivement élevé; mais elle a été remplacée avec succès par le cobalt, dont on a trouvé des mines dans les Pyrénées. L’in digo, que l’on tire d'Amérique, et le pastel, que l’on cultive en France, fournissent des bleus dont on fait grand usage, principalement dans la teinture.
Les noirs ne se trouvent pas dans la nature ; on les fabrique, et le seul qui appartienne au règne minéral est composé avec le résidu des opérations du bleu de Prusse. On fait de beaux noirs avec de l’ivoire et des os brûlés. Les noirs plus communs se font avec des charbons de sarment de vigne, d’écorce de liége, de noyaux de pêche ; mais celui dont on fait le plus d'usage encore se vend sous le nom de noir de fumée et de noir d'Allemagne. Xlest le produit de la volatilisation d’une matière résineuse, brûlée dans des cheminées ou dans des chambres faites exprès, et garnies de toiles sur lesquelles le noir de fumée s'arrête, et est facilement recueilli.
Il existe encore un grand nombre de matières colorantes qu’il serait trop long de détailler ici : toutes ces substances sont ordinairement mises en poudre et porphyrisées, c’està-dire broyées d’une manière impalpable sur une table de porphyre ou autre pierre dure avec une molette de même matière. Lorsque les couleurs ont été mises en péle avec de l’eau, et broyées avec plus ou moïns de soin, suivant l'usage auquel on les destine, elles sont mises en petits tas de la forme d’un cône que l’on nomme frochisques. Pour faire des couleurs à l'huile, on les reprend après leur parfaite dessiccation pour les broyer de nouveau avec de l’huile, et on les conserve alors dans des vases vernissés , ou bien on les enveloppe dans des morceaux de vessie : ces petils paquets portent le nom de nouefs ; ils sont d’une grosseur inégale; leur prix restant à peu près le même, quelle que soit la matière, dont la quantité est diminuée ou augmentée en raison de sa valeur. Les couleurs pour la miniature sont également reprises et broyées de nouveau avec de la gomme ; cette nouvelle opération se fait sur une glace, avec une molette aussi en glace. 11 y a des couleurs qu'il est si difficile de bien préparer, que quelques peintres prennent la peine de les broyer eux-mêmes.
Dans l'architecture, on emploie souvent les couleurs en teinte plate pour couvrir les boiseries et les murs dans l’intérieur des appartements (voyez PEINTURE EN BATIMENTS). 11 y a des pays où l’on peint aussi l’extérieur des maisons avec des couleurs variées. Le goût seul indique quelles sont celles que l’on peut admettre l’une auprès de l’autre, et on leur donne le nom de couleurs amies. On appelle couleur rompue celle qui est produite par un mélange de plusieurs matières.
Dans l’art de la pemnture, on dit que la couleur est tour mentée quand l’artiste, au lieu de peindre franchement et du premier coup, altère sa couleur par un frottement souvent et inutilement répété. Cette fatigue rend la couleur sale. On donne le nom de couleurs transparentes à celles que l’on emploie en glacis, c’est-à-dire que l’on passe légèrement par-dessus d’autres, et qui laissent apercevoir les fonds. Un tableau est peint à pleine couleur lorsque l'artiste, ayant sa brosse très-chargée, l'étend fort pen et la laisse trèsépaisse, surtout dans les lumières. Les effets du clair-obscur ne doivent pas empêcher le peintre de conserver aux objets leur couleur prozre, c’est-à-dire qui leur est particulière ;
inais il doit faire attention que l'intensité de la couleur est affaiblie dans les corps éloignés de notre.vue par l’air intermédiaire. 1} doit donc les faire participer de la couleur de Pair..et la rendre d’autant plus sensible que les objets sont dans un plus grand éloignement. C’est ce que l’on peut nommer la couleur locale, puisque c’est la couleur que prend chaque objet en raison du lieu qu’il occupe à une distance plus ou,moins grande du spectateur, Dans quelques zcasions, la couleur d’un, corps est altérée par le voisinage d'un autre corps, ayant une teinte forte et très-différente ; £’est ce que l’on nomme couleur réfléchie. On donne le nom de couleurs sourdes à celles qui n’ont aucun éclat.
. Couleur se prend quelquefois pour coloris. Ainsi on dit d’un tableau qu'ilest d’une bonne, d'une belle couleur.
Le blason a, donné un nom, particulier à,ses couleurs, qui sont au nombre de sept, savoir, deux méfaux et cinq émauzx : les métaux sont l'or et l'argent , que l'on rend par le jaune et le blanc ; les émaux sont le gueule (rouge), l'azur (bleu), le sinople (vert), le pourpre (violet), le sable (noir). Pour représenter ces couleurs, sans les employer en nature, Vulson de la Colombière imagina, vers 1630, de leur donner des signes de convention , qui ont, été généralement adoptés. Ainsi, l'or est pointillé, l'argent reste sans aucune lrace; les émaux sont rendus par des tailles verticales pour le gueule, horizontales pour l’azur, diagonales de gauche à droite pour le sinople, et en sens inverse pour le pourpre, puisdes tailles croisées pour le sable,
Au figuré, on dit qu’un homme ckange de couleur, pour dire qu’il a passé d’un parti à un autre, parce que souvent en effet, dans les guerres civiles, chaque parti prenait les couleurs d'un de ses chefs. Lorsque dans une discussion une personne est restée longtemps indécise, et qwenfin elle se range à l'avis de l’un des contendants, on dit qu’elle a pris couleur. Souvent en politique, ou dans les afüires, lorsque l’on veut dissimuler ou pallier une faute, et que l’on emploie des subterfuges, on dit que l’on a fait prendre une autre couleur à une affaire; quelquefois un accusé, dans sa défense, donne une mauvaise couleur à la sienne, L’usage des tournois, que présidaient les dames, a fait dire qu'un chevalier portait les couleurs de sa dame.
L'église, suivant ses rubriques, change de couleur, c'est-à-dire qu'elle varie la couleur de ses ornements suiant les fêtes qu’elle célèbre ; ainsi, ils sont blancs pour les fêtes de la Vierge et les grandes fêtes de Noël, Pâques et la Pentecôte; rouges pour celles du Saint-Sacrement et pour Lous les martyrs; verts pour les confesseurs et les pontifes ; violets pendant le carème et l’avent ; puis noirs pour le service des inorts,
Les carles à jouer sont divisées en quatre classes, le eœur, lecarreau, le trèfleet le pique, auxquels on donne le nom de couleurs, quoiqu'il n’y en ait réellement que deux ( le rouge et le noir ), et non quatre,
DucnesnE aîné,
COULEUR (Poétique).Horacea dit: U{pictura poesis (la poésie est comme la peinture), « La poésie, a dit aussi très-ingénieusement Marmontel, est une peinture qui parle, ou, si l'on veut, un langage qui peint. » C'était ohez les Grecs une alliance intime, non-seulement de la peinture, mais de la musique avec la langue des dieux, Les rapsodes chantaient plus souvent qu'ils ne récitaient les vers d’Homère. La musique n’a-t-elle point prêté à la peinture ses tons, ainsi qu’à la prosodie, poëme ou prose? Il y a des tons à la lyre, il y en a sur la toile, L'imagination du poëte est sa palette, c’est son génie qui emploie les couleurs, et son goût qui les choisit. Tous les mots de l’idiome dans lequel il écrit, jusqu'aux plus vulgaires, sont autant de teintes et de nuances dont il compose ses tableaux. Sans le ciment . commun, sans 13 soudure à vil prix, les cèdres du Liban, les chênes de Bazan, les granits d'Égypte, les pierreries et l'ivoire des Indes, l'or d'Ophir, n’eussent pu s'élever sur le
COULEUR à
sol et former cette merveille du monde, le tempie de Salomon. Tout est pittoresque dans la Bible, depuis l’éblouis-
sante maison du Seigneur jusqu'aux tentes noires de Cédar, !
faites de peaux de chameaux, où pleuraient dans le désert les captifs d’Israel. La langue hébraïque, si pauvre de mots, rachète cette pauvreté par sa force, semblable à une essence, concentrée, et par l'inspiration de ses prophètes : ainsi, Apelle.et Protogène, avec trois couleurs seulement, faisaient des chefs-d'œuvre; des raisins peints parZeuxis trompaient les oiseaux. Le sombre Ézéchiel ne dit cette épithète qu’à ses effrayantes et lugubres images, tandis que les couleurs tendres, comme les appellent les peintres, sont répandues avec une suavité ineffable dans le Cantique des cantiques : les grappes d’Engaddi, les colombes , les fruits, les lys, en sont les accessoires charmants ; c’est une guirlande d’arabesques qui sert de cadre à une scène pastorale. :
Le poëte, comme le peintre, a une couleur propre à laquelle on reconnaît son œuvre. L’Aurore aux doigts de rose et la Nuit noire s’offrent à chaque pas dans Homère, le modèle et le désespoir des écrivains coloristes. Il y a trois mille ans que le poëte a emprunté ses couleurs à Iris, ainsi qu’il a dérobé sa ceinture à Vénus, comme l’a dit l’auteur du Zutrin, qui, lui, a broyé en riant, et si légèrement aidé de la Mollesse, le vermillon des moines. Ronsar d prodiguait les couleurs de son imagination; il créait jusques à des mots pour varier ses teintes; Malherbe cherchait les siennes , les trouvait avec peine, et pour cela en était économe , mais il les distribnait avec art ; la nature les mit toutes sur la palette de Jean de La Fontaine, jusqu'aux couleurs lugubres. 11 n’y a pas moins de terreur dans Les Animaux malades de la peste que dans la peste célèbre décrile par Lucrèce,
Les couleurs poétiques ne sont pas moins du donaine de la prose que de la poésie. Qui oserait dénier le titre de poëte à Platon, qui les voulait bannirde sa république, à Tacite, à Montaigne, à Fénelon, à Bossuet, à J.-J. Rousseau, à l’auteur des Martyrs? Montaigne n'est-il pas un admirable peintre lorsqu'il dit : « C’est le déjeûner d’un petit ver que le cœur et la vie d’un grand empereur. » Quel tableau! Serait-il sorti de la palette du sombre Michel-Ange une image plus lugubre ?
Il y a aussi la couleur locale, qui, si elle n'est point observée, fait manquer tout l'effet; le Mañomet de Voltaire est privé de cette couleur; Byron, Châteaubriand, l'ont partout, parce qu’ils sont des poêtes voyageurs. Il n’a fallu rien moins à Racine que son étude approfondie des livres saints, fruit mûri de Port-Royal, et sa piété sincère dans ses dernières années, pour imprimer à son Afhalie et à ses chœurs des couleurs si belles et si vraies. Nous devons à M. de Lamartine des poésies d’une admirable couleur hébraïque; mais, plus riche et plus libre que lhistoriographe de Louis XIV, il a eu le loisir d'aller tremper ses pinceaux dans la piscine de Siloé et les eaux du Jourdain. -
A une distance immense d’années et d’époques, des génies se rencontrèrent qui virent la nature sous le même jour, et dont l'imagination fut impressionnée de même. Il y a une grande analogiedans les manières de peindre entre Eschy le, Lucain, Corneille, Dante, Miltonet Shakspeare, Lucaio est un grand coloristé : son portrait de la magicienne Érichtho , sa forêt de Marseille, et surtout son effrayante résurrection d'un cadavre sur un champ de bataille récent de la Thessalie, sont d’un pinceau terrible, dont le terrible Néron fut si jaloux qu’il donna un pendant à ces tableaux par l'incendie de Rome, épouvantable réalité, impuissant qu'il était à peindre des fictions en ses vers, Laissons les couleurs transparentes quelquefois à Théocrite, et toujours à Anacréon, poète sobre de couleurs, ainsi que Béranger, mais desquels l’apparente négligence a tant d'art qu'elle est inimitable. Virgile et Le Tasse ont les
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