‹ Dictoinnaire del converstaion et de la lecture. Seconde Edition. v6Chapitre 468 sur 607 · COULEURS FRANÇAISES — COULEUVRE · texte numérisé non relu

COULEURS FRANÇAISES — COULEUVRE

couleurs ont, suivant les temps, été séditieuses ou légitimes, soit qu’elles aient figuré réunies ou isolées. Le blanc, s’il est vrai que les Francs laient porté, devait probablement être factieux aux yeux des Romains ; cette couleur, que quelques auteurs ont supposée être celle de la noblesse, parce qw’elle a de temps à autre été la nuance de l’écharpe militaire, devient propre aux chaperons et aux fuguenots combattant le trône; les couleurs unies de Saïnt-Martin et deSaint-" Denis sont factieusement arburées en 1358 par le prévôt Marcel. A l’époque où la Hollande soulevée s’en remet à Henri [V sur le choix du pavillon qu’elle déploiera : Prenez Les couleurs françaises, leur répond le Béarnais, en leur indiquant le bleu, le rouge, le blanc ; et il ajoute à sa lettre: « Tant que la Hollagde aura ces couleurs sous les yeux, elles lui rappelleront le souvenir de ceux qui l'ont si ardemment secourue pour la conquête de sa liberté. »

Le blanc, s’il était la couleur désignative de l'emploi des colonels généraux et l’attribut de leur lieutenance royale, n'était pas la cuuleur inhérente à leur charge, à leurs armoiries, tant les coutumes et les traditions sont inexplicables, Il est rendu témoignage de ce fait dans un article de PEncyclopédie, imprimé en 1785, et recopié d’un vieux auteur: il y est dit : « Le colonel général mettait derrière l’écu de ses armes quatre ou six drapeaux des couleurs du roi, qui sont blanc, incarnat et bleu. » Les couleurs nationales d’abord adoptées en 1789, dit un auteur moderne, ne comprenaient que le bleu et le rouge; le général Lafayette y fit ajouter le blanc. D’autres ont prétendu que le éricolore avait été adopté comme emprunté de la maison d'Orléans; d’autres, comme couleurs de la ville de Paris, parce que surson scel le fond était de gueule ou rouge; le vaisseau, blanc ou d'argent ; le chef ou lisière à fleur de lis d’azur. Les cravates des drapeaux et des étendards, qui étaient blanches, parce qu’elles avaient été données telles par les colonels généraux , comme constatant leur juridiction, leur titre de propriétaires d’une compagnie, ces cravates furent emportées par les officiers émigrants ; de là l’usage général du drapeau blanc, sans drapeaux d'ordonnance, dans l’armée des princes, tandis que l’armée du roi conserva le drapeau tricolore qu’elle en avait reçu. Postérieurement de beaucoup à Pémigration, quelques Français, peu éclairés sur les vieilles coutumes du pays, se sont persuadé que le blane était l’ancienne couleur nationale, parce que la cocarde des Français avait été blanche; mais la cocarde n’était pas d’un usage général et sa couleur n’était pas invariabie, De 1789 à 1814, de 1815 à 1830 , et de 1830 à nos jours, la couleur ou les couleurs nationales ont été légalement. nettement déterminées , tandis qu’elles n'avaient été jusque là ni précisément nationales, ni positivement déterminées.

Gal BARDIN.

COULEUVRE (coluber, Daudin), genre de reptiles de l’ordre des ophidiens, dontle corps est couvert d’écaïlles en dessus, avec des plaques entières sous le ventre, doubles sous la queue, la tête couverte de neuf à douze écailles plus grandes que celles du reste du corps; il n’y a pas d’ergots sur les côtés de l'anus. Ce sont des serpents de moyenne ou de petite taille, dont la nourriture varie selon les espèces , mais consiste toujours en animaux qu’ils prennent tout vivants. Il est faux, quoi qu’on en ait dit, que les couleuvres aillent manger les fruits dans les jardins, sucer le lait des vaches dans les prairies et les étables. Elles pondent une ou deux fois chaque année un assez grand nombre d'œufs oblongs et membraneux, attaskés en chapelet les uns aux autres, et que la chaleur du soleil fait éclore,

Ce genre contient un grand nombre d'espèces, et il y en a dans toutes les parties du globes celles des pays froids ou tempérés s’enfoncent en terre en automne, et y restent engourdies pendant tout l'hiver, On trouve dans toute la France, et particulièrement aux environs de Paris, les espèces suivantes :

k COULEUVRE — COULEVRINÉ

La couleuvre à collier, dont la taille est de 0m,65 à 15,15, est cendrée, avec des taches noires le long des flancs, et trois taches blanches formant un collier sur la nuque ; ses écailles sont relevées d’une arête. Elle varie d’ailleurs pour les couleurs : le collier est souvent jaune; le dos ou le cou présente parfois des taches, soit jaunes, soit couleur de feu; la teinte générale passe tantôt au bleu, tantôt au brun. Cette couleuvre se rencontre communément dans. toute l'Europe, sur le bord des eaux douces, dans les prairies, sur la lisière des bois. On la désigne vulgairement sous les noms d’anguille de haie, de serpent d’eau, de serpent nageur, Elle nage en effet assez facilement, traverse des mares et des ruisseaux ; elle grimpe aussi aux arbres avec une agilité remarquable, pour y surprendre les oiseaux. Elle pond dans des trous, sur le bord des eaux, dans le fumier, dans les meules de foin, de quinze à quarante œufs gros comme le doigt, et attachés en chapelet les uns aux autres. Ils éclosent au milieu de l'été, et avant l'hiver les petits ont déjà 0m,15 de longueur, On peut manier sans crainte cette couleuvre, car elle ne chérche à mordre que lorsqu'elle est très-irritée, et sa morsure n’est pas dangereuse. Quand on la tourmente, eile siffle avec force, exhale par la bouche une vapeur fétide, et laisse suinter de dessous ses écailles une humeur blanche d’une grande puanteur. On la mange dans quelques pays, et l’on en prépare des bouillons qui s’emploient, ainsi que sa graisse, dans diverses maladies, mais ce sont des remèdes à peu près abandonnés de nos jours.

La couleuvre vipérine, gris-brun, avec une suite de taches noires formant un zig-zag le long du dos, et une autre de taches plus petites œillées le long des côtés, doit son nom à ces couleurs qui la font ressembler à la vi père ; le dessous est tacheté en damier de noir et de grisätre; les écailles sont relevées d’une arête. Elle a 0,50 de longueur, et se distingue des autres couleuvres en ce qu’elle met au jour ses pelits vivants,

La couleuvre lisse, d’une taille un peu inférieure à celle de la couleuvre à collier, roux-brun, marbrée de couleur d'acier en dessous, avec deux rangs de petites taches noi- L râtres le long dn dos, se reconnaît en outre à ses écailles, À les écailles lisses portant chacune un petit point brun vers la pointe.

La couleuvre verte et jaune, la plus jolie des espèces d'Europe, tachetée de noir et de jaune en dessus , est toute jaune verdâtre en dessous ; les écailles sont lisses. Sa taille varie de { m. à 1m,30, et va quelquefois jusqu’à 1,60. Elle se trouve dans les contrées méridionales de la France; et on l’a même rencontrée à Fontainebleau. Sa demeure ordinaire est dans les bois, le long des haïes , ou bien au milieu des rochers et des picrres. Elle se nourrit d'oiseaux, de souris, de grenouilles, de crapauds, etc., grimpe sur les arbres et nage avec agilité. s

On trouve dans le midi de la France et en Italie la couleuvre à quatre raies, fauve , avec quatre lignes brunes ou noires sur le dos. C’est le plus grand de nos serpents d’Europe : elle dépasse quelquefois deux mètres. C’est encore à ce genre qu'appartient le serpent d’Esculape, que l’on trouve en Italie, en Turquie, en Hongrie, en Illyrie, et que les anciens avaient consacré au dieu de la médecine, qui s'était plusieurs fois caché, dit la Fable, sous la forme d’un serpent.

u DÉMEZIL.

COULEUVREÉE. Voyez BRYONE.

COULEVRINE, ancienne bouche à feu, à tir direct, qui n’a pas moins varié que le reste de l'artillerie, et qui à été tour à tour, ou une coulevrine à main, ou une pièce monstrueuse, Ce nom de coulevrine lui fut donné à cause de la couleur du métal et de sa forme allongée qui lui donnait “quelque ressemblance avec la couleuvre. Originairement, ce fut une bombarde allongée et amincie. Son usage a duré environ trois siècles et demi, et peut-être même cinq siè-

cles, s’il fallait s’en rapporter à la découverte faite en juin 1819, au fond du puits de la grosse tour de l’ancien château de Coucy, du fragment d’une coulevrine portant le millésime 1258 ; ce qui semblerait prouver que l’usage du canon est d’un siècle au moins plus ancien qu'on ne l’a cru jusqu’à présent. Ce fragment à 60 centimètres de lon-" gueur. Le tube n’en a que 3 de calibre; il est brisé à 11 centimètres en avant des tourillons, et comprend la culasse et le renfort ; il est en cuivre jaune, et porte en exergue les mots : « Faict le 6 mars 1258. Raoul, roy de Coucy. » Ce morceau a été trouvé à 63 mètres de profondeur ; mais la légende pourrait bien être apocryphe.

En 1498, les coulevrines employées à la défense d’Orléans différaient des canons et bombardes de la même ville en ce qu’elles étaient d’un bien moindre volume, et que le tube était d’une seule pièce, au lieu d’être à boîte ou à chambre mobile; on les chargeait de balles de plomh au moyen d’une baguette de fer. Telles de ces coulevrines, dont la pesanteur intrinsèque n’excédait pas 5 à 6 kilogr. étaient enchâssées dans un affût, comme les bombardes, et soutenues sur un chevalet, au lieu d’être sur un tablouin à roues. A la bataille de Guinegate, en 1479, il y avait une énorme coulevrine qu’on appelait la grosse bourbonnaise. Dans l’expédition de Naples, en 1495, les coulevrines françaises venaient après le canon; elles étaient plus longues, de moindre calibre, et classées avant les fauconneaux. En 1512, le succès de quelques coulevrines, qui renversèrent à Novarre les gendarmes, fut la cause première du discrédit où cette troupe tomba par la suite. Depuis ces époques notre coulevrine a varié dans ses formes , suivant qu’elle s'est appelée basilic, bâlarde, demi-canon, double coulevrine, extraordinaire, légitime, etc. Les différents écrivains lui donnent 8, 9, 10, 12 et 14 kilogr. de balles, et d’autres, jusqu’à 20 et 40 kilogr.; la coulevrine ou bombarde de Louis XI portait un boulet de 245; celle de Marseille et de Malaga, un de 39 kilogr. ; celle d’Ehrenbreitstein, un de 69 ; elle se voyait encore en 1831 à la citadelle de Metz; elle pesait près de 13,000 kilogr. Daniel avait vu à Dunkerque la coulevrine de Nancy, fondue en 1592 ou 1598, par l’ordre du duc de Lorraine; elle était la plus longue pièce de France ; elle avait plus de 7 mètres d’une extrémité à l’autre, recevait du 18, et n’avait que la portée ordinaire. Une coulevrine non moins célèbre était celle de Bois-le-Duc, qu’on nommait la Diablesse. Au commencement du dernier siècle, les coulevrines françaises ne chassaient que du 4; elles ont été réformées et refondues sous Louis XV, en 1732; cependant, on lit dans les Mémoires de l’empereur Napoléon, publiés par le général Montholon, qu’au siége de Toulon, en 1793, il fut amené à grands frais de Marseille une coulevrine (celle de 40 kilogr. de balles) qui était censée porter à 4 kilomètres ; elle ne fut d’aucun secours.

On se formera une plus juste idée du sujet par l'aperçu historique que voici : Au siége d'Orléans, en 1428, Salisbury est blessé à mort d’un coup de coulevrine. Louis XIf, en 1509, fait tirer sur Venise, à coups perdus, 5 ou 600 volées de ces engins à poudre, comme on disait alors. A la bataille de Ravenne, en 1512, si l’on en croit l’histoire de Bayard , un boulet de coulevrine emporta 33 cavaliers. A la bataille d'Ivry, Henri IV n’avait que deux coulevrines : c'était le tiers de tout son parc; mais en 1610 il attache six coulevrines à son armée de Châlons. Ignace de Loyola, chevalier galant et coquet, est estropié en 1521 d’une: balle de coulevrine, en défendant le château de Pampelune contre l’armée de François I°° : cet accident le décide à prendre la soutane pour masquer la difformité que cette blessure lui a laissée. Ce cerveau ardent fonde l'ordre des jésuites après une veille d'armes où il s’est fait le champion de la vierge Marie. L’arme qui avait été la cause première de la.création des enfants de Jésus fnt achetée par leur société, et transportée en 1664 dans leur établissement de Buenos-Ayres ;

elle y devint l’objet d'un culte idoïâtre , et annuellement, « le 27 septembre, tous les profès des nouvelles Indes venaïent, avant l'extinction de l’ordre, la baiser comme premier canal de la grâce suffisante »,

Les vétérans de l’armée française se souviennent d’avoir Yu à Gand une coulevrine qu’on supposait espagnole, appartenant au règne de Charles-Quint; on l’appelait Le grand canon; son diamètre permettait qu'un homme pût s’y introduire, et même s’y tenir assis. Il était d'usage, lors de la fête dés cordonniers, qu’un d’entre eux vint s’y placer et y fit mouvoir ses bras en simulacre des travaux de sa profession. Quelques savants belges ont cru retrouver dans cette pièce la bombarde dont fait mention Froissard, et que suivant lui les Gantois avaient fait fabriquer en 1382 pour le siége d’Oudenarde, attaqué par Philippe d’Arteveld. I] dit : « Encore firent faire ceux de Gand un engin et asseoir devant la ville ( d’Oudenarde), qui jettoit croisseaux (creusefs ou brûlots) de cuivre tout bouillants. » En 1452 les Gantois portèrent, dit-on, au siége d’Oudenarde cette pièce et l’y abandonnèrent ; on suppose qu’à cette époque les Oudenardois, qui tenaient pour le duc de Bourgogne, y firent ciseler les armoiries du duché ; elles y sont figurées, ainsi que celles de Flandre, près de la lumière. En 1578 les Gantoïs reconquirent ce canon, et le ramenèrent par l’Escaut, comme le témoignent les documents des archives de l'hôtel de ville d'Oudenarde. 11 ornait la place du marché de Gand, et fut longtemps supporté sur des tréteaux, avant de reposer sur un trépied en pierre, Ce chef-d'œuvre de Part du forgeur était confectionné en lattes de fer; sa chambre était mouvante ; la longueur de la pièce était de 6 mètres sur 3m,25 de circonférence; elle pesait plus de 16,000 kilogr., et Jançait des boulets de pierre ou des barils remplis de mitraille. Mais sur ces questions il y a ambiguïté et incertitude. Daniel dit que la bombarde qui servaiten 1382 avait 16,25 de long; le gros canon de Gand n’en a pas la moitié. Daniel penche vers l'opinion que cette bombarde de 1382 était une machine névrobalistique, ce qui n’est pas dépourvu de vraisemblance. Les uns appellent coulevrine le gros canon de Gand, les autres lappellent bombarde. Il a eu le nom de Dulle-Griet ou Marguerite-la-Furibonde, et celui de Diable-Rouge, à raison de la couleur dont il était peint. On en pourrait conclure que Marguerite-la-Furibonde était une bombarde névrobalistique ou un engin à ressorts, et que le Diable-Rouge était la pièce en métal, qui s'était conservée comme un trophée.

La milice turque tient encore en batterie des coulevrines ue fer pour la défense des châteaux de l’Hellespont et de Ja passe des Dardanelles; une, entre autres, a 8 mètres de long. De nos jours, une coulevrine joue un rôle dans les cérémonies sacrées de Rome, où les vieilles routines de guerre se sont conservées, comme dans presque toute lItalie. La grande coulevrine de Saint-Pierre donne, au château Saint-Ange, lors de l'élection des papes, le signal d’une décharge de toute l'artillerie. Concluons-en que les historiens qui parlent de coulevrines, sans en caractériser le calibre, disent un mot qui ne présente pas de sens à l'esprit; il en est malheureusement ainsi d’une prodigieuse quantité de termes militaires. Gal BARDIN.

COULIES, Indous de la caste inférieure, qui dans les Indes orientales, leur patrie, vivent en exerçant la profession de portefaix (porteurs de palanquins) et de journaliers. Aussi depuis l'émancipation des esclaves dans les diverses colonies anglaises des [ndes occidentales, à Maurice, etc., a-t-on eu l’idée de les y remplacer par des Coulies, qu’on ferait venir de la presqu'île de l'Inde, A cet effet, dés agents spéciaux passent avec eux des contrats formels, aux termes desquels ils s'engagent, à de certaines conditions et moyennant certains avantages, à travailler à la terre dans les colonies pendant plus ou moins de temps. Tant qu'ils hàbitent les colonies, ils sont régis par les lois et les autorités

Page 1