COULEUR — COULEURS FRANÇAISES
mène
teintes; tous denx emploient merveilleusement les
grandes pages de lumière, comme disent les peintres. Le coloris d
oloris d Ovide et celui de l’'Arioste se ressemblent à peu de c o$e près. Les couleurs poétiques de l’école allemande, ne participant point de celles de la littérature du restede l’Europe, sont à la fois triviales et mystiques. Les inhabiles et les apprentis de l’école romantique n’étalent point leurs couleurs; ils les plaquent, pour ainsi dire, sur la toile, ainsi qu’un peintre médiocre qui attire l'admiration des ignorants par les masses éblouissantes d’outremer et de vermillon de son tableau informe.
Le premier des romantiques du dix-neuvième siècle est très-sobre de couleurs, et quand il les prodigue, elles sont admirablement distribuées et fondues; il ne se contente pas de toutes les images que le hasard lui offre dans l'Asie et l’Europe, il sait les choisir : ce poète, c’est Byron. Parini nos belles pièces de poésies romantiques, il en est une surtout qui est admirable, et où les plus éclatantes couleurs, étalées avec un large pinceau, nous offrent un tableau merveilleux : c'est Le Feu du ciel de M. Victor Hugo.
. Comme nous l’avons dit plus haut, la musique à aussi des couleurs poétiques : nous les voyons briller éminemment dans Gluck; nous voyons dans l’ouverture d’/phigénie éclater la colère d'Achille et poindre les roses de la pudeur sur les joues de la jeune fille d’Agamemnon ; dans Grétry, notre oreille perçoit la couleur des mœurs pastorales , celles de la mélanculie dans Mezart, celles de la gravité religieuse et patriarcale dans Haydn, de. l’enfer et du ciel dans Beethoven, dans Weber, dans Meyer-Beer, enfin, des passions tendres et sombres dans Rossini, malgré l’abus des fioritures , fleurs artificielles qui étouffent souvent chez lui les fleurs véritables. La poésie, la musique et la peinture étaient chez les anciens des sœurs chéries du dieu de la lumière ; c’est le soleil qui donne la couleur et la vie à l'univers , et la couleur est la vie des beaux-arts,
D des it DENNE-BARON.
COULEURS (Pâles). Voyez CuLonose.
COULEURS (Langage des). Employées comme moyen de transmettre les sentiments, la pensée, on peut se servir des couleurs de deux manières, ou comme d’emblèmes , de symboles , ou comme de signes propres à former des mots et à tenir lieu des lettres de l'alphabet.
De toute antiquité et chez presque tous les peuples de la terre, te noir a été le signe du malheur, de la tristesse, du deuil, des plus affreuses calamités publiques ou privées. Le blanc est par tout pays l'emblème de l’innocence, de la satisfaction calme, de la douce joie, de la pureté de l’âme et du corps. Le rouge est le signe de la force, de la puissance, du courage militaire, des combats sanglants; les soldats de tous les pays ont sur leurs habits quelques pièces de couleur rouge, et quelquefois ils sont entièrement vêtus de cette couleur. Lorsqu'un général romain avait résolu de livrer bataille, il faisait hisser un drapeau rouge au-dessus
de sa tente. L’orangé est l'emblème des pompes royales, de
l’opulence, de ia richesse, des demeures somptueuses, Le jaune indique la mauvaise santé, les peines domestiques 7 les chagrins concentrés, des revers de fortune. Le vert est le symbole de l'espérance; cette qualification lui vient de ce que l’hiver finit et que le printemps commence lorsque les végétaux. annoncent qu’ils vont se couvrir de feuilles. Le xert est aussi l'emblème de la nature prise en général ; il désigne encore la jeunesse. Le bleu est un signe de bonté et d’aménité-dans le caractère, de douces rèveries; il est aussi l'emblème de l'air du firmament, des demeures célestes et de l'âge viril, L’indigo est le signe de la vieillesse, de ses infir- “ailés, dé l’affaiblissement des facultés intellectuelles. Le volel indique la modestie, la bienfaisance, les vertus cachées, la tranqxillité de l'âme.
Ces emblèmes peuvent être multipliés et variés à l'infini à la volonté des correspondants ; et comme les sept couleurs
élémentaires sont susceptibles d’un très-grand nombre de combinaisons, qui donnent des nuances très-variées, et qu'on peut distinguer facilement , il n’est pas de correspondance secrète indéchififrable qu’on ne puisse entretenir réciproquement, une fois qu’on aura dressé deux tableaux pareils, et arrêté certaines conventions : des lignes coloriées, untremélées de quelques mots, donneront la facilité d'écrire des lettres que tout le monde pourra lire sans y rien comprendre , excepté le correspondant.
Quatorze lettres de l'alphabet vulgaire suffisent pour exprimer tous les sons de la langue française, sans trop d’'inconvénients. Ces lettres sont a, b, c, d, e, f,i,j,1, m,n,0, r, u. Le c peut tenir lieu de qu. Si je trouve, par exemple, ci va là ? je vois par le sens qu’il faut prononcer qui va. C, par une raison semblable, peut aussi remplacer le s; tout comme b peut être pris pour p. On représentera donc les sept premières lettres : a, b, c.…. j, par de petites barres (1) de couleur rouge, orangé, violet ; et les sept à, j, L, m, n… 4, qui suivent, par les mêmes barres coloriées, surmontées d’un pæint (i). Ce système d'écriture permettra de renfermer beaucoup de mots dans un très-petit espace, car tout l’aphäabet sera contenu dans une ligne comme celle-ci : pour les distinguer. Comme il serait facile de confondre l’indigo et le violet avec le bleu, on remplacera ces deux dernières couleurs par le noir et un rouge pâle ; ilsera bon aussi de donner au jaune une teinte faible, afin de le bien distinguer de l’orangé. Il est inutile de faire observer combien il sera facile aux deux correspondants de varier les combinaisons de cet alphabet. TEYSSÈDRE.
COULEURS FRANÇAISES. Le sujet est difficile, les opinions partagées, les preuves contradictoires ; il y a eu, suivant les temps, trois couleurs principales, indépendamment des couleurs des provinces, des drapeaux:, et des cocardes; mais il est aussi embarrassant d’attribuer à l’une d’elles la prééminence sur les autres, qu'il le serait de déterminer les motifs que les Français ont eus de les adopter ou de les répudier, de les porter seule à seule, de les unir. ou de les séparer. La superstition, le hasard, le caprice, l’intérêt du commerce ou les combinaisons industrielles en ont seuls décidé. Le bleu de la chape de saint Martin et de la bannière de France est la plus ancienne couleur; le bZanc vient en dernier, puisqu'il date à peine de Charles VII, si ce rest comme couleur de chevalerie, puisqu'il est un vestige de lacornette des colonels généranx ; puisqu'il n’a été attribué comme couleur nationale aux Francs que fabuleusement; mais tandis que, suivant les époques , le bleu, le rouge ou le blanc, étaient regardés comme insigne , ou national ou r6yal, car on ne saurait trop dire laquelle, chaque grand feudataire avait à part soi sa livréeet son écharpe : la comté d'Anjou arborait le vert naissant ; la Bourgogne, et son due, le rouge; les comtes de Blois et de Champagne, l'aurore et le bleu; le duc de Bretagne et son armée, le noir el blanc; le comte de Flandre, le vert foncé; la Lorraine et son duc, le jaune. On demanderait donc en vain quelles étaient, à proprement parler, les couleurs fran çaises ; il y aurait une histoire à composer sur chacune des nuances qui viennent d’être indiquées, et qui n’ont régné qu'en subissant des variations qu'il serait aussi insipide de rechercher que de décrire. Il suffit d’esquisser quelques aperçus sur lé bleu de saint Martin ou des confesseurs, le rouge de saint Denis ou des martyrs, et le blanc de la Vierge.
Des écrivains appartenant à la première moitié du siècle dernier, et qui ne prévoyaient guère que la fin du siècle maärierait les trois couleurs, nous disent que : « les Français ont changé trois fois leurs couleurs designatives ; ils ont eu du bleu tant que la bannière de saint Martin a été leur enseigne principale; 1is eurent au rouge pendant qu'ils se servire: t de Portflamme; ils prirent le blanc quand leur-dévotion se tourna vers la sainte Vierge, et qu’ils se trouvèrent obii
gés
e se distinguer d’avec les Anglais, qui au règne de Chares VI quittèrent le blanc et prirent le rouge , qui était la couleur des Français), à cause des prétentions qu'ils avaient sur la France: c’est ce qui porta le successeur de Charles VI à prendre le blanc, » Le bleu, c'est-à dire l’azur ou le pers, mais non le bleu de roi, était distinctif des Francs; et si Charlemagne arbora le rouge, c'était comme pourpre impériale. Philippe-Auguste portait à son couronnement la dalmatique êt les bottines d'azur, semées de fleurs de lis d'or. Ces vêtements étaient conservés d’abord au trésor du Palais, ensuite à Saint-Denis ; Henri-Il les fit renouveler. - étendard de Philippe était de même teinte que sa dalmatiuue, et rehaussée de même. Saint Martin et sa chape ayant d® céder le pas à saint Denis et à son oriflamme, le bleu,
de sacré qu'il était, se sécularisa, et continua à se montrer,
comme couleur de second ordre dans l’armée française. Saint Denis, détrôné à son tour lors de l’usurpation des Anglais, en 1422, se vit dépouiller de ses livrées par leur patron saint Georges, et le blanc votifit oublier aux Français la perte de leur oriflamme.
Si le blanc, comme couleur royale, date de Charles VII, ce prince serait donc le premier qui aurait rapproché des couleurs devenues célèbres dans les temps modernes par leur union, puisque lors de son entrée triomphale à Rouen, en 1449, il faisait porter devant lui un étendard royal qui était bleu, et un autre qui était écarlate; mais il paraîtrait
que ce n’est que depuis le milieu du quinzième siècle que le blanc fut adopté, et d’abord comme cornette, non comme drapeau. Si nous entrons dans la supposition qu’il devint couleur dominante vers le temps de Jeanne d’Arc, nous trouverons dans la conduite que tinrent les Anglais l’excuse ou la cause de l’ahandon de nos anciennes couleurs. Avant que nos pères les quittassent, le compétiteur de Charles VIT, s'étant rendu maitre de Paris, du couvent de Saint-Denis et de sa bannière, renonçait au blanc, couleur anglaise consacrée depuis la croisade de 1188, et déployait, à titre supposé de roi de France, et notre bannière, et le rouge qu’a conservé l’armée britannique; l’armée française agissait en sens contraire, elle arborait le b/anc, jusque là anglais. La bizarrerie du troc, c'est que le temps l’ait consolidé, alors que les événements l’invalidaient. Si, au contraire, nous ne rapportons qu’au règne de Charles VIII l'introduction du blanc (et c’est l'opinion vers laquelle nous inclinons ), nous le reconnaitrons couleur royale plutôt que nationale, puisque c'était sous forme de cornette que le fils de Louis XI promenait cette couleur en Italie. Sa cornette n’était autre chose qu’un pennon de chef : ainsi, avoir du blanc au casque ou à la lance, et monter un cheval banc, c'était exercer un commandement principal. Charles IX et Henri III reprirent le rouge, et laissèrent le blanc aux calvinistes; Henri IV le remit en honneur, mais il ne le reconnut pas comme couleur unique, ainsi que le prouve, comme nous l'avons dit ailleurs, le pavillon qu’il donna aux Hollandais ; Louis XIV ne le regardait pas non plus comme couleur royale; c'était la couleur de feu qui était la sienne, comme le témoigne le ruban de l’ordre de Saint-Louis.
Ce monarqve ayant aboli les charges de connétable et de colonel général de l'infanterie, et s’étant institué l'héritier de leurs attributions et de leurs couleurs, on s’habitua à regarder le drapeau de la colonelle, c’est-à-dire le drapeau blanc, comme le drapeau du roi. Quand il n’y eut plus de compagnies colonelles, quand il n’y eut plus que trois, que deux , qu’un drapeau par régiment, ce qui répond au milieu du dernier siècle, le drapeau blanc fut le drapeau principal du régiment; tous ses autres drapeaux, quel qu’en Mt le nombre, étaient de couleurs diverses ou provinciales, et chamarrés de croix, de couleurs tranchantes : ils s’appelaient drapeauæ d'ordonnance. Mais il n’y a jamais eu rien de légalement et de complétement réglé à cet àgard. Nos ar« wiries ont changé plusieurs fois sans motifs fondés; nos