COUP — COUP DE SANG
carrière, en quelque métier, en quelque art que ce soit; premièse épreuve de son savoir-faire : 11 faut lexcuser de n'avoir pas tout à fait réussi, c'est son coup d'essai. Cette indulgence pour les débutants, La Fontaine nous la recommande dans ces vers :
D'abord il s’y prit mal, puis un peu mieux, puis bien, - Puis enfin il n'y mauqua rien.
Coup d'essai s’allie fort bien à coup de mattre dans ces vers de Corneille devenus proverbe :
Mes pareils à deux fois ne se font pas connaitre, Et pour leurs coups d'essai veulent des coups de maitre,
Coup de maître est le facinus par excellence. La prise de La Rochelle, l'alliance de la France avec la Suède pour accabler la maison d'Autriche, voilà les coups de maitre qui ont immortalisé Richelieu. On a remarqué que les hommes doués du génie militaire ont presque toujours pour coups d'essai fait des coups de maître : voyez les deux Scipion, Alexandre, Condé, Bonaparte. Le coup d'essai dramatique de Voltaire fut un vrai coup de maitre; a-t-il depuis fait beaucoup mieux qu'ŒÆdipe ?
A ces significations faut-il ajouter coup de ciseau, terme dont la signification mécanique n’a pas besoin de commentaire. En sculpture coup de ciseau a le même sens que coup de pinceau en peinture. On dit encore que certains littérateurs ne font leurs livres qu'à coups de ciseaux (voyez CowPiLATEUR ). Qui ne se rappelle la mission peu honorable que sous l'Empire et sous la Restauration les agents de la police littéraire remplissaient, en mutilant à coups de ciseaux les livres et les articles de journaux ( voyez CENSURE) ?
Dans la langue maritime, on emploie l'expression coup d'assurance, C’est le coup de canon que l’on tire après avoir hissé pavillon pour assurer sa nationalité. L’honneur milifaire garantit la loyauté de cette démonstration ; mais les pirates ne se font pas scrupule de convertir en ruse de guerre le coup d'assurance. Le coup de partance est le coup de canon qu’on tire quand une flotte ou un vaisseau part. C’est aussi le signal du départ. Coup de talon se dit du choc qu'éprouve un navire en passant sur un écueil, et coup de barre, de tel ou tel mouvement imprimé par le timonnier à la barre du gouvernail. On appelle coup de vent, en marine, la continuité d’un vent violent ; coup de fouet, la dernière crise du coup de vent ou le coup de vent lui-même, s'il est de peu de durée, et coup de mer le choc d’une grosse lame qui frappe un bâtiment.
Un coup d'air est une fluxion ou douleur venant de ce qu’on s’est exposé à un courant d'air.
Coup se dit des accidents extraordinaires qui sont des effets de la Providence, de quelque cause inconnue, de la fortune , du hasard. On dit : un coup de fortune, un coup du ciel, un coup de la Providence, un coup de malheur, un coup de hasard. Malebranche a dit : « Les grands sont plus exposés aux coups de la Fortune que les autres. »
À tous les coups du sort Je sage est préparé,
répord le Trissotin des Femmes savantes à la très-naturelle Henriette, qui lui fait pressentir certaine disgrâce conjugale. Duclos à dit : « Cette ostentation d’opulence est plus communément la manie de ces hommes nouveaux qu’un coup du sort a subitement enrichis , que de ceux qui sont parvenus par degrés, » Un coup rude, pesant; la force, la pesanteur d’un coup, sont des locutions très-usitées.
Coup se dit aussi des atteintes que causent les passions. Voiture l’emploie dans ce sens quand il dit :
Non, mortels déplaisirs, je ne crains pas vos coups.
Cette expression était si communément employée &ans ce sens au dix-septième siècle que l’on trouve dans le vieux répertoire du Théâtre-Français deux tragi-comédies , repré-
sentées, en 1656, sur les deux théâtres rivaux qui existaient alors à Paris, savoir : Les Coups d'Amour et de Fortune, ou l'heureux infortuné, par l'abbé de Boisrobert, et Les Coups de l'Amour et de la Fortune, par Quinault.
Coup simplement, ou coup de langue, de bec, de dent de griffe, de patte, se dit encore figurément des traits satiriques et des attaques faites par les discours. Cette femme donne toujours quelque coup de bec à sa rivale; ce satirique donne toujours quelque coup de dent ; il a accablé son ennemi d’un coup de pinceau, c’est-à-dire d'un trait qui le peint au naturel. Coup de dent, au positif, a été employé d’une manière très-expressive par La Fontaine dans la fable de Simonide préservé par les dieux :
Il sort de table, et la cohorte N'en perd pas un seul coup de dent.
Enfin, dans celle du Zion devenu vieux on trouve en deux vers trois emplois différents du mot coup :
Le cheval, s’approchant, lui donne un coup de pied, Le loup un coup de dent, le bœuf un coup de corne.
Donner un coup de coude à quelqu'un, au figuré, c'est l'avertir, le conseiller de se mettre en garde. Lui donner un coup d’éperon, c’est le stimuler, l’aguerrir, lui remettre du cœur au ventre.
On dit, en matière de raisonnement , qu’une chose porte coup, pour exprimer qu’elle entraîne la conviction, que c’est l'argument le plus décisif. Patru, dans un de ses plaidoyers, a dit : La plus petite tolérance porte coup, c'est-à. dire a de grandes suites. Dire de quelqu'un qu'ila besoin d'un coup de rabot, c’est exprimer qu’il manque de politesse, de savoir vivre.
Coup, pris adverbialement dans ces locutions : {owt à coup, tout d’un coup, signifie en un moment, d’uneseule fois.
Un coup de marteau, au figuré, indique un degré de folie. 11 en est de même d’un coup de soleil, quand il ne signifie pas un verre de vin de trop, et cela par allusion à l'impression subite que fait le soleil da rdant à plomb surla fête d'un homme ou d’un animal , et au coup de soleil qui détermina la dernière période de la démence, déjà trop bien caractérisée, de Charles VI.
Coup s'emploie en toutes sortes de jeux : il a fait au piquet un coup de quarante points ; à la boule, il a mis un coup sur le but; à la paume, il a fait un coup de grille, de dedans, detambour ; aux dés, il a fait un coup de rafle. On dit, au billard, coup du roi, coup sec, coup de bas. Proverbialement mettre sa fortune sur un coup de dé, c’est risquer le tout pour le tout. C'est ce que fit Napoléon en débarquant à Cannes; malh-ureusem ent pour lui il perdit la partie. Charles Du Rozom.
COUPABLE, Voyez CULPABILITÉ.
COUPAGE. Le coupage des vins est un mélange pratiqué de tous temps par le commerce et qui peut être admis comme moyen de corriger les défau {s de certains crus: par exemple on mêle un vin de Marseille, de Narbonne où du Roussillon, naturellement chaud et coloré, à un vin blanc de Touraine ou du Cher, ou bien à un vin rouge léger, Pour qu’un coupage soit désirable, il faut qu'il en résulte un vin supérieur , sous quelques rapports , à ses composants. Mais par des additions de sucre de raisin ou de vin muet, le coupage se change en fabrication réelle, c’est: àdire le plus souvent en falsification. Ainsi le commerce est parvenu par ces pratiques à livrer au consommateur parisien du vin de Mâcon ou du vin de Bordeaux, cont le bon marché devrait faire suspecter la provenance : pour fabriquer 8 barriques de vin de Mâcon, on a recours à six espèces de vin; et pour se procurer 24 barriques de prétendu bordeaux, on en coupe 11 de qualités communes avec 8 de vin de Sologne, 4 de Sannois, 1 de Narbonne et 2 d’eau.
COUP DE SANG. Voyez APOPLExIE,
COUP DE SOLEIL, Voyez InsoLaTion,
COUP D'ETAT. L'Académie le définit une mesure extraordinaire, et presque toujours violente, à laquelle un gouvernement a recours lorsque la sûreté de l'État lui paraît compromise. Quelques lignes de Montesquieu résument ce qu’on a dit de plus sage et de plus plausible en faveur des coups d’État dans les républiques. « 11yÿ a, ditil, dans les Etats où l’on fait le plus de cas de laliberté, des lois qui la violent contre un seul pour la garder à tous. Tels sont en Angleterre les bills appelés d’at{ainder. Ils se rapportent à ces lois d’Athènes qui statuaient contre un particulier (l'ostracisme), pourvu qu’elles fussent faites par le suffrage de six mille citoyens. Ils se rapportent à ces lois qu’on faisait à Rome contre des citoyens particuliers, et qu’on appelait priviléges (de privalis hominibus latæ). Elles ne se faisaient que dans les grands états du peuple. Mais, de quelque manière que le peuple les donne, Cicéron eut qu’on les abolisse, parce que la force de la loi ne consiste qu’en ce qu’elle statue sur tout le monde. J'avoue pourtant que l'usage des peuples les plus libres qui aient jamais été sur la terre me fait croire qu’il est des cas où il faut mettre pour un moment un voile sur la liberté, comme l’on cache les statues des dieux. » Remarquons bien que Montesquieu ne parle ici que des républiques anciennes ; - mais dans lapplication sur les coups d’Élat que présente l’histoire d'Athènes et de Rome, qu’on nous dise combien on en pourrait compter d’utiles. Sera-ce l’ostracisme prononcé contre Aristide? ou la condamnation de Phocion? Lorsqu’à Rome le consul Cicéron, sans daigner ou oser en référer au peuple, seul juge souverain en cette matière, faisait périr dans la nuit quatre amis politiques de Catilina, ce coup d’État ne portait-il pas à la constitution romaine le coup le plus funeste? L'histoire romaine offre cependant quelques coups d’État d'une nature plus utile, Telle fut la création de la dictature, qui dans certaines circonstances sauva la république.
Dès que Montesquieu arrive à la monarchie, il n’est plus du tout partisan des coups d’Elat. 11 se prononce contre les commissaires nommés quelquefois en France pour juger un particulier, et observe à ce propos que « la chose du monde la plus inutile au prince a souvent affaibli la liberté dans la monarchie ». « Le prince, ajoute-t-il, tire si peu d'utilité des commissaires, qu’il ne vaut pas la pgine qu’il change l'ordre des choses pour cela. Un prince doit agir envers ses sujets avec candeur, avec franchise, avec confiance, Celui qui a tant d’inquiétudes, de soupçons et de craintes, est un acteur qui est embarrassé à jouer son rôle. L'autorité royale est un grand ressort qui doit se mouvoir aisément et sans bruit. 11 y a des cas où la puissance doit igir dans toute son étendue, il y en a où elle doit agir par ses limites. Le sublime de l'administration est de bien connaître quelle est la partie du pouvoir, grande ou petite, que l’on doit employer dans les diverses circonstances, »
Ces principes sages n’ont pas toujours été ceux des rois de la vieille Europe, ni ceux des chefs de la France républicaine, ni même ceux de notre monarchie constitutionnelle. L'histoire est là pour prouver presqu'à chaque page que les coups d’Élat risqués par nos divers gouvernants ont été fort loin d’être utiles à la France. Entre autres exemples, nous citerons le supplice des Templiers, la Saint- Barthélemi, la révocation de lédit de Nantes, mesures funestes, coups atroces d'autorité, que la postérité a justement flétris. On peut souvent confondre lescoups d’État avec les coups de main, quand il s'agit de sanglantesexécutions. La Convention nationale peut pour sa part en revendiquer plusieurs de ce genre; mais chacun de ces coups d'Élal ne faisait que creuser la tombe où devait s’en-
sevelir ce monstrueux gouvernement, Dans cette répubhque française, si glorieusement redoutable au dehors, on peut dire qu'au dedans le coup d'Élat lut le régime habi=